Bonnes feuilles 26/08/2009 à 23h15

« Free ! » : pourquoi l'économie de demain sera gratuite


Eco89 publie un extrait du nouveau livre de Chris Anderson, mode d'emploi du commerce à l'ère du tout numérique.


Faux billet de zéro dollar à l'effigie de George Bush (DR)

Le meilleur moyen de gagner de l'argent ? Tout proposer gratuitement ! C'est la thèse surprenante de Chris Anderson, rédacteur en chef de Wired, le magazine de référence du web et du numérique. Idéaliste ou visionnaire ? Pour en juger, Eco89 vous propose un extrait de son livre, Free ! , dont la traduction française sort ce vendredi.

Chris Anderson n'en est pas à son coup d'essai. Sa « théorie de la longue traîne » a déjà suscité de vifs débats. Le principe ? L'économie ne repose plus sur des produits de masse, mais sur la juxtaposition de produits de niche. Notamment dans la culture : alors qu'un magasin de disques traditionnel réalise 80% de ses gains avec 20% des disques disponibles, ses concurrents en ligne inversent ce rapport. Et tous y gagnent, les vendeurs, les acheteurs et les artistes.

Avec Free ! , Anderson va plus loin. En multipliant les exemples -les compagnies low-cost, Google, Radiohead...-, il explique que cette « économie d'abondance » n'oblige pas seulement à casser les prix, mais à offrir ses produits.

Une gratuité complète (grâce à la pub notamment), ou partielle voire factice (en faisant payer des services complémentaires, par exemple). Etrangement, l'auteur n'a pas convaincu son propre éditeur : « Free ! » a été proposé gratuitement en ligne aux Etats-Unis, mais il ne le sera pas en France.

Dans cet extrait, Anderson présente les « règles du gratuit » et « les dix principes du raisonnement d'abondance ».




1

Si c'est numérique, tôt ou tard cela sera gratuit.

Sur un marché concurrentiel, les prix chutent jusqu'au coût marginal. L'Internet est le marché le plus concurrentiel que le monde ait jamais vu, et le coût marginal des technologies qu'il utilise -traitement, bande passante, stockage- se rapproche constamment de zéro. Le gratuit devient, non seulement une option, mais un aboutissement inévitable. Les bits veulent être gratuits.

2

Les atomes aimeraient bien être gratuits aussi, mais ils n'y mettent pas autant du leur.

Hors du domaine numérique, les coûts marginaux tombent rarement à zéro. Mais la gratuité est si attirante psychologiquement que les spécialistes du marketing trouveront toujours des moyens pour l'exploiter en rendant certaines choses gratuites tout en en vendant d'autres. Ce n'est pas vraiment du gratuit -vous payez probablement un jour ou l'autre-, mais c'est souvent tout aussi irrésistible.

Aujourd'hui, en faisant œuvre d'imagination pour élargir la définition de leur industrie, des entreprises, depuis les compagnies aériennes jusqu'aux constructeurs automobiles, trouvent des moyens de rendre leur produit principal gratuit tout en vendant autre chose.

3

Vous n'arrêterez pas le gratuit.

Dans le domaine numérique, vous pouvez essayer de bloquer le gratuit par des lois et des verrous, mais en fin de compte, la force de gravité économique l'emportera. Ce qui signifie que si la seule chose qui empêche votre produit d'être gratuit est un code secret ou une menace, vous pouvez être sûr que quelqu'un, quelque part, trouvera la parade. Reprenez la gratuité aux pirates et vendez des options d'amélioration.

4

Vous pouvez gagner de l'argent avec le gratuit.

On paie pour gagner du temps. On paie pour courir moins de risques. On paie les choses qu'on adore. On paie pour améliorer son statut. On paie quand on y est obligé (une fois harponné).

Il y a d'innombrables moyens de gagner de l'argent autour du gratuit (...). Le gratuit ouvre les portes, touche de nouveaux consommateurs. Cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas faire payer certains d'entre eux.

5

Redéfinissez votre marché.

Ses concurrents vendaient des sièges dans des avions. Ryanair a décidé de vendre plutôt des « voyages ». La différence est qu'il y a des dizaines de moyens pour gagner de l'argent avec les voyages, de la location d'automobile aux subventions versées par les destinations en mal de touristes. Cette compagnie aérienne vend ses sièges peu cher, voire gratuitement, pour gagner plus d'argent « autour » d'eux.

6

Arrondissez vers le bas.

Si le coût de quelque chose va vers zéro, le gratuit est juste une affaire de temps. Pourquoi ne pas y arriver avant tout le monde ? Le premier qui parvient au gratuit attire l'attention et il y a toujours des moyens de transformer celle-ci en argent. Que pourriez-vous rendre gratuit aujourd'hui ?

7

Tôt ou tard, vous serez en concurrence avec le gratuit.

