Explicateur 17/09/2009 à 11h56

Est-ce qu'on se suicide plus à France Télécom qu'ailleurs ?

François Krug | Journaliste Rue89

La question peut sembler morbide, mais vous êtes nombreux à la poser très franchement dans vos commentaires. Avec vingt-quatre suicides en moins de deux ans, France Télécom est-elle une entreprise plus « suicidogène » que les autres ? Eco89 a examiné les statistiques disponibles. Des chiffres à manier avec beaucoup de précaution.

Direction et syndicats de France Telecom restent discrets sur le sujet, que Sébastien Crozier, de la CFE-CGC, qualifie de « comptabilité macabre ». Il est néanmoins possible de dégager des tendances significatives, mais attention aux interprétations hâtives :

Plus que dans le reste de la population ?

Non. Le ministère de la Santé vient de publier une étude de l'Inserm sur « la mortalité par suicide en France », qui présente les chiffres les plus récents. Ils concernent l'année 2006 :

  • 10 423 suicides en France, soit 16 pour 100 000 habitants

Le nombre de suicides en France diminue régulièrement depuis les années 90, mais assez lentement pour qu'on puisse utiliser celui de 2006 comme élément de comparaison avec le nombre de suicides chez les employés de France Télécom en 2008 :

  • 12 suicides pour 102 254 employés en France, soit 11,7 pour 100 000 employés

La valeur de cette comparaison est limitée. Pour savoir si France Télécom est une entreprise particulièrement « suicidogène », il faut exclure les adolescents ou les retraités et se concentrer sur la population active. Et c'est là que les choses se compliquent.

Plus que dans les autres entreprises ?

Difficile à savoir. Nous avons interrogé les ministères du Travail et de la Santé, l'Inserm, la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) : aucun ne connaissait le taux de suicide des actifs.

Et si, par défaut, on prenait en compte la population en âge de travailler ? On peut croiser les données de l'Inserm sur le suicide en 2006 et le recensement réalisé la même année par l'Insee :

  • 6 936 suicides chez les 25-64 ans, soit 21,6 pour 100 000 habitants de cette tranche d'âge

Beaucoup plus que la moyenne de France Télécom, mais cette comparaison mélangeant actifs et inactifs est forcément limitée. Le problème, c'est qu'on ne peut pas aller beaucoup plus loin.

Les statistiques de la CNAMTS associent directement suicide et travail, mais elles concernent uniquement les demandes visant à faire reconnaître un suicide comme accident du travail : 49 en 2008, 21 pour l'instant en 2009.

Selon toutes les administrations contactées, il n'existe pas de recensement officiel des suicides par entreprise. Ces deux dernières années, des « vagues » de suicides ont aussi touché Peugeot, Renault et les banques.

Plus de suicides qu'avant ?

La tendance semble s'accélérer. La direction de France Télécom annonce 12 suicides pour toute l'année 2008, et déjà autant pour 2009. Ces chiffres concordent avec ceux de l'Observatoire du stress et des mobilités forcées créé début 2008 par Sud et la CFE-CGC : 23 suicides en dix-huit mois.

Mais le nombre de suicides était déjà élevé les années précédentes. Et parfois beaucoup plus élevé. En 2002, notamment, 29 suicides avaient été recensés. Soit, compte tenu des effectifs de l'époque, un taux de 20,5 suicides pour 100 000 employés.

Le taux de suicide à France Télécom aurait donc nettement reculé entre 2002 et 2008, alors que le groupe poursuivait son « dégraissage » et supprimait 40 000 emplois en France. Paradoxal ?

Ce serait oublier que le taux de suicide n'est pas une statistique comme les autres. La « sous-déclaration » a pu jouer sur son évolution. Et n'oublions pas qu'on ignore la part, dans ces suicides, des motivations professionnelles et purement personnelles

A elles seules, ces statistiques n'expliquent donc pas grand-chose. Et l'émotion suscitée par les suicides récents n'est pas qu'un simple effet médiatique. Comme le montrent les témoignages que nous adressent des salariés de France Télécom, la crise est réelle : le taux de suicide a peut-être diminué, mais la tension, elle, a augmenté.

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  • C est fait ....le 9 nov 09
    • Posté à 12h41 le 17/09/2009

    J'ai fait partie de ceux qui se sont posé la question, et qui l'ont posée ici.

    Je trouve regrettable que ce questionnement n'intervienne, de la part des journalistes (je ne vise pas particulièrement Rue89) qu'après plusieurs semaines d'informations sur les suicides de FT.

    Je ne veux aucunement dédouaner la direction de FT de ses méthodes de management, ou nier la pression qui s'exerce sur les salariés de cette entreprise.

    Simplement, je m'étonne qu'on ait eu tant de pages sur un évènement sans que personne ne se soit demandé s'il s'agissait d'un phénomène avéré ou d'une déformation médiatique.

  • YoshiL7
    • Posté à 13h31 le 17/09/2009

    Il y a un métier ou l'on se suicide certainement plus que dans bien d'autres métiers... mais on ne considère pas cela comme un métier en fait, c'est la recherche d'emploi ! mais la, nulle statistique, nul emballement médiatique non plus... suicide en silence, suicide dans l'anonymat... il y a en France près de 4000000 de demandeurs d'emploi...

  • Iv
    Iv
    Roboticien utopiste
    • Posté à 13h46 le 17/09/2009
    • Internaute
      Roboticien utopiste

    Les 28 suicides me semblaient un nombre énorme, mais depuis que j'ai appris que France Telecom employait 100 000 personnes, en ce qui me concerne, le soufflet est retombé.

    Il continuera d'y en avoir presque tous les mois, tout comme il continue vraisemblablement d'y en avoir à Renault (dont on ne parle plus vraiment).

  • il fait bon au ras des pâquerettes
    • Posté à 18h33 le 17/09/2009
    • Internaute
      re belle endormie

    On ne se suicide pas simplement à cause du stress au travail.

    Lorsqu'une personne en arrive à cette solution, dois-je le rappeler, finale, sans retour possible. Lorsqu'une personne s'inflige la peine capitale c'est parce que tout merde dans sa vie et qu'elle ne peut compenser ni à la maison (si ça ne va pas au boulot) ni au boulot (si ça ne va pas à la maison).

    J'aime beaucoup Rue89 et je suis généralement intéressée par les débats soulevés, mais là on saute à pieds joints dans une polémique à 1 euro qui veut faire supporter aux entreprises les vies pourries dans lesquelles nous nous mettons seuls.

    Heureusement, Il fait bon au ras des pâquerettes...