Le suicide est-il contagieux ?
Le suicide s'attrappe-t-il comme la grippe ? C'est l'avis de Malcolm Gladwell, auteur aux Etats-Unis du « Point de Bascule » (The Tipping Point), un best-seller consacré à la propagation des épidémies sociales.
Gladwell donne l'exemple de la Micronésie : alors que le suicide y est quasiment inexistant pendant les années 1960, à la fin des années 1980, le taux de suicide annuel par habitant y est le plus élevé du monde, à 160 suicides pour 100 000 habitants chez les 15-24 ans.
Gladwell, qui compile les travaux de l'anthropologue Donald Rubinstein, explique que ces suicides suivent le même schéma. Leurs auteurs sont des hommes d'une vingtaine d'années, qui vivent chez leurs parents. Généralement, ils se donnent la mort le week-end et laissent derrière eux une note indignée par la façon dont ils ont été traités.
Une sorte de colère romantique après des faits qui pourraient sembler bénins :
« Les ados se suicidaient parce qu'ils avaient vu leur petite copine avec un autre garçon ou parce que leurs parents leur refusaient de l'argent de poche pour une bière. »
Plus les suicides se font fréquents, plus ils familiarisent les autres jeunes avec un geste extrême, résume Gladwell, le suicide devient le geste par lequel les jeunes expriment leurs colères.
A la Une des journaux
Il cite encore le travail de David Phillips. Ce sociologue de l'Université de Californie a étudié les Unes de grands journaux régionaux américains et les statistiques de suicide entre 1940 et 1960 : les taux de suicide dans la zone de diffusion des quotidiens mentionnant un suicide augmentaient systématiquement après publication en Une.
Face à leurs difficultés, explique t-il, les gens ont toutes sortes de réponses à disposition, « les articles sur le suicide font naturellement la publicité d'une réponse particulière à vos problèmes ». La mort de Marilyn Monroe a provoqué une hausse du taux de suicide de 12% aux Etats-Unis l'année suivant sa mort.
Parmi les critiques des idées de Gladwell à l'époque de la sortie de son livre, le sociologue Alan Wolfe juge dangereux de penser que le suicide s'attrape comme la grippe. A réduire le suicide à des problèmes de contexte, « on risque de ne pas donner à une potentielle victime de suicide l'attention dont elle aurait besoin ».
- Sur Rue89Est-ce qu'on se suicide plus à France Télécom qu'ailleurs ?
- Sur Rue89Suicides à France Télécom : moins de compassion, plus de réflexion
- Sur gouv.frLa mortalité par suicide en France, un rapport du ministère de la santé
- Sur lemonde.frAprès un nouveau suicide, France Télécom suspend le principe de mobilité
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Si le passage à l'acte suicidaire puisse être « facilité » - au sens où savoir que d'autres ont pû poser l'acte peut lever les dernières inhibitions- dans certains contextes, parler de contagion me semble aussi stupide que de parler de mode.
La question que posent ces suicides en entreprise me semble plutôt celle de ce qu'une société peut proposer à une personne en souffrance. Quels signes peuvent faire sens pour l'entourage, quelles aides peuvent être proposées ?
Pour celà, il faudrait que l'état mette en place une politique de santé digne de ce nom, c'est à dire prenant en compte le sujet, sa souffrance, proposant des lieux d'écoute, des lieux de mise au travail de comprendre ce qui se passe alors pour le sujet. Mais cette politique de santé n'est pas celle des labos pharmaceutiques qui eux proposent des pilules du bonheur, les mêmes pour tous ; cette politique n'est pas celle du ministère du travail, le sujet est perçu comme créateur de bénéfices et pas comme un être humain avec des jours avec et des jours sans. Bien sûr, médiatiquement, il va y avoir un emballement, la mise en exergue d'une entreprise, mise en exergue sans doute justifiée d'ailleurs mais tant qu'on refusera de placer le sujet au coeur de la société, il y aura des drames personnels.




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