A débattre

Clearstream : Plenel se défend d'être l'hyperavocat de Villepin

Edwy Plenel en 2008 (Audrey Cerdan/Rue89).

A lire les comptes-rendus de l'audience du lundi 28 septembre, il est difficile de savoir si Edwy Plenel, directeur de la publication de Mediapart, est partie civile dans l'affaire des faux listings de Clearstream ou s'il est l'avocat de Dominique de Villepin :

  • « Dominique de Villepin s'est trouvé un cinquième avocat, lundi 28 septembre, en la personne d'Edwy Plenel » (Le Monde)
  • « S'il n'est pas tendre avec l'enquête de Clearstream menée par son confrère Denis Robert, Edwy Plenel se montre en revanche très agréable à l'égard de Dominique de Villepin. » (Le JDD)
  • « Plenel affirme que ceci n'a pu se faire à l'insu du ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy. L'attaque indirecte du chef de l'Etat s'accompagne d'une exonération, non étayée, de son ennemi juré (Villepin, ndlr). » (Challenges)
  • « Au passage, Plenel “innocente” à sa façon l'ennemi de Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin » (L'Express)
  • « Le journaliste joue, lui, les hyperavocats, se lançant dans une défense fougueuse de deux prévenus : son confrère Denis Robert, pourfendeur de la corruption, et Dominique de Villepin. » (Le Figaro)

L'ancien directeur des rédactions du Monde, comme la quarantaine de parties civiles dans cette affaire, ignore les raisons pour lesquelles son nom a été associé à cette affaire de corruption.

Edwy Plenel s'est notamment indigné de ce que le dossier ne s'intéresse qu'à l'« hyperpartie civile » Nicolas Sarkozy, négligeant le reste du dossier. Et de se lancer dans une défense de Dominique de Villepin qualifiée de fougueuse et entière par les journalistes présents au procès :

« Il me paraît clair qu'il (Dominique de Villepin, ndlr) n'est ni l'organisateur ni le commanditaire de la calomnie dont j'étais l'objet. »

Contacté par Rue89, Edwy Plenel a récusé la lecture de son intervention au procès qu'ont fait la plupart des médias :

« Je suis partie prenante de la justice. Ma position sur Dominique de Villepin rejoint la lecture du procureur. Il apparaît que l'ancien Premier ministre est de bonne foi lorsqu'il dit avoir ignoré jusqu'en 2004 que les listings étaient des faux. »

Son propos au tribunal ne concernait pas uniquement Dominique de Villepin, souligne-t-il, avant d'expliquer que l'enjeu de ce procès dépasse largement ses protagonistes. Pour le fondateur de Mediapart, ainsi qu'il l'a longuement développé sur son blog, Clearstream est d'abord la construction d'une légende, celle d'un complot contre Nicolas Sarkozy :

« Le corps de mon propos au tribunal, ce sont les trois chimères de Clearstream. Une chimère vertueuse, celle de Denis Robert et de la première affaire Clearstream. La perverse où l'on a un falsificateur, Imad Lahoud, dont on sait qu'il a ajouté des faux noms sur ce listing.

Enfin, la chimère partisane, celle qui fait croire que la cohérence de toute cette affaire a été de nuire à une seule personne. Comme si les parties civiles n'étaient que de petits arbres cachant la forêt Nicolas Sarkozy.

Ce que je dis, c'est que l'Etat est responsable et qu'il y a eu un dysfonctionnement grave. Ce qui est ici reproché à Villepin peut l'être à l'Etat dans son ensemble. En 2004, des hauts fonctionnaires, des hauts responsables du renseignement, des ministres - savaient que des faux listings circulaient, mais personne n'a informé la justice. »

Reste que c'est également en raison de l'importante couverture que Mediapart consacre à cette affaire que la position d'Edwy Plenel était attendue. Ce mardi matin, Mediapart titrait par exemple : « Clearstream : la piste ignorée des liens Sarkozy-Lahoud ».

Déjà, le 24 septembre, Arrêt sur Images observait que d'une même audience, celle d'Imad Lahoud, Libération et Mediapart tiraient des thèses opposées. Libération titrait « Lahoud charge Villepin » quand Mediapart titrait : « Des documents gênants pour Nicolas Sarkozy », insistant sur les liens entre entre Lahoud et un proche du Président, François Pérol.

