A debattre 20/08/2009 à 19h08

PS : les quadras piaffent et s'en prennent à Martine Aubry

David Servenay | Ex-Rue89

Montebourg, Peillon et Valls ont mis la pression sur la première secrétaire à l’approche de l’université d’été du Parti socialiste.

Jeunes, un peu frustrés de responsabilités, et prêts à tout pour revenir aux affaires : les quadras du Parti socialiste partent à l’assaut de la citadelle aubryste, à quelques jours de la rentrée politique et de l’université d’été du PS.

Ils en parlent depuis au moins deux ans. En juillet 2007, Rue89 titrait déjà sur les « jeunes lions » ambitieux du PS. Arnaud Montebourg, Manuel Valls, Gaetan Gorce... appelaient à la « rénovation » après l’échec de la présidentielle 2007. En 2009, ils cherchent à passer à l’acte, fatigués du ronron de la rue de Solférino et des débats sans fin des éléphants.

Montebourg, Peillon, Valls n’ont jamais été ministres


De cette génération sacrifiée (aucun n’a jamais été ministre), le premier à brandir l’étendard de la dissidence est l’un des plus discrets. Vincent Peillon, 49 ans, agrégé de philosophie et député européen, s’affranchit de son allégeance à Ségolène Royal en lançant L’Espoir à gauche.

Pas tout à fait encore un courant, mais déjà plus qu’un club, il organise vendredi et samedi à Marseille ses ateliers d’été. Payantes (15 euros pour les chômeurs, 45 pour les autres), ces deux journées sont déjà très courues puisqu’elles auraient plus de 1 000 inscrits. Et une brochette de stars : de Daniel Cohn-Bendit (Verts) à Marielle de Sarnez (MoDem), en passant par Robert Hue (PCF)

Vincent Peillon l’explique dans Le Parisien, il veut mettre au point une nouvelle stratégie d’alliance à gauche :

« Toutes les grandes victoires politiques ont supposé l’invention d’un nouveau système d’alliance. Cela a été le cas pour François Mitterrand, qui a su imposer à la SFIO mourante le processus d’Epinay, l’union avec le PC, ou pour Lionel Jospin avec la gauche plurielle.

Aujourd’hui, nous devons construire avec tous les républicains de progrès une nouvelle alliance majoritaire qui va des communistes au MoDem. »


Juste derrière, en embuscade, Manuel Valls, 47 ans, s’est positionné avec fracas dans la course à la présidentielle. C’était juste au début des vacances, dans un de ses nouveaux psychodrames dont la rue de Solférino a le secret.

A l’époque, nous décrivions les raisons pour lesquelles « le match Aubry-Valls est bien parti pour durer au PS ». Ce qui se passe actuellement confirme cette impression. Alors qu’ils sont encore en congés, Valls et Jean-Christophe Cambadélis ont échangé quelques mots aigres.

Sujet de la polémique ? Le thème de l’atelier auquel doit participer le député-maire d’Evry : sécurité ou économie ?


Enfin, dans le trio des rebelles, Arnaud Montebourg, 46 ans, n’est pas le moins actif. Dans une tribune au vitriol, publiée jeudi sur le site du Nouvel Observateur, le député de Saône-et-Loire flingue à tout va en direction des caciques. Il exige une primaire pour la présidentielle, « primaires populaires ouvertes à l’ensemble des citoyens de gauche ». Et avertit :

« Or, je le dis tout net, je n’irai pas plus loin. S’il devait échouer, ce combat serait pour moi le dernier, au sein d’un PS qui telle la vieille SFIO ne mériterait plus qu’on l’aide à survivre.

Il y a dans ce parti trop de violence, trop de blocages, trop de poussières sous les tapis, trop de petits calculs pour que le militant que je suis, fidèle à ses idées et fier de ses engagements, ne tente pas son dernier combat. »

Problème commun au trio : où sont leurs troupes ? Montebourg et Peillon ont laissé couler la C6R (Convention pour une VIe République) depuis longtemps. Quant à Valls, il n’est pas connu pour être un rassembleur de militants.

Qui sera le d’Artagnan du PS ?

Autre point commun à nos mousquetaires : tous rêvent de devenir le d’Artagnan du PS. Si possible par l’organisation de primaires, le plus vite possible, histoire d’écarter les vieux barons du parti. Un « piège », selon le chercheur en sciences politiques Frédéric Sawicki, spécialiste de l’histoire du parti :

« Penser que les primaires, ça peut résoudre tous les problèmes du PS, c’est ça le piège qui est en train de se refermer sur Martine Aubry et la direction du parti. C’est un parti vieillissant, qui a d’abord du mal à renouveler son projet et son programme.

Et puis voyons ce qui s’est fait ailleurs : en Italie, les primaires n’ont pas empêché l’éclatement de la gauche, cela mérite réflexion ! »

Visiblement, l’argument ne convainc pas. Dans sa tribune, Arnaud Montebourg laisse entendre -sans la citer une seule fois- qu’il pourrait lâcher Martine Aubry, puisque sa mission de « rénovation » du parti est un échec.

