A débattre 28/09/2009 à 12h12

EDF : Proglio patron dans le public... et dans le privé

François Krug | Journaliste Rue89

Nommé à la tête d'EDF, le PDG de Veolia Environnement veut changer le statut de son entreprise pour en garder les rênes.


Nicolas Sarkozy et Henri Proglio le 24 avril au centre Veolia de Jouy-le-Moutier (Reuters)

C'est une situation originale et, surtout, risquée. Henri Proglio va devenir le patron d'une entreprise publique, EDF, tout en gardant la main sur l'entreprise privée qu'il dirigeait, Veolia Environnement. Souhaitée par Nicolas Sarkozy, cette nomination renforce la concentration du capitalisme français entre quelques mains. Et elle pourrait donner lieu à des conflits d'intérêt dangereux.

La nomination de Henri Proglio, dimanche lors d'un conseil d'administration d'EDF, n'était pas une surprise. L'Elysée avait décidé de se débarrasser de Pierre Gadonneix, et le patron de Veolia Environnement était donné favori depuis longtemps.

Ce qui est plus surprenant, c'est qu'Henri Proglio ait obtenu ce qu'il réclamait : conserver la main sur son groupe actuel. Ce lundi après-midi, il a convoqué les administrateurs de Veolia Environnement pour leur proposer un petit tour de passe-passe juridique.

L'idée est simple, mais il fallait y penser : changer les statuts de Veolia Environnement, pour transformer son conseil d'administration en conseil de surveillance. Un conseil qui restera présidé par Henri Proglio.

Conseil d'administration, conseil de surveillance ? Soyons justes avec Henri Proglio : il y a une nuance. Et le nouveau président d'EDF n'est pas le premier cumulard du capitalisme français.

Un conseil d'administration dirige vraiment l'entreprise. Un conseil de surveillance n'a officiellement pas de rôle exécutif : il contrôle le travail du PDG et des directeurs généraux, réunis au sein d'un directoire. C'est cette structure que devrait adopter Veolia Environnement.

Comme le relèvent Les Echos, Henri Proglio suit l'exemple de trois cumulards :

  • Gérard Mestrallet : PDG de GDF Suez, président du conseil d'administration de Suez Environnement
  • Jean-Cyril Spinetta : président du conseil d'administration d'Air France KLM, président du conseil de surveillance d'Areva
  • Jacques de Chateauvieux : PDG du groupe de services maritimes Bourbon, président du conseil de surveillance d'Axa

Henri Proglio n'innove pas en cumulant des fonctions dans le public et le privé. L'Etat possède près de 85% du capital d'EDF, mais il détient aussi 37,5% de GDF Suez (directement ou via la Caisse des dépôts), et il est le premier actionnaire d'Air France, avec un peu moins de 16% du capital. La situation n'est donc pas inédite, mais elle reste surprenante.

Derrière la concentration des pouvoirs et le mélange public-privé, c'est aussi la question des conflits d'intérêt qui se pose. A priori, les activités de Veolia Environnement et d'EDF sont complémentaires. A tel point que les deux groupes disposent d'une filiale commune dans l'énergie, Dalkia.

L'avenir de cette filiale représente un premier casse-tête. Selon Les Echos, EDF envisageait de prendre le contrôle de Dalkia et de monter au capital de Veolia Environnement. Une perspective qui n'enchantait pas vraiment Henri Proglio.

Dans ce dossier, défendra-t-il les intérêts d'EDF ou ceux de Veolia Environnement ? Certains s'interrogent aussi d'ores et déjà sur une fusion entre les deux groupes. Sur le modèle de celle de GDF Suez, menée par un autre cumulard, Gérard Mestrallet.

La dernière interrogation n'est pas morale ou financière, mais humaine. Comment peut-on trouver le temps et l'énergie nécessaire pour diriger un groupe comme EDF et « surveiller » un autre géant, comme Veolia Environnement ?

