« Que Dieu nous protège » : témoignages gabonais à Rue89
Le message désespéré est arrivé de la part d'un Riverain de Rue89 au Gabon : « On ne voulait pas en arriver là, mais le pays est en train de glisser vers un chaos ingérable. Que dieu nous protège ! » Au même moment, une vidéo déposée sur YouTube fournit les images, tournées à Port Gentil, la capitale économique du Gabon, d'un homme à terre dans une flaque de sang, présenté comme le « premier mort » de l'ère Bongo, Ali Bongo s'entend. (Voir la vidéo)
Notre lecteur gabonais, qui souhaite garder l'anonymat pour des raisons évidentes de sécurité, raconte les réactions hostiles d'une grande partie de la population à la proclamation de l'élection du fils de l'ancien président, et poursuit :
« Tous le monde jure d'en découdre avec la famille Bongo et le système qui le soutient. Les cibles visées dans les attaques sont dans un premier temps les interêts des Français, car ils savent que [l'avocat franco-libanais et conseiller officieux de Nicolas Sarkozy, ndlr] Robert Bourgi est le chef d'orchestre de ce qui se passe au Gabon. Dans une deuxième phase, si rien ne change, les attaques viseront des personnes physiques, a savoir les Français du Gabon et les ressortissants de l'ethnie téké [celle du clan Bongo, ndlr] ».
Ce témoignage de l'état d'esprit d'une partie de la population est peut-être minoritaire, exprimé sous le coup de l'émotion au lendemain d'un processus électoral tendu, confus et qui s'achève sur une succession dynastique cautionnée par la France, omniprésente dans cet « émirat » pétrolier d'Afrique centrale ; Il est néanmoins porteur de menaces pour l'avenir de ce pays, et de l'incapacité d'Ali Bongo et du clan familial à assurer une transition apaisée et transparente au long règne du père du nouveau chef de l'Etat.
Un autre témoignage, qui nous est parvenu cette fois de Port Gentil, affirme que le commissariat du deuxième arrondissement a été attaqué et que des armes y ont été volés par les manifestants hostiles au pouvoir. C'est à Port Gentil que se sont déroulés les incidents les plus violents, contre le consulat de France désormais protégé par des paras français, et contre les installations de Total, symbole le plus puissant de l'ancienne puissance coloniale et de ses liens avec le clan Bongo. Deux manifestants ont trouvé la mort dans ces incidents violents, rapportait vendredi l'AFP.
Le couvre feu était de nouveau en vigueur vendredi soir à Port Gentil, afin d'éviter la répétition de ces incidents. Un ressortissant français nous écrit pour sa part pour nous assurer que la sécurité des Français n'est pas en danger, et qu'ils se sentent même en profond décalage par rapport aux informations diffusées en France.
Alors qu'officiellement le calme revient progressivement dans le pays, il est clair toutefois qu'Ali Bongo démarre son « règne » sous les plus mauvais auspices : ses 41% officiels sont contestés par l'opposition (voir les déclarations de son principal rival, André Mba Obame, à VoxAfrica, ci-dessous), et parraissent bien maigres pour lui assurer la légitimité suffisante. Les blessures de cette succession ratée seront difficiles, voire impossibles à surmonter, et le nouveau président, tout comme la population, doivent s'attendre à des jours difficiles. (Voir la vidéo)
Sans illusions, un cadre gabonais à Libreville nous écrit qu'il ne fallait pas s'attendre à autre chose :
« Accepter de venir à la télévision dire que mon adversaire a gagné et qu'on doit quitter le pouvoir pour lui céder la place pour aller dans l'opposition est une idée impensable pour nous encore. C'est comme dire à un parrain sicilien de céder sa place à son rival... c'est même inimaginable, sauf quand l'un tue l'autre. »
Cet homme, qui demande lui aussi que son nom n'apparaisse pas « pour des raisons de sécurité » confie également son amertume vis à vis de la France -le nom de Robert Bourgi revient là encore comme un symbole d'une Françafrique inoxydable- qui n'a pas su convaincre de sa « neutralité » officielle.
Notre Riverain s'en prend au ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui déclarait vendredi que la France accepterait le résultat des élections, et qu'elle n'avait soutenu « aucun candidat » dans ce scrutin. Faisant allusion aux missions de consulting de Bernard Kouchner, grassement payées par Omar Bongo avant l'arrivée de l'ex-« French Doctor » au Quai d'Orsay, il ajoute :
« Demander l'avis de Kouchner, ça fait rigoler tous les Gabonais, son cabinet a des marchés au Gabon, il ne va pas tirer sur la main qui lui donne à manger. »
Les prochains jours seront déterminants pour le Gabon, mais aussi pour la présence, l'image et l'influence de la France dans ce pays où elle a occupé une place centrale depuis un demi-siècle.
- 58361 visites
- 77 réactions
















7
Pub israélienne : Le Mossad fait exploser une centrale nucléaire en Iran 







Auteur(e) de l'article Cofondateur
éditeur
Cofondateur
C'est une mauvaise interprétation : ce que je voulais dire, sans doute maladroitement, c'est que le pouvoir gabonais a voulu donner l'illusion d'une transition institutionnelle respectant des règles démocratiques, avec président par interim, élection pluraliste, observateurs étrangers... Pour terminer avec cette situation et une absence de crédibilité totale.




Partager