VOTRE PORTE-MONNAIE AU RAYON X 16/09/2009 à 10h58

Filipa, 1100 euros de ménage pour élever seule un enfant




Filipa à Juvisy-sur-Orge dans le centre de la société de Saint-Vincent-de-Paul (Audrey Cerdan/Rue89).

Du Portugal, Filipa parle avec un brin de nostalgie. Voilà bientôt trois ans qu’elle a quitté son pays et sa famille pour « l’Eldorado français ». Aujourd’hui, à 26 ans, elle a plaqué son conjoint et se retrouve seule pour nourrir son fils. Eco89 passe ses revenus au rayon X.

En 2006, avec son ami et leur bébé, Filipa s’envole pour la France :

« Je voulais gagner un peu d’argent car le Portugal, ce n’est pas le bon pays pour vivre. »

Les débuts sur notre territoire ne sont pas des plus faciles. Après une succession de petits boulots, son conjoint s’arrête de travailler. Elle reprend alors un poste de femme de ménage à Longjumeau (Essonne).

« C’était une période très difficile. C’était moi qui payais tout à la maison. Un ami de mon conjoint squattait également notre studio. Nous étions quatre dans une pièce et j’étais seule à travailler. Je n’y arrivais pas du tout. »

En plus d’assumer le foyer, Filipa subit les accès de colère de son ami.

« Il était violent avec moi et notre fils. Il avait des comportements et paroles agressifs. Il criait, il frappait du poing sur la table, me reprochait de ne pas assez travailler. Et de temps en temps, il me frappait. »

De sa propre initiative, la jeune femme se rend au centre communal d’action sociale de sa ville qui la renvoie vers une assistante sociale. Cette dernière appelle le 115. Et la voilà depuis un mois entre les mains de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, qui la loge d’abord dans un hôtel d’urgence puis dans un meublé à Athis-Mons, où elle pourra demeurer entre six et huit mois. Jusqu’à ce qu’aboutisse sa demande de logement social, espère-t-elle.

1

Revenus mensuels : 1100 euros net par mois

Filipa travaille entre 35 et 36 heures par semaine en tant que femme de ménage. Elle est payée 9,80 euros brut de l’heure soit environ 1100 euros net par mois. Ses horaires sont très variables. En général, ses journées commencent vers 8 heures et s’arrêtent vers 17 heures avec une pause déjeuner allant d’un quart d’heure à deux heures. Un métier difficile mais qu’elle aime bien.

« Ça ne m’embête pas de faire le ménage. Et puis de toute façon, je ne sais faire que ça. »

Elle ne bénéficie pour le moment d’aucune aide. Depuis quelques mois, elle n’a plus accès aux allocations familiales car son fils a plus de trois ans. Son ex-conjoint ne travaillait pas jusqu’à présent et ne peut donc lui verser de pension alimentaire. Et elle ne touche pas d’aides pour le logement car elle vit dans un hébergement d’urgence.

Mais dans quelques semaines, les choses changeront certainement. Filipa a déposé un dossier pour le RSA, la pension alimentaire et l’allocation de parent isolé.

« Je ne sais même pas si j’en ai le droit, je pense que oui, ni à combien s’élèvent ces aides. »

2

Dépenses mensuelles fixes : 620 euros

La Société de Saint-Vincent-de-Paul lui facture le logement 1 euro par jour, soit 30 euros par mois. Elle n’a pas de charges d’électricité et de gaz à payer. Un vrai soulagement.

« C’est très bien. Il est grand, quand même. 24 mètres carrés avec une petite cuisine et une salle de bain avec baignoire. »

Filipa dépense 100 euros par semaine en alimentation, soit environ 400 euros par mois.

Son patron lui prête sa voiture pour ses déplacements. Elle n’a que l’essence à payer.

« Comme j’ai deux ou trois maisons à faire chaque jour, je me déplace beaucoup et je consomme beaucoup d’essence. J’en prends environ pour 20 euros tous les trois jours. C’est beaucoup trop cher. »

Soit un peu plus de 40 euros par semaine et 160 euros par mois.

Dans le domaine des communications, Filipa a une astuce bien classique :

« J’achète une carte rechargeable et je bipe mon interlocuteur afin qu’il me rappelle. »

Un budget variable, entre 5 et 10 euros par semaine, soit entre 20 et 40 euros par mois. Elle n’a pas de fixe et se rend chez son ex-conjoint pour surfer sur Internet.

