Tribune 21/08/2009 à 11h30

Rééditer « Mein Kampf », un mal nécessaire


Le 31 décembre 2015, les droits d'auteur de l'édition originale de « Mein Kampf » tomberont dans le domaine public. A cette date, des rééditions néo-nazies du manifeste hitlérien seront théoriquement possibles, alors qu'elles sont actuellement interdites.

Rédigé par Adolf Hitler alors qu'il était emprisonné à Landsberg entre 1923 et 1924 pour une tentative ratée de putsch, « Mein Kampf » (« mon combat ») pose les fondements de l'idéologie nazie. L'ouvrage détaille notamment les théories d'Hitler sur la pureté raciale, sa haine du communisme et du socialisme et son obsession de la malfaisance des juifs, qu'il voue aux gémonies et désigne comme responsables de tous les malheurs de l'Allemagne et du monde.

Il s'y réfère abondamment aux pseudos « Protocoles des sages de Sion » qu'il considère évidemment comme véridiques et dignes de foi.

Les ventes de « Mein Kampf » ont suivi l'ascension politique d'Adolf Hitler. Diffusé par le régime nazi, plus de 10 millions d'exemplaires se sont vendus entre 1930 et 1940, auxquels on peut ajouter les traductions dans une quinzaine de langues.

La communauté juive d'Allemagne divisée sur le sujet

« Mein Kampf » est aujourd'hui interdit à la diffusion en Allemagne, ce qui n'est pas le cas dans de nombreux pays. Le Conseil central des juifs allemands a apporté son soutien à une proposition pour la republication de « Mein Kampf ».

Dans le pays, certains juifs s'opposent pourtant à cette initiative, mais Stephan Kramer, secrétaire général de cette instance (qui se montre combative sur toutes les questions de racisme et de lutte contre l'extrême droite) pense que le livre doit être lu par les générations futures pour les informer de la nocivité du nazisme :

« Il est important de publier une édition de Mein Kampf avec un commentaire pédagogique. Nous devons préparer une édition historiquement critique aujourd'hui pour empêcher que les néo-nazis en profitent. »

L'état de Bavière, qui détient les droits du livre, reste opposé à cette idée. « Nous ne lèverons pas l'interdiction car elle pourrait faire le jeu de l'extrême droite », a déclaré un porte-parole du gouvernement bavarois.

Néanmoins, Wolfgang Heubisch, ministre des Sciences et de la Recherche de Bavière, s'était prononcé en faveur d'une réédition :

« S'il faut que l'ouvrage d'Hitler soit édité, le danger existe que des charlatans et des néo-nazis se saisissent de cette œuvre ignoble lorsque la Bavière n'aura plus les droits. »

En France, la publication de « Mein Kampf » autorisée sous conditions

En France, la publication et la vente en librairie de Mein Kampf demeurent taboues, mais ne sont pas interdites.

Dans un arrêt du 11 juillet 1979, la cour d'appel de Paris juge que « Mein Kampf » peut être autorisé à la vente compte tenu de son intérêt historique, mais accompagné toutefois d'un texte de huit pages mettant en garde le lecteur. Ce texte évoque les dispositions légales en matière d'incitation à la haine raciale et rappelle les crimes contre l'humanité du régime hitlérien.

En pratique, ce sont les librairies d'extrême droite et surtout les nombreux sites néo-nazis qui proposent l'ouvrage, téléchargeable dans de nombreuses langues.

Le livre est largement diffusé dans les pays arabes (mais il y reste dépassé par son « ancêtre », les « Protocoles des sages de Sion ») en Inde, en Indonésie, en Turquie. Partout il symbolise l'ultra-nationalisme et l'antisémitisme.

L'ouvrage récent d'Antoine Vitkine « Mein Kampf : histoire d'un livre » (Flammarion, 2009) retrace une partie du sort de l'ouvrage d'Hitler. L'auteur l'évoquait dans un entretien diffusé par Arte.

Une pédagogie encore nécessaire aujourd'hui

Nous estimons que l'accès à « Mein Kampf », le débat sur l'histoire du nazisme et l'application du programme hitlérien qui est contenu dans l'ouvrage constituent des outils pédagogiques.