Que ce soit par des subventions croisées ou des logiciels l'un de vos confrères va trouver comment donner ce que vous faites payer. Ce ne sera peut-être pas exactement la même chose, mais la baisse de prix de 100% risque d'avoir plus d'importance. Vous aurez le choix entre en faire autant et vendre autre chose, ou veiller à ce que la différence de qualité comble la différence de prix.

8

Adoptez le gaspillage.

Si une chose devient trop peu coûteuse pour qu'on la compte, cessez de la compter. Du forfait modique au zéro absolu, les entreprises les plus innovantes sont celles qui voient dans quel sens les prix évoluent et qui prennent les devants. « Votre boîte vocale est pleine » est le dernier râle d'une industrie figée dans un modèle de rareté au milieu d'un monde d'abondance.

9

Le gratuit rend d'autres choses plus précieuses.

Toute abondance crée une nouvelle rareté. Voilà une centaine d'années, les loisirs étaient rares et l'on avait beaucoup de temps ; à présent, c'est l'inverse. Quand un produit ou service devient gratuit, la valeur migre vers la couche supérieure. Allez-y aussi.

10

Gérez l'abondance, pas la rareté.

Quand des ressources sont rares, elles sont également coûteuses -il faut les utiliser parcimonieusement. D'où le management « top-down » [de haut en bas, ndrl] traditionnel, qui privilégie le contrôle afin d'éviter des erreurs coûteuses. Mais quand les ressources sont bon marché, vous n'avez pas besoin de les gérer de cette manière.

En devenant numériques, les branches d'activité peuvent aussi devenir plus indépendantes sans risquer de mettre à bas tout l'édifice. La culture d'entreprise peut passer du « Ne fais pas de bêtises » à « Echoue vite ».

Free ! de Chris Anderson - éd. Pearson - 310p. - 22€.

(Le titre de l'article est de la rédaction.)

Illutration : faux billet de zéro dollar à l'effigie de George Bush (DR).

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  • empecheur.de.gouverner.en.rond
    • Posté à 01h42 le 27/08/2009

    N'est-ce pas ce que fait Rue 89 ? !

    Proposer l'accès aux articles et aux blogs gratuitement et se financer grâce aux pubs, aux plaques, au mur, à la boutique ...

    L'accès gratuit aux produits culturels et à l'information est une bonne chose car elle permet au plus grand nombre de s'instruire, de s'ouvrir à d'autres horizons et donc d'acquérir un esprit critique. Cette même capacité qui leur permettra de comprendre le monde qui les entoure, notamment celui de la politique et des médias, monde que le citoyen lambda a bien du mal à analyser avec du recul.

    Néanmoins le fait que des multinationales utilisent cette technique de la gratuité (ou presque) pour atteindre les couches les plus pauvres de la population est contestable. Le risque est de voir se développer un capitalisme du pauvre. En proposant des produits au prix abordables (Bottom of Pyramids) les plus démunis pourront enfin consommer, leur situation ne s'améliorera pas pour autant mais les bénéfices des multinationales grimperont, perpétuant l'adage « le malheur des uns fait le bonheur des autres'.

  • moebe
    moebe
    regarde les info en mangeant (...)
    • Posté à 01h43 le 27/08/2009
    • Internaute
      regarde les info en mangeant (...)

    Une économie basée sur le « Free » véritable est une utopie et n'existera jamais, ou alors il faudrait éliminer de la nature humaine l'égoïsme, la valeur de propriétés, la fainéantise et j'en passe . Tout ces petits défaut qui font de nous des animaux un peu plus douer que les autres, bref nous serions autre chose que des humains (il suffit de voir ce qu'a donner les dérives du communisme, une idéologie basé sur le partage des richesses)

    La manne financière des faux « Free » a était très comprise par des organismes comme ... la presse. La multiplication des titres gratuit montre que le modèle marche très bien pour l'investisseur qui s'y retrouve.
    Le client lui peut se poser de sérieuses question sur l'indépendance des journalistes par rapport aux sociétés qui payent les pubs dans le journal (et soutient à 100 % le journal au contraire des publications payantes) ; la qualité et la diversité des article.

    Rue89 est un autre modèle du « Free » avec une contribution financière au volontariat, ses petits panel de pub, ses liens vers d'autre sites partenaires. un petit mix du modèle « Free » et de l'abonnement (voila d'ailleurs un bon sujet d'article, parlez nous de votre modèle économique).

    Pour ma part je n'aurai pas confiance dans ce modéle du totalement gratuit (je suis peut etre un vieux con de la vielle génération).
    Je préfère pour ma part le modèle du : Je paye le produit est à moi.
    Heureusement pour moi, notre vielle France est bien ancré dans ses habitudes (20 Euros le lvre qui parle du modèle gratuit MOUARF ! ).

    P.S je reconnait quand même des belles réussite dans le modéle du gratuit (Linux et wiki entre autre, même si les dérives sont apparente -voir l'article tout récent publié il y a peu de temps-).

