Sur le terrain 01/10/2009 à 00h43

Audition de Villepin : choses vues au Barnum Clearstream

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

C’est à un dialogue de sourd que se sont livrés les protagonistes de l’affaire Clearstream lors de l’audition de Dominique de Villepin ce mercredi. En coulisse et en public, Rue89 vous raconte cette journée.

Le cirque médiatique

Le procès est public et cette audition attendue, alors pour être sûrs de ne pas rater Dominique de Villepin ce mercredi, certains sont arrivés au Palais de Justice à 9 heures.

En milieu de matinée, une vingtaine d’impatients sont installés sur des chaises dans la zone réservée au public. On ne parle que de complots politiques et d’attente. Pour la troisième fois depuis le début du procès, un professeur « passionné de politique » tente sa chance : « Vous croyez vraiment que je vais y arriver aujourd’hui ? Je n’ai jamais vu autant de monde. » Effectivement, il n’y arrivera pas.

L’audience doit débuter autour de 13 heures. Dominique de Villepin prononcera quelques mots devant les caméras quelques minutes avant le début de la séance. C’est le programme.

Alors, en attendant, il faut s’occuper. Filmer l’habitué qui offre des fleurs tous les jours à l’ancien Premier ministre, les avocats du procès, les avocats dont on ignore qu’ils n’ont rien à voir avec Clearstream, les journalistes vedettes (Philippe Labro, Jean-Michel Aphatie, Jean-Pierre Elkabbach...Voir la vidéo)...

A quelques mètres des caméras, un autre groupe, plus dense encore, piétine. C’est la presse écrite. Une journaliste, piètre négociatrice, tente de convaincre un gendarme de la laisser passer sans badge d’accréditation :

- Vous n’allez quand même pas faire passer le public avant la presse.

- Si. Quand on ne fait pas entrer le public, vous nous critiquez.

- Moi ? Jamais.

Comme beaucoup de visiteurs et de journalistes, elle restera dehors. « Ça suffit, on est en surreffectif là-dedans, les pompiers ne sont pas contents ! », « mais pourquoi ils veulent tous rentrer ? Ça sent le poney-club. »

Débordés, les gendarmes ont multiplié les arguments pour justifier les portes closes. A raison. Toutes fenêtres ouvertes, tout le monde crevait de chaud dans la salle.

Villepin s’en sort bien mais rien n’est clair

Avant l’ouverture de l’audience, Dominique de Villepin - toujours très télégénique - s’est adressé aux dizaines de caméras pour redire son combat pour la « vérité ».

Dix minutes plus tard, à Thierry Herzog, représentant le chef de l’Etat, de reprendre l’image. Car le procès des faux listings Clearstream ne se résume désormais plus qu’à un affrontement Sarkozy-Villepin.

C’est d’ailleurs le principal argument de défense de l’ancien Premier ministre. C’est lorsqu’il en use qu’il est bon, départi enfin de sa raideur et d’une certaine morgue -qui a passablement irrité le procureur.

Si cette audience avait pour fins de déterminer qui de Dominique de Villepin, Imad Lahoud ou Jean-Louis Gergorin ment, c’est un fiasco.

Jean-Louis Gergorin maintient qu’il a rencontré discrètement Dominique de Villepin à plusieurs reprises, qu’il connaissait l’existence de la « source » Imad Lahoud, qu’il a demandé sa libération lors de sa garde à vue et qu’il a parlé d’instructions de Jacques Chirac. Tout faux, a répondu Dominique de Villepin au procureur, avant de dénoncer le rôle de l’actuel président de la République :

« Quand Nicolas Sarkozy prononce le mot Clearstream, sa physionomie change. Prenons à témoins les 2 ou 3 millions de Français qui ont vu son intervention sur TF1 et France 2 ! Il y a de sa part une volonté et un acharnement à détruire un adversaire politique. »

Quant à son objectif de nuire à Nicolas Sarkozy, là aussi, rien de nouveau, si ce n’est une belle empoignade entre lui et l’avocat du Président. A ses questions déjà posées par le procureur, Me Herzog se voit invité à « arrêter de prendre les gens pour des cons » par Olivier Metzner, l’avocat de Villepin, et les autres arguments sont balayées par le prévenu vedette qui s’énerve :

« On peut poursuivre la calomnie, elle chemine, elle chemine mais vous n’arriverez pas à démontrer une implication du ministre que j’ai été pour des actions que je n’ai pas commises . Votre tentative est désespérée. »

Jusqu’à la franche engueulade entre les deux hommes :

- « J’ai bien connu Me Herzog quand j’étais secrétaire général de l’Elysée et il était moins agressif.

- Le secret professionnel, cher collègue...

- Ce n’est pas uniquement en qualité d’avocat que vous agissiez ! »

Les esprits s’échauffent aussi du côté des autres parties civiles et voilà que Jean-Pierre Mignard, l’avocat du journaliste Edwy Plenel et du magistrat Gilbert Flam, fait une sortie fracassante, accusant l’Etat et ses dysfonctionnements d’être au coeur de l’affaire, la justice de ne pas faire convenablement son travail et le procureur d’être un fonctionnaire de ce même Etat.

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  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant
    journaleux - blogueur
    • Posté à 01h39 le 01/10/2009
    • Internaute 14145
      journaleux - blogueur

    Un dialogue de sourds pour l’audition de…
    Avec ce brouhaha, ce n’est pas audible !

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable
    • Posté à 09h00 le 01/10/2009
    • Internaute 53186
      inconsolable

    Au secours ! Je n’y comprends rien...

    A quel moment va-t-on savoir que l’existence des caisses de compensation comme Cleastream est légale (et utile) ?

    A quel moment va-t-on dire que quiconque peut ouvrir une boite dans une caisse de compensation sous le pseudo de Nagy Bosca ?

    A quel moment va-t-on dire que le président Sarkozy a parfaitement le droit d’ouvrir un compte dans une caisse de compensation (quoique ces comptes soient plutôt réservés aux entreprises) ?

    Qui peut croire que si le Président Sarkozy veut transferrer des fonds illégaux, il le fera plutôt sous le pseudonyme de Nagy Bosca que sous celui de Galouzot (au hasard) ?

    A quel moment va-t-on dire que l’accusation de complot ne repose sur rien ?

    A quel moment va-t-on enfin s’occuper de la véritable affaire Clearstream, à savoir l’utilisation de cette caisse dans le versement de pots de vins dans l’affaire des frégates de Taïwan.

    Combien de temps encore le « secret bancaire » dissimulera-t-il le Lien ?

    ... j’y perds mon bon sens !

  • Eliott
    • Posté à 10h00 le 01/10/2009
    • Internaute 24550

    Intéressant.

    On voit qu’il n’est pas si évident comme voudrait nous le faire croire l’ensemble des médias que Villepin est bien le coupable.

    Sarkozy en ce moment doit se poser la question comment se sortir du bourbier dans lequel il s’est mis seul, car je n’ai plus l’ombre d’un doute que le grand perdant de cette affaire sera Sarkozy dans tous les cas de figures.

    Je suis curieux de connaître la date à laquelle sera rendu le jugement, car si le jugement est rendu avant les régionales cela risque de ne pas être de bonne augure pour l’UMP.

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 11h21 le 01/10/2009
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout