Temoignage 03/09/2009 à 08h57

Christian Poveda, réalisateur français, assassiné au Salvador

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Christian Poveda, un photographe et réalisateur français qui s'apprêtait à sortir en France le 30 septembre un documentaire exceptionnel sur les gangs du Salvador, a été assassiné dans la nuit de mercredi à jeudi au nord de la capitale salvadorienne. Une fin tragique pour un homme qui s'était fortement engagé dans la réalité sociale violente de ce pays d'Amérique centrale, et se réjouissait de faire connaître au public français cette facette méconnue de la société salvadorienne.

Son film, « La Vida Loca », est une plongée aux images extraordinaires dans la vie de ces gangs surtout connus pour leurs tatouages spectaculaires, les « maras », avec leurs liens de solidarité mais aussi l'extrême violence de leurs courtes vies. (voir la bande annonce)

Le corps de Christian Poveda a été retrouvé dans une voiture, une balle dans la tête. Une véritable exécution, et, selon son ami, Alain Mingam, ancien photographe très impliqué dans la préparation de la sortie de « La Vida Loca » en France, il y avait eu récemment « tensions » et « menaces », que le réalisateur français gérait « avec sérénité ». Il lui avait encore parlé mercredi sur le réseau Skype. Effondré, Alain Mingam a confié jeudi matin à Rue89 :

« Christian n'était pas inquiet outre mesure jusqu'à récemment. Mais son flm a été diffusé sur Canal+Espagne, et des copies pirates circulaient au Salvador, vendues à un euro pièce. Certains gangs l'ont alors accusé de faire du business sur leur dos, mais les chefs avaient calmé le jeu. »

Alain Mingam ne comprend pas ce qui s'est passé :

« Il jouissait dans ce milieu d'une véritable reconnaissance, et les gangs lui avaient parfois demandé de servir de médiateur. Même le président du Salvador le consultait sur la manière d'avancer sur ce dossier. C'était un homme animé par l'amour de l'Amérique latine où il avait fait sa vie, et par la défense des plus pauvres. »


photo Christian Poveda

Le président du Salvador, Mauricio Funes, un ancien journaliste issu de la gauche salvadorienne, s'est dit « dévasté » par l'assassinat du documentariste. Le chef de l'Etat avait vu le film et avait été très touché, et s'était entretenu avec Christian Poveda de la manière de faire baisser la violence, à la fois entre les gangs eux-mêmes, souvent liés aux trafics de drogue, mais aussi avec les forces de l'ordre et avec des paramilitaires, héritage du passé troublé de ce pays d'Amérique centrale.

Christian Poveda, qui avait 54 ans, était un homme chaleureux et engagé. Je l'avais rencontré à Saint Malo l'an dernier, au Festival Etonnants Voyageurs, alors qu'il travaillait depuis des années sur son documentaire, auquel il consacrait une énergie sans limites. La sortie du film dans 130 salles à travers la France, un sort royal pour un documentaire sur un sujet de société étranger, était l'aboutissement de ses efforts.

Il sera mort avant de connaître le bonheur de cette reconnaissance dans son pays d'origine. Mais cela n'empêchera pas les Français de découvrir la réalité culturelle et sociale des « Maras », mais aussi la personnalité de l'homme qui avait su gagner leur confiance au point d'introduire sa caméra au coeur de la vie de ces hommes et de ces femmes qui savent, tous, que la mort par balles est leur plus sûr destin.

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  • PIT LE CHIEN
    PIT LE CHIEN
    Oaooouh!
    • Posté à 09h51 le 03/09/2009
    • Internaute
      Oaooouh!

    Christian Poveda était passionné, en effet. Il y a plus de 25 ans, des projets que nous avions tenté de monter en France n'avaient pas abouti. Je l'avais perdu de vue. Je vois qu'il travaillait sur un document très fort.
    Très triste, une fois de plus...

  • Vuedechezmoi
    • Posté à 10h58 le 03/09/2009

    Misère.... une preuve supplémentaire que plus un seul Etat ne gère quoi que ce soit. C'est la loi des gangs de rues, face à des gangs politico-financiers non locolisables. L'Amérique Latine est gangrénée depuis des décennies par les USA qui entretiennent sciemment ces groupes d'ultra violence. Le fric et le pouvoir sont au coeur de tout ça. Poveda fait partie de ces sacrément courageux qui permettent aux occidentaux majoritairement endormis dans leurs soucis post-industriels (surconsommation, ennui, errance politique...) de voir où mène l'hyper désespérance des peuples pris en otage par les vautours de la mondialisation...

  • anamaywong
    • Posté à 11h14 le 03/09/2009

    Une balle dans la tête !
    Christian, notre ami si cher, notre copain, ce nounours si généreux est mort ! Consternation accablement et tristesse.
    Depuis qu'il était parti vivre au salvador nous étions inquièts : la violence,les tueries auquels il était confronté depuis 2 ans ne l'on pas arrêté : passionné pour cette cause des bandes Maras, il avait su se faire admettre par les deux clans.
    Un long travail d'enquête ou il était totalement impliqué : prisons, familles, ouverture d'une boulangerie pour subvenir aux familles des prisonniers..il aura tout fait.
    Christian était un vrai journaliste : impliqué dans différentes guerres (Irak, Iran) il était aussi très conscient du danger de ses missions. cependant aucune peur : juste ce désir de témoigner.
    L'oeil vif, le sourire aux lèvres,sa caméra en bandouilliére il allait de l'avant..jusqu'à cette maudite balle !
    Il devait venir à paris pour la présentation de son film fin septembre : il ne sera pas là.
    Son talent, sa vivacité et son humour nous manqueront cruellement.
    Le monde du photo journalisme est en deuil .
    Toutes mes pensées vont à Patty sa compagne

  • Sid_Mo
    • Posté à 11h17 le 03/09/2009

    J'ai vu la vida loca.

