Tribune 04/09/2009 à 13h00

Baisse de la TVA : qui posera les questions qui fâchent ?

Xavier Denamur | Restaurateur

Alors que la baisse de la TVA est un fiasco social, économique et politique, le gouvernement continue d'affirmer partout qu'on est sur la bonne voie. Or cette « opération », comme la qualifie Madame Lagarde, est scandaleuse.

Pourquoi quasiment personne ne hausse le ton ? La peur de perdre son boulot, sa position, son temps ? Le manque d'idées ou de crédibilité ?

Il faut bien qu'il y en ait quelques-uns qui lèvent l'étendard de la vérité. Je serai de ceux là avec peut-être des personnalités comme Didier Migaud, Jean Arthuis ou Jacques Cremer qui m'ont soutenu et ont affiché leur opposition à ce projet.

A partir d'extraits de deux lettres que je viens d'envoyer à Madame Christine Lagarde et Monsieur Xavier Bertrand, je souhaite rendre compte de la langue de bois et du mensonge ventilé par les membres du gouvernement dans cette affaire.

1

Le manque de concertation

La première erreur du gouvernement provient de l'absence d'une véritable concertation. Contrairement à ce qui fut avancé, et dans la même veine que d'autres « états généraux », ceux de la restauration n'en avaient que le nom.

Si, comme je l'avais réclamé, on y avait invité un peu plus de citoyens indépendants possédant une connaissance réelle de l'économie, nous n'en serions pas arrivés à un tel gâchis des ressources de l'Etat. Qui d'ailleurs a eu la charge d'organiser ces « états généraux » et d'en choisir les intervenants qui pouvaient ensuite « librement exprimer leurs points de vue » ?

Madame Lagarde serait-elle favorable à débattre en direct de cette « opération » avec un simple citoyen ? Ma position est clairement affichée sur mon site, cela devrait l'aider à préparer ce débat avec moi. Je lui laisse bien évidemment le choix du média. Madame Lagarde aurait-elle peur de se confronter à un point de vue différent et informé sur « cette opération » ?

2

Le coût de la campagne promotionnelle

La vaste campagne de promotion intitulée « Changement de TVA », visible dans la majorité des quotidiens et certains hebdomadaires début juillet, a-t-elle fait l'objet d'un appel d'offres et quelles entreprises y ont participé ? Quelle entreprise a réalisé cette campagne promotionnelle et pour quel tarif ?

Pas plus d'informations n'ont filtré sur la vitrophanie, l'autocollant officiel affiché à l'entrée de certains restaurants. Quelle entreprise l'a réalisée ? Pour quel tarif ? Après quel appel d'offres ?

Les agents de la DGCCRF ne pourraient-ils pas nous renseigner sur la légalité de l'affichage de cette vitrophanie à l'entrée des hôtels avec restaurant et non uniquement à l'entrée de leur restaurant ?

La présence d'un texte en anglais non traduit sur cette « vitrophanie officielle » ne pose-t-elle pas problème vis-à-vis de la loi Toubon ? Les touristes visitant notre pays et certainement peu au fait de cette « opération », ne sont-ils pas trompés par le slogan généraliste de cet autocollant censé les attirer chez les restaurateurs « exemplaires » ou dans les « complexes » hôteliers ?

3

La volonté de privilégier les « bons élèves »

Monsieur Novelli, secrétaire d'Etat au tourisme, prévenait en août que seuls les restaurateurs ayant suivi le « contrat d'avenir » pourraient bénéficier des prêts préférentiels liés au fond de modernisation de la restauration. Il était amusant d'entendre mi-août sur France Inter madame Lagarde reprendre énergiquement à son compte ces propos. Qu'en pense le Conseil d'Etat ?

Je rappelle que monsieur Novelli converti au dirigisme économique a confirmé sur France Inter avoir vérifié auprès du Conseil d'Etat alors que je maintenais qu'il ne l'avait pas fait.

4

L'envoi des bulletins d'adhésion de l'UMP aux restaurateurs

Pourquoi ne parle-t-on plus de cette affaire alors que toute la lumière n'a pas été faite sur ce qui me semble un déni de démocratie ?

