A debattre 14/09/2009 à 12h40

Faut-il accorder le droit de vote dès 16 ans ?

Phosphore"
david groison | Phosphore


« Who’s your candidate » (Erin MC Hammer/Flickr).

Martin Hirsch, haut commissaire à la Jeunesse, refuse d’abaisser le droit de vote à 16 ans malgré les appels répétés de l’Union nationale lycéenne (UNL), premier syndicat lycéen, qui assure que les jeunes le réclament. Il y a deux ans, le magazine Phosphore avait enquêté auprès des intéressés. Sondage à l’appui, il montrait que les 16-18 ans étaient loin de plaider comme un seul homme pour la majorité civique.

Encore une idée reçue sur les jeunes qui s’écroule : non, les jeunes ne veulent pas tout, tout de suite. La preuve ? Les 16-25 ans sont 68% à être opposés au droit de vote à 16 ans. Même dans la tranche concernée, les 16-17 ans sont 63% à s’y opposer. « Ils ont une attitude responsable », commente Jean-Daniel Nevy, de l’institut de sondage CSA.

Ils trouvent d’abord que le lycée ne les prépare pas bien au vote. Certes, il existe bien un cours d’Education civique, juridique et sociale (ECJS). Mais si en seconde, il est vécu comme un espace de respiration dans lequel on peut enfin se faire entendre, cet enseignement cumule ensuite les reproches : trop institutionnel, éloigné des préoccupations concrètes (par louable mais parfois mal compris soucis de neutralité), il alourdit l’année du bac déjà bien chargée.

Mais ce qui devrait le mieux préparer au vote, c’est le système de représentation créé en 98, les Conseils de la vie lycéenne (CVL). Déclinés à l’échelle académique, puis nationale, ils permettent aux lycéens élus de rencontrer deux fois par an le ministre de l’Education nationale pour lui soumettre des propositions, parfois adoptées, comme par exemple les TPE obligatoires en première. Le hic, c’est que ces instances ne sont pas toujours respectées.

Quentin Grivet, de l’UNL (Union nationale lycéenne) s’indigne du « gigantesque gâchis démocratique provoqué par de nombreuses académies, dû au non respect du calendrier prévu par la loi ». En clair certains élus n’ont eu qu’une semaine pour présenter leur candidature. François Dubet, sociologue spécialiste de la citoyenneté lycéenne, a un regret :

« Pour la plupart des adultes de la communauté scolaire, l’école devrait se contenter de promouvoir les principes de la République à travers l’affirmation de valeurs. La participation des élèves est perçue comme une cause de désordre et un danger qui menace l’autorité des enseignants. »

Pas étonnant, dans ces conditions, que les lycéens délaissent les urnes pour le pavé, où ils sont plus entendus. Les taux de participation au CVL plafonnent à 10%. Un faible score que les opposants au vote dès 16 ans font passer pour du désintérêt politique, pendant qu’ils mettent les manifestations sur le compte de la crise d’ado.

Autre argument lancé par les opposants à l’abaissement du droit de vote : « à 16 ans, on est encore irresponsable ». Mais les 16 ans, pourtant mineurs, accumulent déjà droits et devoirs majeurs. Attention, la liste de ce qui s’amasse sur des épaules encore demandeuses en calcium n’en finit plus :

  • Pouvoir travailler.
  • Possibilité de percevoir, gérer un salaire, payer des impôts.
  • Ouvrir un livret de caisse d’épargne.
  • Avoir la jouissance de ses biens (mais sans en avoir l’administration).
  • Adhérer à un syndicat ou à un parti.
  • Etre entendu par un juge pour toute procédure le concernant.
  • Recourir à l’interruption volontaire de grossesse sans le consentement de ses parents.
  • Reconnaître un enfant.
  • Exercer l’autorité parentale
  • Conduire un véhicule accompagné d’un adulte.

Mais toujours pas de carte d’électeur.

Le droit de vote à 16 ans n’apparaît d’ailleurs dans aucun agenda politique, et ne faisait jusqu’à aujourd’hui l’objet d’aucune revendication des syndicats lycéens. Seuls quelques responsables politiques, comme Jack Lang côté PS, ou Jean-Luc Romero côté UMP, ont eu le courage de défendre cette idée, tous deux pour mieux nourrir le débat démocratique des préoccupations des jeunes.

Pour le reste des élus, c’est toujours la même rengaine : puisque les 18-25 ans représentent la classe d’âge en moyenne la plus abstentionniste (confirmation aux dernières européennes...), pourquoi les 16 ans présenteraient-ils plus d’intérêt pour la politique ? Logique fausse, puisque c’est à partir de 21-22 ans, et non à 18, que les jeunes s’abstiennent. Explications de la politologue, Anne Muxel :

« J’ai appelé cette période “le moratoire électoral des années de jeunesse”. Parfois désenchantés par leurs premiers choix politiques, ils sont surtout dans une période de moindre disponibilité, pris par d’autres urgences liées aux conditions de leur entrée dans la vie sociale adulte. En admettant une baisse de l’âge électoral, les jeunes de 16 ans, plus encadrés et plus disponibles, auraient sans aucun doute un bien meilleur niveau de participation. »

 ? Sondage CSA/Phosphore réalisé par téléphone du 15 au 29 novembre 2006. Echantillon national représentatif de 630 jeunes âgés de 16 à 25 ans, constitué d’après la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage), après stratification par région et catégorie d’agglomération, grâce à un cumul de deux vagues d’omnibus et un sur échantillon de 300 jeunes âgés de 16 à 25 ans.

