La publication des nouvelles statistiques de la délinquance, témoignant de résultats médiocres, a suscité des observations et des réactions.
Certains en ont profité pour constater l'augmentation de la violence subie par les policiers, le climat de tensions entre ces derniers et les habitants des quartiers, l'existence d'incidents sérieux au cours des derniers jours ou encore l'absence (quasi systématique) de mise en œuvre de la loi du 5 mars 2007 concernant la prévention de la délinquance.
D'autres se sont interrogés quant à la pertinence d'indexer des primes sur la réalisation de performances immédiates (et à court terme) ou sur la nature véritable d'une culture de résultats.
Le chef de l'Etat a, lui, décidé d'organiser sans attendre une réunion interministérielle pour recentrer la sécurité au centre de son programme politique. Brice Hortefeux, adoptant une approche managériale, a déjà fait savoir son intention de convoquer les responsables, qui ont obtenu les meilleurs et les moins bons résultats, afin qu'ils puissent « échanger leurs expériences ».
La parution de ces chiffres semble l'occasion de faire un vrai bilan
L'inflation législative, notamment pénale, est en vogue depuis maintenant quelques décennies et dans le milieu des années 1990, comme l'indique Fabien Jobard, on poursuit plus facilement les mineurs. Le gouvernement Jospin avait en effet adopté un certain nombre de mesures répressives (afin par exemple de lutter contre les incivilités) mais il avait néanmoins initié « une police de proximité ». En 2002, Nicolas Sarkozy, nommé ministre de l'Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales, met fin à cette expérience et choisit une « police de répression ».
L'arsenal juridique et l'activité judiciaire se distinguent donc de cette « stratégie » policière dont les statistiques récemment produites mesurent en définitive les résultats peu concluants. Ceux-ci étaient pourtant prévisibles. Explications à l'appui, la situation avait même été clairement annoncée.
« Il semble que l'approche répressive de la police conduise à des effets contre-productifs. Les policiers s'épuisent inutilement… Ils s'exposent à des risques importants, soit d'être victimes à l'intérieur d'un territoire peu accueillant, soit de se rendre coupables de bavures. Les jeunes fréquemment contrôlés ou suspectés viennent à développer une attitude de défiance. Bref, une police de répression provoque l'hostilité, radicalise les rapports entre jeunes, population résidente et policiers, expose ces derniers à des risques importants et les contraint à une mission ingrate. Les résidents n'en sont pas moins victimes d'actes dérangeants et ne reçoivent pas de réponse sociale satisfaisante. »
Un effet de loupe médiatique peut donner l'impression (fausse) d'une augmentation des bavures policières, mais force est de constater que depuis 2002, la fréquence et l'intensité des émeutes anti-institutionnelles augmentent. La violence monte de part et d'autre. Les policiers utilisant davantage les « Tasers », « flash-balls » et les autres armes à leur disposition, les risques de dérapage sont nécessairement plus importants.
Au-delà des statistiques qui ne reflètent que très partiellement et partialement l'activité policière (surtout à l'approche d'élections, politiques ou professionnelles), on observe également de manière significative, une opposition de plus en plus large. Ce ne sont plus uniquement « les jeunes » qui se révoltent, mais nombre de personnes témoins d'interpellations policières (gare du Nord en mars 2007, cité Bassens à Marseille il y a quelques jours….).
Le gouvernement a le choix : la démagogie ou la réforme
Soit, il décide d'afficher une nouvelle fois sa détermination d'une part, en annonçant une série de dossiers et de mesures symboliques (par exemple une nouvelle incrimination contre « les bandes », purement inutile puisque les dispositions actuelles du Code pénal ne souffrent pas d'insuffisance) et d'autre part, en adoptant une technique de management (qui en l'espèce est superficielle). Soit, il renonce aux propos démagogiques et effectue une réforme en profondeur.
Pointer du doigt les responsables qui n'ont pas obtenu les résultats escomptés, les policiers soupçonnés de bavures, les jeunes contrôlés plusieurs fois par jour et qui éprouvent du ressentiment, les habitants des quartiers qui perdent confiance dans les institutions, sans se demander si le nombre d'incidents, et de personnes mises en cause ne reflète pas un dysfonctionnement (systémique) d'une police de répression est une grave erreur.
Il existe pourtant des modèles policiers qui permettent d'allier avec succès répression et (véritable) prévention. La police de « résolution » a fait ses preuves. La police de répression, ou de « zéro tolérance », souffre, partout, des mêmes problèmes. Si le gouvernement ne réalise pas maintenant la réforme, il se verra sans doute contraint et forcé de le faire d'ici peu.





















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De PoG
Etudiant. | 10H20 | 07/09/2009 |
C'est très utopiste de croire qu'une réforme pourrait changer les choses.