  • Crainquebille
    • Posté à 02h12 le 27/08/2009

    Contrairement à ce que dit la première phrase de la présentation de ces extraits, l'auteur n'a visiblement pas pour idée de « tout proposer gratuitement », mais de vendre du gratuit, de faire de l'argent avec de la gratuité, laquelle est toute relative puisqu'il s'agit de vendre après avoir fournit un bien gratuitement, ce qui n'est donc pas ... gratuit ! C'est limite une nouvelle manière d'arnaquer les gens et cela fleure bon l'ultra-libéralisme qui recycle encore une idéologie ; ça me paraît donc dans la logique du marché et pas vraiment idéaliste ni visionnaire.

  • Stephane MOT
    Stephane MOT répond à obey-
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 03h33 le 27/08/2009
    • Internaute
      Author & Chief AtoZ Officer

    « free ! » est gratuit en telechargement, mais uniquement aux States. La « longue queue » que Pearson comprend le mieux, c'est la tres classique que l'on voit devant la caisse du libraire.

    Chris Anderson n'a rien invente, mais il excelle dans l'art de communiquer et diffuser des idees deja dans l'air. C'est plus un innovateur qu'un inventeur.

  • florent_k
    florent_k
    Docteur précaire
    • Posté à 10h40 le 27/08/2009
    • Internaute
      Docteur précaire

    Il faut pas confondre low cost, gratuit avec de la pub, et gratuit. Le titre est accrocheur, mais on voit bien que tout ne peut pas être gratuit. Le low cost à souvent des conséquences sur le salaires des employés et leur condition de travail, donc ca à un côut. Le gratuit avec de la pub, comme « 20 minute », c'est pas du gratuit. On paye tous les jour le 20 minutes dans les produits qu'on achète tous les jours. 20 minute ce n'est juste qu'un journal pour lier consomateur et annonceur, avec quelque information autour des pub pour faire croire qu'on lit un journal d'information (ba oui personne ne voudrait lire un journal de pub).
    Enfin, le vrai gratuit, c'est celui où le produit est gratuit, qu'il y a pas de pub, ni de marge arriere, qu'il ne sera pas associer à un tas de service exorbitant ect... Il est possible que si c'est un produit dématérialisé, c'est à dire où le coût d'une copie est quasi nul. Le plus belle exemple sont les logiciels libres. Les logiciels libres, ne comporte aucune pub, peuvent être modifier et copier à volonté, il y a aucun service ou produits associés. Un service peut être gratuit, et on le voit tous les jours. C'est quand les voisins s'aide entre eux gratuitement, par exemple.
    En définitive, j'ai l'impression que l'analyse est trop superficiel, c'est plus « comment gagner de l'argent avec votre entreprise en fesant du (pseudo) gratuit ». Il y a pas d'analyse de fond sur ce qu'est vraiment gratuit.

  • Gimp
    Gimp répond à Iv
    • Posté à 11h57 le 27/08/2009

    Oui intéressant, m'enfin :

    En mettant de côté les questions de la production d'énergie (qui en consomme aussi et donc ne peut pas être parfaitement gratuite), de l'entretien du réseau de sa distribution et des centaines de milliers de kilomètres de réseau nécessaires à l'existence d'internet (ou des bornes d'accès sans fil), alors oui tout peut être gratuit... ... ou presque.

    Parce que ce n'est pas parce que l'argent sous sa forme actuelle disparaîtrait, que les échanges s'arrêteraient. Et je ne vois pas trop des humains ne faire qu'échanger des choses contre rien (faut bien bouffer à un moment).

    Et ça me fait penser à la grande mode de l'utilisation du mot « virtuel », pour parler d'internet et des échanges numériques et dont l'opposé, en philosophie est « actuel » (et non « réel ») : internet est actuel, dans le sens où c'est en acte et non en puissance, ce n'est pas que des algorithmes (qui soit dit en passant représentent beaucoup de travail), mais aussi une grosse structure matérielle. Cela demande de l'énergie et a demandé une bonne cinquantaine d'années de recherches en informatique et d'installations de réseaux divers (sans parler de l'invention du téléphone : )). Je pense que nos aïeux se retourneraient dans leurs tombes si on leur disait que finalement, toutes ces années de travail, c'est gratuit : )

    Je crois aussi au bénévolat, mais je pense que c'est un fantasme de riches, de penser que cela peut être un modèle de société.

    Une dernière remarque sur l'article : le contenu ne se distingue pas trop de la propagande néo-libérale, avec des formules comme : « en fin de compte, la force de gravité économique l'emportera ».
    Encore quelqu'un qui essaye de nous faire croire qu'il y a des lois naturelles de la politique. C'est inquiétant ces démocrates qui pensent qu'il n'y a qu'une seule organisation sociale possible, non ?