l'édito 30/09/2009 à 23h23

Pourquoi Didier Lombard doit démissionner de France Télécom

Pascal Riché | Redchef Rue89


Didier Lombard à l'Assemblée générale de France Télécom le 26 mai (Philippe Wojazer / Reuters)

Les dirigeants de France Télécom ayant accumulé les bévues, la crise que vit le groupe a pris un tour passionnel, qui mine tant le fonctionnement interne de l'entreprise que son image. A ce stade, on ne voit guère qu'un acte symbolique très fort pour casser cette dynamique délétère : la démission de Didier Lombard et de ceux qui sont en charge de l'organisation du groupe.

Certes, Didier Lombard n'est pas directement responsable des 24 suicides (en 18 mois) qui sont au coeur de la crise. D'ailleurs, ce n'est pas tant le nombre des suicides qui est exorbitant : il est inférieur au taux de suicide constaté chez les Français en âge de travailler. Ces suicides sont pourtant particuliers, ceux qui les ont commis ayant directement évoqué leur souffrance au travail dans leurs ultimes lettres, quand ils ne se sont pas tués sur le lieu de travail. Ils ne font que confirmer une situation sociale interne extrêmement tendue, qu'Ivan du Roy a décortiqué dans son enquête « Orange stressée ».

La crise que traverse l'entreprise traduit la faillite d'une gestion brutale et froide du personnel, conduite au motif qu'il fallait s'adapter rapidement aux mutations rapide des entreprises de télécom europénnes (fin des monopoles, explosion du portable, internet, etc.) : c'est à la schlague que la direction du groupe a voulu rendre les employés plus « compétents » et plus polyvalents.

Certes, comme le soulignait Ghislaine Ottenheimer dans un débat que j'ai eu avec elle mercredi soir sur France Info, d'autres entreprises de télécom, en Europe, ont employé des méthodes plus dures encore, virant les plus anciens pour embaucher des jeunes. Chez France Telecom, cet écrémage s'est fait de façon plus sourde, via un « management par le stress ». Mobilité imposée et pressions sur les moins « performants » ont créé une ambiance interne irrespirable, dans laquelle il est devenu, assurent les sydicats, « impossible de travailler ». Même la direction de l'entreprise reconnait qu'elle s'est fourvoyée en sous-estimant l'importance de la souffrance de ses employés.

France Télécom, qui ne compte pas abandonner la restructuration en cours, doit donc repenser entièrement sa stratégie pour parvenir à ses fins. Mais comment mener des négociations sociales constructives dans le climat actuel ?

La démission de Didier Lombard, sans résoudre tous les problèmes, aurait au moins deux vertus : elle calmerait le violent désespoir actuel des salariés (un désespoir qui peut rapidement tourner à la colère massive) et elle permettrait à une nouvelle équipe de travailler, avec un regard neuf, sur de nouvelles relations sociales, autour du dauphin désigné Stéphane Richard.

Elle serait donc, objectivement, dans l'intérêt de l'entreprise, intérêt auquel, personne n'en doute, Didier Lombard est attaché.

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  • Stephane MOT
    Stephane MOT
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 03h49 le 01/10/2009
    • Internaute
      Author & Chief AtoZ Officer

    A minima, le DRH doit evidemment sauter, si ce n'est deja fait

    La question Lombard est clairement posee : sa gestion de la crise est catastrophique et il en a rajoute une couche avec la conference telephonique a l'attention des cadres.

    Cela me parait beaucoup plus grave que dans le cas de Daniel Bouton a la Societe Generale (Kerviel & co) : sur le fond comme dans la forme, sa montee au creneau a totalement fragilise l'ensemble de l'edifice.

    On pourrait presque parler de faute lourde, bien au-dela de la simple maladresse de communication. Quelque part, le CEO doit la reconnaitre et decider d'une sanction, le tout au plus vite.

    A mon avis, Lombard doit sinon demissionner, du moins formellement suspendre ses fonctions a la tete de l'entreprise jusqu'a une prochaine AG, deleguant la charge officielle a Richard.

