Entretien

Ma vie avec un bracelet électronique

Sorti de prison, Jean-Pierre Plathey est sous surveillance électronique. Il témoigne des limites de ce système « antirécidive ».

Présentation du bracelet électronique aux abords de la maison d'arrêt de Loos-lez-Lille en septembre 2000 (P. Rossignol/Reuters)

« Vous allez voir tout de suite que le bracelet ne fonctionne pas », dit Jean-Pierre Plathey en ouvrant la porte de sa chambre. Logé par une association dans cet hôtel du XIIIe arrondissement de Paris, Jean-Pierre ne peut pas mettre le pied dehors entre 18 heures et 9 heures du matin.

Il est 14 heures 30, Jean-Pierre est bien dans sa chambre, son bracelet électronique mobile à la cheville, à quelques mètres d'un boîtier fixe et un émetteur mobile dans la main. Lequel émetteur affiche : « Emplacement actuel non identifié, veuillez sortir. »

« Vous le constatez vous-même, là ! L'émetteur ne sait pas où je suis alors que je suis dans mon lieu d'assignation ! »

Il n'a pas le droit de recevoir alors il doit faire vite, rassembler son dossier, mettre l'émetteur dans sa poche et sortir.

Le 11 juillet 2009, Jean-Pierre Plathey, 59 ans, est sorti de prison après avoir purgé sa peine de quatorze ans de réclusion. Le tribunal d'application des peines en Dordogne a décidé de le placer sous surveillance électronique mobile (PSEM), une mesure de sûreté qui a pour but de prévenir la récidive.

Espace autorisé : moins de deux kilomètres carrés

Ce bracelet mobile -on n'en compte que quelques dizaines en France- lui a été posé autour de la cheville pour une durée minimale d'un an. Jean-Pierre a été condamné en 1997 à dix-huit ans de prison pour viols sur mineurs. Aujourd'hui, il conteste son procès pour des raisons qu'il serait trop long de développer ici, mais reconnaît avoir mérité la prison :

« Je ne suis pas un saint mais j'ai payé. Avec ce bracelet, je suis considéré comme un monstre. Je ne comprends pas pourquoi on m'impose ça, pourquoi je suis surveillé. Les gens qui ne savent pas se contrôler, eux, ils faut les surveiller et les soigner. »

Jean-Pierre déplie une carte du quartier. Au feutre rose ont été délimitées les frontières de son espace autorisé. Ne pas dépasser le boulevard Blanqui ni l'avenue d'Italie :

« J'ai le droit de circuler dans une zone de moins de deux kilomètres carrés. Je suis libre, j'ai purgé ma peine en totalité et je suis encore en prison. »

Jean-Pierre vit mal ces frontières. « Sa » zone, il la compare à une prison parce que le point d'accès au droit (PAD) et le pôle emploi où il souhaite se rendre sont situés à quelques mètres des frontières imposées par la justice.

Jean-Pierre ne supporte pas non plus son « inutilité ». En prison, il a travaillé pour indemniser les victimes. Bibliothécaire, magasinier et diverses autres tâches avant de décrocher un CAP d'horticulteur. Un métier qu'il ne peut pas exercer aujourd'hui à cause, dit-il, de son bracelet. Il touche donc le revenu de solidarité active (RSA) :

« Je voudrais m'occuper de jardins privés mais on m'a envoyé à Paris ! On m'a imposé cette ville mais je ne connais personne ici. Et c'est le seul endroit où il n'y a pas de jardins.

Quand bien même je pourrais travailler, mes horaires sont trop contraignants pour un employeur. De toutes façons, je ne peux pas sortir de ma zone. »

Cet espace se rétrécit encore avec les zones d'exclusion : collèges, piscines, gymnases. En passant devant le square, Jean-Pierre a accéléré le pas :

« Cette mesure est idiote. Je ne suis pas un prédateur. Les faits qui me sont reprochés concernent des enfants que l'ont m'a confié (il organisait des voyages de longues durées pour adolescents, ndlr). Je n'ai jamais fait la sortie des collèges. »

« La prise de conscience se fait pendant le procès et non dans la cellule »

« Enfermé dehors », Jean-Pierre a neuf heures de liberté qu'il occupe en relevant son courrier dans les locaux de l'association, en empruntant des livres à la bibliothèque et en marchant un peu. Il consacre aussi du temps à relever les dysfonctionnements de son bracelet :

« L'équipe qui me surveille depuis Fresnes me harcèle la nuit en m'envoyant des messages sur mon émetteur mobile. J'ai porté plainte. Lorsque je suis dans ma chambre entre 18 heures et 9 heures, ils n'ont aucune raison de m'envoyer des messages. »

Comment mesurer les risques de récidive que présente un délinquant à l'issue de sa peine ? Jean-Pierre a fait l'objet de plusieurs expertises psychiatriques, sa dangerosité n'est pas établie avec certitude mais il doit continuer à être soigné. Une fois par mois, il va chez le psychiatre. Il est également accompagné par un travailleur social du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP).

Aujourd'hui, il répète avoir mérité sa peine et payé ses actes mais accuse la prison d'être criminogène et inutile. L'impression d'un temps en sursis :

« C'est faux de croire que lorsque le prisonnier se morfond dans sa cellule, il réfléchit à ses actes. C'est faux. Le prisonnier est abruti par la télévision et l'ennui.

C'est au moment du procès que tout se passe. Le mien m'a fait réfléchir. C'est le but du procès, ce moment théâtral où vous êtes confrontés à ce que vous avez fait. »

Jean-Pierre Plathey espère pouvoir faire annuler son placement sous bracelet électronique et a écrit au juge pour demander l'extension de sa zone autorisée.

