L'information est passée presque inaperçue. Pourtant, c'est une première en France : un poste de « monsieur Délinquance » a été créé dans le Loir-et-Cher, pour aider les communes à appliquer de la loi relative à la prévention de la délinquance, entrée en vigueur le 5 mars 2007. Une nomination-test qui pourrait relancer le débat sur un texte controversé.
Qui est ce nouveau soldat de la sécurité ? Son identité : Michel Coutant. A 54 ans, cet ancien policier, chef de circonscription au commissariat de police de Vendôme et directeur de la sécurité à Blois, est devenu le 1er juillet « coordinateur départemental de la prévention de la délinquance » dans le Loir-et-Cher.
Explications de ce titre un peu pompeux par Myriam Bousquet, directrice de l'Association des maires de Loir-et-Cher :
« Il conseille et aide les maires, devenus pivot de la prévention de la délinquance depuis la loi de Nicolas Sarkozy en 2007, et qui n'ont pas toujours les bons outils. Il devient un relais entre les maires, la police, la préfecture et le parquet. »
Officiellement à son poste depuis le 4 septembre, Michel Coutant, en plus de rencontrer les maires sur le terrain, a bien l'intention de développer les priorités nationales de la lutte contre la délinquance au niveau local.
Au menu, plans anti-intrusion dans les collèges et « participation citoyenne »
Son plan d'attaque se décline en cinq groupes de travail :
- « La vidéoprotection dans les communes
- Les plans anti-intrusion dans les collèges avec éventuellement un système de caméras et d'alarmes à l'entrée des établissements
- La participation citoyenne avec la création d'un réseau de voisins pour prévenir la délinquance et l'isolement social
- La réorientation des gens du voyage vers des zones attribuées
- La lutte contre les violences familiales. »
L'idée est née de monsieur Délinquance en personne, et a été rapidement soutenue par l'Etat dans le cadre du plan de relance de la loi de prévention de la délinquance, dont le contenu est attendu dans les semaines à venir :
« A Blois, je travaillais sur les problèmes de délinquance. Je me suis aperçu que cela ne concernait pas que la ville mais tout le département. J'ai proposé mon idée en janvier qui a été validée par le Comité interministériel de prévention de la délinquance. »
Sa fonction a un coût. Estimé à 40 000 euros et subventionné par l'Etat (20 000 euros au titre des fonds interministériels de prévention de la délinquance) et le conseil général (20 000 euros). Mais pour les mairies, le service est entièrement gratuit.
« C'est une bonne mesure car les petites communes n'ont pas de personnel »
Son nouveau poste est encore au stade de galop d'essai. Il n'est pour l'instant pas prévu de le généraliser aux autres départements français, mais l'association des maires du Loir-et-Cher a bon espoir. Myriam Bousquet s'enthousiasme :
« Je pense que cela fera des émules. Peut-être que nous serons copiés. Et nous pourrons peut-être aussi élargir ses fonctions au niveau de la région. Bien-sûr, rien n'est décidé. »
Pour les mairies, c'est un soulagement, comme l'explique Emmanuel Labro, responsable prévention sécurité à la mairie de Romorantin :
« C'est une bonne mesure car les petites communes n'ont pas de personnel dédié à la prévention de la délinquance. Il pourra aider les maires dans la politique de prévention. Ce poste permettra également de créer un réseau qui manquait de visibilité, d'avoir une action globale. »
« Un secrétaire tous azimuts ne peut pas répondre aux besoins »
Les syndicats sont plus virulents : Alain Borg, secrétaire général de l'Union départementale de la CGT Loir-et-Cher, estime que la création de ce poste n'apporte pas une réponse appropriée à la délinquance.
« A brûle-pourpoint, c'est un coup médiatique, de la poudre aux yeux, du baratin. Ce n'est pas comme cela qu'on va régler les problèmes de crise et d'exclusion. Un secrétaire tous azimuts ne peut pas répondre aux besoins de la population.
La délinquance est la conséquence d'une politique de casse de l'emploi, de casse des services publics y compris ceux de la sécurité et de casse de l'Education nationale. »
A la Fédération nationale SUD Santé-Sociaux, la secrétaire, Fabienne Binot, reproche surtout le choix du personnage :
« En mettant quelqu'un de la police, on est déjà dans la répression. C'est l'aboutissement de la politique d'échec de prévention. On ne prend la prévention que sous son aspect répressif.
Je trouve cela dangereux qu'on investisse tant d'argent dedans et rien sur la politique de la jeunesse, de l'éducation, de la vie associative, de la prise en charge du social. »
« Il faut qu'on réactive la bataille par une résistance collective »
Plus inquiétants encore pour Fabienne Binot : les cinq groupes de travail envisagés par Michel Coutant et la relance de la loi de prévention de la délinquance.