Photo : « Who’s your candidate » (Erin MC Hammer/Flickr).

Publié initialement sur
Phosphore
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  • depassage102
    depassage102
    mieux !
    • Posté à 13h10 le 14/09/2009
    • Internaute 58299
      mieux !

    Et personne pour proposer qu’on le relève à 21 ?

    Le droit de vote à 16 ans...Le clientélisme politique n’a donc pas de limite.

  • satorarepo
    satorarepo
    plein sud
    • Posté à 13h19 le 14/09/2009
    • Internaute 56515
      plein sud

    faut il le retirer le droit de vote aux retraités ?

  • Peureux anonyme
    • Posté à 13h38 le 14/09/2009
    • Internaute 24415

    A quoi sert de voter, si l’opinion des citoyens n’est pas prise en compte : institutions européennes, guerre en Afghanistan, taxe carbone,.... ?

  • Hemenate
    Hemenate répond à Saheyus
    • Posté à 13h40 le 14/09/2009
    • Internaute 856

    « Il est amusant de penser qu’à cet âge on puisse être responsable de ses actes pénalement »

    Pas pleinement, l’excuse de minorité divise les peines encourues par deux.

  • Keuta
    Keuta répond à Hemenate
    baroudeur souterrain
    • Posté à 13h45 le 14/09/2009
    • Internaute 78917
      baroudeur souterrain

    Bon bah on pourrait au moins leur donner une demi voix alors ...

  • Chabouline
    Chabouline répond à satorarepo
    En fusion
    • Posté à 13h55 le 14/09/2009
    • Internaute 41624
      En fusion

    Et à ceux qui souffrent de la maladie d’Alzheimer !

    Mon beau-père malade, dans un état avancé, est allé voter avec sa femme. Avant de rentrer dans l’isoloir, celle-ci lui a dit ouvertement de voter Sarkozy !

    Enfin, personne ne saura s’il a mis un bulletin de vote dans l’enveloppe, si oui lequel !

  • marre.du.pipe.hole
    • Posté à 13h56 le 14/09/2009
    • Internaute 20543

    Je ne suis pas pour le vote à 16 ans et ce, pour plusieurs raisons.

    J’ai une nièce de cet âge , quand je la vois avec ses amis , je me dis que ce sont encore de trés jeunes enfants...

    Malgrés tout , j’ai entendu des objections assez semblables aux objections d’une autre époque, concernant le droit de vote des femmes ...

    « Ils ne travaillent pas et ne conaissent pas la “vraie” vie »
    Il faut enlever le doit de vote aux chômeurs alors ?

    Une majorité des jeunes de cet âge, voteraient soit écolo soit à gauche

    Ils n’ont pas envie d’entendre, que le monde économique à pris le pas sur la santé de la planète et sur la solidarité mondiale.

    Ils sont souvent utopistes et, pour eux , toutes les guerres sont inutiles...(ce qui n’est pas faux)

    Même si on ne leurs donnent pas le droit de vote , peut-être devrions nous les écouter , à défaut d’avoir laissé tomber nos rêves de gosses....Nous qui avons compris que la vie n’est faite que de compromis , d’avalage de couleuvres et autres gentillesses...

    Quand Hortefeu fait sa « blague » facho , il n’a pas plus de 12 ans d’âge mental.
    Quand Besson fait un doigt à la caméra , il monte à 15 ans....

    Je me demande si je ne préfèrerai pas la naïveté d’un ado , plutôt que la bêtise des « adultes »

  • Gastlag
    Gastlag
    flâneur | identi.ca/gastlag
    • Posté à 14h58 le 14/09/2009
    • Internaute 8274
      flâneur | identi.ca/gastlag

    Bof, je trouve ça vraiment démago. Il n’y a aucun intérêt. Par contre donner le droit de vote aux étrangers (comme dans la constitution française de 1793 ou, au minimum, juste pour les élections locales), là il y a un intérêt !

    l’art. 4 de la Constitution du 24 juin 1793, jamais appliquée accordait la citoyenneté « à tout étranger âgé de 21 ans accomplis qui, domicilié en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse une Française, ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard, tout étranger enfin qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité »

    source : Lien

  • Lictor
    Lictor répond à poum
    informaticien
    • Posté à 15h10 le 14/09/2009
    • Internaute 68450
      informaticien

    « Ensuite, le lycée apporte le minimum fondamental (et non suffisant) à débuter sa vie de citoyen en apprenant à lire des textes et argumentaires complexes puis savoir recouper et critiquer les informations pour enfin être capable de développer et d’argumenter sur ses propres opinions. »

    Parce que vous croyez vraiment que les gens votent comme ça ? ? ?
    La plupart du temps, les gens votent pour un type parce qu’il à l’air sympathique ou compétent. Ma grand-mère a voté et revoté Chirac pendant des années à la Mairie de Paris, parce qu’il était sympathique et lui offrait des chocolats tous les ans (distribution par la mairie de Paris aux cartes vermeilles)...

    Si vous voulez interdire le vote au 16-18 ans sur ces critères, il va falloir également exclure les 2/3 de la population...