Fabrice Arfi, rédacteur du compte-rendu, a répondu à nos confrères que son site ne défend aucune thèse mais que ses enquêtes révèlent « des choses plus que troublantes dans le dossier, gênantes pour Nicolas Sarkozy, et que ni le parquet ni les juges n'ont examiné de fond en comble. »

« Il n'est pas question d'être l'avocat de Villepin dans cette histoire », assure à Rue89 François Bonnet, le rédacteur en chef de Mediapart :

« On fonctionne tout à fait normalement. Edwy Plenel écrit dans son blog et pas dans le journal. Trois journalistes suivent le procès et ce qui entoure cette affaire. Il n'y a pas de mélange des genres.

En tant que rédacteur en chef, j'ai demandé un article général sur le procès à Edwy Plenel, mais c'était avant l'ouverture du procès. Il s'agissait d'en situer les enjeux.

C'est tout de même un procès loin d'être classique. De nouveaux éléments paraissent tous les jours (le témoignage du beau-frère de Villepin…) et posent question. »

Egalement entendu lundi, Alain Gomez, l'ancien PDG de la société d'armement Thomson, a regretté la focalisation de l'instruction autour de Dominique de Villepin et de Nicolas Sarkozy et mis en cause Jean-Louis Gergorin.

Photo : Edwy Plenel en 2008 (Audrey Cerdan/Rue89).

7 commentaires sélectionnés

Portrait de Anomie

De Anomie

Vivant | 17H24 | 29/09/2009 | Permalien

Franchement, aucun journal ne donne d'infos contradictoires, Nous voyons bien la masse journalistique aller dans le même sens et sa fait peur…

A part Mediapart (qui suit l'ensemble du procès directement puisque Plenel s'est constitué partie civile) aucun journal ne titre les révélations du Procès qui ouvrent la piste d'une potentielle culpabilité de proches de Sarkozy et donc de Sarkozy lui même !

Je suis désolé de vous le dire mais moi sa me choque parce-que nous voyons où s'exerce l'auto-censure !

Tous les journaux, sans exception, ont présentés Sarkozy comme Victime avant même que le procès débute et sans aucune preuve, c'est grave !

C'est un fait de plus qui nous montre que les journaux Web ne font que recycler l'information déjà vérifiée, déjà présente sur le Web ou fournie par l'AFP… Se ne sont plus des journalistes mais des « vérificateurs ».

Quand au travail d'investigation ne comptez par sur eux non plus, et là encore il faut tirer un « coup de chapeau » à Mediapart pour le travail fourni !

Portrait de raskol

De raskol

à vélo | 17H45 | 29/09/2009 | Permalien

J'ai du mal à comprendre ceux qui s'acharnent à défendre Villepin.
C'était l'homme le plus puissant de France, jamais élu (sans doute même pas délégué de classe au lycée) qui représente pour moi ce qu'il y a de plus antidémocratique dans le système français, et qui s'est fait méchamment prendre la main dans le sac à vouloir éliminer un concurrent de façon assez minable.
Franchement, imaginer Villepin en victime contrevient trop au principe du rasoir d'Ockham pour que ça soit ne serait-ce qu'un brin crédible.
Sarkozy n'a d'ailleurs pas grand chose à gagner à un coup de projecteur sur une affaire aussi nébuleuse dont le Français moyen retiendra juste que « c'est trop compliqué pour qu'il soit tout blanc ».

A titre préventif, je précise que si j'écris ça c'est bien sûr parce que :
1 je suis un gros naïf.
2 je suis payé par le gouvernement pour faire ce job.
3 J'adore me faire nazer.

Portrait de cassino

De cassino

Auteur | 17H59 | 29/09/2009 | Permalien

Ce qu'il y a de démentiel dans cette affaire Clearstream, c'est qu'on est en « justice » pour un faux listing et que pour le vrai listing (car il y a un) la « justice » s'en fout et laisse Clearstream continuer son travail de blanchiement de l'argent de la drogue ou du commerce des armes ; chez nous on a même un ministre de la Défense qui vient étaler devant le Parlement nos succès de vente d'armes. Pauvre France avec son hymne guerrier à la con ……

Portrait de zorbek

De zorbek

19H22 | 29/09/2009 | Permalien

Dans un sens je peux comprendre l'indignation de Plenel, puisque lui aussi est cité sur la liste truquée, parmi beaucoup d'autres.

