
Qu'il s'agisse du Proche-Orient ou de Ségolène Royal, Bernard-Henri Lévy ne fuit pas la controverse et suscite en retour autant de passions. Il vient de remporter une bataille politico-médiatique pour bloquer le candidat égyptien à l'Unesco, et, après avoir décrété cet été la « mort » du PS, il pronostique que l'ancienne candidate conduira de nouveau la gauche à la présidentielle de 2012 et estime qu'elle a raison de s'éloigner du PS.
BHL était vendredi l'invité de Parlons Net, le club de la presse Web de France Info, auquel participe Rue89. Le débat fut parfois vigoureux avec un philosophe qui a su conserver de l'humour, même lorsque les questions n'étaient pas agréables.
Et même, je dois dire, lorsqu'il savait lui-même qu'il n'était pas nécessairement convaincant… Notamment lorsqu'il reconnait qu'il n'a pas commenté, ni même lu, le rapport de l'ONU sur les crimes de guerre commis à Gaza, ou à propos de la polémique avec Rue89 l'an dernier, lors de sa « romanquête » (il revendique le mot) en Géorgie, publiée dans Le Monde. (Voir la vidéo)
En 2007, Bernard-Henri Lévy avait publié un essai, « Le Grand cadavre à la renverse » (Grasset), dans lequel il racontait comment il avait rejeté les avances de Nicolas Sarkozy pour le soutenir dans sa campagne électorale, et comment il avait au contraire pris le parti de Ségolène Royal dont il fut à certains moment très proche.
Deux ans et demi plus tard, pas de regrets : il s'est certes « réconcilié » avec Nicolas Sarkozy en juin, par l'entremise de l'incontournable Alain Minc, même si, confie-t-il, le Président a du mal à faire la part des choses entre les rapports personnels amicaux et le soutien politique…
Pour autant, BHL souhaite la victoire de la gauche en 2012, mais pas n'importe quelle gauche. Pas le Parti socialiste qu'il compare à la SFIO de la IVe République, qui, à ses yeux, a fait son temps : « Il faut en dressser l'acte de décès », dit-il. (Voir la vidéo à partir de la 53e minute)
Il continue de soutenir Ségolène Royal dont il approuve la stratégie de « dépassement » du PS, et sans s'attarder sur ses récents déboires médiatiques et politiques :
« Je pense qu'elle sera candidate à la présidence de la République en 2012 et je pense qu'elle a de très sérieuses chances d'être élue. Elle a compris que cela ne se passait plus autour du PS, que c'est du plomb au pied d'un responsable politique. »
Une gauche qui, pour lui, inclue le Modem, mais pas le NPA d'Olivier Besancenot.
Géométrie variable sur le Proche Orient
Mais c'est sur le Proche Orient que le débat fut le plus difficile, le plus passionnant peut-être. BHL a été en pointe pour barrer la route au ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, un personnage fort peu sympathique auquel le philosophe et quelques autres reprochaient des propos -qu'il a reconnus et regrettés- dans lesquels il se disait prêt à brûler les livres en hébreu de la bibliothèque d'Alexandrie !
Mais à la question de savoir si BHL n'a pas des indignations à géométrie variable au Proche Orient, inflexible sur les principes face à un Egyptien soupçonné d'antisémitisme, et indulgent vis-à-vis d'Israël quoi que fasse l'Etat hébreu, le philosophe n'a pas apporté de réponse convaincante.
En particulier, il a reconnu qu'il n'avait pas lu le rapport du juge Goldstone sur les « crimes de guerre » commis à Gaza au début de l'année tant par Israël et par le Hamas.
BHL ne semble pas voir que ce déséquilibre dans ses élans d'indignation affaiblit tout son discours, même lorsqu'il met le doigt sur de vraies questions, comme avec le profil de Farouk Hosni, qui n'était assurément pas taillé pour la direction d'une organisation internationale à vocation culturelle comme l'Unesco.
Confronté à une déclaration de Serge Klarsfeld, le « chasseur de nazis », dans un média israélien, regrettant qu'on n'ait pas élu un Egyptien à la tête de l'Unesco et reconnaissant que l'emploi de l'expression « lobby juif » par Le Caire n'était pas injustifié dans cette affaire, BHL rejette la critique d'un revers de la manche et estime que Klarsfeld se trompe
La Misère du monde, quelle année ?
Dans cette émission, longue et spontanée comme peut l'être un club de la presse web, loin du formalisme de la télévision, BHL a pu s'exprimer longuement. Sur Hortefeux dont il estime que Sarkozy aurait du le limoger sur le champs après sa plaisanterie raciste, ou sur Internet qu'il défend là où tant d'intellectuels et de politiques considèrent qu'il s'agit d'un « égoût » à contrôler.
A ne pas rater, l'ultime gag de l'émission, lorsque BHL s'oppose à Philippe Cohen, de Marianne2, mais aussi auteur d'une biographie peu amène pour le philosophe, sur la date de publication de la Misère du monde de Pierre Bourdieu.
