Les cinq scénarios d'une alliance à gauche

Comme souvent, c'est Daniel Cohn-Bendit qui a lancé le débat. En prônant un rapprochement avec le MoDem lors de l'université d'été d'Europe écologie à Nîmes, l'eurodéputé divise son propre camp. Tout en dessinant les termes du débat qui va occuper la gauche en 2010. Revue des cinq scénarios possibles d'une alliance électorale à gauche.
Une Union de la gauche sans le Parti socialiste ?
La question n'est plus taboue chez les minoritaires : peut-on construire une union de la gauche sans le PS ? Au vu des résultats des Européennes, certains écologistes envisagent un tel scénario. Ils misent sur :
- les divisions internes au Parti socialiste ;
- l'incapacité de Martine Aubry à s'imposer comme le chef incontesté de son parti ;
- la dynamique électorale qui a rassemblé les écologistes et les « associatifs » ;
Y croient-il vraiment ? En tout cas, dans France Soir, la députée de Guyane Christiane Taubira brandit cette menace :
« Il faut lui faire comprendre [au PS, ndlr] que ça peut se passer ailleurs et sans lui. »
Avantage : ce scénario recompose entièrement le paysage à gauche et offre une vraie nouveauté aux électeurs.
Inconvénient : il ne résout pas l'épineuse question d'un « leader » pour la présidentielle et présente la difficulté d'avoir à élaborer un programme commun entre des gens d'opinions fort éloignées.
Avec ou sans le MoDem ?
La question d'une alliance avec le MoDem de François Bayrou est au cœur des préoccupations. Faut-il, par réalisme politique, s'allier avec des centristes pour privilégier une option « Tout sauf Sarkozy » ?
Dans l'Express, le « mécano » Daniel Cohn-Bendit s'est ouvertement prononcé en faveur de ce scénario :
« Vous voulez une majorité, oui ou merde ? S'il faut ajouter le MoDem, on ajoute le MoDem…, a-t-il dit jeudi soir. Si vous voulez une majorité, il faut aller chercher les gens là où ils sont, pas là où vous êtes. »
Gros succès parmi les militants présents, mais vrai débat de fond une fois la réunion terminée comme le raconte Marianne.fr :
« Tant qu'on parle de réseau, Europe écologie fonctionne très bien, analyse une militante parisienne. Mais dès qu'on envisage la nomination d'une personne ou même l'élection présidentielle, ça ne marche plus : c'est la grande faille du mouvement ! »
Avantage : cela permet de séduire une bonne partie de l'électorat centriste, là où se sont gagnées toutes les élections présidentielles.
Inconvénient : l'ombrageuse figure de François Bayrou risque d'obérer radicalement la possibilité d'une telle alliance. Rappelons le clash qui l'a opposé à Daniel Cohn-Bendit dans la campagne pour les européennes : (Voir la vidéo)
La grande alliance, des communistes aux socialistes
Ce remake de l'Union de la gauche version 1978 pourrait se reproduire, tant les divers partis y ont intérêt. Les communistes se referaient une santé électorale, les écologistes sortiraient de leurs bisbilles et les socialistes retrouveraient leur rôle de chef de file.
C'est la voie défendue par Cécile Duflot, l'une des plus tactiques chez les Verts. Elle l'a résumée ainsi sur le NouvelObs.fr :
« Nous sommes déjà en alliance avec le PS dans certaines collectivités locales. Mais ces alliances ne sont pas automatiques. Elles se font autour d'un projet. »
Cela suppose que le PS parvienne à proposer un « projet » suffisamment consensuel et ouvert pour convaincre ses partenaires de jouer la carte de l'union.
Avantage : cela reprend une formule qui a démontré son efficacité en 1981.
Inconvénient : pas facile à mettre en œuvre, en l'absence d'un projet fédérateur et neuf.
