sur le terrain 11/09/2009 à 09h28

Les casses auto, victimes d'une trop bonne prime ?



Dans une casse auto près de Marseille (Jean-Paul Pelissier/Reuters).

A l’entrée de Rosny-sur-Seine, une vingtaine de voitures, venue de tout l’ouest parisien et garée en file indienne, envahit les bords de la rue de Villiers. Sur le mur, en toutes lettres, « pièces détachées de toutes marques ». Bienvenue à Rosny Auto Pièces.

Quelques mètres plus haut, les grilles de la casse s’ouvrent. 12 000 mètres carré gardés par un Dobermann, surveillés par des caméras et protégés par des barbelés. Car le centre de démolition yvelinois est une véritable caverne d’Ali Baba. Ici, des milliers de voitures, classées par marques et par modèles, dépecées et empilées sur deux rangs, surplombent le parc auto.

« Normalement, l’autorisation préfectorale ne me permet pas de superposer les carcasses. Mais depuis la prime à la casse, je n’ai pas le choix. Mon terrain n’est pas extensible. Si je ne le fais pas, je ferme. »

La prime à la casse
En échange de son véhicule de plus de 10 ans et de l’achat d’une voiture neuve, le client peut bénéficier d’une prime de 1000 euros. Le démolisseur achète l’épave à des gestionnaires distributeurs, la démonte, puis la vend en tonnes de ferraille au broyeur.

Les chiffres : la prime à la casse aurait contribué à l’achat de 330 000 véhicules neufs en France. Les ventes auraient progressé de 7% en août, comparé au même mois l’an dernier.

Depuis la mise en place de cette prime, le 4 décembre 2008, Rosny Auto Pièces est victime de son succès, explique son patron, Joël Benoit. Le nombre d’épaves a doublé, passant de 450 à 900 par mois. Depuis, il ne raccroche plus son téléphone :

« Les garages m’appellent trois fois par jour pour me demander quand est-ce que je viens chercher les voitures. Nous avons trois chauffeurs. Leur planning est à bloc jusqu’à fin septembre. Chaque jour, une quarantaine d’épaves arrive chez nous. »

Avec un tel volume, les treize employés de la casse sont obligés de faire des compromis, explique-t-il :

« On ne démonte plus toutes les voitures car on a plus le temps. On a donc énormément de gâchis. Environ 35 voitures partent chaque jour directement chez le broyeur, soit une perte de 1150 euros par jour. Auparavant, le broyeur venait une fois tous les six mois. Aujourd’hui, une fois par mois. »

Les casseurs étranglés

« La prime à la casse nous a engorgés. Elle a démarré sur les chapeaux de roues. Tout le monde a été dépassé par son succès », témoigne le patron de la casse. Des mauvais souvenirs ?

« Les quatre premiers mois n’ont pas été très drôles. Si j’avais fait les comptes à ce moment-là, on aurait constaté un déficit. Car les prix des voitures avaient augmenté avec l’explosion du cours de la ferraille en août 2008. Les volumes ont doublé avec la prime. Nos achats aussi. Les tarifs des épaves sont restés les mêmes, soit 130 euros la voiture, là où les broyeurs nous rachetaient 55-60 euros la tonne de ferraille. Et nos recettes n’ont pas évolué. »

Un déséquilibre renforcé par le coût de traitement de l’épave. Entre 25 et 30 euros pour le transport, idem pour la dépollution et entre 10 et 15 euros pour le suivi administratif.

Face à cet afflux de carcasses, Joël Benoit s’est associé fin mars 2009 avec quatre autres démolisseurs de la région parisienne. Durant une semaine, ils ont stoppé l’enlèvement de voitures :

« Nous voulions faire comprendre que nous sommes un maillon de la chaîne important. Les concessionnaires touchent des subventions de l’Etat et les prix de vente des voitures ne changeaient pas. Il n’y avait pas de raison qu’ils n’en fassent pas profiter les autres. »

Ce « putsch des casseurs » a finalement eu de l’impact. Aujourd’hui, Joël Benoit achète environ 30 euros la voiture.

Et si on prolongeait cette prime ?

