En attendant le décompte du comité national contre la privatisation de la Poste, Rue89 a fait le tour des réactions des riverains qui ont participé à la votation de samedi. Deux millions de personnes y auraient participé. Sans surprise, la plupart ont voté « non ». Voici leurs dix raisons pour refuser la privatisation de l'entreprise publique.

Pour garder des services à bas prix
Si la Poste a largement étendu sa gamme de produits depuis quinze ans, nombre d'entre vous soulignent que c'est au détriment du coût, de plus en plus élevé, de ces services. Guichetier à la retraite, Phil2922 se souvient des débuts de la libéralisation des prix, quand les « usagers » sont devenus des « clients » :
« J'étais guichetier en 1994, quand les consignes sont arrivées dans les bureaux de Poste de faire disparaître de la vue du public les boîtes jaunes (elles n'existent plus aujourd'hui… ! ), alors que ce produit existait encore.
En effet, la Poste venait de mettre sur le marché ses boîtes et produits prêts à poster avec des pressions et des objectifs de vente donnés aux postier(e)s. Il faut savoir qu'en comparant l'envoi d'un paquet avec la boîte n°4 et avec le prêt à poster équivalent, il pouvait y avoir une différence de 25,00 francs. »
Pour conserver le lien social
Dans beaucoup de villages, le guichet jaune et bleu reste le dernier représentant de l'administration. Et le passage du facteur le dernier contact régulier avec la société. Lui aussi retraité, Yvon le Zébulon rappelle l'importance de ce nécessaire lien social :
« Pour ma part, j'aimerais simplement ne pas voir disparaître les bureaux de poste si utiles dans les coins un peu perdus, et je voudrais que le facteur continue à porter leur courrier aux mémés isolées -mais je ne m'oppose pas à une amélioration d'un système que je considère aujourd'hui totalement dépassé ! »
Pour conserver l'emploi et le territoire
Avec un effectif de 295 700 salariés en 2008, La Poste est l'un des plus gros employeurs du service public. Le mouvement de libéralisation, en introduisant la concurrence dans certains secteurs de l'activité postale ou financière, tend à se traduire par des réductions d'effectifs. Sur ce point, GogoGadgetauchapeau compare la situation française avec celle de notre voisin allemand :
« Apparemment (je ne suis pas allé là-bas pour vérifier) en Allemagne le résultat de la privatisation de la Deutsche Post qui aurait commencé en 1998 a fait qu'en dix ans le nombre de guichets serait passé de 30 000 à 12 000 et le nombre d'employés aurait été divisé par deux…
Donc, si je comprends bien, les guichets ou “ boites ” peu rentables (donc généralement isolés) disparaîtrons… pas cool pour tous ces brave montagnards, surtout les plus âgés. »
Ce faisant, ce riverain reprend l'argument d'Henri Guaino qui, en novembre 2008, écartait l'hypothèse de la privatisation en pleine crise économique. Depuis, le gouvernement a changé d'avis.
Parce que les privatisations sont un échec
Le gouvernement fait l'objet d'une vraie défiance sur le sujet des privatisations. Quinze ans d'expérience ont servi de leçon. C'est en tout cas la conviction de Julos, ancien de l'Education nationale, qui pourtant n'est pas opposé à une évolution de l'entreprise :
« Peut-être qu'à la marge, la réforme Estrosi (ou ce qu'il en restera après lecture, relecture et vote des assemblées) améliorera certains aspects du service, mais globalement, rien n'est moins sûr. Surtout, le déficit de confiance est massif de la part des citoyens parce qu'il y a eu des précédents fâcheux.
Je me suis déplacé pour dire NON, principalement motivé par ça : je n'ai aucune confiance en ce gouvernement, ni en son chef, particulièrement lorsqu'il s'agit de l'intérêt général figurez-vous. »
Pour lutter contre une forme de malaise social
Est-ce un signe des temps ? En tout cas, La Poste et son avenir concentrent une bonne partie du malaise social qui agite la France ces derniers mois. Comme si la réforme en discussion ressemblait trop à des exemples récents de transformation ratée… Corum Jhaelen Irsei décrit ainsi la réaction citoyenne :
« J'entends déjà les détenteurs (actuels) du pouvoir hurler au loup et au scrutin truqué, à la manipulation, au non respect des règles de base d'un vote démocratique etc etc… Le débat n'est pas là. On s'en fout.