Xavier Bertrand nous expliquera-t-il comment son mouvement s'est procuré le listing des restaurateurs ?

Les listings d'entreprises sont payants : si son mouvement a suivi les voix légales, qu'il produise les factures et les preuves des règlements. Dans le cas contraire, ne pouvant croire que les services de l'Etat aient pu procurer ces listes à un parti politique, je ne pourrais qu'imaginer que certains syndicats ont fourni les listes de leurs adhérents.

Bien que madame Pujol, présidente de l'UMIH, ait déclaré dans l'émission télévisuelle C dans l'air sur France 5 qu'elle ne mangeait pas de ce pain-là, il paraît indispensable de rappeler à cette occasion qu'il faut clarifier les rapports entre syndicats et partis politiques. La collusion entre certains syndicats de restaurateurs et l'UMP, si elle était avérée, renseignerait les citoyens sur la manière d'obtenir des avantages dans ce pays.

5

Le manque de contrainte

Au-delà de l'élémentaire reportage constatant qu'il n'y a pas de baisse significative des prix, que peu d'indépendants suivent la mesure ou que les chaînes sont les « bons élèves », il est clair que, de toute façon, les ingrédients pour empêcher qu'une telle opération puisse fonctionner étaient présents.

L'enquête de l'URSSAF des Bouches-du-Rhône, sortie le 1er septembre, livre un chiffre effrayant : 78% des entreprises contrôlées cet été pratiquent le travail au noir, la restauration arrivant en tête du classement. Si une majorité de restaurateurs ne respecte pas la législation sur le travail, comment pouvait-on penser qu'ils allaient respecter un contrat sans obligation ?

Il fallait au gouvernement une sacrée dose de mauvaise foi pour occulter cette évidence et une bonne campagne de propagande pour faire croire aux Français que ça allait marcher. L'enquête montre d'ailleurs que la baisse de la TVA n'a eu aucun effet sur l'embauche dans les restaurants du département.

Certains médias ont leur part de responsabilité dans ce fiasco : il faudrait aussi qu'ils en rendent compte au lieu de continuer à relayer les chiffres officiels ou témoigner de ce qui se passe sur le terrain sans livrer de véritables analyses.

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  • archestratos
    archestratos
    aubergiste
    • Posté à 14h39 le 04/09/2009
    • Internaute
      aubergiste

    Monsieur Denamur
    vous etes à la fois exasperant et pathetique dans votre volonté d'exister à travers cette baisse de la TVA. Rien ne vous permet d'affirmer que c'est un fiasco et malheureusement pour votre ego, vous serez bientot seul à crier au scandale du siécle. Je renonce à repondre point par point a vos arguments delirants, je fatigue.

    Contestatairieux : à part peut etre monsieur Denamur et quelques autres les restaurateurs ne sont ils pas aussi des artisans ? Nombreux sont aussi de ces fameux travailleurs pauvres dont vous vous reclamez

    Lien

  • Baptiste P.
    Baptiste P. répond à archestratos
    Ancien étudiant
    • Posté à 15h29 le 04/09/2009
    • Internaute
      Ancien étudiant

    Cher Monsieur,

    D'une part je m'associe à la remarque Liger, si vous refusez d'entrer dans le débat et de montrer en quoi M. Denamur a tord, alors nous n'avancerons pas.

    Je viens de regarder votre blog. On sent bien que vous êtes attaché à votre profession, c'est tout à votre honneur. Néanmoins, comme partout, je me refuse à croire qu'une profession soit à 100% composée de gens honnêtes etc... Par ailleurs, vous ne répondez pas sur votre blog aux arguments économiques qui démontrent l'inéfficacité d'une baisse de la TVA dans la restauration.

    Je vous rappelle donc quelques arguments qui ne jouent pas en faveur de la baisse de la TVA dans l'intérêt général.
    1/ La baisse de la TVA dans la restauration va profiter mécaniquement à ceux qui vont le plus au resto, à savoir les classes aisées. Donc il s'agit d'une baisse d'impôts qui bénéficiera davantage aux personnes à revenus élevés.
    2/ La France est la première destination touristique du monde. Donc la baisse de la TVA dans la restauration, c'est autant d'argent qui reste dans les poches des touristes et ne vont pas dans celles de l'Etat. Cet argument est d'autant plus recevable que l'effet-prix marche assez peu quand on est touriste : en vacances, on regarde peu à la dépense, la baisse éventuelle des prix n'aura que peu d'effets sur l'activité dans les zones touristiques.
    3/ Ou va-t-on compenser le manque à gagner pour l'Etat ?

