Explicateur 22/09/2009 à 20h00

Pourquoi changer le statut de La Poste si ce n'est pour privatiser ?


Les syndicats crient à la privatisation rampante de La Poste, mais le gouvernement assure vouloir juste la renforcer.


Manif contre la loi de modernisation de La Poste le 22 septembre 2009 à Paris (Charles Platiau/Reuters).

Occupation de la Bourse par Olivier Besancenot et une cinquantaine de postiers, journée de grève nationale, manifestation à l'appel des principaux syndicats et partis politique d'opposition... Le Comité national contre la privatisation de La Poste a accentué la pression ce mardi contre le projet de loi de modernisation de La Poste, avant une consultation nationale organisée le 3 octobre.

Que prévoit le projet de loi ?

Adopté en Conseil des ministres le 29 juillet, le projet de loi de modernisation de La Poste devrait être examiné par le Parlement fin octobre ou début novembre. Il prévoit de faire passer La Poste du statut d'Etablissement public industriel et commercial (Epic) au statut de « société anonyme dont la totalité du capital social sera détenue par l'Etat ou par des personnes morales appartenant au secteur public ».

Au cours du Conseil des ministres, le gouvernement a également détaillé quatre autres points dudit projet de loi :

  • Il réaffirme, en les inscrivant dans la loi, les quatre missions de service public de La Poste, notamment la présence postale territoriale dont le financement reste assuré par le fonds postal national de péréquation territoriale.
  • Il apporte des garanties aux personnels de La Poste -fonctionnaires et contractuels- qui conserveront leurs statuts et l'ensemble des droits qui s'y attachent.
  • Il transpose la directive du 20 février 2008 fixant au 31 décembre 2010 la libéralisation totale des marchés postaux en Europe. Il désigne La Poste comme opérateur du service universel pour une durée de quinze ans, avec un contenu et un périmètre du service universel inchangés.
  • Il dispose que le système actuel du prix unique du timbre est également maintenu.

Quel est le but avancé par le gouvernement ?

Le gouvernement explique l'opportunité du projet de loi par le besoin de renforcer La Poste avant la libéralisation totale des marchés postaux en Europe à partir du 1er janvier 2011. L'entreprise perd actuellement un milliard d'euros par an et ses dettes s'élèvent à six milliards d'euros au total.

Mais pourquoi changer le statut de l'entreprise ? L'Etat ne sera plus obligé de la financer directement et entièrement, mais passera par la Caisse des dépôts et consignations, une institution financière publique qui gère des fonds publics et privés. Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, s'en est expliqué le 29 juillet :

« Le statut actuel d'établissement public industriel et commercial de La Poste, qui est aujourd'hui une exception en Europe, ne lui permet pas de trouver les financements complémentaires nécessaires.

Le projet de loi modifie donc le statut de l'entreprise, qui devient une société anonyme, afin de permettre à l'Etat et à la Caisse des dépôts et consignations de souscrire à une augmentation de capital à hauteur de 2,7 milliards d'euros. »

Sa ministre de tutelle, Christine Lagarde, n'a pas dit autre chose ce mardi matin au micro de France Inter :

« Ce n'est pas une privatisation. Ce que nous prévoyons, c'est de réorganiser La Poste pour permettre de la renforcer. Cette magnifique institution a besoin de capitaux dans un contexte où, compte tenu de la réglementation européenne, le marché va s'ouvrir à la concurrence. (...) Nous prévoyons, en toutes hypothèses, que l'actionnariat reste public. » (Voir la vidéo)


L'Etat a donc décidé de ne pas assumer seul ces 2,7 milliards d'euros. Conserver le statut actuel de La Poste était à ce prix, que le gouvernement a choisi de ne pas faire supporter exclusivement aux finances publiques. Quitte à faire un premier pas très impopulaire en direction d'une éventuelle privatisation de La Poste.

Quelle crainte est affichée par les syndicats ?

Malgré les affirmations à répétition du gouvernement et la mention d'un capital 100% public dans le projet de loi, syndicats et partis d'opposition craignent que l'on se dirige vers une privatisation rampante de La Poste en la transformant en société anonyme.

D'abord parce que ce qui est fait par une loi peut être modifié par une autre loi. Ensuite parce que des précédents ne peuvent que légitimement accroître ces craintes. Le NouvelObs.com rappelle les cas de France Télécom et Gaz de France.

Alors que les socialistes avaient assuré que le capital de France Télécom resterait 100% public durant la campagne des législatives de 1997, ils mettent 20,9% de ce même capital sur le marché aussitôt élus. La droite poursuivra dans la même voie : aujourd'hui, l'Etat ne détient plus que 26,65% du capital de France Telecom.

Plus récemment mais toujours avec la même méthode -en transformant une Epic en société anonyme-, le Parlement a voté le 22 juillet 2004 l'ouverture du capital de Gaz de France avec une participation de l'Etat ne pouvant pas descendre au-dessous de 70%. Aujourd'hui, le groupe GDF-Suez est coté en Bourse et l'Etat ne détient plus que 35,6% de son capital.