On peut ainsi mesurer ce que doivent à ces thèses les campagnes de l'extrême droite européenne, du Front national, de la liste « antisioniste » de Dieudonné-Soral-Gouasmi lequel vitupère sur le « sioniste qui se trouve derrière chaque divorce » reprenant un thème typiquement nazi.

Quand Dieudonné prépare déjà la prochaine échéance de son spectacle de décembre prochain qui, après Faurisson en 2008, sera centré sur la célébration de Céline.

Quand Kémi Seba se lance sur Internet dans une comparaison entre Bonaparte et Hitler dans le seul but de convaincre ceux qui l'écoutent qu'Hitler ne doit pas être « diabolisé ».

Quand l'antisémitisme mais aussi le négationnisme et le racisme sont diffusés aussi largement, il est utile de retracer la nature de ce qui constitue l'idéologie la plus réactionnaire jamais produite à ce jour.

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  • thierry reboud
    • Posté à 11h49 le 21/08/2009
    • Internaute

    Tout à fait d'accord avec Herszkowicz, et j'ajouterais qu'une édition critique serait même une oeuvre de salubrité publique alors que les dispositions actuelles (le préambule obligatoire de huit pages) ne sont guère qu'un cache-misère.

    Je suggèrerais même qu'une telle édition devrait bénéficier du maximum d'aides publiques possibles (CNL, Education Nationale, etc.) de sorte que son prix de vente soit le plus bas envisageable. Dans la mesure où une édition critique augmenterait sensiblement le volume de l'ouvrage (déjà passablement massif tel qu'il est publié aux Nouvelles Editions Latines), il faudrait viser un prix de vente inférieur à celui des éditions prosélytes qui, elles, ne manqueront pas d'être publiées.

  • shillom
    shillom répond à Sebl007
    • Posté à 12h43 le 21/08/2009
    • Internaute

    Je pense qu'il serait plus intéressant encore qu'une édition commentée soit publiée, permettant de mettre en parallèle les thèmes développés dans Mein Kampf et les faits historiques qui ont découlé de l'accession au pouvoir de Hitler.
    A l'heure actuelle on parle du livre aux Lycéens, on leur dit que le contenu expliquait tout le programme de Hitler, et on parle des ravages de la seconde guerre mondiale. La mise en parallèle permanente des faits et du livre serait peut-être plus enrichissante encore, elle rappellerait les dangers du fascisme et du racisme et serait accessible à tous.
    Un sujet intéressant pour des historiens non ?

  • Sebl007
    • Posté à 14h03 le 21/08/2009

    Le but est justement de ne pas laisser des personnes non cultivées se faire berner. Hitler mentait au foule pour les contrôler et prendre/asseoir son pouvoir. Au contraire ce que je propose - dans cet exemple pour Mein Kampf mais je suis d'accord pour que ce soit étendu à d'autres sujets, notamment la politique et l'économie - a pour essence même la formation des citoyens.

    C'est en formant leur esprit d'analyse, leur esprit critique que nous arriverons à avoir des citoyens éduqués, capables de réfléchir d'eux-mêmes et peut être un jour de voter selon leur propre conviction et pas sur ce qu'ils entendent dans les médias ou leur entourage...

    Considérer que tous les hommes sont égaux intellectuellement est tout simplement idiot. Il n'est pas question d'intelligence mais de culture et de suffisamment de savoir pour pouvoir comprendre le monde complexe qui nous entoure.
    Je ne me considère pas comme supérieur aux autres, mais mon milieu social, mon entourage, mon éducation m'ont déjà donné un plus incontestable que d'autres non pas eu. Il est plus facile d'analyser un projet de loi ou de se décider sur un projet constitutionnel lorsque l'on a fait de l'économie, du droit, de la géopolitique etc.
    C'est aux professeurs d'élever les enfants au niveau de citoyens. La tâche n'est pas si simple, et même elle est d'une importance capitale.

    Laisser des enfants entendre toute sorte de conneries sur les juifs, les arabes, les noirs ou autre et ne pas leur offrir de contre explication en cours est dangereux. Imaginez un enfant qui tombe dans une famille de raciste antisémite. En est-il pour autant antisémite ? Non. Mais si personne ne lui explique Mein Kampf et que son entourage lui fait lire, il y a de fortes chances qu'il développe aussi une forme d'antisémitisme. Ce serait dommage !