Quant aux dépenses scolaires, Filipa ne sait pas encore à combien elles s’élèveront : elle attend la fin du mois pour connaître le coût de la cantine. La rentrée lui a pour l’instant coûté entre 40 et 50 euros pour l’achat de feuilles, crayons et chaussures.


Filipa en septembre 2009 à Juvisy-sur-Orge dans le centre de la société de Saint-Vincent-de-Paul (Audrey Cerdan/Rue89).

3

Epargne et loisirs

Filipa a pu mettre 500 euros de côté sur un compte épargne. Elle a aussi eu cette année le plaisir de découvrir un petit bonus de la part des impôts : 300 euros de prime pour l’emploi car l’année dernière elle n’a travaillé que six mois.

Filipa doit avancer ses frais médicaux. La couverture maladie de son fils dépend encore de l’ex-conjoint. Quand il a été malade en début du mois, la jeune femme a dépensé
25 euros pour le médecin et 20 pour les médicaments. Elle attend maintenant de se faire rembourser. Quant à la mutuelle, elle n’en a pas.

Ses loisirs personnels ? Aucun.

« Je sors avec mon fils, c’est mon loisir. Cet été, on a dépensé 200 euros. On est allé à Deauville et au bord d’un lac. On a pique-niqué aussi. Je veux qu’il oublie un peu la séparation de ses parents. »

Tout ce qui est bien-être personnel, elle s’en passe. Pas de coiffeur, très peu de produits de beauté, pas de vêtements.

« Je n’ai que des vielles fringues qui servent pour trois années. Mon patron me donne des vêtement car sa femme fait ma taille. Mais mon fils grandit trop vite. Des employeurs m’offrent des vêtements neufs pour lui. »

Aujourd’hui, son désir le plus cher : revoir sa famille.

« Je voudrais que mes parents viennent me voir à Noël. Mais je ne sais pas s’ils accepteront car ils ne sont pas très riches. Ils sont agriculteurs et ils viennent chaque année en France pour des petits boulots saisonniers. Ma sœur s’est mariée il y deux semaines. Je n’ai pas pu m’y rendre. Ça a été très dur. »

Mais pour le moment, Filipa ne veut surtout pas se plaindre.

« Ma situation est loin d’être la pire. Je suis heureuse, très heureuse, enfin presque. Je le serai plus à Noël et quand je pourrai m’acheter une voiture, avoir ma maison et un vrai loyer. »

Photo : Filipa, en septembre 2009, à Juvisy-sur-Orge dans le centre de la Société de Saint-Vincent-de-Paul (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • prg011
    prg011
    Curieux
    • Posté à 13h55 le 16/09/2009
    • Internaute 86266
      Curieux

    Je trouve le commentaire de @La mouche du coche déplacé et paradoxal : « Nous ne sommes plus capable de rendre compte de la vie de quelqu’un autrement que par son compte en banque. C’est pathétique. »

    Premièrement il me semble que c’est le but de la série d’article qui est par ailleurs excellente.

    Deuxièmement, l’article se termine sur un commentaire de Filipa qui, même dans sa situation financière, se considère heureuse. Cela certes aurait mérité d’être un peu creusé mais c’est peut-être là l’enseignement le plus important de l’article.

    Moi, je dis chapeau bas à Filipa qui a suffisamment de recul sur la vie et sur notre monde en général pour réaliser que sa vie ne se résume pas à sa précarité financière et qu’il y a des gens dans des situations encore pires : dans notre société hypermatérialiste et dans sa situation financière, c’est tout-à-fait remarquable.

    Merci pour cet article.

  • A déménagé le 13-9 2
    A déménagé le 13-9 2
    Poète disparu..
    • Posté à 16h21 le 16/09/2009
    • Internaute 81138
      Poète disparu..

    Une femme comme il y en a beaucoup en France...
    En tous cas, j’admire son courage et sa détermination.

  • Cyberjo
    • Posté à 19h07 le 16/09/2009
    • Internaute 90322

    Moi aussi j’apprécie beaucoup ces « porte monnaie ». On arrête d’intellectualiser et on compte ses sous, exercice intéressant.

