Sur le terrain 17/08/2009 à 19h59

L'Afghanistan aux urnes (1/3) : le baromètre s'affole


Alors que l'Afghanistan vote ce jeudi, Anne Nivat a parcouru le pays hors des sentiers battus de la capitale. Récit en trois volets.


Sur une place centrale de Kandahar, une affiche en faveur de Ashraf Ghani, ex-ministre de Karzai, passée à l'acide (Anne Nivat)

(De Kaboul) Que se passera-t-il ce jeudi en Afghanistan, pays maudit où toutes les forces étrangères se sont cassées les dents, qui, depuis l'automne 2001, est devenu un des territoires les plus médiatisés de la planète mais sur lequel on continue de ne rien savoir, ou si peu. En tout cas, de ne rien comprendre.

Si les étrangers partent, « ça deviendra Mad Max en 24 heures... », m'affirmait récemment un policier de Kaboul, « mais s'ils restent, c'est la même chose, parce qu'ils ne contrôlent rien », avait-il ajouté, traduisant un cynisme qui, en huit ans, a peu à peu gagné toutes les couches de la société afghane.

Depuis quelques mois, alors qu'on avait presque oublié ce conflit, la litanie des soldats étrangers tués ou blessés dans des attentats à l'approche du scrutin s'égrène plus vite ; emballés, les médias occidentaux s'époumonnent, au risque de se répéter... Quant à la population afghane, elle reste indifférente.

Profitant de l'« aubaine », de disparates groupements de talibans, dont certains ne sont ni plus ni moins que des bandits de grands chemins, se refont une image cruelle et féroce dans les médias, menaçant, dans la plus pure tradition djihadiste, de couper tout doigt noirçi par le vote.

Sous pression continuelle et croissante, harassées, de moins en moins convaincues par leur mission, mais surtout, pas du tout coordonnées, les milliers de forces étrangères sur place bénéficiant, elles aussi, de puissants porte-voix dans les medias occidentaux, savent que c'est aujourd'hui ou jamais l'occasion de prouver (ou pas) le bien-fondé de leur présence.

30000 Marines pour assurer la sécurité

On l'a assez claironné : les 30000 soldats américains supplémentaires envoyés par le nouveau président américain Barack Obama devaient contribuer à une meilleure sécurité dans le pays. Surtout en vue de ce scrutin présidentiel et provincial.

Mais on a vu dimanche les images ensanglantées de la rue la plus sécurisée de la capitale, preuve, s'il en fallait, que des éléments dangereux jouent les trouble-fêtes, et qu'ils agissent en toute impunité.

Qu'on ne soit pas, alors, surpris, par les propos d'Afghans désabusés, voire en colère, qui donnent une image de ce pays bien différente de ce qu'on voudrait nous faire croire à grand renfort de conférences de presse organisées par des militaires sous ordre des politiques, qui ont cependant bien du mal à cacher la triste réalité.

Je vais en Afghanistan au moins une fois par an depuis 2001, à chaque fois pour un voyage d'au moins un mois, au coeur de la population, discrète chez mes hôtes, jamais dans les hotels sécurisés ni accompagnant les forces armées, me rendant à mes risques et périls en priorité en dehors de Kaboul, parce c'est là, justement, où les journalistes ne vont plus seuls et non accompagnés, et c'est là que mon statut de femme reporter indépendante peut me permettre de voir sans être vue... et je ne suis jamais rentrée optimiste.

Pire, au retour de ce dernier voyage, le « baromètre » constitué par mes interlocuteurs, souvent devenus des amis dont je suis les carrières professionnelles et les déménagements au gré de la carte d'insécurité du pays, cette année, s'est affolé.

(A suivre, demain)

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  • Flo_
    Flo_
    Etudiant
    • Posté à 21h07 le 17/08/2009
    • Internaute
      Etudiant

