A débattre 11/09/2009 à 19h53

Total en Birmanie : la France va-t-elle agir ?


Travaux forcés et comptes off-shore : Libé révèle le contenu d'un rapport de l'ONG Earth Rights International sur le gazoduc de Yadana.


Le chantier de Yadana, en Birmanie (Total)

Le débat dure depuis des années : faut-il, oui ou non, continuer à faire des affaires en Birmanie ? Il rebondit ce jeudi dans Libération, qui révèle la teneur d'un rapport de l'ONG Earth Rights International (ERI) sur le chantier du gazoduc de Yadana. Travaux forcés, exactions des militaires et surtout des flux financiers gérés sur des comptes off-shore. A quand une enquête sérieuse de la justice française ?

Depuis des années, les rapports s'accumulent autour du projet Yadana, opéré par le français Total et l'Américain Chevron. Le constat est à la fois simple et accablant :

  • pour travailler, les compagnies pétrolières sont obligées de se plier aux règles de l'armée birmane
  • ce qui entraîne travaux forcés (coutumiers dans tout le pays) pour les paysans, extorsion et rapine des militaires et exactions en tout genre (viols, meurtres)

Plusieurs enquêtes journalistiques, puis judiciaires (procédures aux Etats-Unis et en France) ont amplement démontré ce phénomène. Le rapport d'ERI vient confirmer qu'il n'a jamais cessé et a toujours cours en Birmanie. Contrairement aux affirmations de Total, qui prétend avoir modéré les excès de la junte au pouvoir.

Nouveauté : les circuits financiers occultes de la junte

Le rapport d'ERI révèle deux informations de taille :

  • le montant des sommes versées par le consortium au régime de Rangoon entre 2000 et 2008 : 4,83 milliards de dollars (3,31 milliards d'euros)
  • les deux banques de Singapour qui ont recueilli cet argent « noirci » par la junte : the Overseas chinese banking corporation (OCBC) et le DBS group

Depuis plusieurs années, les connaisseurs du dossier birman savent que l'argent du gaz disparaît dans cette place off-shore très opaque qu'est devenue Singapour. Les juges financiers français s'en plaignent régulièrement : impossible d'obtenir la moindre coopération avec les banques. L'un d'eux s'est même vu répondre qu'au préalable, il faut avoir l'autorisation du titulaire du compte !

Une technique enfantine : les taux de change

Mais le grand intérêt de l'enquête approfondie menée par l'ONG est de révéler la technique par laquelle le régime birman noircit ces fonds. Elle est détaillée page 43 du rapport (en Anglais) :

« D'après un rapport confidentiel du FMI obtenu par ERI, 70% des recettes du commerce extérieur proviennent des exportations de gaz ; mais le rapport indique que le revenu du gaz naturel a eu un “ petit impact fiscal ” et “ a contribué pour moins de 1% du budget total en 2007-2008, alors qu'il aurait pu représenter 57% du budget s'il avait été évalué au cours du marché. ”

Si les revenus du gaz étaient gérés correctement ils pourraient largement résorber le déficit budgétaire du pays.

Autrement dit, le régime militaire perçoit les recettes de ses exportations de gaz naturel en dollars. Puis il les verse dans le budget de l'Etat au taux officiel de change de 6 kyat pour un dollar, plutôt qu'au taux officieux et plus juste de 1000 kyat pour un dollar. »

Ce tour de passe-passe suffit à faire fuiter l'essentiel de ces revenus vers les comptes off-shore. Total peut-il ignorer ces pratiques ? S'il ne répond pas directement à cette question dans l'entretien qu'il a accordé au Parisien, le PDG de la compagnie, Christophe de Margerie, confirme l'usage des paradis fiscaux :

« Nous avons effectivement des comptes dans des paradis fiscaux. Ce ne sont pas des sociétés écrans. Nous n'avons pas de comptes cachés, ils sont tous répertoriés et connus de Bercy puisque nous payons nos impôts en France qui tiennent compte de tous les bénéfices réalisés à l'étranger, y compris dans les paradis fiscaux.

