A débattre 17/09/2009 à 20h09

L'épandage frappe les esprits : « Le lait est pur et sacré »

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Manifestation des producteurs de lait belges à Ciney, mercredi 16 septembre (Yves Herman/Reuters)

« Il a fallu attendre de voir l’épandage en Belgique pour que le journal télévisé parle de nous, ils veulent des images, ils vont en avoir », prévient le président de l’APLI, l’Association des producteurs de lait indépendants. Des images qui frappent les esprits, car le lait a « quelque chose de virginal dans sa blancheur, il est pur et sacré », explique le psychanalyste Serge Hefez. Et d’ajouter :

« Les urbains se disent que ces paysans doivent être au bout du désespoir pour jeter ce qui les fait vivre. Le rapport à l’animal lors de la traite est très affectif. C’est comme si ce lait faisait partie d’eux, jaillissait du corps-même de l’agriculteur ou de l’agricultrice. »

Il y a bien quelque chose de plus lorsque l’on voit un agriculteur jeter son lait que quand ils jetaient des tomates. Et ils en ont conscience. Mais pour Pascal Massol, président de l’APLI :

« C’est plus dangereux de livrer le lait que de le jeter : si je le livre il est séché pour faire de la poudre, il part sous le prix de revient (32 centimes le litre). On veut bien être garant de la ruralité, mais ça va finir en jacquerie. Il y a déjà eu quatre suicides la semaine dernière dans le Finistère, il faut le faire savoir. »

« Le lait vous nourrit mais plus nous »

Pour Pascal Massol : « C’est simple : si on ne jette pas on est mort, le lait vous nourrit mais plus nous ! » Comme le montre ce reportage sur un producteur de Maine-et-Loire :

A la Confédération paysanne, pourtant coutumière des mouvements radicaux, on a décidé que l’acte était trop grave pour appeler à la grève. François Pitaval, secrétaire départemental de la Confédération paysanne de la Loire, remarque que :

« C’est le geste ultime pour l’éleveur, ça nous arrache les tripes. Car comme tous les matins, on se lève à 5 heures, on soigne nos vaches et après on détruit notre production. Mentalement, il faut être solide pour en arriver là, financièrement aussi.

Hier on est allé jeter à la laiterie où on livre habituellement, le directeur avait les pieds dans le lait, ça m’a pas fait rire. »

« Ils sont très soucieux de leur image médiatique »

Concrètement, « les producteurs ne peuvent pas se permettre de trop polluer, l’essentiel de la production est jetée dans la fosse à lisier et pour les images ils ouvrent le tank et font jet », raconte Lionel Le Saux, photographe indépendant qui a suivi les agriculteurs bretons. Il a été frappé par un détail :

« D’habitude, le lait ils ne le voient quasiment jamais, il part du pie vers les tuyaux, est stocké dans un tank, vidé par un camion de la coopérative dans la nuit. Du coup, d’être au contact du lait rend l’acte encore plus fort. »

Et s’ils le donnaient plutôt que de le jeter, cela serait peut-être moins impopulaire ? Pas si simple. L’APLI « a prévenu toutes les œuvres caritatives pour leur donner, ça fonctionne pas, mais tous les jours dans les fermes il y a des dons ».

Certains préfèrent donner, d’autres ne veulent pas que les consommateurs s’habituent à la gratuité. Lionel Le Saux a vu les paysans « se démener pour donner leur lait, ça leur permet de véhiculer leur message et de positiver » :

« Ils sont très soucieux de la couverture médiatique. C’est une question de survie, leur image vis-à-vis des consommateurs, c’est presque secondaire pour eux. Et puis, si les consommateurs ne goûtent pas trop ce lait-là, c’est qu’il est entier, fort, trop crémeux, c’est un lait que les gens ont perdu habitude de boire. »

Photo : manifestation des producteurs de lait belges à Ciney, mercredi 16 septembre (Yves Herman/Reuters)

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  • barbouille
    barbouille
    surfeuse
    • Posté à 21h40 le 17/09/2009
    • Internaute 62861
      surfeuse

    sous mes yeux ; ma facture des dernières courses : ( avant hier )

    lait entier pasteurisé 1 l : 99 cts

    fromage blanc « fermier » ( 1 kg ) : 2,80 €
    fromage blanc lambda ( 1kg ) : 1€70 

    lait entier cru : introuvable

    les produits laitiers transformés sont devenus hors de prix, C’est peut être là que se trouve la porte de sortie des agriculteurs : qu’ils puissent fabriquer des produits avec leur production à partir de lait cru. Ras le bol des yaourts brassés insipides, des fromages crémeux sans caractères fabriqués au lait reconstitué : c’est de la merde ! Le lait UHT, c’est sans âme !