  • A.V.
    • Posté à 08h07 le 01/10/2009

    Et qu'est-ce que ça changerait ? J'ai vécu exactement la même mutation quand je travaillais chez Microcell, la première entreprise ayant développé la norme GSM au Canada. Du jour au lendemain, la gestion en interne a changé en vue de préparer l'entrée d'investisseurs américains dans le capital. La direction s'est mise à l'affût du moindre dollar à économiser, de la moindre tâche à rationaliser. Résultat : déménagement de locaux à visage humain, installés dans une tour haut de gamme et faits d'espaces de travail séparés, pour un plateau immense de 600 personnes bas de plafond et non insonorisé ; temps de latence entre deux clients en phoning passant de 10 minutes à moins d'une minute ; mise en place d'un groupe « écoute-qualité » qui espionne les collègues et sanctionne ceux incapables de torcher un appel + mise à jour du dossier client en moins de 2 minutes. Je me suis barré au bout de dix mois. Ma coach a fait une fausse couche à cause du stress et de la pression hiérarchique. Sa manager est partie pour dépression nerveuse. Le turnover était devenu tel que ne subsistaient dans le département que quatre employés présents à la création de l'entreprise, quatre ans plus tôt.
    Une fois la transition opérée chez France Télécom et les employés les plus fragiles écartés d'une manière ou d'une autre, il y aura moins de suicides. Mais les conditions de travail seront pourries, les employés réduits à des galériens de passage, les clients confrontés à un service d'assistance minable. Et je n'ai pas parlé des sous-traitants...

  • Pouffpouff
    Pouffpouff
    En activité
    • Posté à 08h33 le 01/10/2009
    • Internaute
      En activité

    Il y a 25 ans un président de la SNCF a démissionné suite à l'erreur d'un obscur chef de gare dans le Limousin qui avait fait partir trop tôt un train sur une voie unique causant un carambolage.
    La démission du patron de France Telecon en est d'autant plus justifié (sans idemnités bien sûr).

  • Praxis
    Praxis
    Fonctionnaire
    • Posté à 12h43 le 01/10/2009
    • Internaute
      Fonctionnaire

    Au-delà de cette affaire, ce qui est illustré c'est le management par le prisme étroit du chiffre, encore et toujours du chiffre. Une civilisation qui accorde plus d'importance à ses indicateurs chiffrés qu'à son potentiel humain tourne complètement à l'envers. On est ici dans une illustration quasi scolaire du concept de l'aliénation : l'individu est dépossédé du sens de ce qu'il fait, il est robotisé, essoré, rendu étranger à lui-même. Comment, dans ces conditions, s'étonner des réactions en chaîne : dépressions, suicides, etc. ?

    Nicolas Sarkozy a avancé une excellente idée : ne plus se fier à l'indicateur du PIB mais prendre en compte les dimensions humaine, écologique dans le développement économique et social des nations. Quant on voit le fonctionnement des entreprises, cette course au profit, au chiffre, on se dit qu'on est encore loin, très loin du résultat. Et que la révolution des idées, pourtant favorisée par la crise économique, la défaite de la pensée monétariste, financière, new-managériale, est encore à des années lumières de nous parvenir.

    Il y a un terreau extrêmement propice en ce moment pour la réinvention d'un nouveau modèle de civilisation. Les idées défendues par la gauche, par le socialisme, par la social-démocratie devraient triompher et c'est le contraire qui se produit : la droite se réapproprie un modèle, des idées qui ne sont pas les siennes, et ça fonctionne. C'est désespérant.

    En ce qui concerne Lombard (ça rime avec...) : depuis quand les personnalités au pouvoir, en haut de leur pyramide, reconnaissent leurs torst et font acte de responsabilité ? Même s'ils sont impliqués dans des atrocités, ils ne renoncent jamais. Encore une fois, ce ne sont pas des phénomènes périphériques qui sont à repenser, c'est l'ensemble d'un modèle de développement, de vivre-ensemble qui doivent être reprises à l'aune des enseignements de la crise économique, sociale, écologique, éthique et j'en passe. C'est en ce moment que doit se livrer une vraie bataille pour les idées. Haro !