Pourrait-on vivre sans ? Oui. Ils nous facilitent simplement la vie sur le plan administratif. C'est plus facile d'ouvrir un compte aux Bermudes qu'à Londres. On pourrait s'en retirer mais ce serait compliqué parce que toutes les sociétés internationales utilisent ce système. »

Faute d'avoir lu le rapport d'ERI, Total n'a toujours pas réagi officiellement à ces informations. Mais sans surprise, le PDG a prévenu : pas question de partir, car « Total n'est ni un outil politique ni une ONG ».

Photo : le chantier de Yadana, en Birmanie (Total)

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  • Plokta
    • Posté à 20h19 le 11/09/2009
    • Internaute

    Le rapport sur la birmanie de Bernard Kouchner :
    Lien
    Commande de Total en 2003, rédigé par notre actuel ministre des Affaire Étrangères.
    Le premier qui m'annonce que la France est encore crédible...

    Nous devenons de plus en plus une république bananiere.

  • jejk
    jejk
    Pour éviter Sarkozy, venez à (...)
    • Posté à 21h37 le 11/09/2009
    • Internaute
      Pour éviter Sarkozy, venez à (...)

    Et dire qu'au États-Unis, pays du capitalisme par excellence, certains états et certaines municipalités avaient voté des dispositions pour s'interdire à elles-mêmes de faire du commerce avec des entreprises qui avaient des investissement en Birmanie ou au Nigeria.

    « la loi du Massachusetts réglementant les marchés passés avec l'État exige des fournisseurs qu'ils ne fassent aucun commerce avec le Myanmar (Birmanie). Les violations des normes de travail par l'État du Myanmar ont valu à celui-ci une condamnation approuvée par pratiquement tous les membres de l'OIT. » (Lien)

    ... Des lois que se sont empressés de combattre les grandes multinationales en se liguant dans une association (USA*Engage : Lien) pour la promotion de règlements de l'OMC qui invalideraient ce type de dispositions citoyennes.

  • Polyblogue
    • Posté à 22h22 le 11/09/2009

    Une chose est sure : ce rapport ne changera absolument rien. Total ne va pas abandonner son gazoduc et le gouvernement n'exercera pas la moindre de pression pour un désengagement.

    Si ce rapport apporte quelques précisions sur les flux financiers toutes ces informations et soupçons sont déja connus depuis très longtemps.

    La FIDH avait deja fait un rapport très complet (il y a 13 ans ! ) en 1996 disponible ici :
    Lien

    Total a répliqué en 2003, en rémunérant l'actuel ministre des affaires etrangeres qui avait produit un rapport qui blanchit la société pétrolière :
    Lien

    Les appels aux boycott de Aun San Suu Kyi ne semblent rien changer.

    Des sociétés françaises, américaines, chinoises et des pays asiatiques voisins continuent a faire du business dans cette sinistre dictature. Affaires qui profitent essentiellement à la junte au pouvoir (et contribuent ainsi a la maintenir en place) et non a l'ensemble des birmans puisqu'une poignee de militaires a la mainmise sur l'ensemble de l'économie.

    Total n'a pas encore communiqué mais il ne manqueront pas de disqualifier le rapport sous prétexte que c'est une ONG anglo saxonne.

    Lien

  • Talou
    • Posté à 22h30 le 11/09/2009

    « Révélations sur Total en Birmanie : la France va-t-elle agir ? “ .... Vous allez rêver encore combien de temps ?

  • kevangel
    kevangel répond à A déménagé le 13-9 2
    Chercheur
    • Posté à 23h34 le 11/09/2009
    • Expert
      Chercheur

    Et puis voilà des gens qui ont résolu le problème de la protection sociale et des salaires : si vous êtes malades ou trop vieux pour travailler, il suffit de vous éliminer. En plus, il n'y a aucun chômeur puisque tout le monde est obligé de travailler.
    D'ailleurs il paraîtrait que Kouchner rédige un rapport pour le MEDEF afin d'importer ce merveilleux système en france et améliorer la compétitivité de nos entreprises. Le modèle scandinave c'est dépassé, vive le modèle birman.

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 08h17 le 12/09/2009
    • Internaute
      chasseur de gorille

    ben a chaque fois que vous irez chez total, pensez aux esclaves