Baida, kamikaze irakienne, à la reporter : « Il est halal de te tuer »

Alissa J.Rubin raconte le parcours de cette enfant de la guerre dans un reportage saisissant publié le 12 août dans le New York Times.
Le policier qui présente les deux femmes prévient Alissa J. Rubin : « Tu vas aimer Baida. Je l'aime. Elle est honnête. » Lorsque la journaliste rencontre Baida, elle l'aime aussi.
Baida est née à Bakouba. Famille nombreuse. Sur huit enfants, cinq ont été tués. Ses frères, moudjahidines, fabriquaient des engins explosifs. Ses cousins aussi. Elle raconte avoir vu son voisin mourir sous les balles des Américains en 2005.
Ces morts successives lui ont donné l'envie de se venger. Elle se rapproche alors de ses cousins, très radicaux ; l'un d'eux est mort en déclenchant sa ceinture d'explosifs.
« Si je tuais des policiers irakiens, j'irais en enfer »
Il y a trois autres femmes dans sa structure. Petit à petit, elle aussi se laisse séduire par une certaine idée de la mort, mais contrairement à d'autres, elle a des limites :
« Ils voulaient que je déclenche ma ceinture d'explosifs près d'un groupe de policiers, mais j'ai refusé. J'ai dit que je ne ferais rien contre des Irakiens, que si je tuais des policiers irakiens, j'irais en enfer parce que les policiers sont musulmans. Si je tue des Américains, alors j'irai au paradis. »
Elle précise qu'elle peut tuer des civils américains, des juifs, « tous ceux qui occupent les terres des musulmans ».
En Irak, les femmes kamikazes sont plus nombreuses que dans les autres pays, moins enclines à envoyer des femmes et des enfants à la mort. En 2007 et 2008, près de 60 attentats suicides ont été tentés ou réalisés par des femmes.
Moins contrôlées que les hommes, elles dissimulent les bombes sous leurs amples vêtements. Les policiers apprennent à les reconnaître : elles portent souvent plusieurs abayas et sont très maquillées, en prévision de leur arrivée au paradis.
« Elle ne s'est pas fait exploser, c'est eux qui ont déclenché »
L'attentat-suicide n'est jamais un acte solitaire, notamment lorsque ce sont les femmes qui portent les explosifs : il faut les fabriquer, les transporter et les déclencher. Pour éviter qu'un attentat n'échoue à cause d'une hésitation de dernière minute, une personne dispose d'un détonateur à déclencher pour faire exploser le kamikaze à distance. Baida raconte :
« Un jour, cette femme, Shaima, a dit : “Je suis prête.” Je les ai vus lui enfiler la veste bourrée d'explosifs. C'était très lourd. C'est eux qui ont déclenché, elle ne s'est pas fait exploser toute seule. Il y a eu cinq ou six morts. »
Pour obtenir cette confession, Alissa J. Rubin a vu régulièrement Baida. A la prison de Bakouka, puis à l'hôpital psychiatrique de Bagdad.
Baida lui réclamait les dates des prochains rendez-vous et téléphonait sans arrêt au bureau du New York Times à Bagdad. Une insistance pas innocente du tout. Ses cousins radicaux s'intéressaient à cette « journaliste américaine », une infidèle.
Alissa J. Rubin a alors demandé à Baida si elle envisageait de la tuer. La réponse est oui :
« Je ne sacrifierai pas notre amitié (...) Mais s'ils insistent, oui, je le ferai, oui. En tant qu'étrangère, il est halal de te tuer. »
Le diagnostic des médecins n'établissant aucune anomalie psychique, Baida a quitté l'hôpital. Elle est de nouveau à la prison de Bakouba et ne rêve que d'une chose : en sortir pour tuer l'ennemi.
- Sur Rue89Rania l'Irakienne, une kamikaze qui ne voulait pas mourir
- Sur nytimes.comHow Baida Wanted to Die (NYTimes)
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Elle s'est réfugiée dans l'idéologie qui est la seule alternative proposée dans la plupart ou presque des pays musulmans où la démocratie et le multipartisme n'existent pas, et où la scolarisation - et en particulier celle des femmes - est parmi les plus basses du monde. Il suffit alors que quelqu'un vienne vous désigner « l'autre » responsable de tous vos malheurs.
Mais, bon, l'histoire prouve qu'on peut être un intellectuel de haut niveau, ne jamais avoir subi personnellement le moindre drame ou la moindre guerre, vivre dans une démocratie et adhérer à une idéologie aussi barge que l'on justifie par des discours très sophistiqués.




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