Il n'a « pas regardé le site » de Ségolène Royal, mais Vincent Peillon, son ex-bras droit, a profité de l'occasion, comme de la vidéo montrant la mauvaise blague raciste de Brice Hortefeux, pour exposer sa vision de l'information sur le Web, lors de « Parlons Net », le club de la presse Internet de France Info, dont Rue89 est partenaire :
« Le Web permet incontestablement d'organiser des débats qui n'auraient pas lieu autrement, de donner de l'information aux gens. Et puis, il y a toute une autre utilisation de ce Web, qui personnellement me désole. (…)
J'ai observé ça depuis deux ans : il y a un certain nombre de gens qui passent leur journée à dire du mal des autres sur Internet et à faire partir des rumeurs. Tout ça est très manipulé. (…)
Je suis très frappé de l'amplification d'une certaine forme de -je n'ai pas envie de dire poujadisme, démagogie, ce ne sont pas les bons termes- quelque chose qui traîne là-dedans qui me fait un petit peu peur. (…)
Je viens d'une culture républicaine qui considère que le pire c'est qu'on veuille montrer tout. (…) J'ai toujours pensé que tout rendre visible, c'est le début du totalitarisme. » (Voir la vidéo)
Le député européen socialiste reprend quasiment mot pour mot la pensée exprimée la semaine dernière dans la même émission par Henri Guaino. Selon le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, « la transparence absolue, c'est le début du totalitarisme ».
« Ce n'est en soi pas gênant », concède d'abord Vincent Peillon. Avant de se reprendre et de juger « utile » la diffusion de la vidéo de Brice Hortefeux, dont il met alors un point d'honneur à souligner la dérive :
« Le spectaculaire, c'est le sarkozysme, c'est l'obscénité sarkozyste. Nous somme dans un moment d'abaissement national.
Je vois quelque chose de précisément cohérent entre la déclaration d'Hortefeux, le ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration, et une campagne présidentielle faite sur le mouton égorgé dans la baignoire. »
« Augmenter le salaire des enseignants de 50% »
Sans s'éloigner toutefois de ses premières critiques adressées au Net : « Dans ce zapping permanent, que les internautes organisent aussi, on oublie de faire le lien entre un évènement et l'autre. » Nombre de médias, dont Rue89 immédiatement, ont pourtant rappelé les antécédents du nouveau ministre de l'Intérieur en la matière.
Même si traiter des uns n'empêche pas de parler des autres, Vincent Peillon déplore surtout que ces buzz à répétition annihilent les sujets de fond. Lui qui a initié, fin août à Marseille, avec Marielle de Sarnez (MoDem), Daniel Cohn-Bendit (Europe Ecologie), Robert Hue (PCF) et Christiane Taubira (PRG), « un rassemblement social, écologique et démocratique ».
La première pierre programmatique devrait d'ailleurs être prochainement posée à Dijon. Avec les deux règles qu'il a fixées : pas de présidentiables (il a refusé la présence de François Bayrou, même dans l'assistance) et un thème majeur (l'école, qui est aussi le sujet de son dernier livre d'entretiens croisés avec Xavier Darcos).
L'école, dont le député estime qu'elle doit connaître des bouleversements structurels. Interrogé sur les réformes concrètes à mettre en oeuvre, il sait aussi lister ses propositions :
- « Faire travailler les élèves au moins trois semaines de plus par an. »
- « Augmenter le salaire des enseignants de 50%. »
- « Augmenter le temps de présence des enseignants dans l'établissement de 50%. »
- « Remettre à plat les programmes et supprimer 20% des horaires d'enseignement des élèves. »
- « Mettre dans les établissements difficiles des enseignants très chevronnés. »
Une vision bien définie, qui s'obscurcit cependant, une fois encore, lorsqu'il s'agit du Web. Selon lui, les programmes d'éducation à la réflexion des enfants et des adolescents à la pratique d'Internet, « ça fonctionne déjà ». A l'Ecole normale, où il enseignait, certainement. Mais c'est loin d'être le cas partout.
► « Parlons Net », présenté par David Abiker de France Info, avec Samuel Laurent du Figaro.fr et Julien Martin de Rue89.



















5
De Crainquebille
Lecteur | 10H43 | 19/09/2009 |
Et il a raison, puisque l'une des premières utopies totalitaires de l'ère moderne, La Cité du Soleil, propose une organisation sociale où il n'y a pas de sphère privée. Cela dit, je pense que c'est une erreur de dire que l'internet serait du « tout visible », puisque l'anonymat y existe et que dans la « vie réelle », on peut tout simplement éteindre la caméra… Enfin, je trouve étrange et fausse cette association entre rumeurs et « tout visible ».
De Liger
liger.amsud.net | 10H53 | 19/09/2009 |
L'erreur fondamentale que font Peillon, Guaino, et tant d'autres, c'est de considérer que sur internet, il y aurait deux catégories distinctes :
- d'un côté les auteurs, prompts à balancer sur le net des rumeurs, des indiscrétions ou des commentaires orduriers et anonymes,
- d'un autre les lecteurs, naïfs et victimes des premiers.
Or, c'est justement ça la révolution du net : ces deux catégories sont confondues. Et chaque lecteur, à travers la pratique du blog et du forum, est parfaitement au fait du pouvoir de l'auteur. Il est même ainsi davantage à l'abri des influences diverses, se vaccinant peu à peu.
Et la conséquence est finalement une meilleure résistance à la manipulation, et aussi une meilleure capacité à ne pas propager la rumeur, ou du moins à la rendre moins virulente.
De Marcantoines
trouveur | 11H10 | 19/09/2009 |
Beaucoup de points méritent d'être débattus.
1. Transparence absolue et totalitarisme.
Une transparence est indispensable : celle des comptes, celle des résultats sociaux et économiques, celle d'une information objective.
Une autre transparence est extrêmement mauvaise pour la démocratie, pour la cohésion sociale et pour l'amélioration de nos conditions de vie. La fausse transparence, celle qui sort l'élément de son contexte, celle qui joue sur les mots, celle qui fausse le message en présentant le reflet de l'image. Alors oui, cette dernière transparence est à rejeter. Malheureusement, c'est cette dernière qui est valorisée dans de nombreuses médias.
Le rationnel se vend mal, l'émotion est exaltée.
De Jerohm
12H00 | 19/09/2009 |
C'est assez dingue, les politiques sont complètement déconnectés des réalités d'internet. On dirait des enfants à qui il faut apprendre à distinguer la sphère privée de la sphère publique.
Il est toujours possible d'avoir une vie privée : la garder hors de la sphère publique (i.e. internet).
Par exemple, pour Hortefeux, ne pas faire de blagues racistes devant une caméra de journaliste.
Alors, amis politiques, faites attention à votre compte FaceBook, et ne mettez pas des photos de vous bourrés à votre dernière soirée échangiste.
De marre.du.pipe.hole
12H10 | 19/09/2009 |
Il est vrais que , jouer le jeu du tout invisible et du plus opaque possible, ce n« est pas du totalitarisme….juste de la discrétion !
Mr Peillon , vous dites que le web a permis d'organiser des débats qui n'auraient pas lieu autrement (…) mais que d'autres utilsations du web vous désole ! !
Permettez moi de vous répondre , qu'il est vrai que le parlement a permis d'organiser des débats qui n'auraient pas eu lieu ailleurs, mais que d'autres utilisations du parlement me désole …
Le tout visible vous fait peur ? Nous aussi …..