    Il y a d'autres arguments encore, mais bon, je laisse le débat en suspens.

    Bien à vous

  • Keldan
    Keldan répond à jrchelot
    Now future & karpe diem
    • Posté à 16h48 le 04/09/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Il n'est pas tout seul, je suis d'accord avec lui, ça sert surtout à augmenter les marges bénéficiaires des restaurateurs.
    Mais je suis tout à faire pour, vu que ça rapporte du fric à plusieurs de mes potes, du coup ils paient plus de tournée : D

    Enfin cela permettra surtout de faire passer la pilule de la désertion des Anglais qui ne comprennent pas leur douleur en découvrant des additions qui ont augmenté de 30%... ça fait mal la parité livre/euro : D

    Enfin pour mon steak frites, ce qui m'intéresse ce n'est pas de la payer 10% moins cher mais d'avoir 10% de frites en plus...

    Et je me demande si la baisse de fréquentation n'est due qu'à l'inflation.
    Car depuis plusieurs années, j'ai comme l'impression qu'il y a un renouveau pour la cuisine à domicile, boosté par la mode (dite des bobos) et la mise en avant du bio et autres produits frais à faire soit même.
    Du coup, aller au resto pour manger une soupe, un steak haricots et une mousse au chocolat, ça doit nettement moins tenter.

    De même, on peut constater (à Paris au moins) une augmentation de nombre de boutiques de restauration rapide à emporter de tout style.
    Autant de concurrence pour le plat du jour à 10€, servi à table et donc cause possible de retard.
    Surtout que les gens de ma génération sont plus éclectique en terme de nourriture, et vont alterner la blanquette avec le sushi, le nem ou je ne sais quel nourriture semi exotique.
    Ce n'est pas une généralité, mais nombre de mes collègues de 40 50 balais ne mangent jamais ailleurs que dans un resto « normal », au mieux dans une pizzéria.

    Et honnêtement, un de mes premières raisons pour ne pas aller n'importe où, c'est quand même la qualité de la bouffe. La population augmente, donc le nombre d'établissements aussi, mais du coup y'a plein d'apprentid cuistotd qui ouvre leur gargote infâme et vienne polluer le paysage gastronomique.
    Quand on se tape par trois fois de la viande dure comme de la semelle, des patates pas cuites et des légumes qui baignent dans l'eau, on est blasé et on ne part plus à l'aventure. Ce qui est dommage pour le quatrième chez qui on ira jamais alors qu'il vaut le coup.
    Surtout que les gens ont de plus en plus des gouts de chiottes, et si on écoute les conseils de n'importe qui, on tombe encore sur des machins tout pourris.
    Fatalement, on se limite à ce qu'on connait, on ce que connait les gens qui connaissent presque la même chose que nous.

  • Blédine
    Blédine
    formation en illettrisme
    • Posté à 19h46 le 04/09/2009
    • Internaute
      formation en illettrisme

    J'ai cru comprendre que cette baisse de T.V.A mettait au même niveau la restauration rapide et la restauration conventionnelle.
    Il me semble que Mac Do ne paye pas mieux ses employés en ayant depuis toujours une T.V.A très basse.

    Le problème est ailleurs, les restaurateurs votent à droite en grande majorité, l'urgence était de faire un geste de la part du gouvernement.

    Ce n'est pas grâce à l'augmentation de pouvoir d'achat depuis que Sarko est au pouvoir qui me permet d'aller au restau, même s'il n'y avait pas de T V A.