Manifestement, une bonne partie des gens craint qu'il n'arrive à La Poste ce qui arrive à France Telecom ou à EDF/GDF : l'ultra-libéralisme avec son cortège de malaises, de mal-être, de mal-vie. C'est le seul message que je vois. »
Pour que les économies des clients soient gérées prudemment
On l'oublie, mais la Poste est aussi une banque ouverte aux clients les moins fortunés. Ainsi qu'une entreprise prospère, car si elle cumule un peu plus de 5,7 milliards d'euros de dette, elle affiche aussi en 2008 un résultat net de 529 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 20,89 milliards.
Cette stabilité s'explique en partie par la prudence des gestionnaires postaux. C'est d'ailleurs ce que rappelait notre blogueur Mouloud Akkouche dans un récent post :
« La Banque postale, créée en 2006, n'a perdu “ que ” 60 millions d'euros dans la faillite de Lehman Brothers avec la crise de 2008 ! D'ailleurs, la poste privatisée au Royaume Uni a coûté 1,5 milliard de livres au contribuable et, comble du comble, doit être re-nationalisée en catastrophe. »
Pour ne pas pourrir l'ambiance en interne
Pas mal de riverains sont directement concernés, puisqu'ils y travaillent. C'est le cas de banshee57, qui exprime un vrai ras-le-bol au fur et à mesure que se précisent les projets de privatisation totale de l'entreprise. Le changement de culture ne passe pas sans heurts :
« Pourquoi nous balancer tous ces odieux discours qui ne sont que mensonges et faire la sourde oreille au grondement de la plèbe (je crois que l'argument qui m'énérve le plus c'est celui de la crise car 600 M d'€ de bénéf j'appelle pas ça la crise) !
Je les vois les changements, je les vois les 300 BMW série 5 offertes aux cadres courrier et les emplois déjà supprimés (et on n'est pas encore privés hein ! ). Je la vois la réorganisation très mal organisée que nous avons subit il y a quelques mois (cela ne sert à rien que j'étaye mais comment voulez-vous que nous soyons réorganisés efficacement par des gens qui n'ont jamais vu le terrain… à vomir ! ) »
Pour préserver tout un tas de services utiles
La Poste est aussi appréciée que ses employés sont décriés pour leur « attentisme », « nonchalance », « fainéantise »… etc. Ce qui n'exclut pas l'attachement à son facteur préféré, comme Candide le dit joliment :
« J'ajouterais que si j'avais eu l'opportunité de voter, j'aurais par défaut voté NON parce qu'il faut bien le dire, notre facteur on l'aime bien. »
La plupart des riverains reconnaissent d'ailleurs à l'entreprise une capacité inégalée à leur faciliter la vie. Exemple : alors que dans certains pays, la distribution de courriers n'a lieu que trois jours par semaine, Sorry n'envisage pas une telle absence :
« Je suis désolée, mais je reçois un hebdomadaire le samedi, il est donc hors de question qu'il n'y ait pas de distribution ce jour-là. »
Pour donner une leçon politique au gouvernement
Est-ce l'effet mi-mandat ? Visiblement, nombre de riverains sont exaspérés par les réformes aux forceps du gouvernement et les foucades présidentielles. Derrière les raisons de fond invoquées, cette consultation citoyenne est aussi une manière de se réapproprier le débat public. Travailleur social, Langue-rouge l'a bien exprimé :
« Ce référendum est surtout organisé pour qu'on ait un vrai référendum dans les règles de l'art où les tenants du oui pourront s'exprimer aussi, faire campagne, défendre clairement aux yeux de tous les raisons qui les poussent à vouloir la privatisation.
Ne renversez donc pas les rôles. Ceux qui ne veulent pas de démocratie, c'est le gouvernement. Qu'est ce qui les empêche d'organiser sur un sujet aussi important un référendum sinon la peur d'être mis en minorité et d'être obligés d'admettre qu'ils passent en force ? »
Pour donner une leçon politique au Parti socialiste
Les riverains ont de la mémoire. Ils se souviennent que la gauche au pouvoir n'a jamais vraiment freiné le mouvement des privatisations. Tonimarus 45 est de ceux qui n'ont pas oublié :
« Il faut se souvenir des privatisations partielles ou totales de la gauche lorsque Jospin etait Premier ministre et les voir sauter sans aucune pudeur dans le train en marche me donne la nausée ; s'il ya quelqu'un de légitime dans ce référendum c'est certainement plus Besançenot qui est employé et syndiqué à la Poste que les socialos. »
Tout le monde l'aura compris : derrière la Poste l'avenir de la majorité se joue autant que celui de l'opposition.
