Résistances parmi le monde infirmier après que l'Ordre a exigé une cotisation obligatoire de 75 euros pour pouvoir exercer.

Ça s'appelle un accouchement dans la douleur. Près de trois ans après avoir été créé par la loi, l'Ordre des infirmiers a lancé début septembre son appel à cotisation… 75 euros sont demandés aux quelque 500 000 infirmiers et infirmières de France. Le règlement de cette cotisation ainsi que l'inscription au tableau seront obligatoires pour exercer. Mais des syndicats et un collectif Contre-Ordre des infirmiers appellent au boycott. Une partie, pas encore mesurable de la profession, entre en résistance.
Quelle différence entre les avocats, médecins, architectes… et les infirmiers ? Les premiers exercent en libéral, tandis que les derniers sont à 85% salarié(e)s. Une divergence de taille, qui explique la résistance d'une partie de cette profession.
Une menace de poursuites pour exercice illégal
A l'origine de l'idée, quatre syndicats d'infirmières libérales (FNI, SNIIL, ONSIL et Convergence infirmière) et une quarantaine d'associations, estimaient que la profession avait besoin d'être organisée face aux pouvoirs publics et de se doter d'un code de déontologie.
La règle prévoit que « tout infirmier qui exercerait sans être
inscrit au tableau de l'Ordre s'exposerait à des poursuites pour
exercice illégal ainsi que son éventuel employeur ». Ne sont pas soumis
à cet Ordre les seuls infirmiers militaires.
Les syndicats d'infirmières hospitalières, hormis le SNPI (CGC) ont toujours refusé cette organisation jugée corporatiste et rétrograde. Michel Rollo, secrétaire général de la CFTC santé sociaux estime que :
« Dans le monde des infirmiers salariés existe déjà le Haut conseil des professions paramédicales, doté des mêmes missions mais regroupant l'ensemble des professions qui travaillent avec nous en équipe. De plus, l'Ordre va permettre aux pouvoirs publics de se désengager de ses responsabilités, l'Etat dira “vous avez un ordre, débrouillez-vous entre vous”. »
Environ 36 millions de budget annuel
Avec une cotisation prévue de 75 euros par infirmier(e) (ils et elles sont entre 483 000 et 520 000), l'Ordre récolterait environ 36 millions d'euros, à répartir entre structures départementales, régionales et nationale. 250 à 300 salariés sont prévus à terme, mais seuls trois sont pour l'instant embauchés au siège national.
Cette somme paraît particulièrement élevée alors que « le ministère avait parlé de 10 à 20 euros en 2008 », précise l'intersyndicale.
Dominique Lebœuf, présidente de l'Ordre national, fait valoir que « c'est le moins cher des 18 ordres européens d'infirmiers et le moins cher des ordres médicaux ». Mais nombre de syndicats réfutent la soumission à une « dîme » pour avoir le droit de travailler.
Parmi les autres points qui fâchent les infirmiers, l'intersyndicale s'étonne que l'Ordre demande de retourner un « dossier intrusif et inquisiteur de huit pages », comportant un extrait de casier judiciaire.
Que risquent les désobéissants ?
Se refusant à un boycott « anti-Ordre primaire », la Coordination nationale des infirmières (CNI) préconise un paiement partiel de la cotisation, et estime que « tout refus d'inscription au tableau fondé sur le non-paiement serait illégal ».
Christiant Lacault, infirmier syndiqué à SUD et fondateur du forum contre-Ordre des infirmiers, est assez tranquille sur la suite du mouvement :
« Les fonctionnaires qui représentent une grande partie des infirmiers en France ne seront pas soumis à la justice de l'Ordre. On reste sous tutelle hospitalière. En cas de faute, je dépends du tribunal, pas de l'Ordre. »
Vu le manque d'infirmières partout en France, difficile d'imaginer un ordre empêchant de travailler ses troupes. L'exemple des kinés, qui refusent l'inscription à leur ordre, encourage Christiant Lacault :
« Depuis trois ans qu'ils sont en résistance, jamais ils n'ont été condamnés par la justice. On pense qu'au pire on peut être condamné à verser la cotisation. »
Photo : une infirmière prépare un patient avant une opération à l'hôpital Ambroise Paré à Marseille (Jean-Paul Pélissier/Reuters).




















