24/09/2009 à 11h45

Et si les écolos se voyaient trop beaux ?

Julien Martin | Ex-Rue89

Le carton d’Europe Ecologie aux européennes est loin d’être transposable aux régionales de 2010... et à la présidentielle.


« C’est le D-Day de l’écologie politique. » Ainsi parlait Daniel Cohn-Bendit au soir du 7 juin, saluant l’excellent score d’Europe Ecologie aux européennes (16,28%), à un cheveu d’un PS moribond (16,48%).

Les écologistes sont, depuis, l’objet de toutes les convoitises. Chaque parti cherche sa caution verte. Eux visent l’indépendance, persuadés que leur performance électorale peut désormais le leur permettre. Quitte à en faire un peu trop. Décryptage en trois élections.

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La législative partielle des Yvelines

Dernière autosatisfaction en date : le premier tour de la législative partielle, ce dimanche dans les Yvelines. La candidate d’Europe Ecologie Anny Poursinoff (20,15 %) est arrivée derrière l’UMP Frédéric Poisson (43,94%) mais devant la PS Françoise Pelissolo (12,44%).

« La preuve que la parenthèse des européennes de juin n’est pas refermée », s’est exclamée Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts. Affirmation tempérée par Jean-Daniel Lévy, directeur d’études à l’institut CSA :

« Elle n’a pas tort sur le fond. Le soufflet d’Europe Ecologie n’est pas retombé, le PS n’a pas repris du poil de la bête et il y a toujours une préoccupation pour l’environnement qui est très forte dans la population.

Mais on ne peut pas faire d’une législative partielle un cas général, une preuve d’une modification profonde des équilibres politiques traditionnels. Il y a toujours des enjeux locaux : la candidate d’Europe Ecologie était très bien implantée et la gauche était divisée. »

Conseillère régionale, Anny Poursinoff bataillait en effet contre deux candidats qui revendiquaient le soutien du PS. Et plus des trois quarts des électeurs inscrits ne se sont pas déplacés...

2

Les régionales de 2010

« Cette élection [dans les Yvelines, ndlr] valide la stratégie d’autonomie pour les prochaines régionales », explique au Monde Cécile Duflot, qui devrait représenter son parti en Ile-de-France. Une stratégie décidée dès le lendemain des européennes.

Même si l’abstention devrait être beaucoup moins forte. Même si certains élus Verts, craignant pour leur réélection, se montrent moins enthousiastes. Même si l’UMP lance plusieurs ministres dans la bataille et rêve d’une gauche éclatée pour frapper fort dès le premier tour.

Le PS détenant 20 régions sur 22, les élus écologistes devront se démarquer de présidents socialistes. Ce qui ne va pas faciliter leur tâche, analyse Brice Teinturier, directeur général adjoint de TNS Sofres :

« La poussée écologiste n’est pas un feu de paille qui retombera à 6 ou 7%. Europe Ecologie devrait faire un bon score, mais ne devrait pas être dans la roue du PS.

Aux régionales, on élit un exécutif, la conscience d’élire une gouvernance est plus forte. La question de la capacité des écologistes à gouverner se posera d’autant plus fortement que les présidents socialistes sortants ont prouvé leur compétence en la matière, leur bilan est plutôt bon. »

Et, s’il ne faut pas négliger cette législative partielle, il ne faut pas non plus faire abstraction des dix autres scrutins partiels auxquels Europe Ecologie a participé depuis le 7 juin. Le Monde les a listés et il en ressort des résultats loin d’être aussi flatteurs :

  • Municipales
  • Perpignan (Pyrénées-Orientales) : 14,19% (avec le MoDem).
  • Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) : 8,52%.
  • Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) : 11,31%.
  • Carcassonne (Aude) : 5,42%.
  • Cantonales
  • Saint-Maur (Val-de-Marne) : 13,8%.
  • Belin-Béliet (Gironde) : 9,52%.
  • Solliès-Pont (Var) : 15,71%.
  • Ginestas (Aude) : 5,41%.
  • Nice (Alpes-Maritimes) : 8,18%.
  • Limours (Essonne) : 7,4%.
3

La présidentielle de 2012

Une élection européenne annonce rarement le printemps des outsiders. La doublette Pasqua/Villiers peut en témoigner. Leur liste avait remporté 13,05% des suffrages en 1999, devant celle du RPR et de Démocratie libérale. Sans jamais confirmer lors d’une présidentielle.

Comme Europe Ecologie en juin, qui a bénéficié de la déconfiture du PS, le Rassemblement pour la France (RPF) avait alors capitalisé sur un RPR au fond du gouffre après la dissolution de l’Assemblée nationale et l’arrivée au pouvoir de la gauche deux ans plus tôt.

