Polemique 20/09/2009 à 11h45

Essonne : la délation par mail dans les quartiers passe mal

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

L'appel à « aider la police nationale » diffusé aux habitants divise syndicats, élus et jusque dans les rangs de l'UMP.


Affichette présentant l'adresse email mise à disposition des habitants (Le Parisien)

La délation pour contourner l'omerta des cités ? C'est peu dire que l'initiative de Jean-Claude Borel-Garin, le patron de la police dans l'Essonne, fait polémique, y compris au sein de la police et chez certains élus UMP qui goûtent mal cette méthode aux précédents douteux.

Dès ce week-end, les habitants de l'Essonne sont informés par la police du nouveau système : une boîte mail destinée à recueillir de manière discrète ou anonyme des informations, des photos ou des vidéos sur certains délits classiques des quartiers dits « sensibles » selon le vocabulaire en vigueur : rodéos, occupations de halls d'immeuble, drogue... « Confidentialité garantie », indique la notice de la police.

Sous le titre « Aidez la police nationale dans son action au service des citoyens », la notice de la police devait être distribuée aux habitants ce week-end et affichée dans les commissariats et les mairies qui l'acceptent.

« Si la victime n'a que cette solution, c'est un constat d'échec »

Les syndicats de policiers sont partagés, tout comme les élus locaux. Ceux qui approuvent la décision du patron de la police font valoir que tout ce qui peut aider le travail des policiers est bon à prendre, et que les gens « doivent pouvoir témoigner sans risque de représailles », comme le dit Georges Tron, député-maire UMP de Draveil.

Parmi les plus critiques, figure Alliance, le deuxième syndicat de gardiens de la paix, qui a condamné samedi cette « fausse bonne idée » comme de la « poudre aux yeux ». Jean-Claude Delage, son responsable :

« C'est une police d'une autre époque. »

Dans Le Parisien, Claude Vasquez, le maire communiste de Grigny, n'est pas contre, mais ajoute ce commentaire pertinent :

« Mais si la victime n'a que cette solution, c'est qu'il y a comme un constat d'échec et que le service public de proximité a échoué. »

Sarkozy l'a chassée par la porte, la police de proximité revient par la fenêtre

Fin août, pourtant, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, réunissait un grand raout Place Beauvau, dans le but officiel de renouer le dialogue entre les associations de jeunes des quartiers et la police.

Une opération quelque peu vidée de son sens par l'absence de policiers de terrain ni d'élus, mais qui allait dans le sens opposé de celui que prend aujourd'hui le patron des policiers de l'Essonne.

Cette boîte mail remet une nouvelle fois le projecteur sur le rôle et la place de toute police de proximité dans les quartiers. On se souviendra évidemment de la fameuse sortie de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, en 2003, s'adressant à trois îlotiers à Toulouse :

« La police n'est pas là pour organiser des tournois sportifs, mais pour arrêter des délinquants, vous n'êtes pas des travailleurs sociaux. »

Depuis ce sabotage en bonne et due forme de la police de proximité, le concept a retrouvé un certain état de grâce. Mais le recours à la délation anonyme, sans avoir besoin de recourir à des analogies historiques déplacées, est d'abord et avant tout le signe d'un échec. Pas seulement celui de la police, celui de la société.

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  • onapatouvu
    • Posté à 12h35 le 20/09/2009

    Cette initiative a sans doute été prise avec l'aval (consonance surprenante) du ministère de l'Intérieur ; ça ressemble à un ballon d'essai, en attendant une éventuelle généralisation.
    On comprend mieux quelle est la « bonne » utilisation d'internet, pourtant tant décrié ces derniers temps, qu'encourage le gouvernement.
    « C'est une police d'une autre époque. » reconnaissent les policiers (au moins certains d'entre eux). Effectivement, quoi qu'en pense M. Haski (« Mais le recours à la délation anonyme, sans avoir besoin de recourir à des analogies historiques déplacées, est d'abord et avant tout le signe d'un échec ») ; pourquoi ces analogies seraient-elles déplacées alors qu'elles sont évidentes ? Pourquoi se focaliser sur la police de proximité ? Les finalités de cette démarche sont obscures et je ne pense pas qu'elle permette un quelconque progrès de la lutte contre la délinquance ; par contre, qu'elle entraîne des débordements, c'est certain. Que cherche la police à savoir, et qu'en fera-t-elle, puisque les auteurs des dénonciations ne pourront pas être cités comme témoins ?