    Même si ce site n’est pas fait pour ça, je pense que nous sommes nombreux à être émus par le courage de cette jeune femme.

    A se dire qu’on en a, des vêtements du 3 ans pour son fils, des copains qui cherchent une femme de ménage, des mascaras neufs qui trainent dans les tiroirs, une bibliothèque Ikéa pour qu’elle puisse s’installer dans sa nouvelle maison.

    A se dire que si on pouvait faire un micro paiement de 1euro, avec plus de 10.000 personnes qui ont lu l’article, on ne changerait pas le monde mais Filipa irait embrasser ses parents au Portugal.

    Bon, c’est compliqué, ça ne serait pas juste, tout le monde voudrait venir raconter son budget...

    Alors je vais envoyer quelques sous aux Restos du coeur.

    Merci pour ça à Filipa et à Marie la journaliste.

  • OISANS38
    OISANS38 répond à Pause
    retraitée
    • Posté à 20h03 le 16/09/2009
    • Internaute 47327
      retraitée

    Ce qui me choque, c’est que personne ne se scandalise plus qu’on puisse « payer » une heure de travail 9,80 euro.
    On pourrait s’interroger sur l’employeur, organisme public, privé (puisque 3 familles) ?

  • Désinscrit le 17 février
    • Posté à 23h48 le 16/09/2009
    • Internaute 66992

    1100 Euros c’est plus que le SMIC pour un travail à temps plein !

    Il y a des dixaines de milliers de personnes en France qui sont payées au SMIC toute leur vie, dont énormément de femmes seules avec un ou plusieurs enfants à élever.

    Enormément de travailleurs ont encore moins que cela pour vivre (emplois à temps partiel, alternance de contrats d’intérim et de chômage...)

    Je ne veux pas dénigrer le courage de cette jeune femme, mais je veux juste montrer que son cas est malheureusement loin d’être isolé et tend plutôt à devenir la norme actuelle, presque tous les emplois étant actuellement payés au SMIC (sauf peut-être à Paris ? .)

    Mon cas perso est très très fréquent : Divorcée, seule avec 2 enfants (adolescents) scolarisés,
    travail en contrats intérim ou CDD (toujours payés au SMIC) avec périodes de chômage entre chaque contrat, depuis 10 ans (ce n’est pas un choix de vie volontaire mais une impossibilité de trouver un CDI dans cette branche),
    Allocation pour le logement de la Caf (APL) qui est divisée par deux à chaque reprise d’emploi même de moins d’un mois et pour laquelle il faut attendre d’être de nouveau 4 mois au chômage pour retrouver le tarif plein (mais le loyer ne baisse pas en attendant mais le revenu si).
    Aucune autre allocations ou aides.
    Ex-mari qui ne verse pas la pension régulièrement.
    Ce qui donne une moyenne de 900E par mois l’année dernière pour nous 3, avec bien sur un loyer, des charges, une mutuelle.... à payer, et les dépenses pour les ados (qui n’arrêtent pas de grandir) qui sont plus importantes que pour les jeunes enfants.

    Je ne cherche pas du tout à me plaindre de mon sort, partagé par tellement de monde, mais juste montrer que ce cas est trop fréquent et le restera tant que le SMIC n’augmentera pas !

  • Utilisateur désinscrit à sa demande le 2 janvier
    • Posté à 08h25 le 17/09/2009
    • Internaute 42903
      nc

    justement cet article tombe bien , j’ai un coup de gueule a faire , j’en ai marre des assistantes sociales qui envois toutes ces femmes seules dans nos quartiers populaires , femmes de CRS ou femme policiers ou tout simplement femme seule , le pire elles n’ont aucunes aide de l’etat ou de la region (juste API, resto du coeur), les assistantes sociales les envois dans nos quartiers pour un soutien communautariste ca fait encore plus de misere sociale et souvent des enfants qui ont une mauvaise vision de societe ou ce qui risque d’arriver c’est d’avoir de plus en plus de delinquence dans les quartiers , pour une femme eduquer un enfant seule c’est pas evident entre son boulot qui l’exploite et education du ou des enfants , je dis cela juste que depuis 3 ans je remarque dans mon hlm , une augmentation de femme seule .et je pense que c’est pas local mais national.