Photo : présentation à la presse du bracelet électronique aux abords de la maison d'arrêt de Loos-lez-Lille en septembre 2000 (Pascal Rossignol/Reuters).

1 commentaires sélectionnés

Portrait de JP PLATHEY

De JP PLATHEY

. | 14H32 | 02/09/2009 | Permalien

Je ne vais pas répondre individuellement à tous les commentaires. Je m'en tiendrai à cette mise au point unique, et un peu longue.
Ceux qui invoquent « ce que j'ai fait » présument, car ils n'en savent strictement rien. De la réalité ou de la fiction des actes qui m'ont été reprochés, seule la personne qui s'en est déclarée victime et moi-même en avons connaissance. C'est le lot des affaires jugées sans le moindre début d'élément de preuve. Les internautes ne peuvent donc invoquer que « les faits dont j'ai été déclaré coupable ». Et même dans ce registre, les choses ne sont pas toujours claires… Lorsque je reconnais avoir mérité de faire de la prison, je ne précise pas combien de temps ni pourquoi, c'est une affaire de conscience personnelle sur laquelle nul autre que moi ne peut spéculer. En tout cas, j'ai payé plus que nécessaire.
Lorsque j'ai été jugé, on considérait qu'un condamné, avec le jeu des remises de peine, n'effectuait en réalité (et en gros) que la moitié de la peine prononcée à la barre, ce qui était généralement le cas. Le tribunal ou la cour d'assises fixait la sentence en conséquence. D'où les très lourdes sanctions infligées en matière de mœurs, notamment en 1997, année noire de la justice française (année de la circulaire Ségolène Royal). Mais c'est une véritable injustice que d'avoir modifié par la suite les règles du jeu. Je veux parler des lois sécuritaires avec effet rétroactif. Appliquées après coup à des gens condamnés à une époque où elles n'existaient pas, ce sont des lois scélérates qui couvrent de honte la justice française et ne peuvent que susciter l'indignation chez tout citoyen respectueux du droit.
Dans un magasin, vous n'accepteriez pas de payer des produits dont le prix s'est envolé le temps que vous arriviez aux caisses. C'est pourtant le genre de principe que l'on a commencé à appliquer, en durcissant considérablement les modalités de condamnation de personnes déjà condamnées. Cela a commencé avec les remises de peine qui, de « données en cadeau », sont brusquement passées à « prêtées sous conditions ». C'est le cas aujourd'hui, entre autres, du bracelet électronique mobile (PSEM) qui n'existait pas lorsque j'ai été condamné.
Il s'agit bien d'une véritable peine puisque je suis en prison, avec entretien à mes frais, les barbelés et les matons étant simplement remplacés par des ondes électromagnétiques (dont le niveau de nocivité reste à déterminer). Je suis censé n'avoir qu'une obsession en tête : chasser le/la mineur(e), et le PSEM est censé m'en dissuader. Or, tous les adolescents qui ont porté plainte contre moi m'avaient été confiés par leurs parents pour qu'ils vivent en permanence avec moi durant 8 à 9 mois. Cela veut dire que les sorties de collèges et autres squares me laissent plutôt indifférent et que, appliquée à mon cas, la mesure de PSEM paraît tout à fait stupide et infondée. Ça, les magistrats le savent bien. Il faut donc chercher ailleurs la véritable raison, officieuse, de mon imposition du PSEM.
Si l'on considère mon dossier, on s'aperçoit vite que la mesure résulte d'un règlement de compte de la part d'une magistrate (la JAP en charge du centre de détention de MAUZAC, pour ne pas la nommer) qui a voulu me faire payer là le fait d'avoir interjeté appel de toutes ses décisions à mon sujet et d'avoir fini par engager une procédure en récusation à son encontre (plus d'autres motifs à connotation corporatiste). Le fait de m'avoir assigné à résidence à PARIS, l'un des rares lieux en France où je ne peux pas exercer mon métier d'horticulteur, semble procéder de la même intention malveillante et abonde dans le sens de l'explication que j'en donne. Lorsqu'on constate de surcroît que la décision de PSEM n'a pas de base légale dans mon cas (aucun article de loi s'y rapportant ne m'est applicable compte tenu des éléments de mon dossier) et qu'elle résulte d'un certain nombre de passages en force, on ne peut qu'en être de plus en plus convaincu.
Pour couronner le tout, le bracelet mobile ne fonctionne pas, en tout cas pas à PARIS. J'ai relevé plus de 2 pages de « bugs », plus loufoques les uns que les autres, se produisant régulièrement. Le harcèlement dont je fais l'objet la nuit de la part de l'équipe attachée à ma surveillance à distance ne retire rien à ce constat de dysfonctionnement. Le matériel vaut cher, c'est un joli cadeau de M. SARKOZY à l'industrie israélienne aux frais du contribuable français, mais rien n'y fait. Le suivi par GPS coûte cher aussi du fait qu'il nécessite du personnel (pénitentiaire), lequel pour le moment ne maîtrise pas grand chose. On en déduit que le bracelet électronique mobile, dont l'efficacité resterait à démontrer même s'il fonctionnait, a été mis en service prématurément - plusieurs années trop tôt sans doute. Mais il a permis à Madame DATI de se mettre en valeur devant les caméras en affirmant qu'on allait voir ce qu'on allait voir avec les gens dangereux. Je crois que la seule utilité du PSEM résidait dans son effet d'annonce : contenter les adeptes du tout répressif le temps d'un show médiatique. Car pour ce qui est de protéger les mineurs de la récidive de quelques condamnés, il y a certainement d'autres mesures plus utiles (mais moins spectaculaires) à mettre en place.

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