Henri Proglio a peut-être pris pour modèle celui à qui il doit sa nomination, Nicolas Sarkozy. Avec une même réticence à lutter contre le cumul des mandats, et un même goût pour l'omniprésidence.

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  • JadotA
    • Posté à 14h25 le 28/09/2009

    EDF : un improglio.

  • b4bou1
    b4bou1
    Etudiant
    • Posté à 15h35 le 28/09/2009
    • Internaute
      Etudiant

    Et sinon il dort quand Proglio, dans le taxi qui l'emmène du siège d'EDF à celui de Veolia ?

  • Foofur
    • Posté à 16h36 le 28/09/2009

    A la question « EDF est-elle une entreprise publique avec une mission économique d'intérêt général ? » La réponse n'est pas unique.

    Dans la chaine de valeur de l'electricité, il faut bien distinguer : le producteur, le gestionnaire de réseau, le distributeur et le commercialisateur.

    Aujourd'hui le Gestionnaire de réseau (RTE) et le distributeur (ERDF) sont déjà séparés d'EDF. Ils ont clairement une mission de service public puisque ce sont eux qui gèrent l'acheminement et la sécurité du réseau. Il n'est absolument pas prévu par la réglementation Européenne de confier ces entités à un opérateur privé, de même que RFF, le gestionnaire d'infrastructure ferroviaire restera public.

    Pour le commercialisateur, on s'apperçoit que la concurrence avec des Direct Energie ou des Poweo est plutôt profitable au consomateur final puisque ça permet de commercialiser des offres énergétiques à des prix inférieurs à ceux d'EDF (coût de structure en moins). A terme, il n'y a d'autre choix pour le commercialisateur que d'être indépendant du reste. Est-ce que cette entité porte un intéret de service public, perso je vois pas trop lequel.

    Pour le producteur maintenant, c'est plus compliqué.
    Aujourd'hui les coûts de production d'électricité d'EDF sont considérablement moindres que ceux de ses concurrents étrangers grâce au nucléaire (pas grâce à son statut de service public). Cependant EDF reste quasi omnipotent dans la fixation des prix de l'énergie (situation de monopole). Par exemple la décision récente d'augmenter les tarifs qui n'était en rien une nécessité, mais qui permet à EDF de ne pas toucher à ses effectifs (notoirement surnuméraires) et de rester profitable en absorbant le coût du rachat de Constellation et de British energy, tout en préservant son climat social... Ca a couté sa place à Gadonneix.
    Hors donc, est-ce qu'une libéralisation bénéficierait aux consomateurs, sans aucun doute. Est ce que la privatisation ne pourrait pas conduire à dégrader la sécurité industrielle... C'est à peu près sûr également. Donc pour moi, l'état doit continuer à assurer un contrôle des actifs à risques d'EDF, c'est indispensable. Pour autant le producteur EDF doit-il rester dans le giron du service public, ça me semble plus discutable pour des raisons de tarification de l'énergie.

  • gribouillemoqueur
    • Posté à 20h43 le 28/09/2009
    • Internaute

    Ce qui me semble inquiétant dans la stratégie d'EDF, si elle est gérée comme une entreprise privée, est quelle aura toujours intérêt à déployer ses investissements hors du territoire national. Il est effectivement économiquement moins rentable de construire de nouvelles centrales nucléaires là ou les centrales nucléairees sont déjà abondantes. Dans ce cas de figure, la France est condamnée à voir le tarif tendre vers la moyenne européenne. Ceci au détriment de l'intérêt national.
    C'est de cette stratégie dont il faudrait débattre. Sommes nous réellement d'accord pour qu'EDF construise des centrales en Angleterre alors que nous devrons d'ici 30 ans renouveler l'ensemble du parc industriel français. Il faut se dire qu'une centrale construite en Angleterre est une centrale en moins en France. La France ne fera que partager la pénurie que l'on annonce avec les autres pays européens.