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L'Imprimerie nationale, les billets de Saddam et les intermédiaires

Une entreprise publique au cœur d'un système de corruption internationale comme l'avance Le Parisien ? Dans les années 2000 ? En contradiction totale avec la convention de l'OCDE ratifiée par la France ? L'enquête judiciaire ouverte en 2008 sur l'Imprimerie nationale par le parquet de Paris met en lumière les pratiques habituelles du business dans les pays « exotiques ».

C'est La Lettre A qui a publié les bonnes feuilles du rapport de KPMG. Un audit de mars 2008 qui met en évidence, au sein de l'Imprimerie nationale, un système de corruption sur des marchés internationaux. Irak, Roumanie, Sénégal, Géorgie… Les commissions versées à des intermédiaires, explique le rapport, sont habituelles :

« D'après une note interne (dont nous n'avons pas obtenu de copie), il serait admis de verser une rémunération à un agent dès lors qu'elle ne dépasse pas 10% à 12%. »

Parfois, le taux de commission, calculé sur la base du chiffre d'affaires encaissé, est bien supérieur à cette limite : 23% pour un marché sur la Géorgie, 20% pour un autre avec le Sénégal.

Qui décide quoi en matière de commissions ?

Problème : personne, dans la direction de l'entreprise publique, ne semble vraiment savoir qui décide du versement de ces commissions et selon quelle procédure :

« Le président de l'Imprimerie nationale et le directeur financier nous ont indiqué qu'aucune procédure n'était en place permettant de contrôler la réalité des prestations immatérielles rendues par les agents ni la cohérence des montants versés en regard de ces prestations. »

Un ancien cadre de la société a affirmé à Rue89 que ce genre de décision ne pouvait être pris que par le « responsable de l'entreprise » :

« Dans des pays dits “exotiques”, il est difficile d'être compétitif par rapport à des concurrents qui n'hésitent pas à pratiquer ce genre de choses. Cela dit, M. de la Cochetière [PDG de 2003 à 2009, ndlr] est d'une extrême droiture, très “service public”. Je ne crois pas qu'il soit directement impliqué dans cette affaire. »

Irak, un étrange imbroglio

L'audit de KPMG s'attarde longuement sur les errements du projet Snow. De 1999 au renversement du régime de Saddam Hussein en 2003, l'Imprimerie nationale va tenter de fourguer aux Irakiens une usine clé en main de fabrication de billets de banque. Avec l'arrivée de l'euro, ce matériel est alors obsolète.

Saqqarah International, filiale « export » du groupe, est chargée de mener les négociations avec le régime. A sa tête, Pierre Delval, un policier expert des faux documents qui s'est reconverti dans l'ingénierie fiduciaire.

L'homme passe des semaines à Bagdad pour approcher les « décideurs » proches du Raïs. L'un d'eux -Michaël Nasri- est un ami d'enfance d'Ouddaï Hussein, le fils aîné. Coût du contact : 200 000 euros.

La « commission » a suivi un chemin complexe transitant par le Luxembourg et les Iles Vierges britanniques pour terminer sur des comptes bancaires au Liban, ceux de Michaël Nasri. Logique, commente Pierre Delval :

« Vous ne contrôlez pas ce que les gens font de ce type de commission, c'est ça le truc. »

Effectivement, car à partir de 2000, la convention anticorruption de l'OCDE interdit le versement de commissions aux « agents publics étrangers ». Or, Nasri n'est pas un « agent public ».

Un émissaire de Jacques Chirac pour éviter la guerre

Mieux : le rapport de KPMG suggère que Pierre Delval aurait joué un autre rôle en Irak. Plusieurs titres de la presse arabe l'ont évoqué en 2002.

Devenu spécialiste de la contrefaçon industrielle et fin connaisseur des cercles du pouvoir irakien, Delval aurait reçu pour mission de l'Elysée de faire passer un certain nombre de messages à Saddam Hussein. Sur le mode : réformez le régime, sinon vous allez être renversé par les Américains. S'il ne rentre pas dans les détails, l'émissaire confirme son rôle :

« J'avais des missions gouvernementales qui avaient pour but de transmettre des messages. Pour le reste, tout le projet Snow s'est déroulé sous le contrôle des douanes françaises et de l'ONU dans le cadre du programme “Pétrole contre nourriture”. »

Finalement, ce projet à 165 millions de dollars ne se fera pas, pour cause d'invasion américaine.

5 millions d'euros de pertes sur huit ans

Idem au Soudan, où selon les auditeurs de KPMG, un million d'euros part en fumée. D'autres commissions s'évaporent en Géorgie, en Roumanie, en Syrie… A chaque fois sur des marchés publics. De 1997 à 2005, Saqqarah International cumule plus de 5 millions d'euros de pertes, nettoyées en 2006 par la maison mère.

