
Les blogueurs libanais ont fait un accueil mitigé au film de l'Israélien Samuel Maoz « Lebanon », qui a reçu le lion d'or à la 66e Mostra de Venise, et qui est consacré à l'invasion par Israël en 1982 de son voisin du nord.
Nommé de façon très directe « Lebanon » (Liban), ce film autobiographique est entièrement tourné dans un char, tandis qu'il retrace l'implication de l'armée israélienne dans le conflit.
« Lebanon » est le second film autobiographique qui montre les soldats de l'IDF (Israeli Defence Force) en action durant la guerre civile au Liban (1975-1990), un an seulement après la sortie du film d'animation « Valse avec Bachir ». Les deux films tente de retracer -de la façon la plus sanglante- la brutalité et les dévastations de la guerre moderne.
Il était évident que ce film allait soulever une controverse parmi les Libanais, tous les événements liés la guerre civile étant extrêmement sensibles.
Ce film a reçu des critiques élogieuses dans le monde entier après avoir remporté le lion d'Or à la Mostra de Venise dernièrement, mais qu'en pensent les Libanais, et du film, et de l'accueil qu'il a reçu ?
Asad Abu Khalil, sur le blog Angry Arab, [en anglais, comme tous les liens suivants], qui n'a pas encore vu le film, douche le succès du film à la Mostra de Venise avec le commentaire suivant :
« “Je dédie ce film à tous les gens dans le monde qui reviennent sain et sauf de la guerre‘, a dit le metteur en scène quand on lui a remis son prix. Ils travaillent, ils se marient, ils ont des enfants, mais les souvenirs restent logés au fonds de leur âme.’”
Donc, ce clown sioniste dédie son fim aux guerriers (Je dirais ce que je pense du film quand je recevrais ma copie gratuite) et non aux victimes des terroristes israéliens. »
Sur Twitter, des Libanais critiquent aussi le film pour sa tentative d'humaniser les soldats israéliens et de ne pas parler de ceux qui ont souffert de l'invasion israélienne, le peuple libanais.
Voici certains messages critiques de Libanais :
justimage : Un autre tueur fait un film pour soulager sa culpabilité. Racontez les histoires de ceux que vous avez terrorisés, et ensuite je regarderai.
MXML : Super, encore un film israélien sur le #Liban qui ne fait qu'humaniser les soldats israéliens et pas les victimes libanaises/palestiniennes.
abdallahdeeb : et le film « #Lebanon » a été tourné en #Israel. C'est bizarre, non ?
RamsayShort : oh mon dieu, le toupet de ce nouveau film « Lebanon“ - si c'était le Hezbollah qui se défendait avec des armes contre Israël, est ce que le film serait aussi apprécié ?
Les Libanais n'oublierons pas les soldats israéliens.
C'est intéressant de voir comment les Israéliens s'approprient même le nom ‘Lebanon’ (Liban) dans le nouveau film au festival de Venise. C'est triste aussi de voir des prix distribués à des films sur les pauvres Israéliens qui ont fait tant de ravages en 1982. Parlons plutôt de ce qu'ils ont fait au sud-Liban et à Beirouth quand ils sont venus..
Un groupe libanais sur Facebook, consacré au film, offre une toute autre opinion.
Les partisans des anciens alliés d'Israël durant la guerre civile au Liban, les milices phalangistes d'extrême droite, ont lancé un groupe sur Facebook pour réagir au film, et demandent qu'un autre film soit produit pour révéler le rôle des Syriens dans cette guerre.
Les commentaires sur la page du groupe ‘We Want a Movie about Syria's WAR on Lebanon’ (Nous voulons un film sur la guerre des Syriens au Liban) critiquent aussi les metteurs en scène israéliens pour avoir représenté les miliciens phalangistes libanais comme les méchants, tout en édulcorant la conduite de l'armée israélienne et en ignorant les atrocités commises contre leur propre communauté.
Jeff Merheb (Liban) écrit :
‘Les Israéliens ont fait un film sur les massacres de Sabra et Chatila accusant les Libanais (les Phalangistes), nous avons besoin d'un film sur le massacre de Damour aussi pour montrer au monde que les phalangistes ont été des victimes aussi.
