Votre porte-monnaie au rayon X 25/08/2009 à 14h34

Marianne, CPE en banlieue pour 2020 euros par mois



Marianne, conseillère principale d’éducation dans une ZEP de banlieue parisienne (Audrey Cerdan/Rue89).

« J’adore mon boulot, mais il est tuant. » Marianne, conseillère principale d’éducation dans un lycée professionnel en ZEP, a tôt fait de se laisser envahir par son travail. Eco89 passe ses revenus au rayon X.

D’abord, il y a un parcours qui la destinait à être prof de lettres : bac A, hypokhâgne, puis la fac, pour empocher une maîtrise en lettres modernes à 22 ans.

« J’étais bonne en lettres, mais ce n’était pas ma passion au point de vouloir être prof. »

Mais avec une famille entière à l’Education nationale, Marianne a déjà le gène du scolaire : l’année de sa maîtrise, elle passe avec succès le concours de CPE.

Aujourd’hui, à 35 ans, elle travaille dans un lycée professionnel de la banlieue parisienne, en zone d’éducation prioritaire. Un métier pas facile, mais qu’elle apprécie toujours.

« Je ne m’ennuie jamais ; il se passe toujours des trucs. Il y a évidemment une part de routine : gérer les absences, les retards, enguirlander les élèves qui font les guignols... Mais on les suit aussi individuellement, parfois dans des situations très lourdes.

Le boulot, on l’emmène chez soi. J’ai encore des histoires très présentes à l’esprit, assez perturbantes. Ça peut être minant ; parfois on craque... »

A recevoir et gérer des jeunes pénibles, dangereux ou maltraités, abusés, mal dans leur peau, Marianne est tombée dans la dépression. Elle s’y voyait prédisposée et son travail n’arrange rien. Mais elle s’empresse d’ajouter : « C’est parce que je le veux bien ; c’est un métier que j’ai choisi. » Hospitalisée pendant cinq mois il y a quelques années, elle est toujours suivie pour sa dépression « chronique ». Aujourd’hui, Marianne vit seule :

« Je suis rentrée tôt dans la fonction et je m’y suis jetée à corps perdu. J’ai un peu oublié de vivre pendant les premières années. Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’il faut faire des choses à côté du boulot. »

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Ses revenus : 2 020 euros par mois

Marianne est payée à salaire fixe : 2 020,18 euros net chaque mois (2 516,20 euros bruts, dont 95,05 euros de complément ZEP). Pas d’heures supplémentaires réglées, même si elle en fait « à n’en plus finir » :

« Je ne peux pas faire tout mon boulot en 35 heures. Les heures sup, on peut parfois les récupérer ; mais ça ne vaut pas un complément de salaire. »

Il lui arrive néanmoins de toucher des crédits liés à son action et ses initiatives dans son lycée de ZEP. De l’ordre de 150 à 300 euros par an, pour son investissement dans l’organisation des examens par exemple.

Et puis il y a les avantages associés : la Mutuelle générale de l’éducation nationale qui la couvre, contre une cotisation mensuelle de 66,90 euros, prélevée sur le salaire brut ; et le logement de fonction.

Marianne est en effet logée par « nécessité absolue de service », au sein du lycée, à côté des salles de classe. Un forfait lui est attribué pour l’eau et l’électricité, qu’elle ne paie pas. Mais le fait d’habiter dans le lycée ne l’aide pas à arrêter le travail une fois la journée terminée.

« Il se passe beaucoup de choses la nuit ou pendant les vacances... Je suis souvent à la fenêtre, parfois je sors gérer la situation. »

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Ses dépenses fixes mensuelles : 1 440 euros par mois

Comme Marianne ne paie pas de loyer, son plus gros poste de dépenses, c’est la consommation courante : 520 euros par mois.

  • 30 euros d’Internet et 40 euros de facture pour le mobile,
  • 100 euros de cantine, où elle déjeune en semaine,
  • 350 euros de courses environ, pour la nourriture et les produits ménagers.

