a debattre 24/08/2009 à 21h21

La France peut-elle se passer des traders ?


Con-vo-qués ! Pour la septième fois depuis le début de l’année, les banquiers vont se rendre à l’Elysée ce mardi pour recueillir les doléances présidentielles. A l’ordre du jour : le bonus des traders, que l’Etat souhaiterait limiter, mais sans vider Paris de ses professionnels de la finance. « Qu’ils partent », rétorque Arnaud Montebourg pour le PS, rappelant que la France a mieux résisté aux bourrasques que les pays très « financiarisés ». Peut-on se passer d’une place financière de haut niveau ?

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La France est-elle une place financière importante ?

Pas vraiment, si on la compare aux trois leaders historiques, New York, Tokyo et Londres, mais aussi aux deux nouvelles places fortes de la finance mondiale, Shangaï et Hong Kong.

Euronext, le gestionnaire de la Bourse de Paris, est déjà passé sous le contrôle de son concurrent américain NYSE (New York Stock Exchange). Et pour peser face à Londres, il a dû s’allier aux Bourses de Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne au sein de NYSE Euronext.

Selon les chiffres de la World Federation of Exchanges pour juillet, NYSE Euronext n’est que la 5e place financière mondiale par la capitalisation boursière (la valeur des actions) :

  • New York : 9 828 milliards
  • Tokyo : 3 330 milliards de dollars
  • Shanghaï : 2 724 milliards
  • Londres : 2 415 milliards
  • NYSE Euronext : 2 399 milliards
  • Hong Kong : 2 051 milliards de dollars

Ce n’est donc pas à Paris que se joue l’avenir de la finance mondiale, mais en Asie, où le Financial Times prédit la naissance de « Shankong », une méga-Bourse associant Shanghaï et Hong Kong.

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Etre une place financière, est-ce un bon choix économique ?

C’est, au départ, un choix de la gauche. Dès 1984, la France a fait le pari de la finance sous l’impulsion du Premier ministre Laurent Fabius et de son ministre des Finances, Pierre Bérégovoy. De 1984 à 1988, Paris créé le Matif, le système de Cotation assistée en continu (CAC), le statut des établissements de crédit... Un homme est à la manoeuvre, le directeur de cabinet de Bérégovoy. Jean-Charles Naouri, qui précisera plus tard :

« On ne voulait pas donner l’idée qu’il y avait un grand mouvement, parce qu’on aurait fait peur. Au contraire, on a fait cela très éparpillé, très morcelé, pour qu’il ne se constitue pas une opposition unie contre nous. »

Il s’agissait alors de se débarasser des démons colbertistes et de rompre avec l’économie administrée ; mais aussi de faire affluer des capitaux vers la France, ce qui devait faciliter la baisse des taux d’intérêts, selon le bon principe que tout ce qui est abondant n’est pas cher.

La première cohabitation (1986-1988) parachèvera le mouvement.

Vingt-trois ans plus tard, l’enthousiasme est retombé. L’une des raisons qui a poussé la France à s’ouvrir à la circulation mondialisée des capitaux est la nécessité de financer la propre dette de l’Etat dans de bonnes conditions. D’où la création des obligations assimilables au trésor (OAT), très prisées des investisseurs internationaux.

Le système a cependant ses limites. Autrement, comment expliquer que l’Allemagne, qui n’a pas fait le choix de devenir une place financière mondiale, finance sa dette à des taux d’intérêt plus intéressants (trente points de moins) que la dette française ?

D’autres arguments sont généralement invoqués en faveur d’une place financière forte : le maintien de dizaines de milliers d’emplois très qualifiés, la mise à disposition des entreprises françaises des meilleurs outils financiers possibles, sans parler du fameux « rayonnement » international, si cher aux élites françaises.

Mais depuis la crise financière de 2008-2009, il est permis de s’interroger : les places financières n’ont-elles pas fragilisé les pays qui les avaient accueillies avec le plus d’enthousiasme ?

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Les traders risquent-ils vraiment de quitter le pays ?

Les représentants de la profession, la Fédération française des banques en tête, s’alarment de cette menace ; le risque est jugé peu crédible par les économistes. L’un d’eux analyse le débat ainsi :

« Si on divise par deux leur rémunération, seront-ils moins intelligents ? Les jeunes qui veulent faire beaucoup d’argent partent déjà à Londres ou ailleurs. C’est juste un changement d’allocation des talents. Il faut que la fiscalité limite la prise de risque liée à leur activité. »

En théorie, la loi prévoit déjà une telle limite. Devinette. Qui a dit, au mois de mars 2009 : « En début de semaine prochaine, je vais publier un décret qui permettra
d’interdire le versement de stock-options et le versement de bonus dans
toutes les entreprises qui font l’objet d’une aide exceptionnelle de
l’Etat pour leur permettre de faire face à la crise » ?

Réponse : François Fillon, dans Challenges. Le Premier ministre n’imaginait sans doute pas le tollé soulevé par la révélation, en août dans Libération, du montant -1 milliard d’euros- provisionné par la BNP Paribas pour assurer le bonus de ses traders. Sachant que la banque a eu droit à plus de 5 milliards d’euros d’aide publique pour surmonter la crise. Interdire les bonus ? La promesse est restée lettre morte.

