Afrique 23/08/2009 à 17h09

Aide à l'Afrique : « moins de Bono, plus de Moyo » ?

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Bono dans une école de Butha Buthe au Lesotho en 2006 (Mike Hutchings/Reuters).


Dambisa Moyo (DR)

« Allo, Monsieur le Président, je vous informe que l'aide internationale à votre pays cessera dans cinq ans. » Ce coup de téléphone imaginaire, c'est celui que recommande aux gouvernements et aux organismes pourvoyeurs d'aide à l'Afrique, l'économiste zambienne Dambisa Moyo, nouvelle coqueluche de certains milieux internationaux. Son livre, « L'Aide fatale » (JC Lattès), sort en France, où il ne manquera pas de susciter un débat.

Cette jeune femme parle avec une certaine autorité : diplômée d'Harvard et d'Oxford, elle a travaillé à la Banque mondiale puis à la banque d'affaires Goldman Sachs. Mais surtout, elle incarne pour la première fois une voix africaine dans un débat largement monopolisé, depuis quatre décennies, par les hommes politiques, chercheurs et... pop stars du monde occidental.

Dambisa Moyo, classée par le magazine Time parmi les cent personnes les plus influentes de 2009, a désormais un assez large « fan club » qui va du « neocon » américain Paul Wolfowitz, ancien homme-clé de l'équipe Bush passé à la présidence de la Banque mondiale qu'il a dû quitter sur un scandale, à l'historien britannique Niall Ferguson, qui signe la préface enthousiaste du livre et termine par cette phrase :

« Que l'on nous donne plus de Moyo, et moins de Bono [le chanteur irlandais du groupe U2 qui fait campagne en faveur de l'aide à l'Afrique]. »

Le livre de Dambisa Moyo se compose de deux parties : la première est un exposé implacable de ce qu'elle considère comme l'échec absolu de la stratégie d'aide à l'Afrique suivie depuis les indépendances des anciennes colonies du continent ; la deuxième, plus controversée, suggère des pistes alternatives qui font la part belle aux forces du marché.

L'échec de l'aide

Le réquisitoire de Moyo contre l'aide internationale est implacable, et, sur la base de ses chiffres, assez convaincant. Selon elle, les quelque 300 milliards de dollars déversés sur l'Afrique sub-saharienne depuis les années 70, soit environ 15% du PNB du continent, c'est-à-dire en proportion quatre fois plus que le plan Marshall qui a permis le redécollage des économies européennes après la deuxième guerre mondiale, n'a fait que générer corruption, pauvreté, inefficcaité, fuite des cerveaux...

« Il est virtuellement impossible en s'appuyant sur l'expérience de l'Afrique de soutenir que l'aide a eu des résultats positifs » (...)

Le résultat de l'aide, c'est une croissance plus lente, une pauvreté plus grande, et l'Afrique à l'écart du progrès économique. (...) L'aide est le problème. »

En cause, les visions paternalistes dans certains cas, idéologiques dans d'autres (l'aide à Mobutu, l'ancien chef d'Etat du Zaïre, aujourd'hui Congo, l'un des hommes plus corrompus de l'histoire de l'Afrique indépendante, pour contrer l'influence soviétique par exemple), ou simplement l'aveuglement de ce qu'elle appelle l'« industrie de l'aide » qui fait vivre des centaines de milliers de personnes à travers le monde. Et surtout, l'absence de perspective de fin de la manne :

« Les gouvernements africains ont été amenés à considérer l'aide comme une source de revenus permanente et sûre : ils n'ont aucune raison de croire que les flux ne vont pas continuer indéfiniment. »

D'où sa proposition d'annoncer solenellement la « réduction graduelle (mais intransigeante) de l'aide systématique » sur une période de cinq ou dix ans, le fameux coup de téléphone aux chefs d'Etat africains pour leur conseiller de s'y préparer...

Quelle alternative à l'aide ?