Le parti gaulliste avait su se redresser sous l’impulsion d’Alain Juppé puis de Nicolas Sarkozy. Le PS tente aujourd’hui d’en faire de même.

Sans compter que les écologistes risquent à l’avenir de souffrir d’un déficit de représentation, ce qui justement faisait leur force aux européennes, grâce à Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly ou José Bové. Brice Teinturier décrypte :

« Ce qui est vrai pour les régionales l’est encore plus pour la présidentielle, car l’incarnation du pouvoir est encore plus forte. Il faut avoir un leader et pour l’instant il n’y a pas chez les écologistes quelqu’un qui s’impose. En termes de souhait, les Français désignent Nicolas Hulot et Daniel Cohn-Bendit... »

Après avoir reculé au dernier moment en 2007, Nicolas Hulot semble avoir renoncé à franchir le rubicon. Il n’a même pas souhaité soutenir explicitement Europe Ecologie aux européennes, au nom du principe de neutralité. Quant à Daniel Cohn-Bendit, il répète à qui veut l’entendre qu’il ne sera « pas candidat en 2012 ».

Les têtes du parti, elles, ne devraient pas remettre le couvert, après les 1,57% de Dominique Voynet en 2007. Cécile Duflot ou encore Yannick Jadot, député européen et ex-directeur des campagne de Greenpeace France, demeurent toutefois en embuscade, mais leur notoriété est loin d’être du même acabit. Deux personnalités émergentes qui, de plus, ne s’apprécient guère.

Enfin, il y a des frictions entre le mouvement Europe Ecologie et le parti des Verts, qui en est partie intégrante. L’alliance avec le MoDem, qui a opposé à la tribune Daniel Cohn-Bendit et Cécile Duflot lors de leurs journées d’été fin août à Nîmes, n’en est pas la moindre.

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  • pablico
    pablico répond à samivel51
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 13h03 le 24/09/2009
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    les idées écolos vont être absorbées et digérées par les grands partis...les écolos seront voués à n’être qu’un réservoir d’idée.

    l’écologie, ce n’est que de mettre en pratique, les leçons de biologie, de physique, de chimie, de bio chimie... et d’en faire une équation d’équilibre pour que l’on vive au mieux en dégradant le moins possible.

    le problème c’est que les partis ne prendront que des idées les plus générales, les plus spectaculaires...cela va dénaturer et faire rater la belle équation écologique.

    Et on leur dira : vous voyez cela a raté, vous étiez des anciens maoïstes, des rêveurs...des nuls.

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 13h32 le 24/09/2009
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Face au vide politique que représente la faillite de la social-démocratie, un parti centriste comme « Europe Ecologie » pourrait faire son beurre. Malheureusement le système électoral favorise ceux qui sont déjà en place : élus, militants, influence dans les associations... Aux dernières élections de ce genre, les Verts, comme le PC, ne pouvaient « sauver les meubles » qu’en s’alliant au PS, souvent omniprésent notamment en province.
    Le PS est en effet un parti d’élus. Depuis la plus petite commune jusqu’au député, c’est un maillage serré où l’intrus « de gauche » ne passe pas sans avoir montré patte blanche. Il ne va pas se laisser plumer comme ça, car ces messieurs, bien sûr, sont très attachés à leur siège. Donc, particulièrement en province, sans alliance, le modem ou les Verts ne sont pas grand chose...

  • ApollonduRéverbère
    • Posté à 13h33 le 24/09/2009
    • Internaute 15757

    Je vis dans les Yvelines. Il est tout à fait exact que l’écologie y est devenue une préoccupation majeure dont se sont désintéressés l’UMP (circuit formule 1, empiètement sur le massif forestier, pollution hydraulique etc...) et le PS.

    La gauche ne paye pas que ses sempiternelles divisions, du fait que les divisions sont l’essence même du PS et de la gauche. Elle paye aussi le désintérêt majeur qu’elle voue à l’écologie.

    Par ailleurs, il est exact que Cécile Duflot devrait modérer ses ardeurs car l’élection partielle des Yvelines s’est jouée à 23%, soit 77% d’abstention. Dans ces conditions, on a la victoire du 1er tour modeste.

