Sur le terrain 18/08/2009 à 17h25

Mon premier vrai braquage, dans la torpeur aoûtienne

Marina Bellot | Journaliste


Un hélicoptère survole les lieux du braquage (Eloa Martinez)

12 heures, dans la torpeur du mois d’août. Alors que je termine tranquillement un article, je suis envoyée d’urgence sur un braquage, rue Monge dans le Ve arrondissement de Paris.

Ni une ni deux, j’embarque une caméra de Rue89 et me voilà dans le métro, à maudire les secondes qui séparent chaque station et qui me paraissent interminables. Mon angoisse : arriver après la bataille.

En sortant du métro, je m’aperçois avec soulagement que tout le périmètre autour de la banque est bouclé. Des badauds sont massés sur un bout de trottoir entre une fourgonnette de police et une terrasse de café, le nez en l’air pour suivre des yeux l’hélicoptère déployé pour surveiller les toits de la banque. (Voir la vidéo)

Je pense être la seule sur le coup quand, au loin, je les vois : une horde de journalistes agglutinés au bout de la rue.

Je m’apprête à franchir le cordon de sécurité quand un policier m’arrête.

- « Hop hop hop, on ne passe pas.
- Mais je suis journaliste !
- Vous avez une carte de presse ?
- Non, mais vous voyez bien, j’ai une caméra, un micro...
- Ecoutez mademoiselle, ce n’est pas parce que vous avez un caméscope que vous êtes journaliste.
- Alors vous faites le tour, comme tout le monde. »

Je rejoins enfin la foule de journalistes, cheveux collés au front et portable à l’oreille.

Certains sont visiblement ravis. « Ils sont cool les mecs, ils ont vu notre conducteur pour le JT d’aujourd’hui, ils se sont dit on va faire un petit braquage, ça les aidera », plaisante un cameraman.

Des passants bien informés renseignent les journalistes, qui renseignent à leur tour les passants. Un jeune homme explique :

- « Le bruit de l’hélico m’a réveillé, je me suis levé juste pour ça alors j’aimerais bien savoir ce qui se passe.
- Apparemment, c’est un braquage.
- Un braquage à l’anglaise ? (ton admiratif).
- Et ils sont combien ?
- D’après les dernières informations, ils sont trois.
- Oui, trois. Et il paraît qu’il y a une jeune fille blonde de 23 ans parmi les braqueurs.
- C’est encore mieux qu’un film ! »

A l’écart de l’agitation, un journaliste d’une grande chaîne nationale interviewe un vieil homme qui habite le quartier. « Je suis sorti acheter mon pain, et quand je suis revenu ils avaient bouclé la rue », explique-t-il, face caméra. Ils sont bientôt dix à pointer leurs micros vers le riverain superstar, quand ils comprennent que le « témoin » n’a rien vu. Soupirs de découragement.

L’officier de presse apparaît. Mouvement de foule, les journalistes se ruent sur lui et l’encerclent. Avec mon « caméscope », impossible de filmer autre chose que des crânes.

« Vous restez derrière le cordon », ordonne-t-il. « Et pas de déclaration pour le moment ».

Il fait 40 degrés, le soleil tape et l’agacement commence à prendre le pas sur l’excitation. « Putain, ça fait 20 minutes que je perche comme un con, j’ai une crampe au bras », s’énerve un JRI.

Tout à coup, un concert de klaxons couvre le bruit de l’hélicoptère. Une femme a abandonné sa voiture au milieu de la route pour prendre des photos.

Au bout d’une demi-heure, l’officier de presse réapparaît. Nouvelles empoignades. « Allez, on veut de l’action », crie un passant qui filme la scène.

Un autre s’amuse à ajouter encore un peu de confusion à la pagaille ambiante :

« Je vous rappelle qu’on est en alerte orange pour la grippe A, alors dispersez-vous Mesdames, Messieurs ! »

« Bon bah il va falloir retourner travailler », souffle une passante frustrée de louper la fin du spectacle.

La fièvre est presque retombée quand l’officier réapparaît. « Bon, à 13 heures, deux hommes ont été interpellés par la deuxième section de la BRI. Un troisième homme est en fuite. » Les policiers coupent les cordons de sécurité.

Bilan de l’opération : un jeune homme et une jeune femme de 17 ans ont été interpellés peu après à proximité de
la banque Fortis et ont été placés en garde à vue. Ils avaient pris la fuite par des issues de secours. Par ailleurs, selon une information du Parisien, une troisième personne aurait été appréhendée, information non confirmée par la police.

On ignore si les braqueurs avaient emporté de l’argent.



Intervention de policiers lors du braquage place Monge (Eloa Martinez)

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  • shillom
    shillom répond à Arnaud Aubron
    • Posté à 18h13 le 18/08/2009
    • Internaute 22134

    Oui il est drôle, et parle du background, du travail des journalistes, et pas du braquage. C’est la qualité de cet article, sur le coup je dis bravo à Marina.

    J’imagine bien le troupeau de journalistes cherchant la bonne image, se tournant tous ensemble quand un cadreur se gratte la nuque en pensant qu’il a trouvé l’image choc, se serrant autour du petit vieux qui n’a rien vu en espérant qu’il lache une info... Ce n’est pas le journaliste qui se regarde le nombril, c’est le journaliste qui se moque du journalisme, et je trouve ça beau.

  • zaichonok
    zaichonok
    bobo bio
    • Posté à 18h54 le 18/08/2009
    • Internaute 61156
      bobo bio

    bah, c’est un non évènement c’est plutot de bonne guerre de faire un « non article ». C’est meme plus honnete que jouer l’énorme titre un braquage dans la ville... là au moins on a l’ambiance du truc, ça se lit plutôt bien en plus, j’adhère.

    Les reportages des gens qu’avaient la carte de journaliste sont nettement plus débiles...

  • Humain
    • Posté à 19h01 le 18/08/2009
    • Internaute 21387

    On dit que les braqueurs « auraient » volé une grande quantité de doses de « Tamiflu » dans le coffre de la banque.

    De source bien informée on dit même que cela aurait pu donner lieu à un horrible chantage au H1N1 ! !

    En effet le jeune fille qui ressemblait à Anne Parillot aurait été tentée de refaire un partie du scénario de « Nikita », poussée par un commanditaire des laboratoires Roche !

    Ceci dans le but de diminuer les suicides en prison ! !

    Le gardiens de prison seraient alors affectés à la garde des coffres de banques, qui grace à Florence Aubenas, devrait enfin être gardés par les detenus longues durée , et les détenus qui serviraient enfin quelquechose... et deviendraient rentables ! !

    Ce qui plairait beaucoup à « qui vous savez ».

    Enfin Florence Aubenas, pourrait donc être emmenée, par ce biais à rembourser les frais de sa libération...

    De plus au mois d’Aout, à part les journalistes de « Voici » qui ne sont pas en déplacement, le seul brave disponible était celui de rue 89 ! ! Ouf...

    Tout ceci m’a été confirmé par le pilote de l’Hélico ... Si, si !

    Mais la seule à savoir qu’elle ne savait rien etait la journaliste de Rue 89... Et cela c’est important.

    Car les autres, eux, font comme si ils savaient ! !

    Et, en étant très séieux, cet article est là, particulièrement interessant.