Dambisa Moyo est assurément moins convaincante dans sa « feuille de route » alternative. Ainsi, sa première proposition intitulée « la solution : le capital », intervient en pleine crise financière, un « timing » malencontreux qui affaiblit son plaidoyer en faveur des émissions d'obligations ou de l'appel aux forces du marché, à l'investissement international classique.

De même, elle émet des positions politiques très peu orthodoxes :

« Dans un monde idéal, ce dont ont besoin les pays pauvres, les pays situés tout au bas de l'échelle, ce n'est pas d'une démocratie avec ses partis multiples, c'est d'un dictateur bienveillant décidé à imposer les réformes nécessaires pour donner une impulsion à l'économie. »

Même si elle ajoute, lucide :

« Trop souvent malheureusement ces pays se retrouvent finalement avec un accroissement de dictature, et une portion congrue de bienveillance... »

Dans la même veine, elle titre un de ses chapitres « les Chinois sont nos amis », rendant hommage au rôle de Pékin sur le continent depuis le début de la décennie, qui finance de nombreux projets d'infrastructure dont l'Afrique avait un urgent besoin mais aussi investit dans les économies africaines, et prédisant que la Chine sera effectivement « la puissance étrangère dominante sur le continent au XXIe siècle » :

« Au cours des derniers soixante ans aucun pays n'a eu, sur la structure politique, économique et sociale de l'Afrique, un impact comparable à celui de la Chine depuis le début du second millénaire » (sic : nous sommes dans le troisième, erreur de traduction ? )

Les critiques des ONG

Les thèses de Dambisa Moyo, on s'en doute, ne sont pas du goût des défenseurs de l'aide à l'Afrique, qui font pression, au contraire, pour que celle-ci soit revue à la hausse. Ils redoutent que son discours ne serve de prétexte aux Etats du G8 qui ne parviennent pas assurer leurs engagements pris dans le cadre du plan de développement du millénaire, et en particulier celui de porter l'aide publique au développement à 0,7% du PIB. On est encore loin du compte.

Sur le site d'Oxfam, l'une des grandes ONG internationales engagées dans l'action de développement, le débat est ouvert. Une militante d'Oxfam originaire du Malawi, Chikondi Mpokosa, exprime sa « déception » à la lecture du livre de l'économiste zambienne :

« Cela me rend triste de lire ce livre et de voir qu'il ajoute aux préjugés en vigueur dans les pays riches. Le livre est faux sur deux points : il est faux de dire que l'aide ne marche pas et il est faux de dire qu'il existe des alternatives viables, surtout en temps de crise économique ».

Ducan Green, chercheur à Oxfam Grande-Bretagne, redoute les effets négatifs de ce livre, tout en reconnaissant que sa propre prise de position en tant que Blanc, membre de cette « industrie de l'aide » dénoncée par Moyo, fragilise sa prise de position. Il reconnait que le livre a touché une corde sensible et a recueilli pas mal de soutiens, notamment ceux de chefs d'Etat africains comme Paul Kagame du Rwanda :

« Le danger est qu'il offre une couverture utile pour les gouvernements des pays riches, à court d'argent en ce moment, pour revenir sur leurs engagements d'aide en disant : “vous voyez, les Africains disent que l'aide ne marche pas, diminuons les budgets”...

Et pour ceux qui ne sont pas d'accord avec sa thèse (et qui, à mon sens, ont pas mal d'élements de leur côté), il leur sera impossible de s'exprimer sans avoir l'air sur la défensive, ou pire d'être intéressés personnellement au débat (y compris cette note de blog).

Comment faire pour que le débat se déroule sur un terrain sensé : les vraies questions étant quels types d'aide marchent et lesquels ne marchent pas ? et comment les réformer ? Le risque est que le travail de Moyo court-circuite ce débat-là. »

Le livre sort ces jours-ci en France, et il ne manquera pas de susciter un débat du même ordre dans l'un des pays les plus concernés par le bilan de quatre décennies d'aide au développement de l'Afrique avec un bilan moins que glorieux. En France aussi, Dambisa Moyo appuie là où ça fait mal.