Pourtant, le 6 avril 2004 devant des ouvriers de Gaz de France en colère, Nicolas Sarkozy martelait à l'occasion d'un déplacement à Chinon (Indre-et-Loire) :

« On ne viendra pas à la privatisation, c'est clair, simple et net. Il n'y aura pas de privatisation d'EDF et Gaz de France, c'est clair, c'est simple et c'est net. » (Voir la vidéo)

Photo : manif contre la loi de modernisation de La Poste le 22 septembre 2009 à Paris (Charles Platiau/Reuters).

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  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 00h01 le 23/09/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Pragmatisme oblige, je pensais encore il y a quelque temps que seules les missions régaliennes de l'Etat devaient être pérennes.
    -la défense nationale
    -la justice
    -la secutité des citoyens (police)
    A ma grande honte, j'avais oublié la solidarité et l'égalité que sont la santé et l'éducation. Je pensais alors naivement avoir fait le tour du problème.
    Depuis peu en milieu rural, je me suis aperçu que le problème est beaucoup plus vaste que mes ex petites préocupations d'urbain.
    De plus en plus l'Etat se désengage de ses missions, mêmes régaliennes., laissant aux colectivités locales le soin de palier à son absence.
    La poste, symbole pour beaucoup d'anciens en milieu rural de présence quotidienne, n'echappe pas à la règle et quand il faut aller au chef lieu de canton pour des prestations qui étaient autrefois du ressort de la receveuse, cela représente pour eux une régression humaine et pour la société un régression sociale.
    L'allongement de la durée de vie des citoyens n'est pas compatible avec la desertification programmée du territoire.
    La dématérialisation des documents et des services par la mise en place d'internet sera limiter par l'interface homme/machine et surtout par l'age du capitaine

  • muji
    • Posté à 00h02 le 23/09/2009

    « C'est clair (grimace de la bouche), c'est simple, (mouvements de tête), c'est net (la main touche le nez) »

  • Thiasma
    Thiasma répond à Sacha25
    Passant sans-soucis
    • Posté à 00h32 le 23/09/2009
    • Internaute
      Passant sans-soucis

    La question mérite d'être posée, même si je ne partage (à priori) pas les conclusions que vous formulez.

    La Poste, comme toute structure « en réseau » est une activité qui supporte mal la concurrence...

    Si nous avions opté, lors de la création de la téléphonie mobile, pour un service « collaboratif » (à l'image de RTE, RFF, etc..) et non pas pour un modèle concurrent , et bien la France serait aujourd'hui aussi bien desservie sur l'ensemble de son territoire, et ce avec 3 fois moins d'émetteurs...Imaginez la réduction du prix de nos appels et les économies d'énergies engendrées ! !

    Au lieu de cela, nous avons des réseaux mobiles ultra-redondants en zone urbaine, tandis que les Lozériens, selon où ils se trouvent, captent avec grand peine l'un des 3 opérateurs (au mieux ).

    Pour la Poste, c'est un peu pareil : privatiser, ouvrir à la « concurrence » n'aboutira qu'a des monopoles locaux mal inter-connectés, ou bien des « trous » dans la desserte territoriale...et il sera impossible de savoir à l'avance ce que vous coûtera un envoi (un peu comme les billets de train, selon que vous allez sur voyage-sncf, idTGV, ou au guichet...qui « jouent » à la concurrence).

    L'équilibre actuel (passé ? ) du service postal tient dans la rentabilité de certains secteurs, qui compense les « pertes » engendrées par les dessertes moins rentables...Et cela, seuls les services publics ont montré leur capacité d'y parvenir !

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 00h59 le 23/09/2009
    • Internaute
      Dessinateur de presse

    la Poste dans quelques années

  • vento
    vento
    Facteur
    • Posté à 02h32 le 23/09/2009
    • Internaute
      Facteur

    Hello, juste un petit mot pour clarifier les choses car je suis déçu du peu de profondeur des faits relayés par les grands médias.

    Je suis facteur voila voila.

    1 - l'immense majorité de ce qui est exposé dans la presse papier et les journaux télévisés rapport à la poste, provient de la com » de la direction.

    Par exemple notre fil-rouge de la crise à nous c'est la baisse de traffic, l'E-mail !
    Ca ils adorent, ça nous bouffe tout notre courrier : (
    Cependant on ne note aucune baisse particulière sur le terrain, cette rentrée à d'ailleurs été assez démente niveau charge de boulot.
    Mais alors quoi ? !
    En fait leur méthode pour apprécier le volume du traffic est originale : ils comptent le nombre de caisses de lettres. Dans une caisse peu y avoir 3 comme 200 lettres. 200 la plupart du temps.
    Chiffres bidons donc.
    Je suppose qu'il en existe de vrais, mais pas pour le petit peuple.