    Tellement content de voir qu » Anne NIVAT écrit pour rue 89, et continue de voyager dans des lieux impossibles. Respect à toute l'équipe pour votre travail.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 22h25 le 17/08/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Un peu d'histoire.
    De 1979 à 1989, l'ex URSS a envoyé un contingent 55.000 hommes pour « mater » les moudjahidines du peuples et soutenir leur homme de paille Babrak Karmal.
    Durant cette période, la première armée du monde, en terme d'effectif, a combattu dans les pires conditions les « rebelles ».
    Afin de remettre les pendules à l'heure, il faut dire que ces « rebelles » ont été équipé de missiles Red Eye (missile anti aerien portable) par les USA afin de contrer les attaques aériennes et ils ont armé et entrainé Massoud et Ben Laden
    Les soviétiques ont été bouté hors de l'Afghanistan par la conjugaison de deux facteurs :
    - La technologie made in USA l
    - La connaissance et la vaillance des tribues.
    Depuis le retrait des soviétiques, le terrain n'a été occupé que par des chefs tribaux dont la principale préoccupation est de pérenniser leur pouvoir ancestral. Les seuls qui proposent une autre solution sont les talibans avec éradication du pavot, principale ressource des paysans et établissement d'un Etat Islamique.
    Les Afghans auront à choisir jeudi entre un système féodal avec Hamid Karzai, qui a fait beaucoups de consessions aux tribues, ou avec un Emirat islamique , celui des talibans.
    B. Obama a commis une erreur stratégique en échangeant le conflit de l'Irack contre celui de l'Afghanistan, il sera perdant dans les deux cas.

  • spleenlancien
    spleenlancien répond à GuiVi
    Que sont mes voisins devenus ?
    • Posté à 08h22 le 18/08/2009
    • Internaute
      Que sont mes voisins devenus ?

    Comment nous a t'on vendu cette guerre ?
    - Reaction bien légitime face au drame du 11 09 2001.
    - Libérons les femmes afghanes du joug des Talibans.
    - Alphabétisation des jeunes filles. Construction d'hopitaux de routes.
    - Guerre aux barbares d'un autre âge etc.
    - Voici en vrac quelques stéréotypes d'occidentaux destinés à fabriquer du consensus autour d'une guerre sale. Nous ne sommes pas des ignares à condition de s'informer ailleurs que sur les média dominants. C'est possible mais cela demande un petit effort. Où entendez vous que les talibans sont des résistants ? Nulle part. Pire on ne peut même pas le concevoir car résister c'est positif et eux ne peuvent pas l'être .
    En ce qui concerne la presse nord-coréenne, je ne la lis pas mais la presse la Sarkofrance n'est pas mal non plus...
    Je suis un lecteur d'Anne Nivat, je sais qu'elle va où les autres ne vont pas.Lisez ses autres articles où elle évoque la désillusion des afghans. Voilà qui a plus de goût et de saveur que la bouillie prédigérée à laquelle je faisais allusion dans mon premier commentaire.

  • mauser
    mauser répond à padiran
    • Posté à 08h41 le 18/08/2009
    • Internaute

    Une executive order datant de 1978 signé du président Carter sous l'influence de big Z permettait la fourniture de matériel « DEFENSIF » aux premier rebelles afghans autrement dit dés cette époque il était prévu de pièger l'ours soviétique .
    Petit bémol l'armée rouge en Astan n'a jamais été pléthorique
    118 000 hommes au plus haut à comparer aux 540 000 des américains au Nam.
    Pour les balles d'argent fournie par la CIA aux afghans je vous conseille la lecture de CIA-KGB le dernier combat Milton Bearden et James Risen (Albin MIchel) vous y trouverez un catalogue assez complet de ce qui à été fourni aux afghans .
    NB ce sont les Stinger qui ont fait la différence en AAA mais ils ont aussi reçu des missile AT Milan français ou des mortier de 120 espagnols avec une centrale stellite us des lance-roquette monotube chinois spécialement fabriqué pour eux et venant du m^me pays queques millier au minimum de mulets et d'anes pour l'intendance.
    Même si cella tient de la légende la CIA et les américains n'ont jamais entraïnés un moujahidine il laissait le soin de la chose au pakistanais quelques afghans de Massoud eux sont passé en France par deux établissements militaire Cercotte et Mont Louis
    Les anglais eux ont aussi formé des afghans au sein du 22 régiment plus conus comme le SAS
    Quant à Ben Laden certains contestent même sa participation réelle à des combats c'était avant tout un argentier , il n'allait pas lever le pied avec les fonds saoudiens .
    Un batisseur de routes d'abris entre autres et si l'on le croit il se serait bien battu contre les russe mais vers la fin alors qu'il était présent au Pakistan quasiment avant l'invasion soviétique
    Massoud est un tadjik autrement dit il fait parti de la seconde ethnie du pays Karzai est patchoun l'ethnie majoritaire c'est aussi celle des talibans qui sont soit afgahans soit pakistanais donc étranger mais comme un Alsacien l'était pour un Français en 1872..
    En attendant la suite avec grand plaisir