Ils (les Syriens) ont brûlé et détruit le Liban durant la guerre entre 1975-1990 , ils ont tué des miliers d'innocents et d'enfants de civils avec leurs voitures piégées, ils ont tué des centaines de milliers de Libanais avec leurs bombes, ils ont divisé les Libanais à l'intérieur même des communautés pour mieux régner, ils ont kidnappés des milliers de Libanais durant la guerre et leur occupation, ils ont volé des millions de dollars à l'Etat libanais pendant quinze ans, ils ont amené des milliers de terroristes au Liban au cas où ils auraient voulu faire sauter le pays, ils ont ouvert un crédit illimité et offert des armes au Hezbollah, ils ont tué de sang-froid chaque homme politique qui pouvait leur résister, de Kamal Joumblatt et Bachir Gemayel à Rafik Hariri et aux dirigeants du mouvement du 14 mars, en passant par Dany Chamoun, ils ont utilisé un groupe de destructeurs (les politiciens de l'opposition) qui ont pour seul but de détruire l'état libanais et de réinstaller les règles du moukhabarat (services secrets syriens)…
Et il y a toujours des Libanais qui les soutiennent, ces mikeye’, au lieu d'autres Libanais… C'est très triste.”
Tout film sur la guerre civile au Liban ne peut que provoquer des réactions très contrastées dans une société aussi politiquement morcelée que la société libanaise.
“Lebanon” n'a pas seulement reveillé des souvenirs pénibles de la guerre, il a forcé de nombreux Libanais à revivre l'horreur et les émotions qu'ils ont vécues.
Quelles que soit les divergences sur les motivations et les intentions de ce film israélien, on peut dire qu'il a réussi à faire parler de lui.
Traduit par Claire Ulrich




















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De Chamaco
Dans l'ombre | 15H28 | 16/09/2009 |
On ne pouvait s'attendre à un accueil différent. Pour au moins trois raisons :
1- Présenter un tel film (que je n'ai pas vu) aux dates proches de celles des massacres de Sabra et Chatila (16-17 septembre 1982) me semble déjà contenir pas mal de ferments de révolte… même si les années ont passé, les souvenirs ne sont pas éteints.
2 - Coincidence sûrement, le rapport de l'ONU qui sort en même temps, qui rappelle encore de bien sombres jours.
3 - enfin ce silence fait autour d'un autre film intitulé « Plomb durci - Cast lead » de Stefano Savona, Prix Spécial du Jury au 62ème Festival de Locarno fin août, contraste avec la publicité faite à celui-ci.
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 18H33 | 16/09/2009 |
Comme je n'ai pas non plus vu ce film, difficile d'en parler, en effet. Par contre, il me semble que ces films du cinéma israélien sur les guerres israelo-libanaises (Lebanon, Beaufort, Valse avec Bachir) ou d'autres sur l'occupation de la Cis-Jordanie etc. (Zone par exemple ou Les Citronniers ….) font justement ceci :
Ouvrir les yeux du public israélien sur la réalité de la guerre et de l'occupation, ouvrir les yeux du public sur les visages et l'humanité de ceux qu'ils ont fini par ne plus regarder que comme leurs adversaires, leurs ennemis …. et « un peu d'introspection », un regard sur ce que cette guerre les fait faire, comment et à quel point elle les déforme.
C'est drôle d'entendre dire que des films comme Lebanon se voient reprocher leur aptitude à humaniser les soldats israéliens aux yeux du spectateur.
Ben, je pense, pour arrêter la guerre, c'est justement le plus important : humaniser mutuelement l'adversaire, engager le regard, engager le dialogue. Pour s'lier dans un traité de paix il faut un minimum de confiance et pour cela il faut sortir des esprits figés dans la démonisation et le refus de reconnaitre l'humanité de l'autre.
Keren Assaf, une des jeunes femmes pacifistes israéliennes les plus courageuses (New Profile, shovrimshtika, breaking barriers) disait recemment que ça faisait des années qu'elle se bat contre la guerre, contre l'occupation et contre la militarisation de la société civile israélienne, mais qu'elle n'avait jamais vraiment rencontrée de Palestiniens, jusqu'à ce que de telles encontres furent enfin organisées …..
C'est un travail très important que précèdent et prolongent ces films. Et on ne peut que regretter que des films de la même qualité sortent en si petit nombre (pourtant, il y a Le temps qui nous reste, par exemple) des studios libanais, palestiniens, egyptiens etc.
Mais quand je dis celà, n'oublions pas que les films ont surtout besoin de distributeurs pour vivre. Et c'est là que le bât blesse surtout pour les films low-budget palestiniens : hors les circuits militants ils ne trouvent pas assez de salles, trop peut de spectateurs et pas assez de resonance dans la presse.
Pourquoi ne serait il pas possible, par exemple, que rue89, qui fait déjà un travail de médiatisation exemplaire pour ces films (je rappelle les reportages du festival des réalisateurs israéliens et palestiniens se mette à distribuer des films de qualité …..