Neuf mois plus tard, dans les allées de la casse, des hommes abordent Joël Benoit de tous côtés. L’un veut négocier un moteur à 250 euros, l’autre lui proposer ses services. Aujourd’hui, Rosny Auto Pièces est une fourmilière. Les clients viennent directement dans le parc auto afin de démonter les voitures et récupérer les pièces dont ils ont besoin.

« J’ai rééquilibré la situation en courant après la trésorerie. J’ai vendu tout de suite la ferraille. Peu importe le prix », indique le patron. Une stratégie qui porte ses fruits. En août le chiffre d’affaires a progressé de 50%.

L’idéal serait donc pour lui d’embaucher de nouveaux employés.

« Mais pour le moment, je ne suis pas chaud pour recruter car si c’est pour les virer dans trois mois, cela ne sert à rien. »

La prime est en effet censée s’arrêter le 31 décembre 2009. Mais le gouvernement semble réviser son agenda. Mardi 1er septembre, Christine Lagarde, ministre de l’Economie, annonçait une prolongation possible de la prime jusqu’à 2011. Mais les voix politiques ne semblent pas accordées. Vendredi dernier, Patrick Devedjian envisageait une sortie progressive d’ici à la fin 2010. Loin de ces cafouillages ministériels, sur le terrain, Joël Benoit a son opinion :

« Si la prime continue, on pourra vraiment faire tourner notre affaire. Ça va nous permettre de faire des emprunts, embaucher un quatrième chauffeur, faire des projets. Mais il faudrait que ce soit sur trois ou cinq ans. Sur un an, on bombe le dos, on attend et on vit au jour le jour. »

Photo : dans une casse auto près de Marseille (Jean-Paul Pelissier/Reuters).

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  • Marie d Ornellas
    Marie d Ornellas
    Auteur(e) de l'article Rue89
    • Posté à 10h28 le 11/09/2009
    • Internaute 73216
      Rue89

    Effectivement ! corrigé

  • El doctor
    El doctor
    Citoyen errant
    • Posté à 09h59 le 11/09/2009
    • Internaute 67679
      Citoyen errant

    Oui c’est pas trop écologique la prime à la casse.

    Sous prétexte de renouvellement du parc auto et d’aides aux constructeurs grâce à des subventions finalement payées par les taxes et impôts on détruit des masses de voitures pas beaucoup plus polluantes mais dont la masse énorme de tout ce qui est des fauteuils, tableaux de bords, les moquettes, etc.... sont simplement détruits sans recyclage.

    Les matières premières et l’énergie nécessaire pour les fabriquer et les détruire sont consommatrices de gaz et autres trucs a effets de serre.

    Pas sur que cette mesure ne nous soit pas au final plus polluante et néfaste à l’environnement que si rien n’avait été fait.... a moins bien sur que la santé de l’industrie automobile soit plus importante que tout le reste.

    • Waldeck
      Waldeck répond à El doctor
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
      • Posté à 10h19 le 11/09/2009
      • Internaute 36864
        Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

      -« Oui c’est pas trop écologique la prime à la casse. »

      - Vous avez raison, ça fait pas trop « développement durable », mais plutôt gaspi et gâchis !

  • YoshiL7
    • Posté à 10h45 le 11/09/2009
    • Internaute 29840

    Il semblerait que toutes les casses ne passent pas par des gestionnaires distributeurs... que les constructeurs francais notamment imposent et ces gestionnaires imposeraient alors à leur tour des frais de gestion très importants aux démolisseurs dont 35 euros pour une voiture... Du coup, certaines casses (voire nombreuses) ne veulent pas travailler par ces réseaux, préfèreraient pouvoir travailler en direct et n’auraient donc pas autant de « stock » qu’on le dit... Passer par un gestionnaire distributeur permet d’obtenir certes du rendement pour le démolisseur mais aussi d’avoir de belles images à la TV de casses bondées de voitures... puisque ce sont ces casses qui récupèrent la majorité des voitures des concessions au final... vu que les constructeurs francais (il se dit que les constructeurs étrangers sont moins difficiles) « imposent » à leurs concessions de passer par ces gestionnaires... pourquoi ? il faut savoir que ces mêmes constructeurs obligent alors, via ces gestionnaires, les démolisseurs à ne pas remettre sur le marché de l’occasion un nombre croissant de pièces qu’il récupèrent... Reste que cette prime peut etre aussi vu comme un réel gachis environnemental... puisque ces démolisseurs ne revalorisent plus rien vu l’encombrement de leur site et privilégient le broyage à la revalorisation... ce qui produit encore plus d’émissions de CO2...

