Decryptage 30/09/2009 à 11h05

Le suicide est-il contagieux ?


Le suicide s'attrappe-t-il comme la grippe ? C'est l'avis de Malcolm Gladwell, auteur aux Etats-Unis du « Point de Bascule » (The Tipping Point), un best-seller consacré à la propagation des épidémies sociales.

Gladwell donne l'exemple de la Micronésie : alors que le suicide y est quasiment inexistant pendant les années 1960, à la fin des années 1980, le taux de suicide annuel par habitant y est le plus élevé du monde, à 160 suicides pour 100 000 habitants chez les 15-24 ans.

Gladwell, qui compile les travaux de l'anthropologue Donald Rubinstein, explique que ces suicides suivent le même schéma. Leurs auteurs sont des hommes d'une vingtaine d'années, qui vivent chez leurs parents. Généralement, ils se donnent la mort le week-end et laissent derrière eux une note indignée par la façon dont ils ont été traités.

Une sorte de colère romantique après des faits qui pourraient sembler bénins :

« Les ados se suicidaient parce qu'ils avaient vu leur petite copine avec un autre garçon ou parce que leurs parents leur refusaient de l'argent de poche pour une bière. »

Plus les suicides se font fréquents, plus ils familiarisent les autres jeunes avec un geste extrême, résume Gladwell, le suicide devient le geste par lequel les jeunes expriment leurs colères.

A la Une des journaux

Il cite encore le travail de David Phillips. Ce sociologue de l'Université de Californie a étudié les Unes de grands journaux régionaux américains et les statistiques de suicide entre 1940 et 1960 : les taux de suicide dans la zone de diffusion des quotidiens mentionnant un suicide augmentaient systématiquement après publication en Une.

Face à leurs difficultés, explique t-il, les gens ont toutes sortes de réponses à disposition, « les articles sur le suicide font naturellement la publicité d'une réponse particulière à vos problèmes ». La mort de Marilyn Monroe a provoqué une hausse du taux de suicide de 12% aux Etats-Unis l'année suivant sa mort.

Parmi les critiques des idées de Gladwell à l'époque de la sortie de son livre, le sociologue Alan Wolfe juge dangereux de penser que le suicide s'attrape comme la grippe. A réduire le suicide à des problèmes de contexte, « on risque de ne pas donner à une potentielle victime de suicide l'attention dont elle aurait besoin ».

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  • einna
    • Posté à 12h06 le 30/09/2009
    • Internaute

    Si le passage à l'acte suicidaire puisse être « facilité » - au sens où savoir que d'autres ont pû poser l'acte peut lever les dernières inhibitions- dans certains contextes, parler de contagion me semble aussi stupide que de parler de mode.

    La question que posent ces suicides en entreprise me semble plutôt celle de ce qu'une société peut proposer à une personne en souffrance. Quels signes peuvent faire sens pour l'entourage, quelles aides peuvent être proposées ?

    Pour celà, il faudrait que l'état mette en place une politique de santé digne de ce nom, c'est à dire prenant en compte le sujet, sa souffrance, proposant des lieux d'écoute, des lieux de mise au travail de comprendre ce qui se passe alors pour le sujet. Mais cette politique de santé n'est pas celle des labos pharmaceutiques qui eux proposent des pilules du bonheur, les mêmes pour tous ; cette politique n'est pas celle du ministère du travail, le sujet est perçu comme créateur de bénéfices et pas comme un être humain avec des jours avec et des jours sans. Bien sûr, médiatiquement, il va y avoir un emballement, la mise en exergue d'une entreprise, mise en exergue sans doute justifiée d'ailleurs mais tant qu'on refusera de placer le sujet au coeur de la société, il y aura des drames personnels.

  • marc b
    • Posté à 12h42 le 30/09/2009

    Ce genre d'étude me fait toujours penser à l'histoire de la grenouille et du chercheur.
    Ce dernier souhaite enseigner la démarche scientifique à ses assistants. Il prend une grenouille, la pose sur la table de travail, et crie en frappant des mains : saute !
    La grenouille apeurée saute.
    Il recommence l'expérience après avoir coupé 1, 2, puis 3 pattes. La grenouille saute plus ou moins bien à chaque foi.
    A la 4ème patte coupée, la grenouille ne veut plus sauter.
    Celui-ci se retourne vers ses assistants et leurs demandent de noter : « une grenouille que l'on ampute de ses 4 pattes devient sourde “.