  • monOpinion-
    monOpinion- répond à barbouille
    Coon & Friends
    • Posté à 21h48 le 17/09/2009
    • Internaute 22434
      Coon & Friends

    Ça me fait penser qu’en Italie du nord, des distributeurs de lait entier ont été installé à proximité des zones d’habitation. Le lait est renouvelé tous les jours, et provient d’une coopérative locale, au prix de 1 euro !

    J’ai trouvé un article qui en parle : Lien

    Ce genre d’initiative devrait être encouragée !

  • marchenchuches
    marchenchuches
    Ouvreur d'huitres au Niger
    • Posté à 08h37 le 18/09/2009
    • Internaute 42407
      Ouvreur d'huitres au Niger

    Le problème laitier actuel, comme beaucoup d’autres, est un simple problème de mathématique foireuse.
    OK le producteur perd de l’argent avec le lait à 32c, il devrait le vendre 48c (chiffres fantaisistes pour exemple)
    OK le distributeur gagne de l’argent avec le lait à 1 euro.

    Imaginons, on peut rêver, une augmentation de 50% du prix de production pour arriver à 48c.
    Toutes choses étant égales par ailleurs, salaire de la chaîne de distribution, transport,...un litre, c’est un litre, on arriverait au litre de lait en fin de chaîne à 1,16 euros que nous, consommateurs, serions prêts à payer.
    Le producteur serait heureux et la distribution se goinfrerait autant.

    Eh bien non, ça ne marche pas comme ça.
    Plus 50% à la production, c’est plus 50% en fin de chaîne, et le consommateur renacle à 1,50 euro.

    C’est un peu comme le commerce équitable, si on double le prix d’achat, on double le prix de vente, serait-ce que les coût de distribution sont double pour les produits équitables ?

    La seule issue, c’est la commercialisation directe.

  • YoshiL7
    • Posté à 10h00 le 18/09/2009
    • Internaute 29840

    J’ai cru comprendre qu’en guise de réponse, l’Europe souhaitait proposer aux producteurs de lait une sorte de prime à la « casse » et des aides à le reconversion... pour ceux qui le souhaitent... du coup, on se dit qu’il y a tout de même un sacré décalage entre ce que demandent les producteurs et les réponses des politiques... pour résoudre le problème, pas de remise en question à Bruxelles, pas de réflexion à long terme, pas de remise en question du système, on va au plus simple... on propose en qq sorte de foutre en l’air le système et des primes, des aides pour arrêter de produire tout simplement pour ceux qui le désirent...les autres crèveront bien tout seuls... et dans quelques années, si une majorité de producteurs se portent candidats, on nous dira que l’Europe ne peut plus produire assez de lait, que l’on va finir en pénurie... Reste que pour les actions qu’ils mènent, pas grand chose à redire, tous les systèmes politiques mènent aujourd’hui aux extrèmes pour se faire entendre.... si vous etes gentils, on vous rit au nez, on vous ignore... si vous devenez un peu plus bruyant, on commence (je dis bien on commence) à s’intéresser à vous...

  • Michael A.
    Michael A.
    apprenti-chercheur (donc (...)
    • Posté à 10h08 le 18/09/2009
    • Expert 21600
      apprenti-chercheur (donc (...)

    Cet été j’ai passé deux semaines en Bretagne et... je confirme que toutes les fermes que j’ai vues arboraient un panneau
    « don de lait »
    J’ai pu en gouter, mais c’est une expérience qui devient amère puisque certains producteurs en sont à se suicider...