    2 - La mutation de la poste est déjà engagée

    Restructuration, nouveaux centres, nouveaux patrons, management à l'arrache et nouvelles règles de travail à prendre ou à se casser.
    Bon on va pas la faire en long en large ; tout le monde devient polyvalent, les heures sup (payées ou non) se ramassent à la pelle, les absences sont répercutées sur tout le monde, les repos sont bien court et plus espacé etc.
    Globalement ils jouent de façon habile sur le fait que le boulot de facteur est difficilement quantifiable (pas vraiment d'heure, on part quand c'est fini).
    Ils jouent tellement bien que c'est pas rare de faire des semaines de 50 heures à certains postes « bouche trou ». Après tout si tu fini tard c'est que tu travaille mal.
    Cette fainéantise injustifiable leur à inspiré le concept de « sécabilité » ; des agents se partagent le travail d'un collègue sans contrepartie, au motif que certains jours sont « faible » en trafic. Mais cette « faiblesse » est en grande partie artificielle car ils retiennent le courrier (et s'en défendent). Parfois même des quotidiens, c'est pas encore bien rodé.
    Du coup non seulement ces jours « faibles » deviennent « forts », mais le reste de la semaine à rattraper le retard peu être juste terrible sur certaines tournées.
    Dire que certains prennent le facteur pour un feignant... Naturellement y'aura toujours une poignée que les rouages de la machine auront épargnés pour des raisons pratiques, comme dans tout bonne société ou il fait bon vivre, mais la majorité prends cher. J'avais jamais vu autant de dos et de cous cassés en si peu de temps, ça va du kiné jusqu'à la chirurgie et les séquelles à vie.

    3 - La nouvelle poste se tape bien de la « qualité de service » qu'elle prône plus que jamais.

    Les nouvelles méthodes de tri sont bien plus usantes, basées sur la polyvalence entre agents et la MASSE ! Le choix n'est plus donné si on veux finir dans les temps, la méthode comme la somme de travail incitent au bâclage. A ce sujet je suis étonné de la conscience pro de beaucoup d'entre nous. Vache à lait ?
    La qualité donc.
    Une anecdote amusante et révélatrice ; notre nouveau boss nous a demander de balancer les « vip » (que je déteste ce terme à la con) ; soit les « artistes“/politiques/patrons qui habitent sur nos tournées. Pourquoi ça ? Il n'a pas dit.
    On en conclu (quoi d'autre) que c'est pour effectuer un service meilleur et plus rapide chez eux, quoiqu'il arrive.
    Voila le service public aujourd'hui.
    Et on nous demande de nous investir comme des gamins dans un jeu, à vendre des timbres de Johnny... Nan mais j'te jure.

    4 - L'avenir est incertain

    Les promesses on a vu ce que ça donne chez FT, la poste tire déjà la corde tant qu'elle peut. Un seul objectif, jarter du monde.

    Donc s'il vous plait, quand vous noterez une erreur ou un retard dans la distribution du courrier, ne vous en prenez pas à votre facteur, il fait peut être deux tournée par jours et si ça se trouve c'était même pas lui la veille.

     : -)

  • kkadim
    kkadim répond à vento
    • Posté à 09h22 le 23/09/2009

    salut, moi je suis du « service général », enfin l'Enseigne la Poste comme il faut dire.ben il se passe la même chose, sauf que nous c'est vendre, vendre, vendre, vendre. mais je retrouve les mêmes trucs, avec les semaines fortes et les semaines faibles : en semaine forte les effectifs doivent être là (enfin ceux qui reste et l'on à bien du mal à ne pas fermer un guichet faute de personnel ) donc tous bossent comme des malades, et en semaine faible : eh bien faut bien accorder des congés (ben oui les 5 semaines on y a droit aussi, mais elles sont répartis tout au long de l'année ) et donc souvent la moitié des guichets fermés ce qui fait que les files d'attente sont aussi longues et le boulot aussi lourd.
    et là encore les heures sup. qui se multiplient, pas toujours payés. la « polyvalence » non reconnue ( tout le monde est appelé « guichetier »). et toujours ces putains de « campagnes » où il faut fourguer le service à valeur ajouté à la mode ( le tout fliquer par des « clients mystéres », employés par des boites privées qui remettent un rapport sur la qualité de l'acceuil, d'une stupidité crasse : par exemple si un clébard a pondu une merde sur le trottoir devant le bureau de poste : le bureau est sanctionné car mauvaise image de marque, et pendant ce temps on se demande comment demain on pourra assurer le service avec deux agents en moins....).
    bon. alors si le guichetier vous fait la gueule c'est souvent parce qu'il vient se subir un « debriefing » où il fut trainer dans la boue pour avoir un taux de « croissance inférieur à la moyenne des taux de croissance moyens de la sous dirrection départemental », en clair pour ne pas avoir fait suffisament pisser le fric. et dans certains bureaux le débriefing c'est tout les matins, en tête à tête avec son chef. malgres tout la majorité essaie encore de faire du service public. en tout cas chez nous, en zone zus, nous n'envisageons pas de faire autrement......pour l'instant, parce que je ne vais pas mettre ma vie en danger pour vous.