    Nous parlons ici de Mein Kampf, mais, une nouvelle fois, je pense que le sujet est à élargir à bien d'autres sujets de notre vie de tous les jours.

  • Autist Reading
    Autist Reading
    Plus fort que Brogilo
    • Posté à 20h51 le 21/08/2009
    • Internaute
      Plus fort que Brogilo

    Si à l'éducation nationale on nous faisait lire « Psychologie de masse du fascisme », de Wilhelm REICH, tous le monde pourrait lire Mein Kampf.

    Le mieux, pour faire deux fois la même blague à quelqu'un, c'est qu'il ait oublié que vous lui avez déjà faite...

  • ptireno
    • Posté à 02h03 le 22/08/2009

    Personnellement étant étudiant en histoire, j'ai lu et étudié la Bible pour savoir de quoi je parle, j'ai lu le Manifeste du parti communiste de Karl Marx pour savoir de quoi je parle, j'ai lu les Mémoires de guerre de Charles de Gaulle pour savoir de quoi je parle, j'ai étudié le Protocole des Sages de Sion pour savoir de quoi je parle, j'ai lu Nietzsche, Voltaire, Céline, Aragon, Rousseau, Sartre. On ne peut pas débattre d'un sujet sans le maitriser, et encore moins le contredire. Alors pourquoi ne pourrait-on pas lire Mein Kampf pour pouvoir démonter l'argumentaire... On ne peut pas combattre un ennemi tout en restant ignorant. L'interdiction et l'impossibilité de sa lecture favorise sa mystification....

  • Litobig
    • Posté à 10h12 le 22/08/2009

    Rééditer « Mein Kampf », une chose normale et nécessaire.
    L'essentiel de la chose reste que l'on doit pouvoir avoir accès à toute la culture, de la plus nauséabonde à la plus démocratique (ce qui parfois ne vaut qu'un peu mieux), accès à toutes les idées, de tous bords, des plus archaïques aux plus modernes.

    Et Georges Brassens de chanter « Mourir pour des idées », « Les deux oncles » et j'en passe...

    De plus, je suis persuadé que parfois, nous sommes plus libres en sachant contre quoi nous nous battons plutôt qu'en sachant ce pourquoi nous nous battons (bien qu'au fond, cela devrait revenir au-même).
    Laissons les idées fuser, nous reconnaitrons les notre.

    P.S : Je ne résiste pas à l'envie de copier, pour ceux qui ne la connaisse pas, mais sont ils nombreux, les paroles de la chanson de Georges Brassens, « Mourir pour des idées ».

    « Mourir pour des idées, l'idée est excellente
    Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eu
    Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante
    En hurlant à la mort me sont tombés dessus
    Ils ont su me convaincre et ma muse insolente
    Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi
    Avec un soupçon de réserve toutefois
    Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente,
    D'accord, mais de mort lente

    Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure
    Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
    Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure
    Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain
    Or, s'il est une chose amère, désolante
    En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater
    Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée
    Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
    D'accord, mais de mort lente

    Les saint jean bouche d'or qui prêchent le martyre
    Le plus souvent, d'ailleurs, s'attardent ici-bas
    Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire
    C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas
    Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent
    Bientôt Mathusalem dans la longévité
    J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté
    “Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
    D'accord, mais de mort lente”

    Des idées réclamant le fameux sacrifice
    Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
    Et la question se pose aux victimes novices
    Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles ?
    Et comme toutes sont entre elles ressemblantes
    Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
    Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau
    Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
    D'accord, mais de mort lente

    Encor s'il suffisait de quelques hécatombes
    Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât
    Depuis tant de “grands soirs” que tant de têtes tombent
    Au paradis sur terre on y serait déjà
    Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes
    Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez
    Et c'est la mort, la mort toujours recommencée
    Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
    D'accord, mais de mort lente

    O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres
    Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
    Mais de grâce, morbleu ! laissez vivre les autres !
    La vie est à peu près leur seul luxe ici bas
    Car, enfin, la Camarde est assez vigilante
    Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux
    Plus de danse macabre autour des échafauds !
    Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
    D'accord, mais de mort lente »