L'Aide fatale - les ravages d'une aide inutile et de nouvelles solutions pour l'Afrique - Dambisa Moyo - JC Lattès - 250 p., 20€.

Photo : Bono dans une école de Butha Buthe au Lesotho en 2006 (Mike Hutchings/Reuters).

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  • a déménagé le 10 décembre
    • Posté à 17h53 le 23/08/2009

    Outre la corruption, le népotisme qui réduisent sensiblement le volume d'aide effectivement utile sur le terrain, il ne faut pas oublier de quoi se compose l'aide : toutes ces études qui engraissent des centaines de bureaux d'études alors qu'il n'y a en face que peu de réalisation, toutes ces études font partie de l'enveloppe de l'aide et les peuples africains n'en profitent que très peu....

  • Weatherboy
    Weatherboy
    v2=notes articles en moins...
    • Posté à 19h16 le 23/08/2009
    • Internaute
      v2=notes articles en moins...

    Primo, il est parfaitement faux de faire croire que l'ensemble des ONG a un discours qui repose sur « l'aide » : et le Lien et Lien, c'est quoi alors ?

    Mme Moyo a beau être une africaine, comme de nombreux auteurs africains elle a compris que pour vendre il était de bien meilleur ton d'écrire ce qui ferait plaisir à bon nombre de lecteurs européano-américain que de vraiment se pencher sur ce qui permettrait de sortir de nombreux africains de la misère.
    Sujet qui, lorsqu'on s'y penche sérieusement, comme les deux associations sus-citées, donne une musique un peu moins agréable à entendre pour ces mêmes chastes oreilles et fait très peu vendre.

    Aussi dans cet article et ses idées n'entend t'on nul part évoquer le mécanisme de la dette et encore moins les responsabilités francafricaines dans le soutien de ces dictatures et n'y a t-il pas trop à être surpris que parmis ses plus grand alliés on trouve un journal aussi réactionnaire que le Times ou des néoconservateurs comme Wolfowitz.

    Car dans le fond, aussi juste que soit le fait de s'intéresser l'inefficacité de l'aide, on évoque certainement jamais le fait que :

    • cette aide ne soit au fond qu'une gigantesque arnaque dans son principe même
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    • c'est aujourd'hui le Sud qui aide le Nord et non l'inverse
      Lien
    • Mancontreux « oubli » sur la dette qui lui permet d'écrire d'évoquer une « aide » « en proportion quatre fois plus que le plan Marshall », en oubliant singulièrement de rappeler que le rembousement de la dette entre 1986 et 2007 représente un total de 7.5 plans Marshall injectés du Sud vers le Nord

    • l'impunité de la finance et des fonds vautours qui font AUJOURD'HUI des bénéfices sur les pays les plus pauvres
      Lien
    • et peut-être en tout premier lieu : l'absence de poids dans les institutions finacières internationales du FMI à la banque mondiale, régit au nom de lois parfaitement non-démocratiques, de l'ensemble des pays africains et l'ensemble des politiques économiques d'inspiration néolibérales qui leur ont été imposées. La présidence de ces institutions s'échangeant depuis leur naissance entre les US et l'Europe de l'Ouest.

    Evidemment de tous ca il a largement déjà été question, notamment dans ce bouquin Lien ou encore dans le film « La fin de la puavreté », présenté à Cannes il y a deux ans, et… jamais sorti en salle.

    Alors gloire à Mme Moyo, qui préconise l'arrêt de l'aide en continuant de demander le remboursement d'une dette odieuse et le maintien des fonds vautours.
    On se demande qui elle veut vraiment aider, elle.

