Votre porte-monnaie au rayon X 13/08/2009 à 15h34

Sabrina, institutrice pour 1 595 euros par mois



Sabrina, institutrice pour 1595 euros par mois

« Quand je me lève le matin, je me dis que je vais à l’école, pas au
boulot. » A 28 ans, Sabrina est désormais de l’autre côté de l’estrade. Petite, elle n’avait pourtant jamais rêvé de devenir maîtresse. Elle se voyait plutôt astrophysicienne, archéologue ou journaliste.

C’est même dans cette dernière voie qu’elle s’est engagée en entamant une licence d’histoire-géo. Mais faute de moyens suffisants, exit l’école de journalisme ; elle poursuit avec une maîtrise en Histoire médiévale.

Ses études, cette jeune brestoise les a financées comme elle le pouvait, grâce aux bourses et aux petits boulots -qui lui ont aussi permis de cotiser un peu pour sa retraite. Elle a vendu des fringues chez Zara et fait le ménage chez des personnes âgées. Elle a aussi servi dans un pub, finissant à 2 heures du matin pour reprendre les cours à 8 heures.

« J’ai de la chance de m’éclater dans mon boulot »

A 23 ans, en même temps que sa maîtrise, Sabrina considère sérieusement l’idée de travailler avec des enfants. Elle passe avec succès le concours d’entrée à l’IUFM de Bretagne. S’ensuit une année de préparation au concours de recrutement de professeur des écoles (CRPE), assortie de deux mois en tant que responsable de classe.

« C’est une année bâtarde. On n’est plus étudiant, mais on n’est pas encore professeur des écoles. »

Le CRPE en poche, elle obtient un poste de directrice d’école, pendant un an. Elle gravit progressivement les échelons de la fonction publique, passant d’environ 1 250 euros par mois à 1 500 euros la troisième année. Dès lors, elle entre dans le système d’inspection, dont dépendent désormais ses augmentations.

Sabrina a toujours pu travailler dans des écoles proches de son domicile, à Brest.

« J’ai la chance de m’éclater dans mon boulot, depuis cinq ans que je l’exerce. Le seul point faible, c’est de ne pas savoir ce que je ferai d’une année sur l’autre. Mais au moins je suis assurée d’avoir un emploi. »

Elle a deux enfants, dont le dernier est né en avril. En septembre, elle reprendra le travail à temps partiel, après son congé maternité.

1

Revenus : 1 835,55 euros

Elle gagne 1 910,88 euros brut, c’est-à-dire un salaire net mensuel de 1 595,01 euros. Ses deux enfants lui donnent droit au supplément familial de 62,59 euros net.

La CAF lui verse l’allocation de base pour les enfants de moins de 3 ans, d’un montant de 177,95 euros. Et Sabrina bénéficie de la mutuelle des enseignants, la MGEN, dont la cotisation d’environ 55 euros est directement prélevée sur son salaire brut. Elle en apprécie notamment l’aide sur ses dépenses en lentilles et lunettes.

Pas de prime, ni de treizième mois ; mais le temps libre associé à sa profession reste pour elle un avantage considérable. Au total, ce sont donc 1835 euros qu’elle touche chaque mois. Son compagnon, militaire dans la marine, gagne de son côté environ 2 800 euros par mois, dont il ne reste presque rien une fois payés ses propres frais : formant une famille recomposée, ils règlent les dépenses chacun de leur côté.

2

Dépenses mensuelles : 1 440 euros

Chez Sabrina, le gros des dépenses fixes est consacré au logement. Pour le moment, elle ne paie pas d’impôts.

  • Propriétaire de sa maison, elle rembourse un prêt de 25 ans contracté l’année dernière à coups de mensualités de 650 euros.
  • S’y ajoutent le gaz et l’électricité : 120 euros.
  • La taxe foncière, à régler au Trésor Public, revient à 25 euros par mois.
  • Les assurances, pour la maison et les deux voitures (la sienne, et celle de son compagnon, récemment acquise), coûtent 70 euros.

Suivent les factures régulières :

  • La formule triple play pour Internet, le téléphone et la télévision à 29,90 euros.
  • Le forfait du mobile, à 33 euros.

Sabrina partage la garde de sa fille aînée, en grande section de maternelle, avec son ex-mari.

  • Cette année, elle lui verse en moyenne 150 euros de frais de garde par mois, pour la nourrice.
  • La garderie, après l’école, c’est 30 euros par mois environ.

Et puis il y a la consommation régulière.

  • Sabrina ne fait pas plus de deux pleins par mois pour sa Kangoo. Le carburant lui revient donc à 80 euros environ.
  • Pour les courses, elle compte 250 euros par mois.

« Mais nous formons une famille recomposée, et donc à géométrie variable. Quand tous les enfants sont là, on peut être 7 à table. »

Au total, ces dépenses mensuelles représentent 1 440 euros environ.

3

Les loisirs, l’épargne... : 400 euros

Restent un peu moins de 400 euros pour d’autres postes de consommation, les loisirs, et l’épargne.

Tous les mois, Sabrina donne 10 euros à Aides : « C’est ma bonne conscience. »

Et elle épargne, oui, mais seulement pour ses enfants. 5 euros tous les mois pour le dernier, 7 euros pour l’aînée. Le mécanisme est bien défini :

« Je commence à 5 euros ; je passe à 7 euros quand ils ont 5 ans ; et à 10 ans ce sera 10 euros. Ça peut sembler dérisoire, mais ça leur fera une réserve pour les études, le permis, une caution... »

Il y a aussi, parfois, quelques vêtements à acheter, un CD ou des petits cadeaux. Les loisirs, ça peut être le ciné : cinq à six fois par an, avec les enfants de préférence.