Les « modérés » et les « radicaux »
Autre scénario envisageable : la constitution de deux forces, une modérée et une radicale, s'articulant autour d'un éclatement du PS et de sa recomposition. D'un côté, une aile centro-progressiste appelée de ses vœux par plusieurs quadras du PS. De l'autre, une aile plus radicale visée par un Jean-Luc Mélenchon, bénéficiaire de nombreux relais rue de Solférino. Le chef du Front de gauche l'avait longuement expliqué en début d'année sur Rue89.
« On ne peut pas choisir entre des gauches, on choisit entre des orientations politiques. Et ensuite, on se demande comment on peut faire pour les rendre majoritaires. Moi j'espère constituer un front de gauche qui soit assez puissant pour mettre une telle pression sur le Parti socialiste qu'il change de cap. »
Avantage : offrir au premier tour un vrai choix à gauche et constituer une réserve de voix pour le second tour en 2012.
Inconvénient : faire apparaître au grand jour la diversité des options idéologogiques, dans la lignée des divergences européennes.
Le statu quo jusqu'au printemps
C'est sans doute le scénario le plus probable de cette rentrée. Malgré les velléités de la nouvelle génération -celle qui n'a jamais été au pouvoir-, les différentes formations ont surtout intérêt à attendre les élections… régionales de 2010.
Le rapport de forces issu des urnes permettra alors à chacun de compter ses troupes et de faire valoir ses ambitions pour 2012. Plus que jamais, la présidentielle est un rendez-vous obligé des partis politiques, car leur financement public repose en grande partie sur son résultat qui conditionne aussi celui des législatives.
Sur le fond, les récents échanges entre ténors de la gauche -comme dans Le Monde entre Vincent Peillon et Daniel Cohn-Bendit- montrent que les points d'accords sont finalement plus fréquents qu'on ne pourrait le croire.
Avantage : chacun conserve son pré carré et sa « différence ».
Inconvénient : le statu quo assure à l'UMP de rester majoritaire, quoi qu'il arrive.
Photos : Christiane Taubira, Jean-Luc Mélenchon, Martine Aubry, Daniel Cohn-Bendit, François Bayrou, Marie-Georges Buffet (Audrey Cerdan/Rue89. Reuters).
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De pablico
18H04 | 22/08/2009 |
Cohn-Bendit a dit justement :
il faut savoir si tu veux gagner, ou si tu veux avoir raison…
il faut choisir.. avoir raison n'a jamais fait gagner à coup sûr…..il fait même souvent perdre.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 18H06 | 22/08/2009 |
Une chose me titille dans cet article : toutes les hypothèses (sauf, dans une certaine mesure, la première) partent du principe que le PS serait majoritaire.
Et si les Verts, ou le Modem, ou le Front de Gauche passaient devant le PS ? Après tout, ce n'est plus seulement une hypothèse d'école. Le PS accepterait-il de participer à des exécutifs dans lesquels il serait minoritaire ?
Ah, et j'oubliais ! La question d'une tête d'affiche pour les présidentielles est-elle une bonne question ? La gauche, en particulier hors du PS, ne pourrait-elle enfin se résoudre à proposer une alternative qui ne passe pas par la case présidentielle, mais qui aille directement à la constitution d'une majorité à la Chambre des députés, quitte à mener cette bataille derrière un éventuel futur premier ministre ?
De Liger
liger.amsud.net | 18H56 | 22/08/2009 |
J'ai 3 remarques :
- hypothèse 1 (sans le PS) : vous oubliez que si le PS incarne les divergences européennes de la gauche, faire disparaitre le PS ne fait pas pour autant disparaitre ces divergences. D'une certaine manière, elle les développe, ce qui conduit à l'hypothèse 4.
- hypothèse 2 (Modem) : c'est une vérité historique, le centrisme ne mène à rien en France, à part donner aux centristes la capacité d'intégrer le gouvernement vainqueur à gauche comme celui à droite. Une démocratie tient debout comme un chapiteau : on tire sur les haubans à droite et à gauche. Celui qui grimpe au mat ne sert qu'à montrer ses fesses.