  • riverain06
    • Posté à 20h21 le 23/08/2009

    Ce livre semble soulever un bon débat pour le biaiser aussitôt. Même les africains ne veulent pas des Bono, ce héros de pacotille qui fraude le fisc de chez lui comme si les irlandais n'avaient pas besoin de redistribution pour se soigner et éduquer leurs enfants !
    Oui l'aide au développement est néfaste, tout au plus c'est un circuit pour faire bosser certains secteurs du pays bailleur et à l'arrivée une partie de l'argent retourne à la source de deux façons :
    - le retour sur investissement rapatrié au bailleur
    - l'argent détourné et placé en Occident par les dirigeants du pays aidé ou emprunteur
    Je suis africain vivant en Europe et une fois j'ai désespéré un volontaire d'une grande ong humanitaire tout imbu de son fardeau de sauveteur des enfants africains en lui disant que lui et les siens devraient arrêter de colmater, que les africains détermineront ce qu'ils sont capables de supporter en termes de dénis et de privations. Ces aides ne font que retarder la chute des bastilles et sauver des dictatures ou des démocraties formelles. Je ne donne jamais d'argent à une ong humanitaire pour l'Afrique. Sur place c'est un business comme un autre qui sert masquer le chômage des cadres et des diplômés et des fois à financer des partis politiques. Pour preuve il n'y a jamais de renouvellement des cadres dirigeants des ong en Afrique, ils sont inamovibles comme les chefs d'Etats, y compris les leaders qui luttent pour la démocratie, les droits de l'homme et l'alternance, c « est leur fromage, ils le gardent à vie.
    La solution n'est pas non plus dans l'homme providentiel ni dans les recettes ultra libérales ( le soutien de Wolfowitz suffit comme discrédit), elle serait dans la démocratie et la saine gestion des hommes et des ressources : le Ghana et le Botswana sont des exemples patents, les sénégalais n'attendent rien de l'État, le peu auquel ils arrivent ils ne le doivent qu'à leur sens industrieux, le Mali est pauvre et fait des efforts immenses contre la corruption qui commencent à porter.
    Enfin la comparaison avec le plan Marshall est bancale : les 12 milliards de dollar de l'époque (environ 130 proportionnellement aujourdhui) ont servi à donner aux gens ce dont ils avaient besoin pour la recontruction et le développent sur un temps court de façon intense. L'histoire du développement est faite de détails concrets pas de macro économie : savez-vous qu'en Grèce par exemple, une partie du plan Marshall a consisté à acheter des ânes aux fermiers américains et en doter les paysans grecs pour tirer la charrue ?

  • kem08
    kem08
    Pas de situation
    • Posté à 20h51 le 23/08/2009
    • Internaute
      Pas de situation

    L'aide n'a pas marché car elle n'a jamais été une aide à l'Afrique mais une aide aux dictateurs Africains.
    Pour ce qui est des potentats Africains elle a eu des effets quasi miraculeux puisqu'elle a permis à d'obscurs sergents ou caporaux de devenir en quelques années milliardaires alors que leur peuple crevait littéralement de faim.
    C'est cette politique désastreuse et disons le hypocrite qu'il faut abolir.
    En finir avec cette françafrique et autres reliques honteuse d'une époque dépassée et œuvrer au développement des Africains et non au développement des comptes en banques des dictateurs Africains.
    Sans paternalisme et en rendant les Africains maitres de leur développement c'est à dire sans leur imposer une vision, une orthodoxie déconnectée des réalités pratiques de ces pays.
    Les Africain se développeront, vous pouvez en être sûr, mais à leur manière, en Africains.
    Pourquoi vouloir en faire des blancs ?

  • Laurent-Weppe
    • Posté à 22h33 le 23/08/2009

    Pour commencer, je ne peux pas laisser passer la comparaison profondément hypocrite entre l'aide africaine et le plan Marshall. Alors que la population des bénéficiaires du plan Marshall et celle de l'Afrique sub-saharienne sont en terme de proportion de la population mondiale comparable (les pays bénéficiaires du plan Marshall représentaient 11% de la population mondial au sortir de la guerre, l'Afrique sub-saharienne représente aujourd'hui 12% de la population mondiale), le plan Marshall représenta à l'époque l'équivalent de 1,33% du PIB mondial distribué en seulement trois ans, uniquement par les USA qui représentaient à l'époque 27% de la richesse mondiale.

