VOTRE PORTE-MONNAIE AU RAYON X 22/09/2009 à 14h14

Thierry, informaticien pour 3917 euros et des actions

Isabelle Raynaud | Journaliste


Thierry, responsable informatique à la Société Générale en septembre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

Thierry est responsable d’équipe de développement informatique à la Société Générale. Il gère quarante ingénieurs qui créent des logiciels pour le « middle office », le lieu où sont validées les actions des traders. Eco89 passe ses revenus au rayon x.

Thierry précise son rôle :

« Je m’assure qu’il n’y a aucun problème informatique sur la gestion des flux, une fois que la décision d’achat ou vente est prise. »

La finance, ce n’était pas une vocation. Mais depuis dix ans qu’il travaille, le trentenaire parisien n’a pourtant été loin des marchés financiers qu’une année :

« J’ai effectué ma première mission dans ce domaine et comme généralement on propose ensuite des missions dans le même milieu, c’est comme ça que je suis arrivé là.

Ce que je recherche, c’est un travail où je mets mes neurones à contribution. De ce côté-là, l’informatique dans la finance est un milieu intéressant car il évolue très vite, que ce soit dû à la réglementation ou à l’imagination débordante des commerciaux. En plus, nous avons pas mal de moyens et donc pas mal de libertés. »

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Revenus : 3917 euros net par mois et un intéressement

La part fixe du salaire de Thierry est de 3000 euros par mois. Il faut y ajouter un treizième mois et une prime d’un montant annuel de 7000 euros, ce qui équivaut à un salaire net de 3917 euros par mois.

« Je n’ai pas trop d’avis sur le fait de savoir si c’est trop ou pas assez. Ce qui me laisse le plus perplexe et me ferait penser que c’est plutôt trop, c’est qu’à boulot identique, dans l’industrie le salaire est de 20% en dessous de celui de la finance et que les informaticiens sont plutôt bien payés par rapport aux autres ingénieurs. »

Thierry indique également qu’il n’a jamais demandé d’augmentation. Pour garder leurs salariés, les banques les augmentent régulièrement :

« La question est surtout de savoir combien on donne à une personne pour ne pas qu’elle s’en aille. C’est purement une question d’offre et de demande, sachant que l’on n’a pas nécessairement besoin de chercher soi-même et que l’on est contacté de temps en temps. »

En sus de son salaire, l’employeur de Thierry lui offre des placements défiant toute concurrence. Chaque année, l’informaticien reçoit des actions Société Générale dans le cadre de l’intéressement.

« C’est ce que je trouve le plus discutable vu que ce n’est pas imposé et que c’est complètement proportionnel au salaire. C’est clairement
inégal par rapport aux boites qui n’ont pas ce mécanisme. Pour les sociétés, c’est intéressant car ça sécurise le capital. »

Il bénéficie également d’actions à prix réduit. Les salariés peuvent acheter jusqu’à 3000 euros par an d’actions sur lesquelles ils obtiennent une décote de 20% :

« Tout le monde met les 3000 euros car alors la banque rajoute 1000 euros, ce qui fait 4000 euros en actions. »

Le principe permet ensuite de les acheter à 80% du prix et les revendre à
taux plein. Il faut juste le faire au bon moment pour en tirer le profit maximum.

Au cours actuel, il détient pour 11 000 euros d’actions qu’il pourra débloquer au bout de cinq ans d’ancienneté, soit à partir de 2011.

Mais Thierry s’est aussi vu proposer des
actions gratuites, pour un montant de 20 000 euros au cours actuel. Il ne les touchera que dans trois ans mais ne pourra les revendre, s’il le souhaite, que deux ans plus tard. Contrairement à l’intéressement, il ne touchera rien si d’ici là il démissionne ou est renvoyé.

« Je trouve ce principe de rémunération bon car c’est une prime de
fidélité. C’est un moyen pour une société de garder les éléments qu’elle souhaite et ce n’est pas du court terme. »

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Dépenses fixes : 1955 euros par mois

Thierry et sa compagne sont propriétaires à Paris, dans le XIVe arrondissement. Son emprunt lui coûte chaque mois 400 euros. A cela s’ajoute les impôts fonciers, 120 euros par mois, les charges, le gaz, l’électricité et l’abonnement Internet pour 140 euros mensuels.

Thierry paie 500 euros d’impôt sur le revenu chaque mois.

Pour le reste, il dépense :

  • Nourriture : 250 euros
  • Téléphone portable : 35 euros
  • Transports : 120 euros
  • Entretien : 100 euros
  • Santé : 40 euros
  • Habillement / pressing : 250 euros
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Presque 1000 euros pour les loisirs chaque mois

Pour les loisirs, Thierry dépense environ 998 euros chaque mois :

  • Sport : 40 euros
  • Spectacles : 30 euros
  • Hi-Fi : 120 euros
  • Bricolage : 100 euros

Pour les sorties resto et le vin, Thierry débourse mensuellement 250 euros.

