
Le Grand Orient de France (GODF), qui tient son convent, grande assemblée annuelle, jusqu'à samedi, s'est prononcé ce vendredi à 56% contre l'initiation de femmes par ses loges. En France, les obédiences les plus célèbres sont non-mixtes.
Au Grand Orient de France et à la Grande loge féminine de France (GLFF), l'initiation (« passer sous le bandeau ») est réservée respectivement aux hommes et aux femmes. Même si, une fois initiés, les uns et les autres travaillent ensemble dans leurs loges, sur invitation.
Dans les faits, seule une minorité de loges refuse la mixité (environ 10% dans chacune des obédiences) dans le cadre de séances de travail. Mais l'initiation de plein droit restait un sujet hautement conflictuel. Ainsi, au GODF, il y a quatorze mois, la justice maçonnique avait carrément suspendu les loges qui avaient bravé la règle pour procéder à des initiations sauvages de sœurs.
Quelques heures avant le vote sur la mixité du GODF, qui avait lieu à huis clos à Lyon, Rue89 a posé les mêmes questions à Pierre Lambicchi, grand maître du GODF reconduit massivement jeudi, et à Yvette Nicolas, grande maîtresse de la Grande loge féminine de France -qui tiendra convent à son tour la semaine prochaine, pour désigner notamment la prochaine grande maîtresse.

Hommes/femmes : y-a-t-il deux maçonneries différentes ?
Pour Yvette Nicolas, il n'y a pas de différences fondamentales, en dehors de celles liées aux rites utilisés (tous les rites pour le GODF, cinq à la GLFF). (Ecouter le son)
Pierre Lambicchi, lui, fait davantage cas du genre, même si « le combat reste le même » :
« Il n'y a pas deux maçonneries, nous sommes maçons de la même manière. Mais nous le sommes avec les spécificités liées à notre sexe, et donc des différences d'approche. Vous savez, être un homme et une femme, ce n'est pas la même chose. Ce qui est différent en maçonnerie, c'est ce qui est différent dehors. Nous réagissons forcément en fonction de notre sexe. »
Pourquoi autant de résistance à la mixité ?
Pour Yvette Nicolas, les freins sont historiques : la GLFF n'a gagné son autonomie qu'en 1945, sous le nom d'Union maçonnique féminine. (Ecouter le son)
« On a déjà un travail en mixité, mais on a beaucoup de retard à rattraper… A la GLFF, nous avons un protocole de double appartenance avec le Droit Humain. L'initiation, c'est autre chose… »
Voilà ce qu'en disait pour sa part Pierre Lambicchi avant le vote de vendredi :
« Ce n'est pas de la résistance. Le GODF accepte les femmes en son sein pour travailler depuis 1974, même si elles ne sont pas membres. Ceux qui sont contre arguent qu'il existe déjà des obédiences en France leur permettant d'être maçonnes. Si elles veulent rejoindre le Grand Orient, c'est pour son aura ou pour son prestige. Le refus est d'ordre administratif, mais ce n'est pas du sexisme. »
Dans votre obédience, qui est favorable à la mixité ?
« Personne, tranche Yvette Nicolas, ce n'est pas une question pour les sœurs. » En fait, les 12 000 membres de la GLFF appartiennent à cette obédience justement parce qu'elle n'initie que des femmes. Par ailleurs, elle est aussi réputée pour la qualité de ses travaux et le strict respect de son rituel. (Ecouter le son)
Pierre Lambicchi, de son côté, ne nie pas les revendications d'ouverture qui ont pris du lest depuis un an et demi dans certaines loges. Mais, pour le Grand maître, à la tête de 47 000 membres, elles n'émanent que « de ceux et celles qui veulent faire bénéficier les femmes de notre aura ».
Avant le vote, il ne se positionnait pas franchement pour l'ouverture (contrairement à son prédécesseur, Jean-Michel Quillardet, chaud partisan du changement) :
« Ceux qui refusent ne sont pas réactionnaires ou rétrogrades pour autant. Tous les soirs, nous bénéficions de l'apport de la féminité dans nos travaux en invitant des femmes. Et nous continuons à prendre position en faveur de l'émancipation féminine comme nous l'avons toujours fait. C'est un simple problème reglementaire. »
Chloé Leprince et David Servenay
Photo : des franc-maçons d'une loge bordelaise (Regis Duvignau/Reuters).





















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De Interactions
Retraitée | 16H20 | 04/09/2009 |
L'obédience du « Droit Humain » est mixte. Les francs maçons s'y réunissent pour travailler en mixité depuis 1893 !
Pour eux il y a longtemps que ce débat est obsolète.
http://www.droithumain-france.org/
De Zoltic
18H10 | 04/09/2009 |
Que la franc-maçonnerie ne cède pas à la mode du politiquement correct ne me choque pas. Après tout, si des hommes ont envie de se retrouver exclusivement entre hommes, que ce soit dans une loge, un club de golf ou un sauna, n'est-ce pas leur droit le plus strict ? Idem pour des femmes.
Ce sont officiellement des associations loi de 1901 qui, tant qu'elles respectent les lois de la République, n'ont de compte à rendre qu'à leur seuls membres. La critique du public sur des « institutions vermoulues » est totalement décalée. Ce ne sont pas des institutions et elles n'ont aucun devoir d'évolution tant que leurs membres n'en n'ont pas le souhait. Elles n'ont que faire de l'avis du public qui devrait également n'avoir que faire de la vie interne des obédiences.
Sur le fond, la justification à la non-mixité est surtout d'éviter les jeux de séduction donc d'éviter le paraître ou le faux. Les frères doivent se montrer en loge tels qu'ils sont et non tels qu'ils veulent paraître.
De Mamz
Etudiante | 19H36 | 04/09/2009 |
« Vous savez, être un homme et une femme, ce n'est pas la même chose. Ce qui est différent en maçonnerie, c'est ce qui est différent dehors. Nous réagissons forcément en fonction de notre sexe. »
Justement, il m'a toujours paru plus constructif lorsque les deux « genre » travaillent ensemble. Après il existe des loges mixtes donc autant se tourner vers elles lorsque l'on cherche la mixité bien sur. Mais c'est vrai que c'est assez dommage de s'entêter comme ça sans arguments vraiment valables ce qui pourrait éventuellement passer pour de la misogynie…
De clomani14
Paris | 09H00 | 05/09/2009 |
Ex de la GLFF, je peux dire que j'ai assisté à une initiation au GODF… à une Loge spéciale. Cette Loge fait intervenir une femme à un moment donné du rituel d'initiation, elle apporte « la lumière » à l'initié. Donc les femmes y sont admises. Et je trouve ça fort juste car tous, nous sortons d'un vagin, hommes et femmes.
Pour les travaux, les hommes sont reçus dans certaines loges de la GLFF, et les femmes chez les Frères du G.O.
Quant au souhait des uns et des autres de ne pas devenir mixtes, pas la peine d'invoquer des questions « sexuelles » aux initiations… la Franc-Maçonnerie est une société humaine, elle a les mêmes défauts et qualités de la société dans laquelle elle vit. Elle comprend donc certains membres qui rejettent l'homosexualité, d'autres qui vont en Loge pour trouver l'âme soeur, d'autres qui y vont pour travailler et s'élever, s'ouvrir à un autre monde. Et souvent ce qui remonte de la base (des Loges) est déformé par le Grand Collège (les hautes isntances). C'est d'ailleurs parce qu'on avait pris la parole à ma place que j'ai démissionné. L'abus de pouvoir, il est partout.