Vie de bureau 17/09/2009 à 12h00

Mon collègue de bureau sent mauvais : que faire ?

Zineb Dryef | Journaliste Rue89



Img9338 (Gurms/Flickr).

« Hard Copy », excellente pièce d'Isabelle Sorente (jouée cet été au Lucernaire), aborde le harcèlement moral en entreprise. Dans cette comédie grinçante, la violence entre brutalement en scène lorsque trois femmes mettent le nez de l'une de leur collègue sur son odeur. « Tu sens mauvais ! » disent-elles et l'autre se recroqueville sur sa chaise.

L'odeur. Ce tabou fortement ancré dans la société l'est également dans le monde du travail. Et pourtant, chacun a le souvenir d'un prof à la mauvaise haleine ou d'un collègue dont on commente les exhalaisons en son absence.

Il suffit de taper « mon collègue pue » ou « mon collègue sent mauvais » dans Google pour s'aperçevoir que beaucoup s'interrogent : comment le lui dire ?

S'écrier l'air de rien « ça pue dans ce bureau ! »

Les réponses témoignent du malaise. Entre ricanements et moqueries, des conseils surprenants :

  • envoyer une lettre anonyme : « Tu sens mauvais » ;
  • déposer un déodorant sur son bureau ;
  • vaporiser un parfum d'intérieur ou brûler de l'encens près de son bureau ;
  • s'écrier l'air de rien « ça pue dans ce bureau ! »

Assez peu subtiles, ces stratégies risquent surtout d'avoir pour résultat de blesser profondément la personne visée ou -pire- de n'aboutir à rien.

En parler au médecin du travail

Solène, directrice des ressources humaines dans une grande entreprise, raconte avoir reçu les plaintes de plusieurs salariés concernant un collègue :

« Ils se sont succédé pour me dire que l'odeur de M. leur était insupportable. Evidemment, aucun n'osait lui en parler, c'est très, très délicat. Tout le monde était au courant dans la boîte, sauf lui.

Je n'avais pas vraiment envie de lancer le débat sur la définition de ce qu'est une odeur acceptable alors j'ai imaginé le convoquer à mon bureau et lui dire clairement ce qui se passait mais je n'ai jamais réussi. La seule solution a été d'en parler au médecin du travail qui l'a convoqué. Ça s'est un peu amélioré depuis. »

« C'est très rare de recevoir ce type de requêtes », explique Elisabeth Van Roomen, médecin du travail. En vingt ans, seuls deux patrons se sont adressés à elle pour régler ce type de problème :

« Même en tant que médecin, c'est difficile d'en parler. On peut donner des conseils mais c'est délicat. Il y a différents cas. Souvent, ça ne relève pas de la médecine mais de la discipline. Seul le patron peut faire quelque chose, glisser un “soignez votre tenue” un peu ferme.

Parfois, ce sont des manifestations de misère sociale. L'hygiène qu'on laisse tomber témoigne d'un état physique et psychologique difficile. La personne se laisser aller ou est alcoolique... Il y a d'autres raisons qui expliquent la mauvaise odeur. Des infections par exemple. »

Un tabou proche de celui de l'alcool

Selon elle, la question de l'hygiène individuelle, davantage sociale que médicale, n'intéresse pas les médecins :

« Même quand je travaillais à l'hôpital, on ne le disait pas trop aux patients. Même à ceux qu'il fallait tremper dans un bain avant les soins. C'est sans doute parce que la priorité des médecins est la bonne santé.

Ce tabou me rappelle celui de l'alcool. Alors que les gens reconnaissent avoir des problèmes de drogue -ouvertement, regardez Beigbeder ! - même lorsqu'ils sont adressés par leurs patrons, ils détestent reconnaitre qu'ils sont alcooliques. »

« Ils débordent sur ton espace »

Parler d'odeur est rendu difficile au travail parce qu'il s'agit d'aborder l'intimité de l'autre. Mais parce que dégager une mauvaise odeur peut être perçu comme une agression (l'autre importune et s'impose), il semble indispensable, au risque de vexer, d'en parler ouvertement. C'est l'avis de Célia, employée de banque :

« Le problème avec les gens qui sentent mauvais, c'est qu'ils débordent sur ton espace. C'est comme si je me mettais à laisser traîner mes affaires partout. C'est envahissant.