►Mise à jour, dimanche 04/09/09, 21h58 : ajout de la mention de deux millions de participants.




















5
De padiran
Chroniqueur mondain | 21H52 | 04/10/2009 |
La onzième raison ;
Rural depuis peu et content de l'être, je m'aperçois que les collectivités locales prennent de plus en plus le relais d'un « Etat defaillant. Parmi toutes les mesures qui sont prisent par ces dites collectivités figurent les differents “plans cables”, “plan numériques” et autres mégas plans plus techno-alléchants les uns que les autres.
L'arrivée massive de ces technologies “hight tech” est concomitente avec la concentration des services publics ou privés vers les villes (chef lieu de canton,…)
La désertification rurale est voulue et provoquée par cette migration forcée des services
La mise à disposition de cette technologie de l'internet ne résoudra en rien le quotidien des ruraux.
Déja, il vaut mieux être une vache qu'un humain, car il y a plus de vétérinaires que de médecins à la campagne, si en plus nos services de proximités (La Poste en fait partie) sont remplacés par des claviers, la campagne ne sera plus qu'un sujet de thèse pour fin d'étude de l'enarchie
De déluge
menuisier | 22H47 | 04/10/2009 |
Une seule raison :
On en a marre de se faire mettre.
De Samahell
Étudiant | 00H14 | 05/10/2009 |
Article et commentaires véritablement consternants…
Dans l'hypothèse de la fin du monopole public (seul intérêt d'une privatisation), le consommateur/contribuable ne pourrait être que bénéficiaire dans quasiment tous les domaines.
Démontage des 10 raisons bidons…
1) Prix
Évidemment, le secteur publique et l'état de monopole sont bien connus pour produire des services avec une efficacité supérieure et un prix moindre….. C'est marrant la dernière fois que j'ai approché même de loin un bouquin d'économie on m'y apprenait que c'était la concurrence qui produisait ces effets !
2) Lien social
Tant que l'état garde des parts importantes dans la boîte (comme c'est le cas dans quasiment tous les anciens établissements publics), il peut encore imposer certains maintiens.
De plus, la philanthropie n'est pas le propre des employés d'une poste publique. Le service à la personne n'est pas dans leurs prérogatives actuelles, il ne le sera pas moins après une privatisation, et les gentils guichetiers concernés ne disparaitront pas pour autant.
3) Emploi
3 fois moins d'employés = 3 fois moins de frais de personnel (de très loin le plus gros poste de quasiment toute entreprise) = (si la concurrence vient jouer pour que la baisse des prix soit répercutée bien sûr) des produits quasiment 3 fois moins chers. Libre aux philanthropes de financer des emplois inutiles pour maintenir la consommation, mais qu'ils me fassent le plaisir de me laisser payer mon courrier moins cher !
Une fois de plus, il faudrait demander à nos concitoyens d'avoir des notions d'économies et d'être au courant qu'une politique d'emploi publique n'a d'efficacité qu'à très court terme.
4) Privatisation = échec
Grosse erreur intellectuelle, entretenue depuis longtemps sans innocence aucune par les médias et les syndicats de gauche. On ne compte pas le nombre d'entreprises qui, après privatisation, sont passés de déficits abyssaux (toujours aux frais du contribuable) à de florissantes situations de profit, tout en baissant les prix et en améliorant l'efficacité (British Steel, British Airways, etc.)
Les quelques privatisations n'ayant pas donné de résultat sans appel en France sont dues à un manque total d'effort de l'état pour casser le monopole, quand il n'y en a pas carrément pour le maintenir (par exemple dans le cas des compagnies de téléphonie mobile, avec le risible système de licences).
5) ? ? ?
Privatiser La Poste ça doit être mauvais puisque de toute façon on a décidé que ça devait être mauvais… On en profite pour replacer des mots vides de sens, mais à la mode et à consonance bien dramatique comme ultra-libéralisme. Intérêt informatif ?