De une, Sarkozy ne le fera pas.
Et de deux, les « zones sensibles » ne sont pas stupides. Ce n'est pas une petite réforme qui annihilera les dernières années de persécution policière. En plus de devoir changer le climat de méfiance déjà profondément installé dans ces zones, il va aussi falloir supprimer la méfiance policière, qui est le meilleur terreau possible a la haine de ces zones qui se sentent abandonnées.
La solution ne viendra pas de Sarkozy, c'est trop tard.
à PoG
De Ryuu
Informaticien parisien | 10H45 | 07/09/2009 |
La solution peut venir de Sarkozy. Mais elle ne donnera des résultats que plus tard.
Ce n'est pas parce qu'une politique de prévention courtoise mets des années à agir qu'il faut la rejetter pour cause d'inefficacité immédiate…
à Ryuu
De caro
délinquante avérée | 10H58 | 07/09/2009 |
j'aime beaucoup l'expression « prévention courtoise » : -))
- jeune homme, voulez-vous me présenter vos papiers, s'il vous plait ?
- s'il vous plait, voulez-vous arrêter de manifester contre la mort de votre ami qui s'est tapé la tête contre les murs ?
à PoG
De pablico
12H02 | 07/09/2009 |
ce ne sont pas les policiers qui font les chiffres de la délinquance… ce sont les délinquants..
il aura beau engueuler les policiers, la justice, les délinquants feront les chiffres qu'il voudront…
il serait plus logique d'engueuler les délinquants..
ou de s'occuper de la cause de la délinquance…
c'est là qu'on voit le gouffre qui sépare la logique de base et la politique….
il faut raisonner à l'endroit…et pas se laisser berner par la dialectique.
à pablico
De LienRag
10H23 | 09/09/2009 |
Le problème méthodologique de base, exposé depuis des années déja, est bien que si pourtant, ce sont les policiers qui font les chiffres de la délinquance…
De Marcantoines
trouveur | 10H43 | 07/09/2009 |
« Le gouvernement doit effectuer une réforme de profondeur afin de résoudre les problèmes de délinquance. »
Euh, oui…C'est à dire…Pouvez-vous préciser ?
Remettre en activité une police de proximité. Ok, mais cela ne suffira pas.
Dans l'immédiat : tolérance zéro, police de proximité, immigration choisie.
Sur le long terme : politique de l'emploi, surveillance scolaire ( études libres entre 8h et 18h), apprentissage et insertion professionnelle, croissance verte. L'ascenseur social sans discrimination.
De olivier p
face à la mer | 10H49 | 07/09/2009 |
Je suis dubitatif sur les perspectives d'une politique qui affirme sans sourciller que la répression est la meilleure des prévention. Avec la RGPP et les show médiatiques, la politique de tolérance zéro est devenue une réalité, pas seulement une dissuasion, en faisant les gros bras sur des infractions « faciles ».
La politique du chiffre, l'inflation, a atteint différents paliers depuis 2001 (oui, certains « experts » décideurs de gauche ont considéré aussi que la sécurité serait un thème de campagne, mais…). J'ai régulièrement cru que cela ne pouvait durer, que les institutions policières, judiciaires et sociales atteindraient une limite et qu'in fine la visibilité sociale de cette répression serait un garde fou. Or, je ne suis plus optimiste. La détermination gouvernementale est nette. Ils ne reconnaissent pas leurs erreurs.
Une des portes de sortie actuelle serait une sensibilisation sur le réel développement d'autres insécurités que les immigrés (qui travaillent) et les fumeurs de cannabis (rarement dangereux) ! Les cambriolages et les violences physiques sont effectivement un indicateur qui parle à tout le monde, qui est moins funky : cela demande du temps de travail et des interventions transversales, bref, une politique moins spectaculaire.
Mais là encore, les insécurités sont aujourd'hui nombreuses, la politique actuelle n'est pas rassurante. Elle joue avec la peur, mais vu le développement de certaines criminalités, il n'est pas évident que la politique de sécurité bling bling soit tenable pour ceux qui sont professionnellement en première ligne ! Ce point de vue a déjà plus de 4 ans…
De Bad Time For Human Kind
Chieur Public | 10H52 | 07/09/2009 |
En même temps, attiser les tensions c'est bon pour 2012 ! ! !
A qui profite vraiment le crime ?
à Bad Time For Human Kind
De olivier p
face à la mer | 11H01 | 07/09/2009 |
Encore faut-il que les forces de l'ordre, la justice (et ses conséquences) puissent encore assumer les effets de cette politique, ce qui est de moins en moins sûr, mais effectivement possible d'un point de vue dogmatique !