    En comparaison, l'aide à l'Afrique, (300 miliards selon Dambisa Moyo, d'autres estimations font état de 500 milliards) ne représente que 0,45% du PIB mondial (0,8% si on prend la fourchette haute), répartie sur près de 40 ans, alors que les pays riches représentent aujourd'hui près de 70% de la richesse mondiale (deux fois et demi plus que les USA seuls en 1950)

    De plus, les bénéficiaires du plan Marshall représentaient à l'époque le quart de la richesse mondiale : l'Europe avait beau avoir été ruinée par la guerre, les vestiges de sa richesse étaient incomparablement plus importants que ce qu'avait l'Afrique (on a beau dire aujourd'hui qu'il est temps que les Africains cessent de pointer la colonisation du doigt, le fait est que celle-ci a saccagée l'économie du continent, et a représentée un handicap de départ excessivement lourd à porter, surtout si on y inclut les régimes dictatoriaux et népotiques produits et/ou issus de celle-ci).

    Aujourd'hui, l'aide internationale est excessivement faible : les USA donnent moins de 0,2% de leur PIB annuellement en aide, tous continents confondus, et l'Afrique n'est même pas la destination principale de ces aides ; en comparaison la France donne 0,4% de son PIB, et les pays riches ont beau jeu de promettre de donner à l'avenir 0,7% de leur PIB pour l'aide au développement, sachant qu'il s'agit à la base d'une résolution de l'ONU datant d'octobre 1970 et restée -sauf rares exceptions- lettre morte à ce jour.

    Aussi, baser un argumentaire contre les aides financières pour l'Afrique sur un postulat de départ mensonger (« Nous donnons beaucoup plus à l'Afrique que le plan Marshall pour l'Europe ») donne une assez nette idée de la valeure intrinsèque de la thèse de Moyo.

    ***

    De plus, affirmer que ce qu'on besoin les économies africaines pour se développer est l'arrivée au pouvoir de dictateur(s) bienveillant(s) est à la fois très révélateur et catastrophique dans les faits.

    Révélateur car si le dictateur bienveillant n'existe pas plus que le Père Noël, il s'agit d'un mythe qui est resté, sous différentes formes (despote éclairé, dictateur bienveillant, grand timonier, guide suprême de la révolution et/ou de la nation, etc...) très séduisant que ce soit pour les élites en place ou pour ceux qui aspirent à prendre leur place, et on peu dors et déjà conclure que Moyo se rêve ouvertement en notable d'une dictature.

    Catastrophique parce que dictature et corruption se nourrissent systématiquement l'une l'autre, et que plus un régime est autoritaire et arbitraire, plus grande sera la corruption de sa classe dirigeante : il s'agit d'une corrélation qui se démontre encore et encore.

    ***

    Il est toutefois bon de rappeler qu'il existe effectivement un problème endémique de détournement et de gaspillage de l'aide, qui est parfois littéralement volée aux populations qui devaient la recevoir par des politiciens véreux, des affairistes, des mafias, voir des seigneurs de guerre.

    Néanmoins, aussi tentant cela soit-il de menacer, voir d'annoncer à des dirigeants africains parfois incompétents voir peu scrupuleux que les aides dont ils profitent vont cesser, l'expérience montre que les régimes corrompus ne s'effondrent pas nécessairement quand leur source d'aide vient à disparaître (Cuba, qui n'est pas situé en Afrique mais a plusieurs points communs avec des pays de ce continent, est un exemple flagrant : près de deux décennies après la chute de l'URSS, la famille Castro est toujours là) : si la quantité de richesse diminue, le plus probable est que les rares possédants deviennent encore plus agressifs dans leur désir de conserver le peu qu'il reste.

    De plus, la fin de l'aide au développement ne signifierait pas nécessairement la fin de l'aide servant à entretenir des régimes corrompus maintenant leur population dans la pauvreté : les pays riches sont depuis longtemps de gros consommateurs de matière première en provenance d'Afrique et se sont montré jusqu'à présent très peu regardant quant au progrès social des pays qui les alimentent en matières premières tout en finançant les régimes, même corrompus, qui les dirigent au nom de la « stabilité ».