Viennent ensuite les impôts : 372 euros au total.

  • 186 euros d’impôt sur le revenu,
  • 89 euros de taxe d’habitation,
  • 14 euros pour les ordures ménagères,
  • 83 euros de taxe foncière.

La taxe foncière, c’est pour l’appartement qu’elle a acheté il y a deux ans, désirant se préparer un avenir ailleurs qu’au lycée. Ce choix lui coûte 210 euros par mois.

  • Elle règle 130 euros de charges de copropriété.
  • Pour devenir propriétaire, elle a fait un emprunt sur quinze ans, dont l’assurance mensuelle se monte à 30 euros.
  • Les mensualités sont de 750 euros, mais elle loue l’appartement pour 700 euros. Restent 50 euros à sa charge.

Enfin, elle rembourse 200 euros tous les mois pour sa voiture achetée il y a un an, auxquels il faut ajouter 50 euros de carburant. 85 euros lui sont prélevés pour l’assurance habitation et la voiture.

Au total, cela fait 1 440 euros de dépenses mensuelles. Restent 580 euros.

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L’épargne, les loisirs : 580 euros

Tous les mois, Marianne verse 100 euros sur son Plan épargne logement, et 300 euros sur son Livret A. Pour les imprévus ou les vacances, mais aussi pour piocher dedans régulièrement. Et le budget vacances reste réduit, parce que « ça coûte cher de partir quand on est tout seul ». C’est donc soit chez des amis, soit en camping.

Côté loisirs, elle met en moyenne 150 euros par mois dans les CD, livres ou DVD. « Je suis dépensière », estime-t-elle. 50 euros aussi pour des vêtements, des cosmétiques ou des bijoux.

Et puis il y a les concerts qu’elle va voir. Sa seule activité en dehors du boulot, à laquelle elle s’adonne à fond depuis cinq ans, avec un petit groupe d’amis. En gros, 70 euros de places par mois.

« J’aime Vincent Delerm, Jeanne Cherhal, Franck Monnet, Albin de la Simone... Toute cette musique souvent associée aux bobos enseignants, de gauche... et dépressifs. »

Photo : Marianne, conseillère principale d’éducation dans une ZEP de banlieue parisienne (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • Atalante
    Atalante
    Illusionnée
    • Posté à 15h34 le 25/08/2009
    • Internaute 24533
      Illusionnée

    Article intéressant et trés clair sur la répartition du buget.

    Par contre, je me suis toujours demandé, lorsque j´étais au lycée : ca sert à quoi un CPE ? ? (non, ceci n´est pas une attaque mais une vraie interrogation, je serais d´ailleurs ravie que Marianne me réponde)

    Pour les mots d´absence,ou le relevé des absences elle même, il y a les pions, pardon, les surveillants.
    Pour les élèves indisciplinés, tout ca, il y a le proviseur et son adjoint.
    Et pour le côté « suivi des élèves », je dis certainement une ânerie mais il me semble que les profs sont les mieux placés.. non ?

    En trois années de lycée, pendant lesquelles j´étais déléguée de classe et au conseil d´administration, et « présidente » d´un club lycéen, j´ai parlé peut être 5 fois avec la CPE, sur le ton du bonjour-bonsoir...

  • Marie-Sophie Keller
    Marie-Sophie Keller répond à Nikus
    Ex-Rue89 mais toujours fan
    • Posté à 17h50 le 25/08/2009
    • Internaute 26936
      Ex-Rue89 mais toujours fan

    « A quand le salaire et le budget d’un gardien de chèvres sur le plateau de l’Aubrac ? »

    Alors, ce n’est pas sur le plateau de l’Aubrac mais en Corrèze et ce ne sont pas des chèvres mais des brebis, mais nous avons bien un berger en magasin : -)
    Lien.

    Pour le reste, je vous renvoie à ma réponse faite à Aïdos.