Et je peux aussi m'imaginer qu'il est plus facile de postuler une rivalité politique comme cause première que de comprendre les tenants et les aboutissants d'une lutte de pouvoir au plus haut niveau d'EADS, qui par ailleurs implique directement la participation des services secrets.

Reste que la question que l'on peut se poser est de savoir si, dans le cas où Villepin et Chirac avaient eu le dessus dans le contrôle de l'UMP, on saurait aujourd'hui que les listings étaient truqués. Après tout, quand Chirac était au pouvoir, une accusation aussi accablante que la cassette de Mery sur les marchés truqués de la ville de Paris s'est soldée par un non lieu et la condamnation de sous fifres…

Pour ce qui est de l'innocence de Villepin, voici ce qui me permet d'en douter :

1. les carnets de Rondot qui relatent l'échange avec Villepin lui permettant d'informer ce dernier « que les services considèrent que c'est un montage ». A lire ses notes, le ministre n'est pas de cet avis : « D de V : discuter encore sur le montage ». Pour les « milieux financiers », soutient ce dernier, « c'est vrai » – autrement dit : les listings sont authentiques ; quant aux « milieux politiques », « ils s'inquiètent »

2. les 3 questions de Giesbert adressées à Villepin, publiées par le NO et restées sans réponse : « Pourquoi a-t-il laissé courir l'affaire », « peut-il certifier qu'il n'a jamais dit à la mi-juillet 2004, alors même que le bidonnage était établi : “Sarkozy c'est fini. Si les journaux font leur travail, il ne survivra pas à cette affaire là”. » Et enfin « pourquoi est-il intervenu personnellement pour faire libérer Imad Lahoud ? »

Contrairement à ce que pensent beaucoup trop de gens, il est impensable que Villepin et Chirac aient pu envisager un seul instant que les listings n'étaient pas truqués, pour une raison fort simple : tous les comptes de Clearstream sont des comptes d'institutions financières (banques, brokers,…) et pas des comptes nominatifs. A moins d'être complètement nuls, ils ne pouvaient pas ne pas le savoir, mais par contre ils ne pouvaient ignorer que, Denis Robert aidant, le populot n'y verrait que du feu, l'ignorance étant la base de la calomnie. Venir prétendre comme l'a fait Villepin dans les notes de Rondot que « pour les milieux financiers c'est vrai » est un énorme bobard : c'est évidemment faux et c'est en toute connaissance de cause qu'ils se sont servis de Rondot et des juges comme des pions, avec fuites dans la presse (cf Giesbert) dans le but explicite de salir tout ce qui n'était pas la chiraquie, et en particulier le prétendant Sarkozy (et aussi pour diminuer un peu l'audibilité du bruit de casseroles des marchés truqués de la ville de Paris, parmi d'autres)…

Portrait de viva zebda

De viva zebda

rameur | 08H30 | 30/09/2009 | Permalien

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Portrait de Tita

De Tita

oiseau | 09H13 | 30/09/2009 | Permalien

Cet article flirte avec un sujet encore plus intéressant.

Si bien des journalistes s'étonnent des écrits de Plenel au point que ce dernier doive se défendre (ou s'expliquer), on pourrait aussi inverser la situation. Et si la défaillance (ou l'anormalité) ne venait pas de Plenel mais des autres journalistes qui s'engouffrent dans l'idée que Villepin est nécessairement coupable parce qu'il est l'ennemie de notre « si gentil et angélique président ». Après tout, si ces journalistes s'étonnent que Plenel ait une position, on peut aussi s'étonner qu'ils en aient une.

Rappelons « Au passage, Plenel “innocente” à sa façon l'ennemi de Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin » (L'Express) N'est-ce pas plein de sous-entendus ? Et puis, Plenel peut-il innocenter quelqu'un qui bénéficie de la présomption d'innocence ? Et pourquoi rappeler qu'il est l'ennemi de Nicolas ? Est-ce pour rappeler que ce dernier se dit la pauvre victime ? N'est-ce pas une prise de position aussi ?