  • Koske
    Koske
    consultant précaire
    • Posté à 11h37 le 11/09/2009
    • Internaute 89824
      consultant précaire

    S’ils embauchaient à la casse, ça désengorgerait la casse et les garages. Ca rendrait un ou plusieurs chômeurs heureux et la prime utile. Bref, tout le monde serait content… même les personnes qui ont une sensibilité écolo du fait d’un recyclage plus rationnel…sans parler des clients de pièces détachées.

  • Ellington
    • Posté à 12h03 le 11/09/2009
    • Internaute 27898

    La prime à la casse n’a probablement pas de véritable fondement écologique. L’objectif est de soutenir les ventes de voitures neuves pour faire tourner les usines.

    En attendant, près de chez moi, les véhicules s’entassent depuis plusieurs sur un parking en attendant qu’on les enlève...

  • malpoli
    malpoli
    Homme de paille
    • Posté à 19h44 le 11/09/2009
    • Internaute 37834
      Homme de paille

    Travailler plus pour produire plus de bagnoles pour broyer plus... Quel belle société. Encore un article comme ça et je m’abonne à « décroissance »...

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 10h28 le 12/09/2009
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    Une connerie monstrueuse....
    Casser des voitures en bon état de marche
    ,
    pour les remplacer par des voitures neuves qui, de toutes les sfaçons, ne conduiront pas les gens plus vite à leur lieu de destination.

    C’est faire perdre des emplois (ceux de la réparation auto),

    au bénéfice de l’achat de voitures nouvelles ( et inutiles.. puisque les anciennes roulaient)

    En plus du fait que les voitures anciennes et envoyées à la casse étaient facilement réparables,
    et que les voitures neuves sont conçues pourt ne pas pouvoir être réparées facilement. (150 euros pour changer UNE ampoule de phare .. en devant démonter le pare-choc..l’aile.. pour pouvoir accéder au phare..)

    C’est aussi sortir du marché de l’occasion des milliers de véhicules au détriment de ceux qui, achetant un véhicule à 1500 euros, arrivait à le faire rouler 10 ans de plus (j’en connais un.. moi même)

    • Compte supprimé le 19 septembre
      Compte supprimé le 19 septembre répond à Pierrrrre
      voyeur averti
      • Posté à 11h03 le 12/09/2009
      • Internaute 88120
        voyeur averti

      Etes vous un radin UMpiste ? ? ? ?

      Il n’y a jamais d’action sans revers de la médaille ..et effet d’opportunité ...et le bonus malus coûte des millions d’euros à l’Etat ... et n’est pas une opération neutre contrairement à ce que disait ce crétin de Borlo ...
      De même avec la forte diminution de la consommation de carburant ... la TIPP rapportait 16,5 milliard en 2008 aux caisses de l’Etat et plus que 15 en 2009 ...
      L’Etat se prive de ressources à cause des conneries de Hulot suivies par votre Sarko ...
      Vous auriez pu en parler ...mais vous ne l’avez pas fait ...
      et je n’écris rien sur cette nouvelle taxe carbonne qui est un scandale de plus ...et qui ne concernerait que la métropole ...

      Rassurez vous, certaines voitures n’iront pas à la casse et feront la joie des conducteurs du tiers monde ...une voiture estimée à plus de 1500 euros n’ira pas se faire broyer mais partira ou sera revendue à un particulier ..même en France..
      ça s’est déjà produit lors des Balladurettes ...en 93 ...

      Et je sais de quoi je parle ....

      eh oui Pierrot ...
      des vérités factuelles ... qui montrent que votre Sarko fait une politique désastreuse de gauche ....
      mais bon, on a évité le pire ... avec la démago de Ségo ...
      mais quand même ... on n’est pas aidé et sorti de la crise avec ce gouvernement qui travaille si mal ....
      c’est fou ça ....

    • greenworld
      greenworld répond à Pierrrrre
      • Posté à 17h55 le 12/09/2009
      • Internaute 29214

      Hou putain je suis d’accord avec vous ! Comme quoi tout arrive !