Plusieurs intermédiaires -dont le fondateur de la revue Politique Internationale, Patrick Wajsman, soupçonné dans le contrat géorgien- sont désormais dans le colimateur de Françoise Desset. La juge du pôle financier ne les a pas encore interrogés, il lui faut d'abord décortiquer l'écheveau financier mis en place par l'ancienne direction.

L'actionnaire de référence (l'Etat) n'a pas attendu les résultats de l'enquête : Loïc Lenoir de la Cochetière a été brutalement débarqué de son poste en juin dernier. Sans explication.

9 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Phil2922

De Phil2922

Retraite invalidité | 09H17 | 04/09/2009 | Permalien

En parlant de « pays exotiques », j'ai entendu ce matin à la radio que les îles Caïman se déclaraient en faillitte. Il faudrait mettre Loïc Lenoir de la Cochetière sur l'affaire, sinon où on va pouvoir aller en vacances cet hiver… ? !

http://phil195829.overblog.com

Portrait de Chamaco

De Chamaco

Dans l'ombre | 09H22 | 04/09/2009 | Permalien

et il faudra bien un jour que l'on tire au clair la vente et le rachat de l'immeuble de l'Imprimerie Nationale, rue de la Convention…

Ce bâtiment, propriété de l'Imprimerie nationale, société détenue à 100 % par l'État, a été vendu en 2003 au groupe Carlyle pour 85 millions d'euros (hors taxe).

Puis, Carlyle l'a cédé mi-2007 à l'État qui veut y regrouper les services des Affaires étrangères pour la bagatelle de 325 millions d'euros (hors taxe)… Empochant au passage une plus-value brute de 240 millions en quatre ans.

l'histoire ne dit pas si les travaux incluaient la pose de mouchards.

Mais on connait les liens de certains politiques avec le groupe Carlyle, ça devrait suffire pour une enquête approfondie.

Portrait de jmax

à Chamaco Portrait de Chamaco De jmax

09H50 | 04/09/2009 | Permalien

Une belle plus-value, qui plus est non imposable, car la négociation a été conclue avant la création d'une taxe frappant la société luxembourgeoise qui gère l'immeuble : -(

Portrait de Liger

De Liger

liger.amsud.net | 09H45 | 04/09/2009 | Permalien

« Je ne crois pas qu'il [M. de la Cochetière] soit directement impliqué dans cette affaire. »
Un PDG est impliqué dans toutes les affaires qui concernent son entreprise, non ?
S'il veut jouer à Colin-Maillard dans la gestion commerciale de ses affaires, il en porte la responsabilité.

Portrait de richy

De richy

10H47 | 04/09/2009 | Permalien

affaire des vedettes de Taiwan,affaire des sous marins pakistanais,retrocomissions on n'arrete pas de payer des dessous de table, dans le btp, c'est pareil mais en interne, quand et comment les Français vont ils :
1/ prendre conscience que les dirigeants politiques et privés ne respectent que rarement les lois
2/ faire en sorte que les sanctions soient a la hauteur des délits commis

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 11H30 | 04/09/2009 | Permalien

Finalement, ce projet à 165 millions de dollars ne se fera pas, pour cause d'invasion américaine.
Salauds de Ricains ! La voilà la raison ultime qui prouve que cette guerre n'était pas une bonne idée : D

Enfin le jour où je serai surpris sera celui où du biz entre états ne s'accompagnera pas de grosses commissions…

Portrait de tweesty

De tweesty

Apeupriste radical | 13H51 | 04/09/2009 | Permalien

Et pendant ce temps, le type qui fait sécher des faux billets dans son grenier risque de prendre perpet'…
Ce monde est devenu celui de la compromission et des réseaux. Je commence à penser que les gens de la camorra ne font que leur travail…

Portrait de SuperAlAmAs

De SuperAlAmAs

homo sapiens sapiens qui sait qu'il... | 00H53 | 06/09/2009 | Permalien

5 millions d'euros de pertes sur huit ans

C'est pas beaucoup, on peut en gagner plus chaque semaines à l'euromillion, suffit de distribuer des billets gagnant au tiers monde, plutôt que des sacs de riz…

Portrait de clausius

De clausius

12H27 | 06/09/2009 | Permalien

Ce genre d'article est tout mignon tellement il est naïf (comme certaines réactions d'ailleurs).
N'importe quelle entreprise de n'importe quel pays du monde, pour pouvoir gagner un marché à l'étranger auprès d'organismes publics ou d'entreprises clientes, doit verser un pot de vin dans 99% des cas.
L'imprimerie nationale comme toutes les entreprises françaises exportatrices ne peuvent éviter d'y passer.
Ou si, elles le peuvent, mais dans ce cas leur chance de survie sera de l'ordre de 6 mois, et les entreprises compétitrices allemandes, brittaniques, japonaises ou américaines nous remercieront de faire place nette pour eux.
Faut savoir ce qu'on veut.

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