De caro
délinquante avérée | 11H07 | 07/09/2009 |
La loi de prévention de la délinquance, c'est tout un système de surveillance des populations dites « en difficulté », ce n'est pas que l'affaire de la police. Elle concerne aussi les maires, les travailleurs sociaux etc
Comment accepter cette surveillance généralisée ? En mars 2009, le Conseil National des villes a donné son avis, bien peu de maires a mis en place cette loi :
http://antidelation.lautre.net/spip.php ? article2021
Le travail d'explication doit continuer pour que cette loi liberticide ne soit pas appliquée
De sarkophage_xyz
12H07 | 07/09/2009 |
Hahhh, des statistiques ! …
« Certains en ont profité pour constater l'augmentation de la violence subie par les policiers… »
C'est le nombre d'agressions sur tonfa à coup de cranes qui a augmenté ?
Parceque curieusement, il semble que toute les agressions policières (bien de policiers agressant le vulgum pecus, mais ne généralisons pas, ça ne fait pas de tous les policiers des agresseurs) donnent lieu à une plainte (reçue et instruite) de la par du (des) policier contre le plaignant (plainte peu reçue et peu instruite).
Mais bon, on retrouve dans cet article une bonne partie de la dialectique sarkosciste :
*incivilité (comme si la racaille au pouvoir en était exempte),
*anti-institutionnelle (républicaine ou féodales ces institutions ? )
« l'impression (fausse) d'une augmentation des bavures policières »
si on compare 2009 à 2008, sans doute, mais si on compare l'ère Pasqua-Sarko au reste de l'histoire de la Veme, on reste dans « une bonne moyenne ».
Donc d'une part il ne sert à rien de se placer sur son terrain pour le combatre, d'autre part, et son action autant que ses paroles à chaud montrent bien qui il est et que la seule choses qu'il puisse comprendre est la force et que c'est la méthode à employer pour se débarasser de ce fléau.
Une opposition forte et pied à pied, révéler l'inconsistance de ses propos et la nuisance de ses actions plutot que de vaguement évaluer ce qu'il pourrait y avoir de bon ou de mauvais dans son jeu médiatique, voila ce qui serait utile.
De julien PIEDNOIR (auteur)
Dr. en droit et Ph. D. en criminolo... | 10H29 | 08/09/2009 |
Au-delà des aversions ou des affections politiciennes, des idées préconçues, une lecture rigoureuse permet d'éviter des contre-sens, toujours nuisibles à un débat constructif et serein, réel enjeu de ces échanges. Nous payons d'ailleurs, notamment en matière de sécurité, le prix d'une simplification des débats. De la même manière, s'attaquer exclusivement aux décideurs publics, c'est omettre la part de réflexion, voire de responsabilité qui revient à chacun (dans des proportions différentes certes). Peu importe donc l'orientation politique des propos(itions), seule une analyse sérieuse permet d'envisager une action efficace. Il ne faut donc pas confondre le terrain, et les armes utilisées.
J'aimerais également préciser qu'il faut distinguer la délinquance et les chiffres (V. not. http://www.rue89.com/2009/08/28/en-hausse-les-violences-en-france-cest-f…). Ce sont donc bien « les policiers [et les services de gendarmerie] qui font les chiffres » (du moins ceux commentés). On observe une variation de la différence (notamment à l'approche d'élections) entre le chiffre constaté et le chiffre estimé réel de la délinquance. Bref, l'erreur n'est pas constante. Pour certaines infractions, le taux d'élucidation dépasse 100 % (par exemple : un carnet de chèques volé=1 infraction enregistrée ; le chéquier retrouvé avec X chèques= X infractions élucidées). (V. not. C. Mouhanna, J-H. Matelly, Police : des chiffres et des doutes, Michalon, Paris, 2007).
Enfin, un délinquant est (selon la société) celui qui transgresse la loi pénale, à un moment donné. Entendons-nous bien sur le fait qu'il ne s'agit donc pas que des « jeunes de quartiers », mais de toute personne qui commet une infraction (par exemple routière), ou de tout agent des forces de l'ordre qui serait reconnu coupable d'une infraction.
La réponse à la question d'« une réforme en profondeur » est en cours d'élaboration.
Bonne jourrnée et bonne chance
De Aitor
ekintzari iraultzaile | 11H25 | 09/09/2009 |
« Certains en ont profité pour constater l'augmentation de la violence subie par les policiers »
C'est le monde à l'envers
De beuhrète
parent désenfanté par l'irresponsab... | 18H28 | 09/09/2009 |
Toutes ces dérives sont inquiétantes. Car ce qu'on construit, lorsqu'on enferme une partie de la jeunesse dans des dispositifs policiers et juridiques d'exception, et lorsqu'on parle de sauvageons, de karchérisation, incapables d'entendre raison et ignorant toute idée de loi, ou lorsqu'on parle d'individus décivilisés, comparables à des loups, c'est une nouvelle figure du « sous-homme ».
http://life-in-the-dead.over-blog.com/article-28316450.html