    Résidant une partie de mon temps au Mexique, je connais un peu plus le phénomène des narcos, et pas que par le bouche à oreille en Europe. Il avait un sacré courage et une volonté en acier pour faire ce qu'il a fait. Paix à son âme. Quelque soit ses fautes ou le reste de sa vie, il a laissé quelque chose d'immortel.

    Quand aux abrutis qui l'ont butés, ils comprendront tôt ou tard qu'ils ont fait une GROSSE connerie. Même si leur cerveau est déjà hors service.

    PS : (1) Pour ceux qui considèrent qu'informer ce n'est pas aider, alors qu'ils cessent de participer sur des sites comme celui-ci. Ils n'ont strictement rien compris, si ce n'est leur bêtise crasse !

    (2) La bêtise de certains posts m'énerve, surtout quand il s'agit de quelqu'un qui a scellé de son sang son oeuvre. Et il était tout sauf idiot ou irréfléchi.

  • étudienragé
    • Posté à 12h08 le 03/09/2009

    Je ne le vois pas comme ça. Je vois plutôt l'histoire de ce type comme un mec désemparé par l'impuissance que nous apporte ce système oligarchique mondial : il observe 24/24 et tente de comprendre quels sont les enjeux, causes et conséquences de la vie de ces jeunes. Des jeunes livrés à eux-mêmes (orphelins et dans l'oubli de leur gouvernement d'extrême droite fascisante)
    Frapadingue, je serai ravi de lire ce que vous proposez à la place de filmer des gens en danger sans (pouvoir) intervenir. Vous critiquez les bobos qui vont admirer les favelas de Rio, d'accord, mais nous avons bien des bourgeois qui vont rester assis sur leur chaises bien caoutchouteuses du made in Taïwan, et qui écrivent, la plume pleine de certitudes venues direct d'AFP ou de Reuters, sans jamais pouvoir vérifier, pour expliquer ce qu'il faut faire, ce qu'il ne faut pas faire. Ne pas filmer la misère des jeunes salvadoriens. Vous auriez préféré que C. Poveda sacrifie sa vie pour l'étude de la vie des animaux errants dans les rues de Paris ? (Filmer chiens et chats ne risque pas de déranger du monde, ça plairait au moins à B. Bardot... mais en moins enrichissant que l'étude des gangs, quand-même non ? )
    Je trouve que ce film, La vida Loca permet d'avoir une autre vision de ce pays, déchiré par la guerre et la par CIA, que celle que nous offre nos mass medias, nous qui sommes ici en Occident, remplis de savoirs mais aussi et surtout d'arrogance... Ce film, c'est le travail d'un gars qui s'est bougé le c**, qui a ouvert ses yeux, il vient de se prendre une balle dans la tête sans doute à cause de cela (vouloir montrer des vérités qui dérangent) et vous le taillez en pièce en dix lignes, vous qui ne risquez rien ici, je trouve ça navrant.

  • Sid_Mo
    Sid_Mo répond à frapadingue
    • Posté à 13h00 le 03/09/2009

    Au Salvador, c'est d'un état de droit dont ils besoin et pas de quelques miettes jetés pour faire joli (d'ailleurs, au Mexique, on a le même soucis dans des proportions différentes du fait de la configuration du pays mais pas forcément moindres).

    Le premier problème est l'absence d'avenir pour ceux qui ont de 14 à 30 ans (« no trabajo, no dinero. No dinero, no sexo. No sexo no vida... » pour ceux à qui ça parle ! - pas de travail, pas d'argent. Pas d'argent, pas de sexe. Pas de sexe, pas de vie). Ensuite, le niveau de corruption des institutions interdit de leur faire confiance. La « mara » devient une famille, un lieu où l'on peut exister socialement (argent, réglement des conflits). On en accepte la loi parce qu'elle est. Et le monde extérieur dans un état de déliquescence total ne peut rien y faire.

    Le Salvador comme une bonne partie de l'Amérique Latine n'a pas besoin de charité. Il a besoin de développement et d'institutions capables. Tout existe mais pas la volonté politique.

    Un point : la dernière phrase est valable aussi pour nous. Pour l'instant nos institutions fonctionnent sans être parfaites. Mais il suffit de pas grand chose pour finir comme le Salvador. La frontière est ténue. La force de C. Poveda dans son documentaire était de bien montrer cela.

  • anamaywong
    • Posté à 13h04 le 03/09/2009

    Lien

    Voici, pour les lecteurs de rue 89, des photos de Christian Poveda sur la Vida Loca.

  • le soudanais
    le soudanais
    ici et là
    • Posté à 13h28 le 03/09/2009
    • Internaute
      ici et là

    De belles photos sur les Maras dans le Polka de ce mois ci... J'étais encore en train de les regarder il y a quelques jours...

    TOutes mes condoléances à ses amis et sa famille, le monde a besoin de témoins pour montrer un peu aux gens ce qui s'y passe...