a débattre

Payant et « intelligent » : bientôt un nouveau quotidien de Bolloré

Un nouveau quotidien… payant, au prix de 50 centimes, et tiré à 350 000 exemplaires dès le mois de novembre. Selon la Correspondance de la presse de ce mardi, le projet de Vincent Bolloré serait dans sa dernière phase, prêt à sortir entre novembre et mars 2010. Après Direct Matin Plus et Direct Soir, l'homme d'affaires mettrait donc à exécution son idée d'installer en France un quotidien généraliste, conçu suivant le modèle d'Il Foglio, le quatre pages qui se veut le journal de l'intelligentsia de la droite italienne.

Les responsables du pôle « médias » nous ont confirmé que le projet était en bonne marche - prévu plutôt « pour début 2010 », nous précise l'entourage du milliardaire. A défaut de racheter un quotidien existant, comme il s'y était cassé les dents, Bolloré se résoud donc à créer son propre titre. On n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Une équipe planche sur le projet depuis plusieurs mois maintenant avec à sa tête, Serge Nedjar, directeur général du pôle « presse écrite » de Bolloré Média et plusieurs salariés officiant dans les différents « Direct » du groupe. La Correspondance affirme que, « comme annoncé, le projet en lui-même doit être calqué sur le quotidien italien Il Foglio » :

« Ce dernier qui ne diffuse qu'à 20 000 exemplaires ne propose pas d'articles d'actualité au sens propre du terme, mais plutôt des analyses et des décryptages de grands sujets politiques, économiques, sociétaux ou culturels. Il accueille de grandes signatures et s'échange dans les milieux intellectuels, politiques et patronaux. C'est précisément ce qui plait à M. Bollore, pour qui Il Foglio est “un journal de gens intelligents”. »

A croire que le créneau est inoccupé actuellement en France ?

Il Foglio (« La Feuille ») a été créé en 1996 par Giuliano Ferrara, intellectuel influent, « bien connu pour son soutien au président du Conseil italien, Silvio Berlusconi », précise la Correspondance. Et en France, Vincent Bolloré est aussi le principal « mécène » affiché du président Sarkozy depuis son avènement. Cette amitié l'a propulsé parmi les patrons français les plus puissants, alors que les Bouygues, Dassault, Arnault… possèdent des groupes beaucoup plus importants.

Le nom du quotidien n'est pour l'heure pas encore définitivement arrêté. « Une chose est sûre, il y aura le mot “Direct” en une, à l'image des quotidiens gratuits de Bolloré », assure la Correspondance.

Il Foglio version française pourrait par ailleurs être un quotidien du soir. Aujourd'hui, seul présent sur le créneau des quotidiens du soir, Le Monde (tirage de 424 646 exemplaires), pourrait donc bien trouver face à lui un nouveau concurrent.

« Reste à savoir quelle conséquence pourrait avoir cette initiative sur le partenariat entre Bolloré et Le Monde au sein de Direct Matin », pointe encore l'article de la Correspondance.

En moins d'une decennie Vincent Bolloré est devenu un « petit tycoon » des médias : Télévision (Direct 8), radio, papier, web, sondages, audiences, publicité, production ou diffusion de contenus… Ses prises de participation multiples lui ont permis de construire un groupe très bien placé dans le virage numérique.

Ce qui ne va pas sans poser de sérieuses questions de liberté de l'information. Le milliardaire breton continue donc à tisser sa toile « autour » de l'information. Il possède ainsi 44% de l'institut de sondages CSA. Il contrôle la SFP, un des principaux prestataires de services audiovisuels en Europe. Il préside Havas, le sixième groupe mondial de communication et de publicité (Euro-RSCG notamment), ce qui lui a donné un siège au conseil d'administration de Médiamétrie. En novembre, il déclarait à Télérama :

« Je ne suis pas un investisseur financier, je suis un investisseur industriel. Je dois donc avoir le contrôle de l'éditorial. »

Lire aussi :
Vincent Bolloré, ange ou démon ? - de Nicolas Cori et Muriel Gremillet - éd. Hugo doc - janvier 2008 - 135 p., 12,50€. Pour savoir comment Bolloré a construit son groupe.

1 commentaires sélectionnés

Portrait de kamerlo divine

De kamerlo divine

ouvrier | 13H51 | 09/09/2009 | Permalien

>>>>> « L´ESPION BOLLORÉ EN AFRIQUE “

Le groupe français Bolloré, leader africain des transports et de la logistique, a prodigieusement étendu son emprise sur tout le continent et pris le contrôle de nombreuses interfaces d'échanges clés dans les économies africaines. Dans une interview accordée ce 8 septembre à RFI, Martine Orange, journaliste auteur d'une très longue enquête consacrée aux stratégies mise en place par Vincent Bolloré pour acquérir les différents marchés de la logistique en Afrique, explique comment l'homme d'affaire a posé des verrous sur les principales sources de revenu des pays africains.

Le groupe Bolloré c'est quoi en quelques mots ?

‘C'est beaucoup de choses. C'est un groupe familial détenu par un seul homme, Vincent Bolloré, présent dans de nombreux secteurs, aussi bien dans les médias, qui fait beaucoup parler, mais aussi dans le papier, dans l'industrie. Ca c'est en France, le papier étant l'activité d'origine puisqu'à l'origine c'était une entreprise familiale qu'il a reprise lorsqu'il avait une vingtaine d'années, qu'il a sauvé. Et puis il y a aussi toute les parties qu'on connaît moins bien qui sont toutes les parties de logistique, de transport, des plantations qu'il exerce surtout en Afrique.

