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Le papa de Casimir a plagié un dessinateur québecois

De grands acteurs de la production télévisuelle pour enfants ont été condamnés à verser plus de 3,3 millions d'euros à un dessinateur québécois qu'ils avaient plagié. Cela faisait quatorze ans que l'homme se battait seul contre ces géants. Les films Cinar et France Animation pour citer les plus importants, ont été reconnus coupables par la cour supérieure de la province de Québec ce mercredi.

Claude Robinson, le dessinateur plagié, imagine en 1983 les personnages pour enfants des « Aventures de Robinson Curiosité ». Souhaitant vendre son idée à des producteurs de dessins animés, il contacte Cinar et France Animation en 1985, qui se penchent sur son travail sans donner suite au projet.

En septembre 1995, il est stupéfait par la découverte de ses personnages à la télévision, dans la nouvelle série « Robinson Sucroë », coproduite par Cinar et France Animation. Le générique annonce une idée originale de Christophe Izard, directeur artistique de France Animation et père de Casimir, le fameux dinosaure orange. (Voir la vidéo)


Selon les proches du dessinateur, cette découverte l'anéantit. Il est progressivement victime de troubles physiques et psychologiques. Claude Robinson entreprend alors des poursuites. « Pour moi, c'est “Do Or Die” [“j'agis ou je meurs”, ndlr] », déclare-t-il un jour au journaliste québécois Richard Martineau.

Claude Robinson/DR

Au cours de ces quatorze années de rebondissements judiciaires, la justice aura notamment mis en lumière un stratagème de prête-noms interne à Cinar, par lequel Christophe Izard a touché illégalement certains droits d'auteurs. Dans le jugement rendu, le juge Auclair déclare à son sujet : « La cupidité lui a rendu un bien mauvais service. »

« C'était Claude : sa face, sa barbe, son bedon »

Le plagiat a été établi sur la base de nombreux éléments confondants. Si l'histoire en tant que telle ne présente pas de point commun, les personnages principaux, de petites scènes et certains dessins abritent des similitudes substantielles.

Robinson Sucroë serait ainsi le portrait craché de Claude Robinson lui-même. Pour un témoin, « c'était Claude, l'image » : sa face, sa barbe, et « un bedon comme Claude ».

Verdict : les plagiaires sont condamnés à verser 5,2 millions de dollars américains au dessinateur. Cinar n'existant plus depuis 2004, c'est la maison-fille Cookie Jar qui assumera les frais. A l'issue du procès, le dessinateur a exprimé sa joie à la presse québécoise : Dessin original de Claude Robinson

« Il est temps de passer à autre chose et de me faire plaisir. (…) Ces gens-là m'ont fait passer pour fou, alors que ce sont eux, les menteurs. Ils ont trafiqué des documents, ils ont fait toutes sortes de choses. Ça a été quatorze ans à détricoter les tricots qu'ils faisaient de mensonges. »

Des accusés mutiques

Si Christophe Izard a déjà annoncé qu'il allait interjeter appel du jugement, les avocats se sont montrés plus prudents dans le journal Le Devoir :

« On va faire une analyse minutieuse pour bien comprendre le jugement avant de prendre une décision. C'est un peu prématuré d'annoncer qu'on va en appel, même si la première réaction des défendeurs serait d'en appeler. »

Dessin plagié de Christophe IzardChez France Animation, personne n'est disposé à commenter le verdict. Quant à la BBC, également contactée par Rue89, elle était incluse dans la plainte de Claude Robinson. Le porte-parole s'est déclaré satisfait de la relaxe obtenue de son côté :

« Le dessin-animé n'était pas une production interne ; nous n'avons fait que le diffuser en toute bonne foi. »

Partout sur le Web, on salue une victoire de David contre Goliath. Car les géants de la production disposaient d'importants moyens de défense. Alors, le plagiat était-il trop gros ? En introduction à son jugement, le juge Auclair cite Umberto Eco, « sémiologue de réputation » :

« Assoyez un singe devant une machine à écrire et le hasard permettra peut-être qu'il écrive “Roméo et Juliette” de Shakespeare, mais c'est peu probable. »

Photo : Claude Robinson, le dessin original du héros, le héros dans la version plagiée (DR).

 Téléchargez l'arrêt de la cour supérieure de la province de Québec

3 commentaires sélectionnés

Portrait de Nelly Santos

De Nelly Santos

Photographe | 20H18 | 28/08/2009 | Permalien

Mon Dieu , je n'y crois pas , c'est trop beau ! ! ! Les voleurs et plagieurs en tout genre enfin condamnés…..c'est un rêve que peu d'auteurs ont le bonheur de voir se réaliser.

Auteurs ne désespérez plus , peut-être cela va-t-il donner à penser à tous les requins qui ratissent les milieux de l'image et de l'écriture.

Mais……c'est au Canada ! À quand des mesures efficaces contres les plagieurs en France ?

Bravo à Claude Robinson pour sa perséverance. Je lui souhaite un repos heureux et mérité.

Portrait de brazz

De brazz

02H18 | 29/08/2009 | Permalien

C'est pas parce que c'est l'ile aux enfants que c'est un monde des bisounours !
Christophe Izard a juste confondu planche à dessin et tiroir caisse. Est il distrait, le bougre !

Portrait de TAZeur

De TAZeur

z.onea.utonomet.emporaire | 03H01 | 29/08/2009 | Permalien

Et Daniel Defoe ? Quelques dollars dans son caveau ?

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