Je préfère en parler. L'autre sera forcément vexé d'abord mais je lui aurai rendu un sacré service au final. »

Dans votre entreprise, vous avez aussi rencontré ces problèmes d'odeurs ? Avez-vous réussi à en parler ? Quelles astuces avez-vous utilisées pour ne blesser personne ? Partagez vos anecdotes et témoignages dans les commentaires.

Photo : Cette photo est purement illustrative, les personnes représentées ne sont en aucun cas concernées par la problématique décrite dans l'article.

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  • Jojolastiko
    • Posté à 14h28 le 17/09/2009

    Un autre aspect n'a pas été soulevé dans l'article. On peut être sensible à toutes les odeur fortes, « bonnes » ou « mauvaises » et souvent incommodé par certaines personnes mettent beaucoup trop de parfum/déodorant (nausée, maux de tête, fatigue). Est-il possible dans ce cas de passer par le médecin pour qu'il conseille la personne ne « soigne » pas sa tenue à l'excès ?

  • ourspanda
    • Posté à 18h49 le 17/09/2009

    Je vais vous donner le témoignage de celui qui sent mauvais.
    Ceci m'est arrivé dans mon job, aux USA, pays puritain si il en est. J'y avais un gros job, dans une grosse boite.
    Plusieurs fois, j'avais eu des remarques sur le sujet, certaines délibérément destinées à m'humilier et à me faire souffrir.
    Un beau jour je me suis fait débarquer, sur le mode il faut quitter le bâtiment dans les 5 minutes, sans l'autorisation de dire au-revoir à quiconque. Au revoir et pas merci. On dégage et on se retrouve dans la rue, un rien désorienté.
    Pour mémoire, je me douchais soigneusement chaque jour avant de partir. Mais je transpire beaucoup sous le stress, parfois des phénomènes par lesquels je me retrouve trempé en quelques minutes, type « panick attack ». J'ai consulté médicalement sur le sujet. En outre, on a tous notre odeur propre, sans rapport avec la sueur, celle par laquelle les chiens nous reconnaissent, et la mienne est forte, même juste lavé.
    j'ai perdu mon job, à cause de rivalités de personnes, et on s'est servi de cette affaire d'odeur pour me nuire.
    C'était il y a 10 ans et j'en souffre encore.

  • DANJOU
    DANJOU
    La france inquiète
    • Posté à 16h10 le 18/09/2009
    • Internaute
      La france inquiète

    Je me souviens d'un collègue de travail à la carure d'un boxeur mi-lourd dont je sentais la présence rien qu'en ouvrant la porte du bureau avant même de l'apercevoir, tant son odeur corporelle était forte et insupportable ! Soucieux de son aspect sportif, il lui arrivait souvent de venir au bureau à vélo où en...courant ! Et le pire est qu'il ne « se sentait » pas lui-même ! Après bien des approches « psychologiques » et d'infinies précautions dans l'emploi du vocabulaire pour désigner « la chose malodorante », il faisait deux têtes de plus que moi , nous sommes arrivés à en parler. Sa sudation n'ayant pas d'origine pathologique donc médicale, et conscient de la gêne occasionnée (les filles au bureau défaillaient à tout moment) il en est venu à engager diverses et radicales solutions d'hygiène élémentaire (douche du matin et non de la veille au soir, douche après une séance de sport, une chemise par jour et non pour deux jours ! lotion, crème, etc), pour en arriver au final au rasage intégral sous les bras. Très vite, sa vie (et la nôtre) ont radicalement changées ! C'était voici quelques années ; depuis, il est toujours en poste ! Moi non, mais pas pour la même raison.

  • mariek
    • Posté à 17h55 le 19/09/2009

    Je crois que le meilleur moyen est peut-être de se demander : « comment est-ce que j'aimerais qu'on me le dise ? ». Après tout, tout le monde peut avoir un problème d'odeur.
    Pour ma part, j'y vais franco, avec une pointe d'humour. Les gens me connaissent pour être plutôt directe et ça passe. J'attends la même chose d'eux.

    Comme je vais au boulot en vélo, parfois je surprends une mauvaise odeur en remuant sur mon siège et je me rends compte que c'est moi.
    La solution que j'ai trouvé est, en arrivant au boulot, de passer par les toilettes, de passer une serviette mouillée sous les aisselles et le torse et de changer de t-shirt.