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Bousculade sur le créneau des hebdos satiriques

Unes du Canard Enchaîné, de Charlie Hebdo, de Siné Hebdo et de Bakchich Hebdo (DR).

Situation inédite dans une presse sinistrée : il y a un an, on ne trouvait que deux hebdomadaires satiriques, chaque mercredi chez son marchand de journaux (Le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo). Est arrivé Siné Hebdo, et depuis ce 23 septembre, on trouve désormais Bakchich Hebdo, émanation du site Internet Bakchich.info. L'investigation a le vent en poupe ; côté web, ça tâtonne encore. Tour d'horizon.

Bakchich Hebdo : le papier, c'est quitte ou double

N°1, 20 pages (dont 4 des « meilleures infos du net » sélectionnées par Vendredi.info), 1,80 euro. (Voir la vidéo du making of)



Création : 23 septembre 2009

Enjeu : trouver un modèle économique. Xavier Monnier, directeur de la publication :

« Pour nous, il est crucial de trouver l'équilibre économique que nous n'arrivons pas à atteindre avec le seul site web. Ce lancement en
kiosques, c'est un peu quitte ou double. Au bout du cinquième numéro, nous serons fixés. »

Ventes : 30 000 attendues (100 000 pour le n°1), équilibre à 25 000.

Equipe : une douzaine de permanents.

Publicité : oui. « Pas d'opposition idéologique. »

Ligne éditoriale : slogan de lancement un rien ciblé : « Votre nouveau canard satirique »… Pour le reste, « informations, enquêtes et mauvais esprit. »

Proportion textes/dessins : 60/40, mais « on vise 50/50 ».

Stratégie Internet : recentrage du site (créé en 2006) vers l'actu chaude et la vidéo.

Siné Hebdo : encore 10 000 acheteurs espérés

N°55, 16 pages, 2 euros.

Création : 10 septembre 2008.

Enjeu : vendre 10 000 exemplaires de plus chaque semaine. Siné Hebdo, qui vient de fêter son premier anniversaire avec un hors-série en forme de best-of, conserve environ 200 000 euros de réserves grâce à son premier numéro (180 000 exemplaires vendus), et est à l'équilibre depuis le début. « Mais on fait très attention. Et si nous voulons étoffer l'équipe, il
nous faut gagner encore des lecteurs », explique la rédactrice en chef, Catherine Sinet.

Ventes : 55 000.

Equipe : dix permanents.

Publicité : non.

Ligne éditoriale : outre ses dessins, Siné Hebdo est surtout connu pour les « coups de gueule » de ses chroniqueurs. Depuis début 2009, l'hebdo s'est lancé dans l'investigation, notamment avec un partenariat avec Bakchich, désormais caduc. « On continue à faire de l'investigation, mais à notre manière, en se foutant totalement de l'actualité », explique Catherine Sinet. « Mais bizaremment, les confrères nous reprennent peu. »

Proportion textes/dessins : 50/50.

Stratégie Internet : promotion des publications papier et des activités de l'équipe, mais aussi quelques entretiens vidéo. « A moins d'avoir un journaliste et un modérateur à temps plein, et des pigistes, on ne peut pas faire à la fois un site et un hebdo », estime Catherine Sinet.

Charlie Hebdo : les enjeux de l'après-Val

N°901, 16 pages, 2 euros.

Création : renaissance en juillet 1992, après une première période (1970-1981). Nouvelle formule le 9 septembre 2009 (« Charlie 3 »).

Enjeu : retrouver les chiffres de ventes d'avant l'été 2008 (autour de 63 000 par semaine). Pour Charb, directeur de la
publication de Charlie depuis le départ de Philippe Val à la direction de France Inter, cette érosion est due à la fois à la crise de la presse et à l'arrivée de Siné Hebdo. « Mais aujourd'hui, on ne nous parle plus de ça. Plutôt du prix : 2 euros, c'est cher pour certains. » Pour Charlie (dont l'actionnaire majoritaire est Cabu, les actions de Val étant gelées tant qu'il dirigera une structure publique), l'avenir est incertain : « Nos réserves nous permettent de tenir 9 à 10 mois », annonce Charb.

Ventes : plus de 54 000.

Equipe : une trentaine de permanents.

Publicité : non (à part une pub chaque semaine pour Libé, dans le cadre d'un échange).

Ligne éditoriale : « gaucho-rigolo ». Charlie entend développer les scoops : deux « investigateurs » chevronnés, Guillaume Dasquié et Laurent Léger, viennent de rejoindre (comme pigistes) les signatures maison. Charb :

« On a sorti la semaine dernière une affaire d'Etat [sur les affaires du capitaine Barril en plein génocide rwandais, ndlr], et aucun autre média ne nous a repris. »

Proportion textes/dessins : 50/50.

Stratégie Internet : simple complément. Le site publie certaines enquêtes parues la semaine précédente et des documents.

Le Canard Enchaîné : le Web ? moi non plus !

N°4639, 8 pages, 1,20 euro.

Création : 10 septembre 1915.

Ventes : 536 874 (moyenne 2008).

Equipe : une soixantaine de permanents.

Publicité : non.

Enjeu : pourquoi changer une formule qui marche ? Confortablement assis sur un matelas abondé chaque année -90 millions d'euros de réserves ! -, le vétéran n'a pas les mêmes soucis que les trois autres. Mais depuis le début de 2009, comme les autres journaux, le Canard a vu ses ventes baisser (de 10%).

Ligne éditoriale : le scoop. Aucune nouvelle formule n'est jamais envisagée : « C'est une des particularités du Canard », explique son rédacteur en chef adjoint, Louis-Marie Horeau. « Mais la mise en page, la typo évoluent doucement. »

Proportion textes/dessins : 75/25.