12
De Tulipe007
infirmière | 12H22 | 26/09/2009 |
Je suis infirmière et je suis prête à entrer en résistance contre l'Ordre, puisque je ne paierai pas la cotisation.
Comme vous le dites très bien au début de l'article, 85% des infirmiers sont salariés et n'en ont cure de cet Ordre.
Je souhaiterais également signaler à Dominique Leboeuf que nous ne sommes pas un profession médicale, donc l'Ordre ne peut pas être un « Ordre médical ».
D'autre part, justifier le montant (élevé) de la cotisation en disant « c'est le moins cher en Europe » est vraiment révélateur du manque d'arguments dont disposent les pro-Ordre.
De Brenda
femme d'infirmier | 12H52 | 26/09/2009 |
Je suis québécoise, mariée à un infirmier français depuis longtemps. Là-bas, au Québec, l'ordre infirmier existe depuis … plus de 50 ans ! Et il a été et il reste bien utile et on a une haute opinion de la profession. Ici, c'est comme si elle était soldée, comme si elle était encore petite. Attendez donc d'en voir l'utilité.
De nicoje
infirmier | 13H44 | 26/09/2009 |
chère Brenda,
toutes ces soit disant avancées des dernières années nous viennent en effet d'Amérique du nord et du Canada. Tout d'abord avec les 14 besoins fondamentaux de Virginia Henderson, les diagnostics infirmiers et enfin maintenant un ordre infirmier. Tout cela est basé sur vision simpliste de l'être humain ( voir les besoins de Virginia…) et surtout s'appuie sur une vieille frustration infirmière : ne pas être Médecin ! La plupart de nos soins sont dictés par le médecin prescripteur qui lui a une connaissance plus approfondie de la pathologie dont souffre le patient (l'origine du symptôme) au lieu de chercher à prendre de la distance avec les médecins (en ne travaillant que sur les symptômes) nous devrions chercher à travailler le plus étroitement possible avec eux.
Depuis quelques années il n'y a plus de médecin directeur dans les hôpitaux mais des administrateur qui ne comprennent pas toujours ce qu'est le soin, en parallèle s'est crée une hiérarchie infirmière avec au sommet les directeurs(rices) des soins (infirmiers(es) ayant gravi tout les échelons) qui j'ai pu le constater dans les différents hôpitaux ou j'ai exercé, travaillent main dans la main avec la direction faisant même parfois front contre certains médecins et infirmier comprenant mal les réductions de moyens humains auprès du patient (vous savez ces gens qui n'ont rien compris, qui pensent humains et non réduction de coût , les 3M : mieux mais avec moins ! ! )
De affreuxjojo
13H45 | 26/09/2009 |
On comprends mal pourquoi la profession n'est pas tout simplement régie par la loi comme n'importe quelle activité. Sur quelle autorité et à partir de quelle légitimé un ordre peut-il imposer une déontologie ou peut-il juger et sanctionner un éventuel fautif ?
Ce gouvernement prétends d'une part libéraliser et moderniser l'économie et met en place simultanément des institutions digne de l'époque féodale..
En prenant connaissance les missions attribuées à l'ordre, on remarque que nombre de ces missions sont purement syndicales :
-Il assure la défense de l'honneur et de l'indépendance de la profession d'infirmier.
- Il peut, devant toutes les juridictions, exercer tous les droits réservés à la partie civile relativement aux faits portant un préjudice direct ou indirect à la profession.
- Il étudie les questions et projets qui lui sont soumis par le ministre chargé de la santé concernant l'exercice de la profession. Il contribue ainsi, par ses avis et ses propositions, à la pertinence des textes touchant à la profession et à son exercice.
-Il peut organiser toutes œuvres d'entraide et de retraite au bénéfice de ses membres et de leurs ayants droit.