  • affreuxjojo
    • Posté à 21h30 le 04/09/2009
    • Internaute

    La baisse de la TVA est comme le dit Xavier Denamur une des plus belle arnaque de ce gouvernement.
    La restauration n'est pas délocalisable. Quitte a renoncer à 3 milliards d'euros de rentrée fiscale, il pouvait sembler préférable pour l'emploi d'annoncer des exonérations dans les secteurs réellement menacés de délocalisation : textile, chaussures etc.
    Ce cadeau de 3 milliards est une mesure clientéliste et donc à visée électoraliste .Son timing a été minuté pour que sa mise en pratique tombe à la veille des élections européennes. C'est une pratique de république bananière.
    Les 3 milliards de pertes fiscales et l'accroissement des déficits qui en découle vont retomber sur les Français les plus modestes d'une façon ou d'une autre : baisse des prestations sociales, baisse des remboursements médicaux, baisse de la qualité des services publics, etc.
    La baisse de la TVA ne conduit pas à la baisse moyenne des coûts pour le consommateur. Si de nombreux bars affichent par exemple la baisse de prix sur 6 consommations, les prix étant libres ils peuvent (et ils ont ! ) augmenté d'autres consommations. Le résultat moyen est nul pour le consommateur.
    L'accord entre le gouvernement et les syndicats de professionnels est rédigé de telle façon qu'il laisse suffisamment d'échappatoires pour être en fait un pur cadeau sans contrepartie véritable et vérifiable. Dire aux professionnels : avec cette baisse, vous ferez au choix une baisse des prix, une hausse des salaires, des embauches, des formations ou des investissements leur laisse en fait toutes les possibilités. Y compris celle de ne rien faire du tout.

  • Xavier Denamur
    Xavier Denamur répond à Eliott
    Auteur(e) de l'article Restaurateur
    • Posté à 21h40 le 04/09/2009
    • Internaute
      Restaurateur

    Très juste.
    Le coût de cette opération imputera les budgets de la santé, la recherche, l'éducation, la culture ou la justice sans pour autant profiter aux citoyens sauf s'ils sont employeurs, gestionnaires ou actionnaires de CHR.
    Il est clair qu'il eût été préférable de mettre tout le monde à 19.6% (vente à emporter hors alcool et hôtellerie étaient à 5.5%) et d'utiliser les 6 milliards de rentrées fiscales pour faire levier dans différents domaines pour améliorer l'image de ce secteur et faire revenir des clients dans les restaurants. Voici quelques propositions que j'ai déjà évoquées dans mes interventions précédentes pour faire levier et dynamiser ce secteur grâce à une fiscalité indirecte élevée et bien redistribuée.
    1 baisser les charges patronales et salariales à partir de 1200 euros nets pour tirer les salaires vers le haut
    2 supprimer toutes les charges pour les petites entreprises de moins de 5 salariés pendant 4 ans
    3 créer une classification de produits servis pour renseigner le consommateur (frais ou pas, fabriqué sur place ou pas)
    4 restituer une partie de la TVA aux citoyens les plus pauvres et leur permettre d'aller au restaurant
    5 permettre une accélération des amortissements pour favoriser l'investissement
    6 développer des véritables filières de formation tournées vers les vrais métiers de la restauration et la création d'entreprises dans ce secteur où les défaillances sont souvent dues au manque de compétences
    7 lutter contre la fraude sociale et fiscale qui créent des distorsions de concurrence insupportables pour les légalistes et mettent à mal notre système de protection sociale et les comptes de l'Etat
    8 veiller à la réduction de l'empreinte écologique de ces entreprises, les plus polluantes des commerces de détails ( favoriser le tri, la réduction des emballages, les produits frais etc)
    9 informer et lutter contre le développement des produits saturés en gras, sel ou sucre ayant des conséquences sur la santé et les finances publiques
    10 communiquer sur le rôle de la restauration dépositaire d'une culture nationale dont le rayonnement planétaire s'estompe.
    Pour conclure ce long billet, il serait temps de rappeler que dans restauration, il y a restaurer. Pour faire revenir les clients dans leurs établissements, les restaurateurs devront être moins obnubilés par leurs marges et plus par le plaisir qu'ils transmettent à leur clients. Comme la médecine, ils ont ce rôle sacré de garder leur clients en bonne santé et de tisser les liens sociaux. Le restaurateur se doit d'être un militant du quotidien.