La présidente du Medef, Laurence Parisot, avait fait une déclaration similaire, deux mois auparavant sur France Inter. En particulier sur la rémunération des traders :

« Ça ne veut pas dire qu’il faut cesser de rémunérer ceux qui créent de la valeur, mais il faut bien s’assurer que la valeur qu’on crée, c’est de la valeur réelle et non pas une valeur virtuelle. »

Pour autant, même après le bilan globalement insuffisant dressé début juillet par l’Autorité des marchés financiers sur les pratiques d’autorégulation, le patronat ne bouge pas, refusant toujours le principe de l’encadrement par la loi. Va-t-il changer de discours ?

François Krug et David Servenay

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  • Servais-Jean
    • Posté à 23h38 le 24/08/2009
    • Internaute 4591
      43

    Certaines banques coopératives se passent de traders et elles s’en sortent plutôt bien car elles n’avaient pas eu l’occasion d’acheter des produits toxiques en pensant faire de juteuses plus-valus.
    La fonction des traders est de permettre à une banque de faire de gros bénéfices en mobilisant seulement quelques personnes.
    L’usage des traders est totalement contraire à la fonction des banques car ils contribuent activement, par la spéculation, à l’envolée des cours des matières premières et alimentaires et à l’appauvrissement des plus déshérités.

  • legrinchhhh
    legrinchhhh
    Critique
    • Posté à 23h56 le 24/08/2009
    • Internaute 88465
      Critique

    Hummmmmm. Cet article me laisse très perplexe malgré une réponse qui peut paraitre évidente en ces temps troublés. Quels sont donc les critères de choix proposés ?

    De quoi parle-t-on ? Qu’est ce qu’un (méchant et cupide et mangeur d’enfants et responsable de la crise, si si) « trader », en France comme ailleurs ?

    Tout d’abord, c’est un employé qui a un contrat de travail avec une institution financière dont il perçoit une rémunération (fixe et variable) dans un cadre contractuel. Cet employeur peut donc virer ses traders et là nous avons une partie de réponse à notre question.

    Ensuite, à quoi sert un trader ? A maximiser les profits qu’il génère en gérant au mieux les ressources (financement, couts fixes de matériel....) qu’il coute à son employeur. Comme partout. Mais surtout en minimisant les risque qu’il prend. On peut donc penser que son employeur n’étant pas philanthrope ou dingue, il le virera s’il lui coute de l’argent ou s’il ne rembourse pas les frais qu’il engendre (c’est le cas depuis plus d’un an dans de nombreuses boutiques). Donc s’il reste quelques spécimen du genre en France, c’est qu’ils remplissent ces conditions.

    Enfin, comment est payé un trader ? Un savant mélange de note « de gueule », de situation du marché de l’emploi et des gains qu’il génère donne une bonne approche du problème. Le premier critère étant assez subjectif, les deux seconds parlent d’eux mêmes. Le marché de l’emploi chez les traders étant du genre catastrophique, il ne lui reste qu’à gagner être rentable pour espérer garder sa place et être payé.

    Bref, seuls ceux qui font gagner de l’argent à leur employeur sans les mettre dans une situation de risque financier important restent en place.

    Se pose alors une autre question : pourquoi virer ces gars ?

    Les patrons de banque sont des gens responsables. S’ils font leur boulot de garde fou et s’assurent que leurs employés font correctement leur boulot pourquoi interdire les traders en France ? S’ils sont payés c’est que leurs patrons sont contents de leur boulot ou je n’y comprends plus rien...

    Pour ce qui est de l’importance de la place financière de Paris, le problème n’est pas là. Paris est un nain financier à côté de Londres, NY ou certaines places asiatiques. Et ce n’est certainement pas la situation géographique d’un marché qui l’expose plus ou moins violemment à la crise (un exemple simple : l’Espagne).

    « Comment expliquer que l’Allemagne, qui n’a pas fait le choix de devenir une place financière mondiale, finance sa dette à des taux d’intérêt plus intéressants (trente points de moins) que la dette française ? » Pour des raisons techniques (marché Eurex) et surtout parce que les allemands ont toujours tenté de tenir leur déficit public contrairement à nous...

    Enfin, quant à savoir si c’est aller contre la morale de rémunérer un employé autant qu’un chanteur ou une star du ballon rond... C’est une toute autre question.

  • TFE
    TFE
    stagiaire
    • Posté à 03h05 le 25/08/2009
    • Internaute 87746
      stagiaire

    Elle peut s’en passer. Et des impôts qu’ils payent sur leur revenu. Et des impôts sur les bénéfices qu’ils génèrent, et des dividendes que l’Etat, actionnaire des banques, touche. Ah zut, peut être pas en fait.

    Les commentaires du type « pourquoi la France ne redeviendrait pas un pays plein de paysans et d’ouvriers ? » me choquent. A-t-on oublié la misère de ces gens là ?

    Les bonus des traders sont indexés à leur performance, comme pour des vendeurs de voitures. Ils sont juste plus intelligents, et les performances sans limite (contrairement au reste des professions qui engendre une part variable).

    (Ne vous en faites pas, les financiers de Shanghai ont un niveau de vie bien meilleur que ceux de Paris).