Que pèse le groupe Bolloré ?

Officiellement c'est 5 à 6 milliards d'euros de chiffre d'affaire par an. Mais en fait c'est beaucoup plus puisqu'il y a des tas d'activité un peu partout dans le monde et qui ne sont pas consolidés au niveau du groupe. Donc en gros, le groupe qu'il détient à plus de 65%, c'est plus de 15 milliards d'euros par an.

Vous dites que la face cachée du groupe Bolloré est la plus importante ?

Oui, il y a toute une activité que l'on connaît bien, celle dont il parle souvent qui est donc le papier et les médias, à un moment il y avait aussi le transport maritime, etc. qui est l'activité connue et cotée en France. Et puis il y a d'autres activités, bien moins connues, qui apparaissent de façon tout à fait dissimulées dans le groupe, et qui sont elles plutôt basées en Afrique pour l'activité et au Luxembourg pour la finance.

Quelle est cette activité qui est basée en Afrique ?

Une des activités qu'il exerce depuis maintenant plus de vingt ans, toute l'activité de logistique portuaire, et qu'il a développé en faisant maintenant de la logistique pour les trains aussi un ensemble groupé. Il a pris maintenant le contrôle d'un certain nombre de ports en Afrique et plus ça va, plus il avance. Il y a d'autres activités, l'exploitation de chemin de fer, l'exploitation de négoces en tout genre avec par exemple le négoce du cacao en Cote d'Ivoire. Puis il a des activités de plantations. Là, ils les revendiquent moins mais néanmoins il est le premier actionnaire avec près de 40% du capital d'une société qui s'appelle Soxina qui a des plantations un peu partout en Afrique.

Sa présence en Côte-d'Ivoire ou au Cameroun est-elle due à un fait de hasard ou il a profité d'un événement particulier pour s'y implanter ?

Il y a un peu de hasard et puis après il a fait son chemin d'abord en reprenant un groupe qu'on connaît plus en France mais qui a été très important à un moment, qui était un groupe colonial qui avait développé des plantations aussi bien en Asie qu'en Afrique. Et c'était une richesse cachée, elle aussi, dont il a réussi par des manœuvres que je vous épargnerais parce que c'est très long et très compliqué, à s'emparer et c'était un groupe qui pesait plus de 25 milliards d'euros à l'époque quand il l'a repris. Et il a vendu toutes les activités en Asie où manifestement il ne se sentait pas à l'aise et il a développé les activités en Afrique.

Et quels sont les liens entre Vincent Bolloré et les pouvoirs politiques dans les pays où l'homme d'affaire possède des sociétés ?

Forcément très puissants parce qu'imaginez que vous êtes au Cameroun ou au Gabon ou en Côte-d'Ivoire et que vous avez d'abord les principales importations portuaires, il faut savoir que grosso modo 80% du PIB de Côte-d'Ivoire passe par le port, à la fois en importation et en exportation, donc quand vous contrôlez le port, vous contrôlez une grosse partie des finances de l'Etat.

C'est pareil pour le Cameroun, où il exploite le chemin de fer. Il ne s'intéresse pas tellement pour y transporter des voyageurs, il s'intéresse surtout à transporter les matériels nécessaires à l'exploitation du pétrole et des mines. Donc c'est assez vital pour le Cameroun ou pour le Gabon d'avoir tous ces contrôles de ressources minières et pétrolières. Il a à chaque fois des verrous assez importants dans les économies de chaque pays ce qui fait qu'il n'y a pas grand-chose qui peut se faire sans lui, mine de rien.

Ce qui lui ouvre les portes des dirigeants dans ces pays là ?

Totalement puisque de toute façon comme avant c'était des infrastructures d'Etat et que sous la pression du FMI dans les années 1990 on a privatisé largement toutes ces infrastructures, il s'est introduit dans tous les processus de privatisation, il a mis la main sur tous les dispositifs clés dont les flux logistiques et donc financiers des pays.

Est-ce qu'on peut le considérer comme une pièce importante dans le dispositif de ce que certains milieux appellent la Françafrique’ ?

Oui, je pense même si c'est pas la Françafrique telle qu'on l'imaginait avant. C'est pas Elf si vous voulez, mais il est dans le nouveau dispositif Françafrique oui. Je pense qu'il est difficile de s'opposer à lui ou de lui résister. Je pense que c'est un mélange de services rendus et d'intérêts bien compris de part et d'autres.

Comment expliquer les revers que Vincent Bolloré a essuyé depuis peu dans les pays d'influence française ? Je pense au port de Dakar et de Djibouti qui lui ont échappé…

Parce que justement il y a eu un certain nombre de personnes qui se sont émues. Déjà la procédure de privation du port de Côte-d'Ivoire en 2004 a même été critiquée par la Banque mondiale parce que cela a paru un peu gros, la façon dont on lui a donné la gestion de ce port. Cela a alarmé un certain nombre de gouvernements et c'est pour cela par exemple que le gouvernement sénégalais a préféré recourir aux services de la société de Dubaï plutôt que Bolloré”

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