Temoignage 02/10/2009 à 10h16

Un cadre de France Télécom : « On a tous été robotisés »


Selon ce témoin privilégié, les dirigeants affrontent la crise sans changer les méthodes brutales décriées en interne.


Conférence de presse de Xavier Darcos et de Didier Lombard à propos des suicides à France Telecom (C. Platiau/Reuters)

Le terme de salariés « fragiles » a remplacé celui de « à faible employabilité ». Mais d'après le témoignage d'un cadre de France Télécom à Eco89, la direction répond à la « crise » actuelle sans changer ses pratiques managériales. « Ils ont compris qu'il y avait un problème mais ils continuent sur le même schéma. »

En 2002, Thierry Breton arrive à France Télécom, suivi un an plus tard de son lieutenant, Louis-Pierre Wenes, numéro deux du groupe, aujourd'hui cible de virulentes attaques internes. Petit à petit, raconte ce cadre, se met en place un « fonctionnement militaire » où les ordres viennent d'en haut et où les voix dissidentes sont écartées :

« Dès qu'il y en avait un pour l'ouvrir, on lui disait de se taire, plus personne ne disait rien. Ceux qui s'exprimaient et disaient ce qu'ils pensaient ont été écartés, c'est comme ça qu'on est devenu des moutons. »

En interne, on parle alors des « hors jeu » pour les managers un peu rebelles qui disent ce qu'ils pensent.

Le terme fait partie d'un nouveau langage reflet d'une nouvelle culture d'entrepris :

« Il fallait repérer ceux, trop nombreux, “qui ne pouvaient pas suivre”, car considérés comme faibles. On entend aussi parler des “gens à faible employabilité”. »

« Il n'y avait plus d'innovation, il ont sorti le système des idées-clics »

« On dit que les techniciens sont robotisés, mais tout le monde a été robotisé », résume ce cadre qui décrit une organisation où tout est soumis à objectif et tout est contrôlé.

Dans les entretiens d'évaluation, « on demande “c'est quoi ton chiffre ? ” mais on oublie le travail quotidien ou des contributions plus qualitatives ».

A chaque question soulevée, répondent de nouvelles directives avec leurs tiroirs d'objectifs.

« Quand ils ont réalisé que les réunions d'équipe étaient oubliées pour satisfaire aux exigence de la performance et à la pression de la mise en compétition interne, Wenes a fixé un nouvel objectif à satisfaire : le nombre de réunions.

“Et quand ils se sont rendus compte qu'avec ce système, il n'y avait plus d'innovation, ils ont sorti le système des idées-clics. On nous a donné un objectif d'idées-clics et la part variable (du salaire) des cadres dépendait de la réalisation de cet objectif.”

“Quand on essaie de vous alerter, vous prenez ça pour une critique”

Quand les médias relaient de nouveaux suicides en septembre, c'est la panique et la peur que ça arrive dans sa propre entité -la peur de passer aux yeux des dirigeants comme responsable, de ne pas avoir tout fait pour “repérer” et aider un salarié “fragile”. “Ils ont nommé un directeur de ‘la crise’”. Et il y a des “conférences sanitaires” avec les médecins pour faire “remonter les personnes fragiles.”

Une réunion de cadres été organisée mercredi. Il s'agirait maintenant de créer quelque postes à faible valeur ajoutée pour ceux qui ne “peuvent pas évoluer”.

“Quelqu'un a parlé d'un problème de liberté d'expression en disant ‘quand on essaie de vous alerter, vous prenez ça pour une critique’, Wenes lui a répondu, parce que les cadres aussi sont infantilisés, qu'il ne fallait pas hésiter à poser des questions si on ne comprenait pas. C'est sa conception de la liberté d'expression… Au fond, rien n'a changé.”

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  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 10h41 le 02/10/2009
    • Internaute
      Dessinateur de presse
  • onapatouvu
    • Posté à 11h07 le 02/10/2009

    « On a tous été robotisés. »

    C'est fort possible ; mais c'est aussi une excuse un peu facile. Le comportement de certains cadres est ahurissant d'inhumanité et de bêtise ; la course à la performance n'explique pas tout.

    Hier, j'entendais (sur France Info), le témoignage d'un délégué syndical qui indiquait que certains cadres avaient menacé des employés de leur décompter une journée de grève s'ils sortaient à 15 heures pour la minute de silence en hommage à leur dernier collègue décédé au travail. Un chef d'équipe s'amusait de répéter que le collègue qui s'était suicidé en sautant d'un pont avait dû « oublier son élastique ».

    Il est sûr que Lagarde, en confirmant sas confiance à lombard le jour des obsèques du dernier salarié « suicidé » est aussi un brillant exemple de cynisme.

    Il semblerait qu'il y ait à France Telecom un « esprit maison » qui dépasse largement la seule question des performances.

    Lien pour le témoignage : Lien

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Que sont mes voisins devenus ?
    • Posté à 11h20 le 02/10/2009
    • Internaute
      Que sont mes voisins devenus ?

    Dans le même registre voici le temoignage de Maxime Vivas ergonome à la Direction deFT à Blagnac dans les années 90.
    Lien

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 11h41 le 02/10/2009
    • Internaute
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    France télécom avait reçu le label « top employeur » décerné par CRF le 26 mars 2009. Avec 20 autres entreprises .

    Top Employeurs France 2009

    Magnifique récompense !

    Lien

    et bigorneau sur le plateau de fruits de mer , selon les critères de classification , une pluie d'étoiles (classification de 1 à 5)

    Rémunération et reconnaissance : 4,5

    Evolution profesionnelle : 5 ! ! ! !

    Gestion et implication des talents : 4,5

    Conditions de travail : 5 ! ! ! ! !