Stratégie Internet : néant. Le Canard possède juste un « site-parking » pour éviter tout cyber-squatting.

« Nous ne sommes pas équipés pour ça, nous n'avons pas la culture. Il faudrait beaucoup de moyens, car nous sommes exigeants. De plus, le Canard ne veut aucune ligne de publicité. Donc nous dépenserions de l'argent sans avoir de rentrées. »

Photo : unes du Canard Enchaîné, de Charlie Hebdo, de Siné Hebdo et de Bakchich Hebdo (DR).

5 commentaires sélectionnés

Portrait de de la soul

De de la soul

internaute critique | 14H31 | 23/09/2009 | Permalien

Je suis un inconditionnel du Canard, un vrai journal d'investigation avec de très bons dessins, souvent hilarants.

J'ai du acheter une fois ou deux Charlie Hebdo, mais, outre les éditos débilissimes de Val, j'ai toujours été déçu. Quasiment aucune info, beaucoup de commentaires qui prêchent des convaincus, même si je dois avouer que certaines unes sont très drôles.

Pareil pour Siné Hebdo, même si j'ai de la sympathie pour le bonhomme, quel intérêt de lire les chroniques rachitiques de Christophe Alévèque ou de Isabelle Alonzo remplies de lieux communs ? On sent les papiers écrits en 30 minutes sur le coin d'une table de café.

J'avais lu le numéro consacré au procès de Siné, c'était assez pathétique : Plusieurs pages avec illustrations pour raconter des détails sans intérêt du procès.

Ces deux journaux valent surtout pour leurs dessins, sinon c'est le néant.

Portrait de Charles Mouloud

De Charles Mouloud

Bras gauche de la Vénus de Millau | 14H28 | 23/09/2009 | Permalien

Satyres de partout ! !

Portrait de Autist Reading

De Autist Reading

Plombier/Electricien | 14H33 | 23/09/2009 | Permalien

J'ai 32 ans, mais j'ai un faible pour les papis.

Seuls le canard et siné méritent le respect.

Bakchich se compromet avec ses « annonceurs », Charlie est carrément compromis politiquement.

Portrait de GonzoStyle

De GonzoStyle

Journaliste | 16H09 | 23/09/2009 | Permalien

La presse satirique se développe… Quand on voit le consensus mou formé par la grande majorité des journaux papiers, il n'y a vraiment pas de quoi s'en plaindre ! Honnêtement, je ne crois pas vraiment au risque de sur-occupation du créneau…

Charlie est un symbole qui a su conserver une réelle qualité rédactionnelle et illustrative malgré la direction du sieur Philippe Val. L'affaire Siné et les événements qui ont suivi ont certainement fait du tort à l'équipe et à son journal, qui ont beaucoup pâti des mauvais choix de leur hyper médiatique ancien rédacteur en chef… Certes le Charlie actuel est bien différent de celui des origines mais il reste un modèle en terme de presse satirique… Charlie s'en sortira.

Siné Hebdo, qui vient de fêter sa première année d'existence, semble quant à lui être un gigantesque billet d'humeur permanent… Fidèle à l'esprit de Maurice « Bob » Sinet alias Siné, il est là pour foutre le bordel en nous faisant rigoler ! Galbé comme un Charlie (16 pages à 2 euros, un peu moins haut et moins large) quoique plus typé « grosse artillerie » et un peu moins esthétique, il reste efficace en terme de dessins et de rédactionnel… Un concurrent de taille qui ne fait pas doublon : autres chroniqueurs, autres dessinateurs, autres points de vue ! Seul bémol, les pages en partenariat avec Bakchich vont disparaître… Elle donnaient un petit côté « enquête » que Siné va devoir redévelopper…

Venons-en au petit nouveau, Bakchich… On connaît le site : efficace, amusant, avec des dessinateurs talentueux et de bonnes plumes , il n'en est pas moins parfois inégal… Reste à savoir si la version papier proposera d'autres choses que le site et si le risque de doublon sera évité… Affaire à suivre donc.

En ce qui concerne le Canard, le cas est différent. Un titre qui est une institution, plus sérieux, moins dessiné… Pas du tout sur le même créneau que les trois autres.

Nous voilà donc avec trois titres sur un même créneau mais sans situation de saturation, chaque titre ayant son identité et son contenu propre… D'ailleurs, nous parlons ici de presse nationale, le nombre de journaux satiriques est bien supérieur si l'on tient compte des titres locaux (Satiricon, Le Ravi, CQFD, Fakir…). Alors, « bousculade » peut-être, mais trop-plein sûrement pas ! Le seul problème c'est que désormais il faudra débourser 5,80 euros chaque mercredi !

Portrait de pmithrandir

De pmithrandir

Developpeur | 16H10 | 23/09/2009 | Permalien

« Nous ne sommes pas équipés pour ça, nous n'avons pas la culture. Il faudrait beaucoup de moyens, car nous sommes exigeants. De plus, le Canard ne veut aucune ligne de publicité. Donc nous dépenserions de l'argent sans avoir de rentrées. »

Dommage de lire ca…

Expatrié, ancien abonné au canard… je ne peux le lire que le vendredi après midi ou le samedi matin(il n'arrive pas plus tôt en librairie). Autant dire qu'il manque totalement de saveur 2 jours plus tard, tous les scoop sont dans les autres journaux en lignes…

Donc oui, Je suis a fond pour une mise en ligne du canard, ou un envoie de fichier sur ma boite mail, ou que sais je encore, et oui, je suis pret a payer mon abonnement pour ca. (55 ou 60€, ca doit bien pouvoir payer le fait de cliquer sur « export PDF » dans le logiciel de maquétage…)

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