Sarkozy : magie-magie, « les paradis fiscaux, c'est fini »
Secret bancaire, bonus, Iran, taxe carbone… L'hyperprésidence de Sarkozy s'est mondialisée, ce mercredi depuis New York.

La France, l'Europe, et maintenant la planète : rien n'est trop ambitieux pour l'hyperprésident. Lors de son interview télévisée sur TF1 et France2, ce mercredi soir en marge de l'assemblée générale de l'ONU à New York, Nicolas Sarkozy s'est présenté en décideur universel sur tous les sujets. Paradis fiscaux, bonus, régulation de la finance, environnement… Sans oublier de montrer sa fermeté face à l'Iran ou d'enfiler son costume de victime dans l'affaire Clearstream.
Rétif aux conférences de presse (une seule depuis son élection), le chef de l'Etat a voulu démontrer devant Laurence Ferrari et David Pujadas que, dans tous les domaines, c'est lui le meilleur. Le G20 ? « C'est la France, avec l'Europe, qui a eu l'idée. » La lutte contre les dérives bancaires ? « On a convaincu toute l'Europe, dont les Anglais. » Les plans de relance ? « Le plan français a été unaniment vu comme l'un des meilleurs au monde. »
Abracadabra, fini le secret bancaire
Le G20 n'a jusque-là pris aucune mesure contraignante, et la seule conséquence concrète du sommet de Londres a été la mise au pas des banques suisses. Certains paradis, comme Jersey ou le Delaware, ne sont même pas sur la liste « grise » de la communauté internationale. Cela n'a pas empêché Nicolas Sarkozy de clamer que ce problème avait été résolu :
« Il n'y a plus de paradis fiscaux. Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c'est fini. »
Mercredi 16 septembre, déjà, à l'Elysée, le Président s'était livré à un tel exercice de dénégation devant une une vingtaine d'organisations non gouvernementales. La bataille a pourtant à peine commencé ! Ecoutez la réaction surprise et inquiète de Luc Lamprière, directeur général d'Oxfam France-Agir ici. (Voir la vidéo)
Visiblement, la question des paradis fiscaux ne sera pas prioritaire lors du sommet de Pittsburg. Le Président a préféré insister sur la question des bonus des traders, espérant convaincre les Etats-Unis et les autres pays de suivre l'exemple de la France, qui a imaginé un système de « malus » en cas de pertes.
Iran : pas de deal avec Ahmadinejad
Non, la France ne cédera pas au « chantage » de Mahmoud Ahmadinejad. Le président iranien a évoqué la libération de Clothilde Reiss contre celle d'Ali Vakili Rad, un Iranien emprisonné en France pour l'assassinat de l'ancien premier ministre iranien, Chapour Bakhtiar :
« Il n'y aura pas d'échange et et le président iranien le sait bien. (…) On ne sera pas moins courageux que les centaines de milliers d'Iraniens qui sont descendus dans la rue pour protester contre une élection truquée, et pour plus de liberté. »
Concernant la volonté prêtée à l'Iran de se doter de la bombe, et du non-respect des règles internationales de non-prolifération, le Président s'est exclamé : « Vous imaginez l'arme nucléaire dans les mains des dirigeants actuels ? » Il a, de nouveau, parlé de nouvelles sanctions, avec une date limite : « Dans mon esprit, c'est le mois de décembre. »

Du vert en France, en Europe et dans le monde
« Tout l'argent au centime d'euro près, qui sera prélevé sur la taxe carbone vous sera rendu », a lancé Nicolas Sarkozy à l'adresse des Français. Soit par un crédit d'impôts, soit par un chèque « vert ». D'apparence équitable, la taxe ne l'est pas pour deux raisons.
Premièrement, un ménage soumis au bouclier fiscal comme un ménage dans la première tranche d'imposition bénéficieront du même crédit d'impôt. Deuxièmement, les plus gros pollueurs que sont les entreprises déjà soumises aux quotas européens d'émissions de CO2 en sont exemptés.
Plein d'initiative et toujours sûr de son fait, le Président a maintenant décidé de s'attaquer à l'écologie dans l'Europe et dans le Monde. A l'Europe, il demandera qu'elle « mette une taxe carbone aux frontières ». Au monde, il réclame la création d'une organisation mondiale de l'environnement.
Clearstream : Villepin et les autres « coupables »
La présomption d'innocence, Nicolas Sarkozy s'en moque lorsqu'il s'agit de Dominique de Villepin. Interrogé sur Clearstream, le Président oublie son rôle de « garant de l'indépendance de la justice » et lâche :
« Après deux ans d'enquête, deux juges indépendants ont décidé que les coupables devaient être traduits devant le tribunal correctionnel. »
Ni Laurence Ferrari, ni David Pujadas ne relèvent. Le chef de l'Etat assure qu'il ne renoncera pas à sa plainte : « Je ne suis pas un homme qui renonce et qui plaisante avec les principes d'honneur et de probité. »
Et après un sourire : « Que la justice fasse son travail sereinement, elle est en train de le faire. » Il y avait du croc de boucher dans l'air, sur le plateau de télé new-yorkais.
Sarko people
« J'avais 19 ans, il en avait 16 »… « C'est mon ami »… Sarkozy a pris la défense de Brice Hortefeux, victime d'une « maladresse » et de « beaucoup d'outrance » dans les réactions à celle-ci : « L'idée même du racisme ou de la blague raciste lui est étrangère. » Etrangère avec ou sans papiers ?