    Stratégie et culture d'entreprise : euh moyen ! 3

    Nous vivons une époque formidable, et c'est moins grave que si c'était pire.

  • niconico
    • Posté à 12h28 le 02/10/2009

    Le management par le stress est un effet mécanique de la privatisation de FT.

    D'un côté, une activité qui change radicalement en 10 ans (de la téléphonie fixe en France à l'Internet mobile dans le monde entier), et une compétition internationale féroce. De l'autre, 120 000 fonctionnaires qu'on ne peut pas virer. Le clash était inévitable.

    Une entreprise privée classique aurait progressivement renouvelé les compétences à grands coups de licenciements et d'embauches, chez FT impossible. Du coup, la seule « solution » (de leur point de vue naturellement) est de pousser les fonctionnaires à partir.

    Les plus mobiles, les moins fragiles ont pu rebondir, en trouvant des postes dans des ministères, des préfectures, des départements. Pour les autres, c'est du harcèlement continu pour pousser au départ ou à la démission.

    Entre cette méthode et le licenciement, qu'est ce qui est le plus brutal ?

  • La mouche du coche-
    • Posté à 12h50 le 02/10/2009

    .
    .
    Toute cette histoire est regrettable parce que l'obligation de changer de postes toutes les x années est une belle idée pour le salarié. Cela lui évite de s'encrouter, de changer sans se sentir dévaloriser, et le changement lui donnait de nouvelles vies. C'est dommage. J'espère que l'on va y revenir.
    .
    .

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 13h53 le 02/10/2009
    • Petit agité

    C'est étonnant parce que France Telecom est sans doute l'entreprise ou j'ai travaille (en 2005) ou il y a le moins de pression, et un laxisme absolu au regard des abus de congés maladie, pauses clope, objectifs, etc...
    Soit j'étais dans LE service cool, soit ca a drastiquement change, soit ils ont du tourner la vis et le retour a la réalité a été trop brutal.

    Ceux fixés par la direction de FT peuvent paraitre fantaisistes mais dans toutes les entreprises c'est normal d'avoir des objectifs.

  • Ampere
    • Posté à 14h33 le 02/10/2009

    Je crois que les langues commencent à se délier et même à haut niveau. Une réunion téléphonique des 400 top managers s'est déroulée il y a peu et l'un des participants a eu la bonne idée de l'enregistrer et de la balancer dans la presse. Cela est évoqué sur LE MONDE et disponible sur celui de CAPITAL. Avec les informations de Rue89 le phénomène se poursuit. Forcément certains vont parler de trahison, de la nécessaire loyauté à l'entreprise. Bref j'attends que la direction générale remonte les bretelles en interne. Pour l'instant ces messieurs font silence et profil bas. Pour ce qui est de la trahison... quand la vie des hommes et de femmes de FT-ORANGE est en jeu.... J'appelle donc tous ceux qui disposent d'informations fiables et étayées de les sortir sur la place publique pour contrecarrer les projets de Wenes et Barberot. Par exemple, on sait que les mobilités sont figées jusqu'au 31 Octobre. Cette date n'est sans doute pas choisie au hasard. Il y a au mois de Novembre soit un projet de fusion-acquisition dans les cartons soit une autre restructuration dans le tuyau. A tous les fonctionnaires de la place d'Alleray, je dis désobeissez ! Faites tourner les photocopieuses, les journaux , internet sont là pour diffuser les infos. La plus grande trouille que peuvent avoir les dirigeants c'est que tout soit exposé sur la place publique

  • dany_zucco
    dany_zucco répond à Deamon7
    ing. Telecom
    • Posté à 15h23 le 02/10/2009
    • Internaute
      ing. Telecom

    Non, rien à changé, c'est tout simplement que comme dans toutes boîtes, chez FT, il y a les « bons endroits » et les « mauvais endroits » (en employant des termes très imagés).
    Contrairement à ce que laisse penser les Médias et les commentaires par-ci par-là, FT, ce n'est pas « l'enfer » intégral. Certains subissent des pressions en effet inacceptables mais d'autres on la vive belle (ce fut mon cas dans mon précédent service) tandis que pour une bonne majorité, la situation n'est pas différente que dans les boîtes comparables du privé (c'est mon cas actuellement).
    Bref, faisons attention à ne pas généraliser trop vite ! Dans les médias, quand un tel ou tel vous parle de FT parce qu'il y travaille, cela doit avant tout être pris comme le témoignage d'une situation personnelle, au mieux concernant un service, une département. La raison en est que peu d'employés de FT connaissent la boîte dans sa globalité. Il est donc très difficile de généraliser.
    Le problème est que nous sommes actuellement dans le registre de l'émotion. en règle général, cela conduit à généraliser des situation sans rationalité. C'est déplorable. Tout aussi déplorable que les vies gâchées à cause des directives localisées complètement inhumaines, de managers un peu trop « zélés » dans le respect des règles de réduction d'effectif (mais différentes en fonction des directions) et d'une politique « trop financières » (protégeons le cours de l'action et faisons plaisirs aux actionnaires), privilégiant la rentabilité cours terme au détriment de l'investissent et du développement humain (mais cela est le lot de toutes les grosses boîtes)

    Autre élément : les suicides ont toujours eu cours chez FT, et on constatera même qu'ils étaient plus nombreux au début des années 2000. Mais cela n'intéressait pas encore les Média, toujours friand des sujets « vendeurs » à la mode.
    Où étaient-ils donc à l'époque ? ? ?

    Allons même encore plus : les suicides n'ont pas cours que chez FT... je pense qu'on ne va pas tarder à « déterrer » des cadavres (sans mauvais jeux de mots) dans d'autres entreprises et le couple suicide / conditions de travail sera le couplet gagnant pour les Média dans les prochaines années...