À la fin du mois, il lui reste dans les 200 euros. Sabrina essaie toujours d’avoir un peu de marge en cas de souci... comme les frais de médecin qui peuvent tomber avec le plus jeune, de trois mois et demi.

Les vacances, ces cinq dernières années en tout cas, c’est en Normandie, au château de Crèvecœur. Avec, comme fil conducteur, la passion de la jeune femme pour le Moyen-Âge.

« On vit pendant une semaine dans ce château, comme au Moyen-Age. On le fait avec une association : nous sommes donc volontaires, et on ne paye rien. Dans l’ensemble, on vit bien ; on ne se prive de rien. Mais on ne va pas non plus partir en vacances aux Maldives ! »

► Mise à jour 17 h 25 : Revenus du compagnon.

  • 103651 visites
  • 271 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Ambroise Bouleis
    Ambroise Bouleis répond à Tyb
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 15h50 le 13/08/2009
    • 77282

    Pour ses propres revenus, Sabrina est exonérée grâce à la conjonction :
    1/ du crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunts pour l’acquisition d’une résidence principale (loi TEPA 2007) ;
    2/ du crédit d’impôt associé aux frais de garde de sa fille.

  • Kereven
    • Posté à 15h52 le 13/08/2009
    • Internaute 29900

    Euh, ce n’est pas très juste comme calcul, où passe le fric de son mec ? Là en gros, vous considerez qu’elle paye tout et que l’argent de son mec n’existe pas. Je suppose qu’il participe aux frais de la maison, de l’éducation, donc dans ce cas, les dépenses réelles de cette personne sont moindres sur son salaire propre, mais partagée, donc le calcul au final est faux.

    1840 + 2800 - 1440 - 400, ca ne fait pas 0.

    Cependant il est intéressant de voir « les privillèges » qu’obtient une personne ayant fait des études assez longues, devenue prof. Finalement, à part la mutuelle et les vacances, compensées par un salaire bas, c’est assez proche de la situation d’un cadre moyen du privé.

  • Ambroise Bouleis
    Ambroise Bouleis répond à onapatouvu
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 15h57 le 13/08/2009
    • 77282

    Onapatouvu, cet article ne veut pas démontrer que Sabrina est à plaindre. La série « porte-monnaie au rayon X » s’intéresse à la manière dont les gens gèrent leurs revenus en général.

    En effet, Sabrina n’a évoqué qu’une participation très réduite aux frais domestiques de la part de son compagnon.
    Il s’agit d’une famille recomposée dont les membres gèrent leurs dépenses chacun de leur côté.
    À la fin du mois, il ne reste rien à son compagnon après ses propres frais.

  • de passage
    • Posté à 16h23 le 13/08/2009
    • Internaute 30356

    à propos du « temps libre associé à cette profession » et de l’absence de « treizième mois », soyons précis. En effet on pourrait même parler d’absence de « onzième mois ». Puisque les instituteurs et professeurs des écoles sont payés pour 10 mois d’activité (incluant 5 semaines de congés), le salaire étant réparti sur 12 mois. La conséquence en étant que le revenu mensuel d’un prof des écoles est inférieur à celui d’un autre cadre de sa catégorie (A) dans un autre poste de la fonction publique. Les fameux 2 mois de vacances d’été sont donc en fait une période de chômage technique.
    J’apporte ces éléments pour l’information des lecteurs. Je n’ai pas pour but d’engager un débat et une débauche de commentaires sur « est-ce que les instits ont trop de temps libre ou pas ? » ni « est-ce qu’ils sont assez payés ou pas ? » (personnellement je suis favorable à ce que tous les travailleurs travaillent 36 semaines et que le SMIC soit à 1500 € net)
    tout ceci étant précisé, je retourne à mon temps libre...
    bises

  • sabrina
    sabrina
    NounouOgg ascendant Vimaire
    • Posté à 20h45 le 13/08/2009
    • Internaute 24259
      NounouOgg ascendant Vimaire

    Une réponse générale.

    Une fois pour toute, je ne me plains pas au contraire. Je me suis prêtée à l’exercice que je trouvais intéressant car il fait un panorama des situations multiples qui peuvent exister dans notre pays. Je savais en le faisant que cela prêterait le flanc à de multiples critiques sur les enseignants, les fonctionnaires, ... bref. Je l’ai fait en toute connaissance de cause.

    La rubrique, en général, prouve que quoiqu’il arrive, on est toujours critiqué. Je fais partie de la classe moyenne et j’assume. Mon métier m’apporte beaucoup, j’ai la chance de le faire avec plaisir, sans aigreur, ce qui n’est visiblement pas le cas de tous à en voir certaines réactions. Oui, je bénéficie d’un avantage fondamental sur plein de gens : le temps et une certaine liberté d’organisation. Je peux vivre sans trop avoir à m’inquiéter de l’avenir, sans dépendre financièrement de personne (ce qui explique pourquoi les revenus de mon compagnon ne sont pas comptabilisés). Je suis une chanceuse, née dans un foyer « aux revenus très limités », je suis le résultat de la conjonction de l’école publique et d’un état qui permet encore pour le moment à tous d’accéder aux études supérieures. Du coup, je savoure d’autant plus cette situation que j’ai vu ma mère flipper le 12 du mois car elle ne savait pas comment elle allait nous nourrir (pourtant elle travaillait)... Cela me donne, je pense, les pieds sur terre et la capacité de me rendre compte à quel point ma situation est confortable.

    Par contre, je ne me sens coupable de rien, je gagne ma vie honnêtement, je n’ai bénéficié du piston de personne. Et j’espère pouvoir permettre aux enfants qui passent dans mes classes d’accéder au même confort.

    Une vie simple, finalement, sans drame, sans pleurs, ni plainte. Juste heureuse. Est ce incompréhensible ?