Le Président jure qu'il ne pense pas à la campagne de 2012 en se rasant : « J'ai tellement de charges sur mes épaules… » Laurence Ferrari tente en vain le relancer avec une moue inquiète : « Mais vous laisseriez tout cela en plan ? »
Nicolas Sarkozy met aussi fin à la rumeur concernant son épouse. Ce n'est pas Carla Bruni qui lui a inspiré son nouvel avis sur les tests ADN : « Je ne suis pas un homme sous influence. » Il explique que son opposition à la signature du décret n'est pas idéologique mais pratique. Le Président rappelle, en exemple, partager l'avis de Besson sur la nécessité de « raccompagner » les sans-papiers de Calais chez eux.
Le chef de l'Etat a toutefois conclu en se reconnaissant un tort mais un seul, à propos de son malaise estival : « Je n'ai pas le droit d'être négligent dans ma façon de m'hydrater. »
Zineb Dryef, Julien Martin et Pascal Riché
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De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 21H37 | 23/09/2009 |
Quelques remarques par ordre d'apparition à l'écran…
1- La dénégation sarkozienne au sujet du secret bancaire est bien dans la ligne du personnage qui n'a que trop tendance à croire que dire c'est faire. Il faut reconnaître, à sa décharge, que les moeurs françaises consistant à gober tout uniment les énormités qu'il lui arrive de proférer ne l'aideront pas à s'amender. Tiens, par exemple : je n'ai pas vu l'émission, mais je veux bien parier que ni Ferrari ni Pujadas n'ont jugé utile de le contredire. Je me trompe ?
2- Pauvre Sarkozy qui se figure qu'il est en mesure de proposer (ou pas) un deal à Ahmadinejad ! Je prends le pari qu'au bout du compte on proposera bel et bien un deal à l'Iran (mais certainement pas à Ahmadinejad) et qu'il suivra bien gentiment. Comme d'habitude.
3- Confondre prévenu et coupable est déjà une vieille habitude : rappelons-nous comment il avait annoncé l'arrestation de Colonna, claironnant que le coupable du meurtre d'Erignac avait été arrêté. Coupable avant tout jugement, c'est quand même vachement plus pratique. Le problème avec l'affaire Cleartstream, c'est que, comme le notent plusieurs commentateurs dont Plenel (par ailleurs partie civile dans l'affaire), cela contribue à renforcer la démonstration que la justice est, dans cette histoire, privatisée au profit du gardien de son indépendance. Faut dire ce qui est, ça coince.
4- Bref, du Sarkozy à l'ancienne : ça pérore, ça rodomonte, et à la fin que dalle. Est-ce que ça valait vraiment le coup d'aller à la Nouvelle York pour ça ?
De Badboys
chômeur à plein temps | 21H36 | 23/09/2009 |
La Canard de ce mercredi 23 décembre 2009 fait état d'un ultimatum lancé par les Israéliens aux gouvernements d'occident pour une offensive militaire contre les installations iraniennes si Téhéran n'abandonne pas ses recherches nucléaires.
Il semble encore une fois que le Canard est extrêmement bien informé puisque l'annonce de la date de la fin de l'ultimatum révélée par le Canard coïncide exactement avec l'annonce de sarko. Cad Décembre…
Bordel, je ne sais ce qui m'arrive mais cette annonce me provoque des suées froides…
Ahmadinejad devrait lire le Canard.
De brawd
contemplateur | 22H45 | 23/09/2009 |
A la question de Pujadas concernant le leadership du monde avec Obama en difficulté sur le plan intérieur et extérieur, Sarkozy curieusement s'est montré modeste. En grand seigneur, il a reconnu que Obama était en avance sur beaucoup de points par rapport à son opinion nationale.
Il y a un passage désoplilant sur la connaissance profonde de Sarkosy de ses dossiers, il confond gaz à effet de serre et gaz détruisant la couche d'ozone, non M. le Président, le CO2 ne détruit pas la couche d'ozone.
Le reste de l'interview n'a été que le reflet habituel de la rhétorique du « je » et du « moi » sur la crise économique.
De vol19
ailleurs | 23H00 | 23/09/2009 |
« Les paradis fiscaux c'est fini »… c'est au delà du « dire c'est faire », le symptôme de la pathologie narcissique et ses mensonges éhontés.
C'est tout de même un tournant dans la forme du discours politique qui semble clairement moins centré sur la présentation de ce qui est mais davantage de ce qu'il faudrait dire en fonction de ce que le public est prêt ou a envie d'entendre pour être rassuré (alors qu'on l'insécurise avec la grippe etc…).
Nous sommes là dans l'« illusion »… dire au public ce qu'il a envie d'entendre, ou ce qu'il faut pour les apparances.
Pas la vérité, on arrange, de toute façon l'homme politique à l'échelon national a assez peu de prise mais ceci ne peut être dit, il faut faire illusion. Et toute façon, la classe médiatique, le dispositif médiatique ne remettra pas en cause la parole Présidentielle, d'autant plus que sans doute de l'ordre de 80% de la population est larguée sur les grands sujets. L'entretien télé est vraiment ciblé pour le crétin moyen.
Et de toute façon, les classes moyennes intellectuelles qui peuvent avoir des repères critiques sont de toute façon critiques à sa cause, mais minoritaires électoralement… donc il doit penser probablement plus astucieux sur un plan stratégique de proférer ce type d'illusions, de mensonges pour garder la face…
Il s'agit tout de même d'une dérive, un peu Berlusconienne ou le public, le citoyen est considéré clairement comme un imbécile… A t-il vraiment tord ? Et comme personne ne s'en prendra à lui pour le moment, ce sont les seconds couteaux, ou la classe médiatique qui fera tampon… voire de risquer de perdre le lectorat plus éclairé…. ce qui veut dire que les grands médias ne sont plsu crédibles pour être informés… et que nous allions vers une grande rupture sociale, culturelle ?