Mais pour qui ? Ou pour quoi ? Chacun des mousquetaires sait bien qu’il est urgent d’attendre... les élections régionales du printemps 2010.

Que fera la reine Aubry face à cette fronde ?

Alors que faire ? Fragilisée par l’échec des élections européennes, Martine Aubry sait qu’il lui faut agir, mais sans rompre l’équilibre instalble. Peut-elle faire un exemple pour ramener dans le rang les brebis égarées ? Frédéric Sawicki :

« A la Rochelle, si elle pendait haut et court Manuel Valls, ça ferait plaisir à pas mal de gens. Le problème est qu’au PS, on ne manie pas l’exclusion. Voyez l’exemple de Georges Frêche, suspendu dans l’Hérault... Dans ce parti, le vrai pouvoir est celui des barons locaux. Mais il est vrai que le député-maire d’Evry ne pèse pas si lourd que ça. »

Réponse à partir du 28 août à la Rochelle, où l’université d’été du PS s’annonce plus houleuse que prévue.

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  • TAZeur
    • Posté à 20h10 le 20/08/2009
    • Internaute 82780

    Le PS doit, devrait, ou aurait dû depuis longtemps lancer une réflexion de FOND sur la nature et la fonction du socialisme à l’ère gloubi-globale.

    Le XXème siècle aura bien vérifié sa dérive droitière, quoi qu’en dise Jean Daniel, depuis les mouvements ouvriers du XIXème, fous d’idéaux communautaires, jusqu’au pouvoir centro-central du Mitterandisme des dernières années (et/ou des toutes-premières...).

    C’est toute la question de la notion de classe qui doit être reposée - puisque tel « marxologisme » va jusqu’à définir de façon sous-jacente le socialisme lui-même.

    Or l’émergence de la Finance, la prétention sinon l’hypocrisie, désormais généralisée (jusque chez Valls ou Delanoé !) consistant à vouloir fonder une éthique sur la base de la loi -sauvage- du marché, la déterritorialisation universelle menée au nom du seul profit-pour-lui-même, la fin des espérances vraiment révolutionnaires depuis que l’ouvrier s’est changé en complice salarié... Tout cela vaut certes d’être dénoncé, mais ouvre surtout la voie bien grande à tout ce qui, depuis Marx et Proudhon, Fourier, Bakounine, Kropotkine, Makhno, voire, -soyons provoc selon la mode- un Malraux dans ce qu’il eût de plus gauchiste - tout ce mouvement vaste, prolongé par les Illitch, Ellul, Guattari, Deleuze, Foucault, Chomsky : celui d’une société fondée sur la liberté de chacun comme fondant celle de tous, et où toute propriété économique privée ne saurait plus, en tant que telle, simplement... exister.

    Un anarchisme structuré, dites-vous ? - Si vous voulez.

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 20h18 le 20/08/2009
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    Le plus drôle dans cette affaire, c’est que les solutions envisagées par chacun des trois trublions sont toutes vouées à l’echec :
    - grande alliance du MODEM au PC ? Improbabable.
    - Les primaires à gauche ? Serpent de mer. Même si un candidat ou une candidate est désignée par dessus le Parti que pourra t’il faire sans un parti en ordre de bataille qui ne roulerait pas à 100% pour le/la candidat ? Rien ou si peu comme Ségoléne.
    - Valls est l’alpha et l’oméga de son programme pour la présidentielle de 2012, Valls est seul. En cas de second mandat de Sarko, il pourrait remplacer un Besson ou un Bockel.
    Pour paraphraser R Reagan : Le PS n’est pas la solution, mais le problème. Tant que le PS vivra, une réelle redistribution des cartes dans le paysage politique français sera impossible.
    L’idée socialiste est plus importante que ce parti qui n’en n’a plus que le nom.

  • Baruch Spinoza
    Baruch Spinoza
    Penseur
    • Posté à 21h03 le 20/08/2009
    • Internaute 86678
      Penseur

    Vous avez oublié Benoît Hamon.

    Lui aussi il est jeune.

    Faut dire qu’en faire entrer quatre sur la photo n’eut pas été chose aisée.

    Mais ça aurait favorisé la quadra-ture du cercle.

  • A.V.
    • Posté à 21h13 le 20/08/2009
    • Internaute 24685

    « Aujourd’hui, nous devons construire avec tous les républicains de progrès une nouvelle alliance majoritaire qui va des communistes au MoDem. »

    Même réussie, aucune chance que cette alliance ne mène au pouvoir. Sarkozy a fait mieux en ratissant du FN au PS, dévoyant un clivage gauche-droite de plus en plus flou. Guidé par le seul calcul électoral, il a aussi sans le vouloir débarrassé la France d’une vraie fausse alternative qui minait la politique depuis le mitterrandisme. L’occasion est réelle de sortir du système classique des partis, donc du Graal de la présidence comme seule expression du pouvoir, pour développer le concept plus large et dynamique de groupe de pression en profitant de l’arsenal juridique de l’Europe.
    A des années-lumière de là, les « quadras » du PS ont décidé d’aller à la pêche au gros à la Rochelle. N’oubliez pas les bières, les mecs.