Tribune

Si on ferme la « jungle », il faut rouvrir Sangatte

Des réfugiés au camp de la Croix-Rouge de Sangatte en novembre 2002 (Pascal Rossignol/Reuters).

La « jungle » de Calais sera fermée « avant la fin de la semaine prochaine », a promis Eric Besson mercredi soir sur TF1. Une « solution individuelle » sera proposée à chaque migrant : « retour volontaire », demande d'asile ou expulsion, a-t-il précisé. Ça ne vous rappelle rien ? 2002. Nicolas Sarkozy, jeune ministre de l'Intérieur, annonce la fermeture de Sangatte.

Aujourd'hui comme hier, peu importe que les associations préviennent que rien ne changera et que les Afghans ne partiront « qu'à 100 ou 200 mètres de là ».

Et si au lieu de la « zone de non-droit » qu'était devenue la jungle, on rouvrait une « zone de droit », comme l'était le hangar tenu par la Croix-Rouge ? Oser prendre une telle position serait un tel désaveu de la politique de l'ex-ministre de l'Intérieur qu'elle est inenvisageable. N'empêche, tentons de voir pourquoi elle tiendrait debout pour des raisons humanitaires voire sécuritaires.

Plus célèbre en Afghanistan que dans le Pas-de-Calais

A l'époque, journaliste débutante, j'ai usé mes premiers cahiers dans ce surréaliste hangar posé au milieu d'une petite station balnéaire du Pas-de-Calais. Le nom de Sangatte était plus célèbre en Afghanistan que dans les environs de Lille.

Jusqu'à l'ouverture de son centre d'hébergement pour clandestins fin 1998, la ville d'où avait décollé Louis Blériot pour le premier survol de la Manche en 1909, avait pour seule caractéristique d'être située à quelques kilomètres du Tunnel sous la Manche.

Les hangars où avait été entreposé le matériel de forage du tunnel avaient trouvé une seconde vie dans un centre d'hébergement et d'accueil d'urgence humanitaire (CHAUH). Cette halle, grande comme plusieurs terrains de foot, a vu défiler pendant quatre ans le monde entier : des réfugiés Kosovars, des Afghans fuyant les talibans, des Irakiens menacés par le régime de Saddam Hussein, des Kurdes victimes de la guerre… professeurs d'université, médecins, poètes, ils avaient souvent un haut niveau d'éducation et les moyens d'amasser les milliers de dollars nécessaires au périple vers l'eldorado européen.

Tous se remettaient là d'un très long voyage à travers les frontières et aucun n'avait l'intention d'y rester. Le but de tous ces migrants était le même qu'aujourd'hui : rejoindre l'Angleterre en montant clandestinement sur un camion qui embarquerait sur un ferry. Là-bas pensaient-ils, et pensent-ils toujours, tout serait plus facile, l'obtention de papiers, le travail, l'intégration…

Dignes et déterminés

Je me souviens des conditions de vie pas honteuses qui étaient les leurs dans les Algeco, ces barraques de chantier qui avaient été disposées par dizaines dans les allées et où avaient été jetés des matelas. Regroupés par nationalités, des hommes dans la force de l'âge (très peu de femmes et presque pas d'enfants), sans bagage, dignes et déterminés, attendaient. Ils faisaient la queue pour la cabine téléphonique, la cantine, la douche, le coiffeur.

Je me souviens du personnel de la Croix-Rouge, très neutre et professionnel, enregistrant les arrivées incessantes, jamais dépassé, comptabilisant les départs (au compte-goutte). Des traducteurs tentaient de les convaincre de monter des dossiers de demande d'asile, de ne pas risquer leur vie à passer coûte que coûte en Angleterre.

Emballement médiatique

Je me souviens de la polémique qui a mené à sa fermeture. Il y avait ceux qui parlaient de « camp » le comparant abusivement à ceux de la Seconde Guerre mondiale. Il y avait les habitants et commerçants du coin qui ne goûtaient que très peu la cohabitation avec ces migrants. Les journalistes du monde entier qui venaient raconter cette curiosité dont la France a le secret. Les Anglais qui accusaient la France de faciliter l'immigration clandestine.