  • Nikus
    Nikus répond à aïtos
    (Pas content)
    • Posté à 17h50 le 25/08/2009
    • Internaute 88525
      (Pas content)

    J’allais justement poser la même question... Quel est le contenu informatif de cet article ? Je m’étonne d’ailleurs du vote de la plupart des lecteurs.

    Beaucoup de lecteur on donné la note maximale à l’article, je ne comprends pas. Pour moi il ne vaut pas une roupie (sur le fond - que l’auteur me pardonne). Est-ce que quelqu’un pourrait expliquer son vote ?

    Une Jeune femme qui aime son métier, ok il y en a beaucoup - heureusement, quelle déprime de temps en temps, ça nous arrive tous, de trouver qu’on est pas suffisamment payé, on est pas beaucoup à penser le contraire... Bref je me suis donné la peine de lire cet article et j’ai perdu mon temps. Le sujet est exactement du même tonneau que notre doctorant chez EDF qui gagne moins de 2000€/mois. A quand le salaire et le budget d’un gardien de chèvres sur le plateau de l’Aubrac.

    Est-ce que c’est à cause de l’été que Rue89 nous fait subir ce genre de contenu absolument vide de tout intérêt (à moins que quelqu’un me fasse changer d’avis) ? J’ai l’impression de glisser dangereusement vers le Voici du pauvre avec ce genre d’article.

    (En outre je ne m’attarderai pas sur l’utilité des CPE, je deviendrais franchement sévère).

  • Keldan
    Keldan répond à Atalante
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h00 le 25/08/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Un surgé, c’est la terreur incarnée...

    C’est le mec qui débarque pour foutre des heures de colle par paquet de dix, en général quand le pion est dans la panade. C’est aussi un peu le pion du pion, qui vient voir si celui-ci arrive à tenir son dortoir.
    C’est aussi le mec qui te convoque pour te foutre une putain d’engueulade quand tu t’as fait une grosse connerie, ou quand t’en fais plein de petites.
    C’est aussi le mec qui convoque tes parents pour leur expliquer pourquoi il te vire, ou que t’es vraiment un cas social, ou un putain de glandeur.

    Et accessoirement, c’est le mec qui signe tout en bas du bulletin de note, après les profs, un truc du genre « n’a toujours pas fait preuve de son évident potentiel ».

  • Marianne.
    Marianne. répond à Atalante
    éolienne
    • Posté à 18h18 le 25/08/2009
    • Internaute 88187
      éolienne

    Je veux bien essayer de répondre, mais ce serait un peu long...

    Je suis les absences et les retards, même si les surveillants font bien souvent le travail de saisie et de récolte des billets ; je fais des bilans, j’alerte les familles, je reçois les élèves (avec leur famille également).
    Je gère les incidents qui se déroulent en classe, les exclusions de cours, les vols, les insultes, les bagarres entre élèves ou autres.
    Je surveille un peu la cours, je réagis quand je suis appelée lors des intrusions ou des batailles rangées.
    Je surveille aussi les abords du lycée, aux sorties un peu délicates.
    Je participe aux conseils de classes de toutes mes classes, pour avoir une vraie vison globale des élèves, scolairement, puisque je n’en vois souvent que les « mauvais » côtés, ou les graves difficultés qu’ils rencontrent.
    Je reçois beaucoup d’élèves en souffrance morale, et nous les suivons avec le service médico-social de l’établissement.

    Bien entendu, « au dessus » de moi, les proviseurs prennent les décisions tranchées, mais j’ai la chance d’être systématiquement associée à ces décisions.

    Pour Autist Reading, je ne veux surtout pas que les surveillants soient des « flics », nous en avons largement assez autour de nous, mais je ne souhaite pas non plus qu’ils soient des « grands frères ».
    Ils sont assistants d’éducation au sens plein du terme : ils sont le premier interlocuteur des élèves, ils sont bien souvent « au front » en cas de problème qui dégénère, et nous travaillons énormément ensemble pour mieux encadrer les élèves difficiles et/ou en difficulté.

    Je ne m’étends pas plus, Ambroise Bouleis a su synthétiser mon intense bavardage avec beaucoup de talent.