Or il est évident qu'en démocratie l'action syndicale comme toute action associative est libre (voir les lois sur les associations). Chacun a la liberté de créer des associations, d'y adhérer et évidemment de ne pas y adhérer. Cette inscription obligatoire à un ordre professionnel ayant des activité syndicales est donc purement une entorse a la démocratie et même, n'ayons pas peur des mots, une atteinte à la déclaration universelle des droits de l'homme :
- Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifiques.
- Nul ne peut être obligé de faire partie d'une association.
-Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts ».
La meilleure défense étant l'attaque, ceux qui résistent à cet ordre des infirmiers pourraient utilement attaquer en justice la loi instaurant ce nouvel ordre professionnel. sur la base de la déclaration universelle des droits de l'homme dont la France est signataire
La question est d'importance. Rappelons que la création de syndicats uniques et obligatoires (et en conséquence, la fin de la liberté syndicale) est,de façon quasi-universelle, une des étapes de l'instauration des dictatures.
De marchenchuches
Ouvreur d'huitres au Niger | 15H32 | 26/09/2009 |
75 Euros : Cotisation à l'ordre des sages femmes il y a 4 ans.
Aujourdh'ui c'est 150 Euros.
Sans oublier l'assurance obligatoire, 150 autres Euros.
Tout çà qu'on soit salarié ou pas, Qu'on exerce en France ou en expat humanitaire, sinon rayé de l'ordre et interdit d'exercer…….
De camembert2
architecte | 15H56 | 26/09/2009 |
Ouais..Moi je cotise à l'Ordre des Architectes…Obligatoire aussi, qui sert à rien non plus ; 680 euros ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
De pat30
retraité | 16H07 | 26/09/2009 |
Il ne s'agit pas d'un syndicat mais d'un ordre.
Les syndicalistes « permanents » ne sont pas payés par les syndicats et les cotisations mais par le ministère dont ils dépendent.
Pour la fonction publique hospitalière c'est le ministère de la santé qui paye les permanents syndicaux.
Le ,nombre de postes payé à chaque syndicat est calculé en fonction des resultats aux élections pro.
De Gotch 15306
ancien ouvrier de la banque | 17H21 | 26/09/2009 |
Tiens, je viens d'envoyer un mail à l'Ordre, çà va leur faire plaisir…
madame,
Je viens de lire le dossier que le site Rue89 consacre à la création contestée de l'ordre des infirmières.
A l'avenir, je m'assurerai que les infirmie(e)s auxquel(le)s j'aurai affaire NE SONT PAS affiliés à votre « Ordre », dont le seul vocable me donne des frissons rappelant de sombres heures. Ainsi, je serai assuré d'avoir des soins de qualité. Soit dit en passant, les infirmières d'hôpitaux n'ont bien entendu aucune raison d'être affiliées à votre groupement, puisque ce sont avant tout des fonctionnaires.
Ne me raccompagnez pas, je connais le chemin
De Serrat
17H33 | 26/09/2009 |
Il faut surtout pas s'inscrire dans l'Ordre, je suis infirmière, j'ai exercé en Espagne où l'ordre marche depuis bcp d'années, et c'est la catastrophe, une grosse arnaque, sa sera pareil pour ici.
Et pour ce qui est le métier, je conseillerais à mes enfants de surtout pas le choisir, après plus de 12 ans comme infirmière, 8 en France inclus, je pense à une choses : changer de métier définitivement. On est mal payés, dénigrées par le système et la hiérarchie, après 8 ans le mal au dos ou les problèmes de stress son communs à toutes mes collègues, tu vois pas ta famille et, de temps en temps, tu te fais insulter pour un client, merveilleux ! !
De Laurien
...des villes et des champs | 18H19 | 26/09/2009 |
Recette pour faire exploser des équipes soignantes soudées et efficaces face à la maladie et la souffrance :
Laisser monter la pression dans le cadre du travail jusqu'à la grève et autres manifestations de mécontentement.