Puis ce fut l'emballement. Une rixe entre clandestins avait dégénéré. Prévu pour héberger 600 personnes, le centre en accueillait plus de 1400 et les tensions montaient en même temps que le passage vers l'Angleterre devenait plus difficile. Nicolas Sarkozy, fringuant ministre de l'Intérieur avait fait cette promesse, rapidement tenue, qu'il fermerait Sangatte.

Ce fut chose faite le 5 novembre 2002. Plus de six ans après, et comme c'était prévisible, rien n'est résolu, ni pour les migrants ni pour les habitants ni pour la police. On estime que 60 000 migrants sont passés par Sangatte en quatre ans.

Photo : des réfugiés au camp de la Croix-Rouge de Sangatte en novembre 2002 (Pascal Rossignol/Reuters).

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de fdrebin

De fdrebin

Dilettante doué | 13H20 | 17/09/2009 | Permalien

Une des raisons des difficultés du Calaisis vient également de ce que le Royaume-Uni « sous traite » la gestion de ses flux migratoires à la France qui doit faire le sale boulot. Un peu comme l'Italie avec la Libye en somme.

Suggestion : fermons la « jungle » et assouplissons les contrôles pour que de plus en plus de migrants puissent aller au Royaume-Uni…

Portrait de Network 23

De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 13H35 | 17/09/2009 | Permalien

Parler de « camp » à propos de Sangatte ce n'est pas nécessairement faire un amalgame avec les camps de concentration nazis, et encore moins les camps d'extermination.

Faut-il rappeler que les « camps de concentration » ont été inventés durant la guerre des Boers ?

Au sujet de l'utilisation de ce terme aujourd'hui, je suggère vivement de jeter un coup d'oeil au livre de Marc Bernardot, intitulé Camps d'étranger , le premier chapitre aborde cette question de la terminologie : http://www.reseau-terra.eu/article703.html

Portrait de sodabi

De sodabi

perdu | 18H39 | 17/09/2009 | Permalien

L'Europe aura besoin dans les décennies avenirs de plusieurs dizaines de millions d'immigrés pour compenser le vieillissement de sa population et la diminution du nombre d'actifs…
Certains secteurs aujourd'hui même dépendent déjà très fortement de la main d'oeuvre d'origine étrangère (légale ou « au black »).
A ceux qui refusent toute immigration, je pose la question suivante :
- Qui donc fait vivre le marché de l'immobilier par le bas ?
- Qui donc ramasse vos melons, fraises et autres pêches de provence ?
- Qui donc nettoie vos chambres d'hotels ou la vaisselle de votre repas dans un 3 étoiles ?
- …

Ne généralisons pas mais il faut reconnaitre que d'un point de vu purement économique, la France a eu besoin, a besoin et aura besoin d'une immigration active !
Le chômage n'est en rien corrélé au taux d'étranger dans un pays.

A méditer…
Peut être faudrait-il envisager une autre politique messieurs les politiciens ? Sans même parler des valeurs humaines que la France est en train de perdre…

Portrait de CMOI.12110

De CMOI.12110

Technicien Sup | 19H10 | 17/09/2009 | Permalien

Avec Sangatte il y avait un problème a un endroit le Sarko passe et maintenant il y a des problèmes partout. Résultat qu'est-ce qu'il a fait cette tete de noeud ?

Portrait de caro

De caro

délinquante avérée | 21H42 | 17/09/2009 | Permalien

au lieu de te moquer, regarde la « jungle » et ce que la police en fait pour que les migrants ne viennent plus, ils coupent les arbres, détruisent les buissons et les campements

Terre brûlée chez les migrants de Calais (Partie 1)
envoyé par Eunous -

ce film date de l'été dernier. Si d'autres vous intéressent, il y en a sur cette page :

http://www.dailymotion.com/video/x46w4w_terre-brulee-chez-les-migrants-d…

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