  • Seccotine
    • Posté à 13h01 le 20/09/2009
    • Internaute

    Misère ! je demeure dans l'essonne (et en plus d'après ce que je viens de lire dans une municipalité favorable - ce qui ne m'étonne guère). Je serai au premières loges pour voir le changement de comportement à force d'être confrontée à des « donneurs potentiels ». Bravo l'ambiance.
    Alors avant qu'on ne le fasse pour moi ; j'avoue me garer quelques fois sur un « parking interdit » dans ma résidence (pas un parking pour handicapés) au lieu d'aller dans mon garage.
    Espérons que cette sollicitation inique subira le même sort que dans l'Isère. En attendant R.A.S. sur le site de la Préfecture d'Evry.

  • Erikiki
    • Posté à 13h15 le 20/09/2009

    Allez je commence l'expérience :
    Voici ma première déposition :
    « - Je dénonce une valise de plusieurs milliards d'euros déposé dans plusieurs banques françaises affichant des bénéfices basés sur la crédulité et la pauvreté de ma cité. »

    Rue89, je teste l'expérience et rendrai compte du suivi de leur initiative.

    =)

  • niarf
    • Posté à 13h44 le 20/09/2009
    • Internaute

    Désolé de vous interrompre dans vos commentaires, mais bon.... Enfin quelqu'un qui à des couilles ! ! ! Nous ne sommes plus à Vichy, et ce nouvel outil contre les délinquants va permettre de sortir les quartiers de leurs poisons (drogue, violence, ...)

    Pensez à ces familles qui soufrent de la violence dans l'ombre. Cet outil va épurer les zones sensibles.
    Ils ne veulent pas faire d'effort, pourquoi devrions faire des efforts.
    Pour ce qui est du contact social, c'est bien beau mais c'est mort !

  • Hers Vel Gr
    • Posté à 14h37 le 20/09/2009

    ce système existe déjà en Grande-Bretagne et en Allemagne et il fonctionne très bien. Les utilisateurs assument leur acte.

    Le code de Procédure Pénale prescrit que quand un citoyen est témoin ou a connaissance d'un crime, il DOIT avertir les autorités. C'est une règle fondamentale pour que nous puissions vivre dans une société un tant soit peu saine.
    ca ne fonctionne évidemment pas pour ceux qui baissent les yeux quand une bande de crapauds cherchent à « victimiser une face de craie » mais qui sortent leur téléphone dès qu'une patrouille de Police pointe son nez dans l'attente de la bavure qui fera le buzz.

    Tous les couinements des nouveaux justes de pacotilles ne changeront rien au fait que ce système correspond à un vrai besoin de renseignement.

  • philaam
    • Posté à 16h02 le 20/09/2009

    La délation est un pauvre moyen, qui installe un climat de méfiance et renforce le sentiment d'insécurité. Les lâches l'utilise pour régler des comptes personnels, l'injustice s'y prélasse coome dans un lit de velours.
    L'instruction et l'exemple sont des instruments vertueux : les travailleurs sociaux qui sont issus des zones difficiles, peuvent y faire un joli travail. Il y aurait de quoi à faire dans ce sens, pour rassembler et rendre respirables les quartiers.
    La délation c'est diviser pour mieux régner , stratégie efficace, mais qui n'apporte ni le calme , ni la sérénité.