Décryptage

La main tendue de Bayrou à la gauche est petit bras

François Bayrou en 2007 à Rouen (Benoît Tessier/Reuters)

Après l'appel à une alliance démocrate, sociale et écologique autour notamment de Vincent Peillon, Marielle de Sarnez et Daniel Cohn-Bendit fin août à Marseille, François Bayrou a clos dimanche l'université d'été du MoDem en lançant à son tour une « offre publique de dialogue sans aucune condition et sans aucune exclusive » à tous les opposants à Nicolas Sarkozy.

Si cette alliance dite également des « progressistes » agite depuis plusieurs semaines les relations entre et à l'intérieur des partis d'opposition, elle se borne pour l'heure à des déclarations d'intention qui n'ont que peu de chances d'être mises en œuvre. Passage en revue des étapes à venir, qui révèlent un statu quo quasi inéluctable.

1Les régionales

Premier rendez-vous à intervenir : les élections régionales de mars 2010. Chacun des trois partis à déjà prévenu qu'il partirait seul au premier tour. Comme lors des précédentes élections. Mais pour ne pas fermer prestement la porte à un futur ralliement, Martine Aubry a posé une première question à François Bayrou samedi sur RTL :

« Va-t-il appeler non seulement à faire battre l'UMP, mais aussi à voter avec la gauche pour poursuivre le travail des régions ? »

La réponse du président du MoDem dimanche est loin des exigences de la première secrétaire du PS. Il a exclu « toute initiative locale pour imposer une stratégie unique et coordonnée ». On recommencerait donc sur les mêmes bases qu'aux dernières municipales.

2Un programme commun

Martine Aubry l'a rappelé encore samedi : avant de parler alliances, il faut déjà voir si l'on peut bâtir un programme en commun. Et de poser une seconde question : « Je demande à François Bayrou d'être clair, l'antisarkozysme ne fait pas un projet politique. »

Sans parler davantage que la première secrétaire du PS des points de convergences ou de divergences, le président du MoDem lui a fait savoir qu'il n'avait que très peu goûté ces injonctions de clarification :

« Je n'ai aucune preuve à faire, vous n'êtes pas chargée de contrôler les papiers, de faire rentrer tout le monde dans le rang. Il n'y a pas de surveillante générale. »

Et quand on se remémore qu'il y a deux semaines à peine Daniel Cohn-Bendit affirmait sur Rue89 « ne pas comprendre » Martine Aubry, ou que le même leader écologiste était accusé par le chef de parti centriste de défendre la pédophilie durant la campagne des européennes, on se dit que si ces trois-là parviennent à s'assoir autour d'une même table, ce sera déjà un tour de force.

3La présidentielle

Au-delà d'un programme commun, la question d'une candidature unique au premier tour est également à exclure. Les Verts sont divisés sur les primaires, Martine Aubry les a acceptées mais parle de la désignation « d'un candidat du Parti socialiste » et pour François Bayrou « le premier tour d'une grande élection » sert à trancher les divergences.

De toute façon, Francois Bayrou ne pense qu'à ça, le Parti socialiste n'imagine pas ne pas avoir de représentant et les Verts ne peuvent pas louper la mère des élections qui permet même aux petits candidats d'exister médiatiquement.

Et au second tour ? Comme lors des précédentes présidentielles Verts et PS devraient voir leur électorat se rejoindre. Quant à François Bayrou, qui avait refusé de soutenir Ségolène Royal en 2007, il changera peut-être de position en 2012 s'il arrive en troisième position derrière un autre candidat de l'opposition.

Mais il ne devra pas le clamer trop fort s'il souhaite récupérer tous ses électeurs : en 2007, 40% d'entre eux avaient voté au second tour pour Nicolas Sarkozy (contre 40% pour Ségolène Royal et 20% qui s'étaient abstenus ou avaient voté blanc ou nul), selon une étude de la TNS Sofres.

4Au Parlement

Enfin, tout au long de l'année, les différences demeurent visibles entre le MoDem et le reste des partis d'opposition, si l'on peut parler d'opposition pour les centristes au Parlement. Les trois députés MoDem -dont François Bayrou- revendiquent leur indépendance et votent tantôt avec la gauche tantôt avec la droite.

Mais c'est au Sénat que les centristes penchent encore le plus à droite. Sénateurs du Nouveau centre et de l'UDF-MoDem (cette dénomination demeure pour des raisons de financement des partis politiques) font d'ailleurs partie du même groupe, « Union centriste ».

Porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon s'est montré en définitive plus que dubitatif sur le changement de cap allégué de François Bayrou, ce lundi sur Canal + :

« Il nous propose un dialogue, avec des listes autonomes [aux régionales], avec une candidature à la présidentielle et avec la volonté de ne pas s'aligner ni de se rallier… »

Photo : François Bayrou en 2007 à Rouen (Benoît Tessier/Reuters).

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 17H07 | 07/09/2009 | Permalien

Donc si on retire les effets d'annonce éphémère et les digressions médiatico-politicienne qui restent sans conséquences, il nous reste un magnifique « tout pareil qu'avant ». Quelle surprise…

La politique est comme l'Okavango, elle débouche sur le désert…

Portrait de ecor1

De ecor1

sur le fil | 17H17 | 07/09/2009 | Permalien

Le PS n'a rigoureusement rien à gagner dans une alliance avec le MoDem. J'y vois juste une occasion de lui faire perdre une part de son électorat naturel, rebutée par Bayrou qui est, soit dit en passant, un type de droite. De plus le report des voies du MoDem sur le candidat du PS au deuxième tour est très hypothetique, d'autant qu'on est pas sur du tout que Bayrou fasse a nouveau un score de 19 %, il n'y a qu'a voir son fabuleux résultat aux européennes et aux municipales (une sacrée tanée jusque dans sa ville).
Bref ce n'est pas parce que il a fait une fois un résultat honorable à une présidentielle, qu'il faille tout sacrifier pour s'allier avec lui, son parti se fait siphoner par l'UMP, plus un seul poids lourd de l'UDF n'est resté avec lui, c'est tout dire. Je ne crois pas qu'il soit judicieux de s'allier à un parti qui prend sérieusement l'eau.

Par contre faire une alliance avec les verts et proposer un projet de gouvernement avec eux me parait beaucoup plus séduisant.

Portrait de cunégonde

De cunégonde

17H47 | 07/09/2009 | Permalien

Bayrou, je ne l'ai jamais cru quand il se disait, lui et son parti, au centre. Le centre en politique, c'est comme l'objectivité, ça n'existe pas. Bayrou et le Modem sont de droite, de droite modérée si l'on veut.
Bayrou n'est donc pas un idéologue absolu comme Sarkozy, il n'a pas un passé dans des groupuscules d'extrême droite comme certains conseillers de ce même président, mais il est de droite.

Sur l'immigration notament, le programme du Modem aux européennes était proche de celui de l'UMP et d'autres partis de la droite européenne. droite droite, dure

En revanche, sur d'autres aspects, comme la dignité, le respect de la démocratie, des électeurs, Bayrou est mieux que Sarko et ressemble plutôt à Chirac, le Chirac de la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la Shoah, du non à la guerre en Irak, etc. c'est là qu'il y a modération

Bref, je ne voterai Modem que dans l'ignominieuse, la catastrophique et impensable possibilité ou le PS n'atteigne pas le second tour en 2012. Le duel Sarkozy-Bayrou, ce serait aussi terrible que Chirac-Le Pen en 2002…

Modem, Bayrou = droite modérée

Donc, pour moi, une alliance PS-Modem, c'est par essence contradictoire. C'est un chiasme (comme « cette obscure clarté… »).

En revanche, une alliance PS-Verts, ça semble évident et ça devrait l'être en effet si les égos des ténors des deux partis ne compliquaient pas la chose. Déjà que l'alliance PS-PS n'est pas gagnée…

Portrait de Pictulo

De Pictulo

17H42 | 07/09/2009 | Permalien

Elle est mignonne, tante Martine, avec sa formule « l'antisarkozysme, c'est pas un programme ». On voit bien qu'elle ne se la cogne pas au quotidien, la France sarkozyste, dans son bureau lillois. Les contrôles musclés au faciès, elle ne doit pas les endurer tous les jours. Les enseignants licenciés à la pelle, les usines qui ferment et
la dette publique que tous les français et leurs enfants auront à rembourser, ça n'a pas l'air de la travailler plus que ça.
Elle a peut-être raison sur le fond mais pour les français qui bouffent du Sarko du matin au soir à la radio, dans la presse et à la télé jusqu'à la nausée, on aimerait bien être sûrs que le fiasco socialiste ne se reproduira pas. Alors Bayrou, Cohn-Bendit, Aubry, Royal, Peillon, De Sarnez, on s'en tape, de toute façon c'est tous les mêmes.
Tout ce qu'on veut c'est qu'ils le foutent dehors. Et qu'on en parle plus.

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