Tribune 08/09/2009 à 11h17

Taxe carbone : ce que disent les sondages et ce qu'ils ne disent pas


Ces derniers jours, les commentaires se succèdent dans la presse pour laisser penser que les jeux sont faits : les Français sont contre la taxe carbone. Sous-entendu : il ne serait plus nécessaire d'en débattre.

Ces affirmations s'appuient essentiellement sur deux sondages réalisés entre le 1er et le 3 septembre derniers, qui concluent à une franche hostilité de nos concitoyens à l'égard de cet outil fiscal vert. A l'appui des sondages, les médias nous proposent reportages, micro-trottoirs et éditoriaux où est démontré par A+B que la taxe carbone est nécessairement impopulaire.

Or les sondages ne disent que ce qu'on veut bien leur faire dire car rappelons, si besoin, que la réponse à un sondage est fonction de la question posée et des circonstances dans lesquelles elle est posée. Enfin, peut-être faudrait-il distinguer le sondage lui-même de l'interprétation qui en est faite.

Car en regardant de près ces sondages, ils ne racontent pas nécessairement la même histoire que celle que nous assènent certains commentateurs politiques et journalistes personnellement opposés à cette réforme.

Les sondés interrogés sur un projet pas encore ficelé

Premier paradoxe, comment savoir si les Français(es) sont contre alors même que le projet du gouvernement n'est pas encore définitivement calé ? Il ne sera annoncé que jeudi prochain, un peu à la manière d'un oracle, par Nicolas Sarkozy ?

Pourtant le sondage TNS Sofres / Logica pour Europe 1 est sans appel : 66% des personnes interrogées sont opposées à cette taxe. Outre le fait que le sondage porte sur un projet en cours d'élaboration, la question posée ne fait référence qu'à la « taxe » et pas à la redistribution. On notera également (en page 5 du sondage) que les personnes interrogées sont 43% à voir « vaguement de quoi il s'agit ». On peut ajouter : informées de quoi ? Du projet esquissé par la conférence Rocard ou du projet sur lequel planche le gouvernement ?

52 % des français sont pour !

Le problème du sondage Sofres tient donc à ce qu'il ne porte que sur l'un des deux volets de la taxe carbone : le volet « taxation » et pas sur le volet « redistribution ». Or, le mot « taxe » suscite généralement une réaction négative, a fortiori en temps de crise. Pas étonnant, l'opinion des personnes sondées semble changer dès lors que l'on parle compensation.

Regardons de près le sondage CSA pour l'association de consommateurs UFC-Que Choisir :

  • Interrogés de cette manière : « Afin d'inciter les consommateurs à réduire leur consommation d'énergie, il est envisagé de mettre en place une taxe, appelée “ taxe carbone ”, sur le prix des carburants et des énergies de chauffage (telles que le fuel, le charbon ou le gaz) », 74 % des sondés se déclarent défavorable.
  • A l'inverse, à la question : « Et si les sommes collectées par la taxe carbone étaient entièrement redistribuées aux ménages par le biais d'un chèque variable en fonction de leurs dépenses énergétiques et de leurs usages contraints, seriez-vous tout, plutôt, plutôt pas ou pas du tout favorable cette taxe ? », 52 % des personnes interrogées se déclarent... favorables. La preuve est donc faite que même en gardant le terme « taxe » dans le libellé de la question, les personnes sondées changent d'avis lorsque l'on parle de « chèque » et de redistribution.

Déjà deux sondages LH2 pour la Fondation Nicolas Hulot, réalisés à la veille de la conférence d'experts présidée par Michel Rocard précisait que les Français étaient favorables à la taxe carbone dès l'instant où le volet redistribution de l'outil leur était présenté.

Qui est responsable de la cacophonie ?

Ce qui est le plus intéressant dans ces sondages tient sans doute à ce que les Français en ont que « vaguement » entendu parler. Le déluge de déclarations politiques contradictoires plus ou moins démagogiques sur ce dossier a certainement créé une grande confusion. Surtout la communication gouvernementale sur le sujet a été très maladroite.

Prenant la main sur ce dossier au détriment du ministre de l'Ecologie, Eric Woerth, ministre du Budget n'a cessé de parler de « taxe » et de « taux » plus ou moins élevé et très peu de redistribution.