6) Stabilité économique
Des dettes qui représentent 25% du CA et un bénéfice qui n'est observable que depuis les fameuses réformes visant à rapprocher la gestion de La Poste de celle du privé (dénoncées en raison 1), le tout dans une situation de monopole pour le moins de 50g, avec tout ce que ça implique (pas de levier sur le prix pour le consommateur, 100% du marché détenu par La Poste)…
7) Ne pas pourrir l'ambiance
Alors celui-là je crois que c'est le meilleur :
a/ On s'y plaint des privilèges accordés par la gouvernance publique. Conséquence : il faut que ça reste publique !
b/ On touche là à la vraie motivation des syndicats : la défense des privilèges (injustes et dépourvus de raison d'être) accordés aux employés par leur statut actuel de fonctionnaire.
8) Préserver des services utiles
Franchement, décerner la palme est difficile.
« J'ajouterais que si j'avais eu l'opportunité de voter, j'aurais par défaut voté NON parce qu'il faut bien le dire, notre facteur on l'aime bien. »
Évidemment, privatiser La Poste n'implique absolument pas supprimer La Poste et les postiers, mais le rappeler n'irait pas dans le sens du discours qu'on tient.
De plus, une entreprise privée a tout intérêt à proposer autant de services que possible, pour peu bien sûr qu'il y ait des consommateurs intéressés.
Ceux qui tiennent absolument à maintenir de coûteuses tournées à vide pour leur intérêt égoïste (e.g. « mon hebdo du samedi ! ») ont, bien entendu, toute légitimité à faire supporter ce gaspillage à l'ensemble de la communauté.
9) Leçon au gouvernement
Le changement de statut de La Poste est imposé par une directive européenne. Le gouvernement n'y a aucun intérêt, vu que les Français, dans leur aveuglement, sont globalement contre et que ça lui coûtera des voix. Il y est néanmoins forcé. Ce serait pareil avec tout gouvernement qui ne déciderait pas de tourner le dos à l'Europe.
Le jeu de la démocratie sur ce genre de questions se fait aux Européennes. Heureusement pour lui, le peuple français a encore au-dessus de son indigent gouvernement un parlement européen vaguement sensé qui prend, malgré lui, quelques décisions dans son intérêt.
10) Leçon au PS
Même les représentants du PS ont de vagues notions d'économie et un petit soucis d'accomplir deux ou trois mesures de replâtrage en la matière quand il leur arrive d'atteindre le pouvoir.
De Silence Dogood
Président Alternative Libérale Alsa... | 00H51 | 05/10/2009 |
En tant que libéral, je ne peux qu'être pour la privatisation, étant donné les avantages en terme de liberté que cela apportera autant au consommateur qu'à la Poste elle même.
Le réel problème a toujours été l'Etat, qui favorise les corporatismes usant de la sophistique dans une attitude pragmatique contradictoire, pour maintenir son hégémonie et son pouvoir. Qu'il soit de droite comme de gauche, l'étatisme est la forme la plus dangereuse en société, car elle bafoue la liberté de chacun en imposant un unique système.
Les monopoles sont un non-sens en économie de marché, c'est du totalitarisme car cela empêche la plus logique et rationnelle des situations économiques : la concurrence.
De plus il serait bon de rappeler certaines choses, l'économie est complexe, de nombreux intervenants ici même ne semblent pas être familiarisés avec ses différents concepts ainsi que son histoire, c'est pourquoi il est bon d'éviter de tomber dans des réponses vides de sens et pleines d'idéologies infondées, qui laissent transpirer la méconnaissance d'une situation telle qu'une privatisation et ses effets.
De madmaker
01H01 | 05/10/2009 |
pour ma part ce vote n'a aucun sens, ni de légitimité !
je precise avant tout, d'etre vraiment « apolitique » n'ayant pas de prépondérance particulière.
une urne était à coté de la BPI beaubourg (le vendredi ou samedi je me souviens plus). Passant a coté d'une petite dame (d'un certain age), habillé par une « toilette du parfait syndicaliste »,elle me arpone en me demandant de voter. Ayant peu de temps, et ayant deja refléchis sur la question, je lui ai dis « désolé j'ai pas trop le temps mais si je vote c'est OUI pour la privatition ». son regard de feu n'a fait qu'un tour pour ne pas me répondre et repartir immédiatement apres vers quelqu'un d'autre.
j'aurai bien voulu que rue89 reformule l'article, car il y a tout autant 10 bonnes raisons de voter OUI : guichet deja remplacé par buraliste en campagne, laposte à l'internationnal bénéficiare (ex : angleterre) car c'est les subvention d'état fr qui payent les complements postaux … et d'autres raisons qui me pousse dans le sens « d'équité » européen
PS : pour info, je présice encore, j'ai meme rarement voter à droite de mes 8 ans de majorité éléctoral