Contre ce dernier texte, et avec d'autres partenaires sociaux et syndicaux, SUD Santé-Sociaux avait créé en 2006 le Collectif national unitaire. Avec l'annonce de la création d'un monsieur Délinquance, la polémique pourrait bien reprendre, conclut Fabienne Binot :
« Il faut que nous réagissions publiquement. On va peut-être préparer un communiqué. Si les messieurs Délinquance apparaissent sur tout le territoire, nous allons certainement reformer le Collectif national unitaire.
Ce poste s'inscrit dans la relance de la loi, une relance pas rassurante. Il faut donc qu'on réactive la bataille par une une résistance collective. »
Photo : Michel Coutant, coordinateur départemental de la prévention de la délinquance dans le Loir-et-Cher (DR).





















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De caro
délinquante avérée | 10H50 | 14/09/2009 |
la loi « prévention de la délinquance » que sarko a fait voter en urgence le 5 mars 2007 (juste avant les élections), alors qu'elle était en préparation depuis des années est un cuisant échec pour celui qui est devenu not'bienaiméprésident. Elle met le maire comme pivot de la lutte contre la délinquance, mais ceux-ci ne sont pas d'accord
http://antidelation.lautre.net/spip.php ? article2021
« Avis rendu par le Conseil National des Villes le 12 mars 2009 »
Quoi d'étonnant qu'un maire de droite et un conseil général de droite essaye de relancer la loi ?
Seulement, la prévention se confond avec la répression, et les outils mis en place (vidéo-surveillance, citoyens délateurs etc). Rien n'est développé en amont puisqu'au contraire les postes, créés pour tisser du lien social, disparaissent : moins d'instits, moins de profs, moins d'éducateurs etc
C'est vrai qu'une camera coûte moins cher qu'un prof !
Que d'argent perdu par cette fausse prévention qui ne résout rien des problèmes de société, de plus en plus aggravés par la crise et le chômage.
EDIT : à propos des « citoyens délateurs », un département se distingue déjà : les Alpes Maritimes. Est-ce étonnant avec Estrosi ?
Un bon article :
http://www.ldh-toulon.net/spip.php ? article3454
De marc b
anarchiste communautaire | 12H02 | 14/09/2009 |
Merci Caro pour ta contribution à l'élévation du débat.
Il faudra le répéter encore et encore ; les hommes ou femmes politiques qui nous dirigent ne sont, ni stupides ni illettrés, ni même maladroits. Lorsque leurs propos nous semblent inconcevables, incompréhensibles ou mensongers ; il faut simplement comprendre qu'ils ne s'adressent pas à nous.
Le modèle libéral est un modèle qui ne profite pas à plus de 5% de la population et qui engendre, entre autre : frustrations, stress, appauvrissement et destructions du tissu social. Pour qu'une part importante des 95% de la population restante adhère au système ou hésite à le rejeter, il existe de nombreuses techniques.
Ces techniques agissent toujours sur les mêmes principes émotionnels pour susciter : L'espérance, la peur, la confusion ou l'apathie
Nos élites, qu'elles soient, financières ou politiques, sont rompues à toutes ces techniques et ne s'embarrassent généralement pas de morale ou d'étique pour conserver leurs statuts.
L'utilisation constante du thème de l'insécurité par la classe politique en est la parfaite illustration. Toutes les études sérieuses le montrent : La répression n'a pas de corrélation directe avec le taux de délinquance. Ni la sévérité des peines, ni le nombre de policier ne permettent de modifier de façon significative le nombre ou la gravité des délits commis.
La transgression répond généralement à un excès de frustration. C'est parfaitement admis par les pédiatres et pourtant, en matière de délinquance, nos stratèges politiques continuent à feindre de l'ignorer. Pourquoi ? Par ce que la principale frustration est liée à l'injustice sociale et que pour y remédier il faudrait une plus juste répartition des richesses. Hors nos élites dépendent directement ou font déjà partie de ces 5% qui ne souhaitent pas partager.
Le plus simple et le plus économique consiste donc pour eux à apaiser la frustration des victimes et de tous ceux qui craignent de l'être en multipliant les lois répressives et les annonces bidon. CQFD
De critiquesociale
bureau de la détresse psychologique... | 16H56 | 14/09/2009 |
A quand un Monsieur ou une Madame Liberté dans toutes les villes et villages de France ? et un monsieur solidarité ?
On se tient au courant….