Le principal responsable de ce grand bazar est peut être Nicolas Sarkozy lui-même. C'est en effet le président de la République qui avait annoncé à la télévision que la taxe carbone avait pour vocation de remplacer la taxe professionnelle appelée à disparaître. Bref, la taxe carbone aurait donc servi à boucher un trou et non à aider les plus faibles.

Le gouvernement a beaucoup rétropédalé depuis lors mais le mal est fait.

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  • Gosseyn
    • Posté à 12h54 le 08/09/2009
    • Internaute

    Serait-il possible qu'on arrête de nous enfumer avec l'aspect redistributif de la taxe carbone ou contribution climat énergie peu importe son nom !
    Ce n'est pas que je sois pour ou contre ce projet. J'imagine qu'une fiscalité écologique devient indispensable mais le peu de confiance que je ressent pour ce gouvernement me laisse dubitatif.
    Non mon propos est qu'on nous serine à longueur de journée que ce n'est pas une taxe ou impôt car le montant sera entièrement redistribué... N'est pas le cas de tout impôt en démocratie ? Fonctionnement de l'état, salaire des fonctionnaires, paiement de nos retraites, de nos soins de santé, entretien de l'armée, des infrastructures, etc. Voilà à quoi servent nos impôts.
    Le glissement sémantique sur l'exceptionnelle redistribution de la taxe carbone est la démonstration de la perte de lien sociale de notre société : à moins de toucher un chèque ou mieux un beau petit lingot d'or, les impôts ne seraient que du vol ! Je ne peux m'empêcher de mettre cela en parallèle avec la conception de la justice fiscale selon la droite, consistant à donner des milliers d'euros à quelques privilégiés. Malheureusement, la gauche reprend cet antienne sans jamais rappeler le principe de l'impôt.
    C'est à désespérer de voir un jour une véritable grande réforme fiscale.

  • pail
    • Posté à 16h18 le 08/09/2009
    • Internaute

    La cacophonie autour de la taxe carbone sert surtout à ne pas se poser les questions qu'il faut et à ne pas régler les problèmes à la source : avec cette taxe ou les autres dispositifs envisagés, on agit sur les symptômes, pas sur les causes, alors que si ont veut vraiment réduire les émissions, il suffit de mettre des normes plus contraignantes : diminuer la cylindrée et la puissance des véhicules, par exemple, mais ça c'est pas bon pour les copains qui vendent de la bagnole (et pour ceux qui aiment frimer dans une grosse cylindrée)... quoi, c'est les mêmes ? Ah oui !

  • Arnaud Gossement
    Arnaud Gossement
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 17h01 le 08/09/2009

    Merci de vos messages et commentaires.
    Mon idée n'est pas d'affirmer que les français sont pour la taxe carbone. Je pense plutôt que les sondages réalisés ces derniers jours ne permettent pas de savoir si les français sont pour ou contre. Il est exact qu'en période de crise, le mot « taxe » suscite bien légitimement une opposition. Mais les associations ne défendent pas qu'une taxe mais bien un principe de redistribution et des mesures d'accompagnement, notamment pour les plus faibles et les personnes vivant en zones rurales mal desservies.
    En bref, j'ai été « surpris » que le débat sur la taxe carbone se réduise parfois à des références à ces sondages.
    Or, le débat sur l'impôt est un débat important. Notre modèle républicain est notamment fondé sur un modèle de fiscalité. Le débat sur la taxe carbone est donc débat important qui mérite d'aller au delà de certains commentaires politiques parfois trés orientés de ces sondages.
    Bien cdlt. AG

  • brawd
    • Posté à 18h57 le 08/09/2009

    Belle démonstration de l'utilisation perverse des sondages dans la vie quotidienne des Français. Les réponses peuvent être savamment « orientées » de par
    1) Le choix des questions
    2) Le type de questionnaire (ouvert ou fermé)
    3) L'echantillon représentatif retenu et le nombre d''écarts types
    4) l'analyse postérieure des réponses et leur « lissage »
    Quand tous ces critères ont été ciblés, il existe encore des interprétations possibles
    Les sondages sur la » taxe » ou la « Contribution Climat Energie » selon l'angle sous lequel vous voulez attaquez le problème ne dérogent pas à ces quelques remarques.
    Quand vous y ajoutez une grosse pincée de « politique » et une louche de com, vous avez soit « une omelette de mère Poulard », soit un salmigondi immangeable, c'est ce qui est arrivé.