« C’est mon côté gaulois, j’adore bien manger et bien boire que ce soit au restaurant ou chez des amis. Les budgets vin et restaurant sont clairement pas négligeable. »

La part réservé aux voyages est assez conséquente. Thierry dépense chaque année 5500 euros en séjours et week-ends.

« Selon la convention bancaire, les banquiers travaillent 207 jours par an. Je pars chaque année faire deux voyages pour découvrir comment c’est hors de France. Comme j’ai pas mal de vacances, j’en profite. C’est plutôt le style découverte que les clubs en bord de mer. Et plus mon salaire a augmenté, plus je suis parti loin. »

Le prénom a été changé, une clause du contrat de travail de Thierry lui interdisant de révéler le montant de son salaire, ainsi que ses avantages en actions.

Photo : « Thierry », responsable informatique à la Société Générale, à Paris le 21 septembre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 17h21 le 22/09/2009
    • Expert 24356
      Chercheur

    « Ce qui me laisse le plus perplexe et me ferait penser que c’est plutôt trop, c’est qu’à boulot identique, dans l’industrie le salaire est de 20% en dessous de celui de la finance et que les informaticiens sont plutôt bien payés par rapport aux autres ingénieurs. »

    C’est bien, Thierry est très lucide, il a un peu de recul sur son boulot. Et il soulève là un point important. C’est grave que la société rémunère plus la finance que l’industrie. Parce que c’est l’industrie qui créée les richesses, la finance ne fait que des transactions sur ses richesses. On dirige donc tous les meilleurs cerveaux sur un domaine peu utile à la société et on dévalorise ce qui est indispensable : on peut survivre sans trader, mais on ne peut pas sans industrie (à moins de retourner à l’âge de pierre).
    Alors tant mieux pour Thierry, mais tant pis pour le reste des Français : bientôt tout sera inventé et fabriqué à l’étranger, et faudra pas venir pleurer.

  • Alo
    Alo
    chef d'entreprise
    • Posté à 19h08 le 22/09/2009
    • Internaute 62591
      chef d'entreprise

    C’est très étrange : dans ses commentaires, Thierry s’excuse presque à plusieurs reprises de gagner de telles sommes ou d’avoir tel ou tel avantage. S’il les gagne, c’est qu’il les vaut, je ne connais pas d’employeur assez stupide pour payer un employé sans y trouver un intérêt et/ou un retour sur investissement.
    On croirait presque que gagner de l’argent est un tabou, et qu’il ne faut surtout pas le montrer. Réveillons-nous ! Qui ici oserait prétendre refuser de gagner 3000 euros net / mois ?
    Enfin, lorgnons un peu du côté d’autres pays, comme la Suisse par exemple : les revenus du secteur bancaire là-bas sont parmi les plus élevés tous secteurs confondus (Lien), et probablement environ deux fois plus élevés en moyenne qu’en France. Et alors ? Tant mieux pour certains.

  • ThierrySg
    ThierrySg répond à azerty69
    Informaticien
    • Posté à 00h21 le 23/09/2009
    • Internaute 90844
      Informaticien

    Vu qu’il y a quelques questions non élucidées, je vais répondre sur une partie :
    - J’ai acheté un premier appart à Paris pratiquement dès que j’ai commencé à bosser. Je l’ai revendu 80% plus cher 5 ans après. C’est une des explications de mon apport personnel. Nous avons en plus acheté à deux, ce qui facilite nettement l’achat. Et pour le fils à papa, je ne suis que fils de fonctionnaires et donc un pur produit de la classe moyenne.
    - Ça amène la deuxième réponse à savoir que je n’économise pas chaque mois car je n’en ai plus besoin, mon appart est suffisamment grand et ma partie bloquée me suffit. J’économisais plus au début. J’aurais tendance à dire que les dépenses sont un peu comme l’air dans un ballon, plus il y a d’air plus ça grandit. C’est un peu réducteur, mais l’image est là. Plus on a d’argent, plus on a tendance à dépenser.
    - Sur les 40, j’inclus les prestataires mais pas les forfaits et j’ai bien commencé par de la prestation de services. Je ne dirige pas 40 personnes en direct. C’est beaucoup trop et bien évidemment je ne développe rien moi même. J’ai plusieurs équipes sous ma responsabilité.
    - Je n’ai jamais vu autant de diversité (ethnique et sociale) que dans l’informatique. Vu que les boites ont besoin d’informaticiens, elles sont moins regardantes. Le deuxième effet loupe, c’est que les personnes défavorisées ailleurs le savent et qu’elles vont donc vers un milieu où elles ont plus de chances. En ce qui concerne la SG, la boite fait de vrais efforts pour favoriser la mixité et ce n’est pas que de la com.
    - Et à la question posée plusieurs fois sur pourquoi les gens changent de boites, je ne peux donner que ma vision personnelle. J’ai atteint un niveau de salaire qui fait que ma motivation est plus sur l’intérêt du travail. Je ne vais pas changer juste pour quelques euros de plus.
    - Il y a une petite erreur sur la participation et l’intéressement, les 11000 euros c’est la somme de cette année qui est donc bloquée jusqu’en 2014 et non 2011. Sinon, c’était bien joué pour deviner ma date d’entrée à la SG.