  • brawd
    brawd
    contemplateur
    • Posté à 13h59 le 24/09/2009
    • Internaute 89491
      contemplateur

    Europe Ecologie est une coalition « jeune » qui a remporté un certain succès aux Européennes. Laissons lui le temps de prendre ses marques.
    Pour les régionales, si les Verts montrent leurs ambitions d’égémonie sur les représentants de la socièté civile, ils ne reproduiront que les reproches qu’ils font au PS et ils se feront Hara Kiri. S’ils savent ouvrir leurs listes à d’autres sensiblités, et que ces personnalités soient en position d’être élues, alors tout est possible.
    Quant aux aigris qui pensent que d’anciens Mao ne peuvent prétendre à des responsabilités, je peux leur donner la liste des anciens d’Occident qui sont au gouvernement et dans les milieux de la finance et des médias

  • l'eponge
    l'eponge
    musicien
    • Posté à 14h17 le 24/09/2009
    • Internaute 46545
      musicien

    A mon humble avis :

    1- les français ont compris les enjeux environnementaux
    2- les français ne se reconnaissent toujours pas dans une Europe qui n’a d’autres ambitions que le bon fonctionnement du marché, qui n’a pas de visage humain et qui pèche toujours par son manque d’ambitions sociales
    3- une bonne partie des voix d’EE doivent venir des 55% des non-nistes dt je fais partis (et j’en suis fier dsl d’avoir une vision utopique de ce que devrai être l’europe)

    pour conclure : les français se sont servi d’un scrutin dont ils se foutent royalement (notamment parce que personne n’a pris en compte l’expression de leur vote sur le référendum) et ds la mesure ou le vote nul ou l’abstention ne sont pas reconnu ils ont « voté utile “ d’une certaine manière en en profitant pour exprimer leurs désirs d‘écologie’
    il faut reconnaitre la bonne campagne d’EE qui vient rajouter qq voix la dessus et on y arrive

    remarque : Ee ou les Vert ou ecologiemachinchouette retombera à 6% aux prochaines élections ou l’enjeu en vaut la peine

    je partage cela dit lavis que c’est pas forcement une mauvaise chose d’avoir envoyé ce signal aux partis pour qu’ils intègrent définitivement la chose eco ds leur programme.
    et pour la taxe carbone...c’est raté ...si on veut que l’écologie passe vraiment il faut la réaliser ds un esprit de justice et de solidarité :
    c’est avant tout aux grosses entreprises polluantes de raquer bcp, bcp plus que la mini taxe dc elle s’acquittent déjà qui leur permet de polluer avec bonne conscience..
    et si tout le monde doit payer que ceux alors que ce soit proportionnel

  • JM91
    JM91
    En attente de la grande crise
    • Posté à 14h47 le 24/09/2009
    • Internaute 31063
      En attente de la grande crise

    He oui la déception sera dure ... j’ai voté Europe Ecologie aux dernières élections européennes car le programme me plaisait et me paraissait faire contre poids à ce libéralisme laxiste européen qui fait la part belle aux OGM alors que la majorité des européens est contre (c’est un exemple), mais lors des dernières cantonales partielles de Limours, j’ai voté UPE (Union pour l’Essonne divers droite plutôt centriste) car le programme de Nicolas Schoettl me plaisait et qu’Europe Ecologie était alliée avec les verts pour qui je ne vote pas. Nous sommes nombreux à droite, centre droite ou centre gauche à avoir voter Europe Ecologie. Si ceux ci ne comprennent pas que leurs voix sont autant à gauche qu’à droite, ils passeront à chaque fois de 15 à 7 %. Et puis c’est vrai que DCB me fait marrer à envoyer chier tout le monde en disant qu’il n’est candidat à rien ....

  • felixbeaulieu
    felixbeaulieu
    Etudiant Sorbonne
    • Posté à 14h58 le 24/09/2009
    • Internaute 78942
      Etudiant Sorbonne

    Simple citoyen ce que je vois en ce moment avec ce « réseau » Europe-Ecologie c’est tout simplement la meilleur chance de s’occuper pour de bon de problèmes nous concernant tous :
    eau,
    alimentation,
    agriculture,
    transports,
    relance de l’économie par l’investissement dans la recherche technologique et l’éducation
    préservations des libertés (internet, vidéosurveillance etc)
    ethique politique (parité réelle, anticorruption)
    réorientation de l’économie vers moins de pollution carbonique (par une réelle contribution redistributive climat énergie et non pas le début de machin injuste décidé récemment)
    indépendance énergétique (et donc internationale)
    re-humanisation des centres-villes
    etc.

    Voilà pour les sujets sur lesquels ils sont en pointe. Après pour l’aspect politicien des alliances, de quelques élus verts ayant des comportements imparfaits etc. Je pense qu’ils sont déjà un peu plus corrects que les autres partis trop habitués aux magouilles du pouvoir, pas parfaits j’imagine, ce sont des humains.
    Mais parfaitement capable de gérer des régions par exemple.
    Et vous qu’en pensez-vous ?