  • Lapin Bleu
    • Posté à 15h02 le 30/09/2009

    (Taken from « L'Incal Noir », une aventure de John Difool par Moebius & Jodorowsky // © Les Humanoïdes Associés 1983)

  • vol19
    • Posté à 15h20 le 30/09/2009
    • Internaute

    Ces chansons sur le suicide m'évoque surtout « Sombre dimanche à Budapest » du compositeur Rezso Seress (en 1933) dont la légende urbaine voulu que cette chanson fut interdite à être jouée en public de peur qu'elle pousse des auditeurs au suicide...
    Le compositeur s'est d'ailleurs lui-même suicidé. La Hongrie conserverait toujours un taux de suicide élevé dans le temps, malgré, il semblerait, le passage dans des systèmes politiques différents.
    Pourquoi ne pas aborder non plus les... suicides poussés par la tradition (certes en recul) de la veuve indienne, du suicide par injonction politique... les kamikazes, mais aussi des civils lors de la capitulation...Bref de ce que le social invente comme turlupitudes sur l'individu (avec sa singularité) dans un lieu ou un temps donné...et comment c'est repris.
    Entre légende et fait social, faits individuels et collectifs, et liens entre les deux, un problème complexe qui ne mérite sans doute pas la caricature.

  • Compte supprimé le 4 janvier 3
    • Posté à 15h45 le 30/09/2009

    Cette question ne date pas d'hier. La parution en 1774 en Allemagne des « Souffrances du jeune Werther » avait provoqué une vague de suicides sans précédent. La chanson « Sombre dimanche » interprétée en France en 1936 par Damia, a été interdite dans plusieurs pays pour la même raison...

    Ce qui n'enlève rien au fait qu'il faut tout faire pour apporter une aide aux personnes ayant des penchants suicidaires.

  • onaissi
    onaissi
    Yo !
    • Posté à 15h46 le 30/09/2009
    • Internaute
      Yo !

    Très informatif !

    Je savais que le suicide avait tendance à se propager, comme n'importe quelle idée, cet article en apporte quelques preuves.

    On dit que chez France Télécom, ces gens se sont suicidés à cause de leur travail, d'une politique managériale, etc... C'est peut-être idiot, mais je n'arrive pas à imaginer qu'un job puisse faire souffrir au point de se suicider. Parce qu'on peut toujours démissionner, bordel !

    Comment se fait-il qu'entre suicide et démission, certains choisissent le suicide, alors que la démission paraît tellement évidente ? Pourquoi les gens se sentent obligés de supporter l'insupportable au point de se donner la mort ? Pourquoi ces gens ne se sentent pas libres de partir de chez France Télécom ?

    Je me pose vraiment ces questions, je n'ai aucune idée des réponses.

    Que ces suicides soient liés à un phénomène de contagion n'y change rien : pourquoi au lieu d'une contagion de suicides, nous n'avons pas une contagion de démissions ? Autrement dit, pourquoi les premiers suicidés, qui ont déclenché la contagion, n'ont-ils pas plutôt choisi de partir ?

  • Okotoks
    Okotoks
    Amateur de paléontologie et d' (...)
    • Posté à 16h10 le 30/09/2009
    • Internaute
      Amateur de paléontologie et d' (...)

    Hasard des lectures, j'ai justement lu un article expliquant que, globalement, la santé des personnes était meilleure en période crise (bien que le nombre de suicides augmente) :

    Lien

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 19h25 le 30/09/2009
    • Internaute
      oiseau

    Il n'y a pas que les anthropologues ou les sociologues qui travaillent sur la contagion des suicides. Je crois me souvenir que les psychologues sociaux ont montré l'aspect contagieux des suicides, des viols et autres joyeusetés depuis longtemps (une cinquantaine d'années).

    En gros, ce n'est pas la contagion qui est le centre de la question, mais quels sont les processus par lesquels cette contagion existe.