BHL sort son Blackberry et vérifie sur Google, pour découvrir à sa consternation, que c'est Philippe Cohen qui a raison… Là encore avec humour, bien que son égo en prenne un coup. (Voir la vidéo)
► BHL était interrogé par Philippe Cohen (Marianne2), Luc de Barochez (Lefigaro.fr), Johan Hufnagel (Slate.fr) et Pierre Haski (Rue89.com). Emisssion animée par David Abiker.




















7
De Ishtar
18H59 | 25/09/2009 |
Klarsfeld se trompe,point.C'est un peu léger comme réponse.BHL est intarissable dans ses discours mais plus réservé devant les contradictions.Comme au sujet du rapport de l'ONU qu'il n'a tout simplement pas lu.
Finalement en ne répondant pas sur les dires de Klarsfeld il justifie ce que celui-ci a admis au sujet du lobby juif et son influence.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 19H05 | 25/09/2009 |
Lévy, c'est tout de même un grand mystère. Qu'est-ce qui fait qu'un type dont il a été démontré qu'il a si souvent menti soit encore simplement invité à une émission de ce genre ? Parce que tout de même, c'est en l'invitant à des émissions de ce genre qu'on fait accroire qu'il a de l'importance. Et, au bout du compte, qu'il en a une certaine, même si elle demeure toute relative.
De MisterBax
Etudiant | 19H52 | 25/09/2009 |
Il a le mérite de nous faire réfléchir sur différents sujets, de nous faire prendre position, de nous faire débattre.
J'ai du mal à comprendre des messages si négatifs ici.
Il est tout simplement utile à notre pays.
De umff
... | 20H28 | 25/09/2009 |
Vous connaissez des gens qui n'ont pas d'indignation sélective ? Moi non.
De observeur 37812
Libre penseur chez les ch'tis | 20H53 | 25/09/2009 |
BHL est un homme qui a son parti pris pour certains sujets, mais de là sous-entendre que toutes les déclarations qu'il a pu faire ne sont que mensonges c'est exagéré !
Il est comme beaucoup d'hommes publics liés aux amitiés et à ses propres idées et idéologies, il doit composer avec tout cela et donc se retrouver bien souvent en contradiction entre ces dires d'hier et d'aujourd'hui !
De Annaluna
22H31 | 25/09/2009 |
Pierre Vidal Naquet avait écrit un truc qui me semble très juste sur BHL :
« M.Bernard Henri Lévy affiche, dans tous les domaines, la même consternante ignorance, la même stupéfiante outrecuidance. » C'était en 1979 - l'a pas beaucoup changé depuis !
Mais pourquoi est-ce ce genre de pseudo intellectuel que la presse adule ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?
De Béatrice1
| 23H06 | 25/09/2009 |
Ah, BHL… Bon je sens que je ne vais pas m'attarder sur les commentaires, parce qu'il va y avoir de tout, y compris et surtout le pire, et c'est mauvais pour ma tension artérielle…
BHL a des convictions qu'il défend imperturbablement et courageusement depuis des années, et avec lesquelles je suis souvent d'accord (sauf en ce qui concerne cette catastrophique Ségolène Royale ! ), mais ce type intelligent est rendu très très con par un narcissisme hors du commun… A tel point qu'il ne peut pas faire une enquête sur l'assassinat de Daniel Pearl (sujet très pertinent) sans faire de lui-même le héros de son livre, qui du coup vous tombe des mains…
L'idée même de « romanquête » est lamentable et dangereuse. C'est un mélange faux-cul de pseudo-réalité et de fiction qui le met au niveau d'un Carl Zéro à ses pires moments. Toujours le narcissisme.
Ceci dit, il a très bien fait de faire campagne contre le ministre de la censure égyptien : un Egyptien à la tête de l'UNESCO, bien sûr, pourquoi pas, au contraire, mais pas n'importe lequel, et surtout pas un brûleur de livres en puissance.
Quant au rapport de l'ONU sur les crimes de guerres, non pas israéliens seulement mais aussi du Hamas, contrairement à lui je l'ai lu (il a eu grand tort de ne pas le faire), et je suis en accord total avec tous les Israéliens à son sujet : il est partial et injuste. Car Israël a mené une offensive militaire pour faire cesser des tirs de missiles sur son territoire, tirs que l'ONU ne condamnait pas, ou très mollement, et qui duraient depuis des lustres - obligeant la population civile d'une partie du pays à vivre terrée dans des abris. N'importe quel autre pays aurait fait la même chose, sans doute plus violemment et plus vite - je n'ai jamais vu une armée autre que l'israélienne envoyer des avertissements aux civils avant bombardements. L'emploi systématique de civils comme boucliers humains - dont le Hamas s'est publiquement VANTE - n'est pas condamnée dans ce rapport. Il est inadmissible de renvoyer dos à dos les agresseurs et les agressés, qui répondent pour se défendre d'ennemis qui clament urbi et orbi vouloir leur annihilation.