Hu Jintao choisit le col Mao et envoie un message clair aux Chinois
Tout petit retour sur la célébration des 60 ans de la RPC : un mois plus tôt, je posais la question-clé de savoir si le président Hu Jintao porterait un costume au col Mao (ou Sun Yat-sen, en fait), ou un costume cravate à l’occidentale. La réponse dès le magnifique premier plan de la vidéo ci-dessus : c’est bien sûr l’orthodoxie maoïste qui l’a emporté, comme pour Jiang Zemin, son prédécesseur, dix ans plus tôt.
Le détail n’est évidemment pas qu’anecdotique. Cette cérémonie était à la fois destinée à projeter au monde l’image de la puissance chinoise retrouvée, mais surtout d’imposer cette image en interne, auprès d’une population qui est parfois amenée à s’interroger sur la légitimité du pouvoir. Celle-ci tient à un col : la direction actuelle et à venir du Parti communiste chinois est dans la droite ligne du président Mao, dont la légitimité est, aux yeux des Chinois, incontestable.
Même si, dans la pratique, le PCC fait le contraire, sur le plan économique et social, de ce que professait Mao. Mais là n’est pas le plus important.
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Vous interprétez le port du costume Zhongshan (nom en chinois mandarin de Sun Yatsen) par Hu Jintao comme une « victoire de l’orthodoxie maoïste » : il s’agit de votre part d’une affirmation rapide qui mériterait quand même une démonstration ! Il ne faut pas négliger la véritable signification historique de ce symbole : en effet, Zhongshan est le père fondateur du régime républicain qui supplanta la monarchie en 1912. Bizarrement, peu de commentateurs ont relevé la présence du portrait du père tutélaire de la Chine moderne EN VIS A VIS de celui de Mao Zedong sur la place de la paix céleste. Or, il se trouve que Zhongshan fut également le fondateur du... Guomindang : nul doute que ce symbole ne sera pas passé inaperçu à... Taiwan !
Sur la question des symboles vous auriez pu aller un peu plus loin dans votre analyse : par exemple, la voiture de marque Hongqi (drapeau rouge) dans laquelle Hu Jintao a passé en revue les troupes est une version modernisée de la voiture utilisée par la nomenklatura dans les années 80. Il n’aura pas échappé aux observateurs que ce véhicule a complètement disparu du paysage (récemment j’en ai aperçu une rouiller devant la bibliothèque de l’université de Canton). De même, vous ne verrez plus personne (officiel ou non) porter dans la vie publique le fameux costume Zhongshan...
Enfin, dernière « incongruité » de ce défilé, le « Bonjour camarades ! » (Tongzhimen hao !) lancé par le président Hu : cette salutation est en effet devenue totalement obsolète et depuis maintenant plus de 10 ans n’est plus du tout utilisée dans la vie courante (je me souviens, dès la fin des années 90, m’être fait regarder de haut par un conducteur de bus que j’avais salué par un « Tongzhi, ni hao ! », « Camarade, bonjour ! »). Tous ces éléments montrent que nous sommes en présence d’un rituel, dont une lecture au simple premier degré serait une grave erreur !
Je n’ai pas pas interprété ce défilé martial comme une quelconque adhésion à « l’orthodoxie maoïste », mais plutôt comme une sorte de passage en revue des principales personnalités qui ont marqué l’histoire de la République populaire depuis sa fondation en 1949 : c’est justement de cette continuité que le pouvoir actuel tire sa légitimité. Telle est la véritable signification de cette cérémonie ! Comme vous le soulignez, ce défilé a avant tout une fonction interne ; la presse française, elle, a choisi d’interpréter ce défilé comme une démonstration de force à destination de l’étranger ce qui montre une grande méconnaissance de ce pays (certains media ont même affirmé qu’il s’agissait du défilé de la première armée du monde, de la désinformation pure et simple...).
Par contre, lorsque vous affirmez qu’il s’adresse à « une population qui est parfois amenée à s’interroger sur la légitimité du pouvoir », vous n’en apportez pas la démonstration... Tout laisse à penser, au contraire, que celle-ci (même éloignée de l’avenue Chang an et de la place Tian an men) a adhéré à cet événement. Je pense que le « message » de cette cérémonie s’adresse plutôt à l’appareil d’Etat, à l’armée (en particulier subordination de celle-ci au pouvoir civil) et à tous les détenteurs de pouvoir à tous les échelons (nombreux dans l’immense RPC : « sheng », « xian », « xiang »...) et que l’Etat central a encore tant de mal à contrôler.




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