- hypothèse 5 (statu quo) : c'est évidemment ce qui va se passer, pour une raison simple : La gauche, ce n'est pas l'alternance, mais les alternances. Ses divisions ne sont pas conjoncturelles, mais intrinsèques. Le jour où la gauche réagira comme l'UMP, en acceptant un duce et en fermant sa gueule, ce ne sera plus la gauche. Apprenons à nous connaître.
De sitoihien
18H59 | 22/08/2009 |
Cohn -Bendit est pour une alliance des écologistes de droite et de gauche. C'est un vrai centriste, mais cela ne plait pas a tous les écologistes de gauche. La députée verte Martine Billard a quitté les verts car elle trouve Cohn -Bendit trop centriste, elle n'est pas la seule. En 1989 les verts avaient fait également un très bon score aux européennes, on connait la suite. Les verts sont un gros groupuscule qui n'a jamais passé les 9000 adhérents. Ce n'est pas demain la veille qu'il va devenir un parti de masse.
Le seul parti de masse a gauche pour le moment, c'est le PS et sans une alliance avec ce parti les autres partis auraient peu d'élus.
De Enki
Alchimiste | 20H24 | 22/08/2009 |
Le piège est tendu. La seule réponse possible de l'opposition à l'hyperprésidentialisation du pouvoir est l'hyperprésidentialisation obsessionnelle de l'alternance.
On veut des idées, mais, comme disait Raffarin-fils : « Le pouvoir d'abord, les idées ensuite ». Il nous faut donc un leader d'alternance qui rallie les idées de la majorité anti-sarkozyste. Il va falloir qu'il soit sexy !
Il n'y aurait qu'un petit cap de maturité à franchir pour l'opinion et l'opposition pour faire enfin quelque chose de nouveau, de l'ordre d'un petit pas de plus vers la démocratie.
Que la gauche se vaccine du fantasme leadershipien suprème en s'accordant sur une déprésidentialisation du pouvoir, et nous choisisse des présidentiables ambitionnant surtout de renoncer à la dictatorialisation en cours.
Que la gauche s'accorde sur ce qui est du champ de l'urgence concensuelle, et ce qui est du champ du débat à ouvrir.
Que la gauche fasse des primaires pour un premier ministre, et pour chaque portefeuille d'un gouvernement unitaire d'alternance, avec un projet législatif débattu sans la droite à faire passer en bloc.
Que la gauche se trouve une salle, et y installe un parlement parallèle, nous prépare un code du travail, un programme de re-nationalisations, un paquet fiscal, un paquet social, une loi-cadre sur l'environnement, un nettoyage financier, une mobilisation éducative, etc… Que ce soit prêt à voter.
Que les ambitieux soient ceux qui auront bossé là dessus et veulent être députés pour le voter ou ministres pour le mettre en place.
Que la gauche s'unisse sur un projet, et sorte du piège de la course au leader.
La gauche peut être unie 100 jours, qu'elle prépare ces 100 jours.
100 journées législatives pour revenir en France, avec une république laïque, la séparation des pouvoirs, l'état humaniste et social.
On aurait l'air con avec un ou une présidente de gauche et une assemblée qui ne suit pas, autant faire l'effort de l'union de la gauche pour la législative.
Sarkozy re-président et une cohabitation de gauche, avec une assemblée qui lui sape tout le boulot en trois mois, ce serait excellent.
On aurait inespérément vacciné la république contre les omniprésidents.
Qui veut ne pas être président ?
Sinon, premier tour 2012 :
- Sarkozy 15%
- M ou Mme X (unitaire gauche A) 14%
- M ou Mme Y (unitaire gauche B) 14%
- Divers trucs et abstention 42,9 %
- Marine Le Pen 14,1 %
… Et un grand vide unitaire le lendemain…