Introduire quelques éléments perturbateurs tant au niveau syndical (casseurs d'AG, délateurs de de moutons noirs trotskistes, etc…), qu'au niveau corporatiste (considération des IDE, mais pas de AS et autres agents…)…
Une fois la grève conclue (le jour de la journée de la femme, bien entendu, merci Nicole), les IDE ayant prouvé qu'elles étaient capable d'assurer les soins en service minimum, instituez le service minimum comme service normal.
Laissez mijotez quelques années à feu doux.
Lorsque la pression remonte, et que déborde à nouveau le mécontentement, arrosez fortement au canon à eau et réquisitionnez à tour de bras pour pouvoir réprimer sévèrement tout abandon de poste.
Lorsque vous sentez, quelques années plus tard, que les éléments de votre plat ont perdu de leur jus, qu'il se sont liquéfiés, presque complètement dissous dans le chaudron institutionnel (si il ne se sont pas totalement évaporés en démission, maladie ou autre…), commencez les transvasements de contenant, public / privé, fonctionnaire / intérimaire, libéraux / salariés…
Ensuite préparez une pandémie pour rassembler les troupes avec, à nouveau, menaces de réquisitions : service vaccinatoire obligatoire.
Et dès que commencent à se faire sentir des dissensions entre les éléments sur la question des vaccins, ajoutez aussitôt une nouvelle dose de division intra corporatiste en faisant valoir le nouvel Ordre obligatoire IDE à coût de cotisation conséquente.
Si à ce moment là de la recette il reste une quelconque possibilité de reconnaitre ce qui compose votre plat, c'est que le pire est à venir…
De rhumdrinker
grand saigneur | 21H27 | 26/09/2009 |
bonjour,
1- Il contrôle l'accès à la profession : merci sarkozy et le fichage à tout-va !
2- Il maintient les principes éthiques : mouais pourquoi pas !
3- Il veille à développer la compétence : ok mais pour cela il est nécessaire d'avoir du personnel pour pouvioir aller en formation…
4- Il contribue à promouvoir la santé publique : on a déjà pas mal à faire dans les centres hospitaliers avec les maladies nosocomiales, et tout me reste…
5- Il assure la défense de l'honneur et de l'indépendance de la profession : si si faut lire ! ! c'est sur avec un nouveau fichier on sera beaucoup plus indépendant…
6- Il peut concilier les litiges : ça reste à voir !
7- Il assure la promotion de la profession : c'est ça, venez les jeunes ! tu veux travailler comme jamais, ne pas avoir de vacances et de temps de libre et tout ça avec un salaire défiant toute compétitivité… bref !
De Contre_Ordre_Des_Infirmiers CODI
Infirmier psy | 14H21 | 27/09/2009 |
Nos informations internes nous annoncent une cotisation augmentée à 82 euros l'an prochain.
Effectivement le gouvernement parle de corporatismes qu'il faudraient abolir. Ce n'est bien sur que du vent. Ces corporatismes sont montés de toute pièce afin justement qu'il n'y ait plus de travail interdisciplinaire. Découper pour mieux régner.
Les ordres servent à cela.
Pendant ce temps là l'hopital se lézarde un peu plus chaque jour. Les glissements de tâches (ASH pratiquants des sondages urinaires-si si ca existe) sont monnaies courantes. Avec la réforme du DE infirmier, nous serons reconnus par des « compétences », comme d'autres diplomes de la santé. Un chef de service (chef de pole) aura tout intérèt à pren,dre le professionnel avec les compétences dont il aura besoin au plus juste. Pourquoi ?
Parce que le chef de pole touche un pourcentage des économies que son pole réalise.
Bonjour les actes qui sont « bien » rémunérés par la tarification à l'activité, récupérés par qui ? ? ? Les cliniques bien sur. Au public les patients polypathologiques dont la durée de séjour moyenne dépasse ce que préconise cette « T2A ».
L'ordre est là pour mettre la main à la tâche de cette opération puisqu'il est « l'interlocuteur » du gouvernement ! Adieu les syndicats, bonjour l'ordre où la place est bien chauffée, le café chaud et le champagne frappé.