Deux conclusions s'imposent !
1) Visiblement le journalisme est malade si des journalistes s'étonnent que le journalisme existe encore et que d'autres ne partagent pas leurs points de vue.

2) Il n'y a pas à défendre Sarkozy, Villepin ou qui que ce soit, il y a à transcrire fidèlement les faits et les preuves, tels que le devrait faire aussi la justice. C'est ainsi que je conçois la justice… et le journalisme.

Portrait de pomme53

De pomme53

Médiation | 09H56 | 30/09/2009 | Permalien

Quand la quasi totalité des médias presse et télé se font l'avocat inconditionnel de SARKOZY et commentent à longueur de colonnes ses déplacements, ses ouvertures à « gauche » ses discours débités maladroitement et ses divers effets de manche en guise de projet de société, encore heureux qu'il existe un site de presse comme Médiapart, capable de prendre assez de recul pour analyser et présenter les faits à propose de cette affaire de façon différente de la presse alimentaire !
Edwy PLENEL étant partie civile dans cette affaire, difficile de lui reprocher aujourd'hui de défendre « aveuglément »
Le « coupable » (désigné par le doigt accusateur présidentiel), responsable de son « implication » involontaire dans les listings de clearstream !
Qu'est-ce qui dérange le plus les tenants de la vertu de l'honnêteté et de la « virginité » pénale présidentielle ? Que Nicolas SARKOZY en fin manipulateur (ce qui n'étonnera plus personne) pourrait-être à l'origine de cette affaire déclenchée à 3 mois de l'élection à la tête de l'UMP en 2004 ? Election qu'il aurait de toute évidence perdue face au Gaulliste (moins anxiogène) DE VILLEPIN ! ?
Dans cette affaire à double tiroirs, la seule question qu'il convient de se poser est : à qui profite le crime ?
En 2004, Dominique de Villepin dauphin du président en fonction, menace (très sérieusement) de s'emparer devant SARKOZY du parti de Jacques CHIRAC, le RPR. Devant ce danger imminent, SARKOZY pressent le risque de l'anéantissement de tous ses rêves même et les plus « improbables » c'est-à-dire réaliser son coup d'état à la tête du pays ; un coup préparé de longue date et avec de solides appuis, depuis qu'il a été nommé au ministère de l'intérieur grâce aux lobbys de l'ombre. Pour éviter cette fin tragique pour lui et les siens, rien n'interdit de penser (comme l'article sur les relations cachées de SARKOZY-LAHOUD à lire sur Médiapart peut le faire éventuellement supposer) que le candidat SARKO eut pû sans aucun scrupule, plonger son adversaire dans ce scandale « servi sur un plateau ». Résultat, la victimisation du pauvre petit Nico (dans ce rôle il est très bon), et pour le « méchant » « coupable », la disgrâce publique et le discrédit politique et plus tard le tribunal ; de quoi en effet refroidir les ardeurs du candidat « flamboyant » à l'élection du RPR et de la présidentielle de 2007. Une pierre deux coups !
Devenu seul candidat en lice, hormis quelques figurants de pacotilles, le spécialiste du « karchérisme collectif » de banlieues peut facilement s'emparer du vaisseau RPR, rebaptisé UMP, ascenseur direct pour le septième ciel ! Il ne lui restait plus qu'à aligner en rangs d'oignons ses « petits croisés » et courir sus à la plèbe socialo-anarchique tout juste bon à faire des grèves et ralentir le progrès surtout celui de droite !
Donc, la question que soutend cette analyse (fort personnelle) est : que serait capable de faire Nicolas SARKOZY pour arriver à ses fins « hégémo- messianiques » ? Tout, absolument tout sans état d'âme ni scrupule Et l'article courageux du site d'Edwy PLENEL en apporte des éléments troublants.
Je reste convaincu que nous sommes loin d'avoir fait le « tour » du personnage SARKO ; ses coups tordus qui déstabilisent notre société, ne peuvent émaner que d'une personnalité trouble et dangereuse !
« j'étais égoïste, dépourvu de toute humanité, inattentif aux autres, dur, brutal… mais j'ai changé ! “ Nicolas Sarkozy Mai 2008 (source : le point)
Quelqu'un d'autre a dit : ‘chassez le naturel, il revient au galop ! ’

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