Calme relatif lundi dans le quartier de Yakou Sanogo, mort lors d'une poursuite avec la police, où l'on doute de la version de la police.

On la connaît l'histoire. Elle commence ce 9 août à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) comme en 2005 à Clichy-sous-bois, comme en 2007 à Villiers-le-Bel. Un jeune meurt en tentant d'échapper à la police. Il s'appelait Yakou Sanogo et avait 18 ans. Il livrait des pizzas.
Dimanche soir, suite à son refus de se plier à un contrôle d'identité, le jeune homme est coursé par la police. La folle poursuite s'achève lorsque sa moto percute une barrière en béton.
« Comment ça il s'est tué ? Les flics l'ont tué, oui ! »
Assis sur les marches d'un immeuble de l'avenue Stalingrad, six adolescents font observer bruyamment qu'il s'agit de peser ses mots :
« Comment ça il s'est tué ? Les flics l'ont tué, oui ! Allez, on ne va pas vous parler alors que vous avez déjà votre idée là-dessus. »
Au lendemain de l'accident, les premières conclusions de l'enquête disculpent les policiers, mais les gamins de Bagnolet n'entendent pas faire confiance à la version officielle, la « version de l'Etat » disent-ils. Parce qu'ils pensent la justice toujours du côté de la police.
D'une cité à l'autre, les adolescents racontent un harcèlement policier pénible : contrôle d'identités abusifs et sourires narquois. Morgane et ses copines disent comprendre les garçons et tiennent le même discours un peu Far West : « Ils ont eu l'un des nôtres, on aura l'un des leurs. » A 14 ans, l'adolescente analyse : « Les jeunes sont perdus alors c'est normal qu'ils se vengent. » Paris la fait rêver : « Là-bas si tu es en scooter, les flics ne t'arrêtent pas sans raison. »
Rue Anatole-France. Au pied d'un muret, des enfants jouent, surveillés par un groupe de jeunes. Parmi eux, un grand brun au visage fermé. Il rallume une cigarette avec celle qu'il vient d'éteindre. Farid n'a pas dormi la veille, il a perdu un ami. Le regard baissé, il répond des choses comme « mort parce qu'il faisait de la moto, ce n'est pas possible. Quelqu'un de bien, quelqu'un qui travaillait ».
Pas des voyous qui profitent de l'occasion
David le rejoint et parle fort, lui. Il est en colère : bien sûr qu'il comprend les petits qui ont brûlé des voitures quelques heures après la mort de Yakou, tout le monde ici comprend la vengeance, non ce ne sont pas des voyous qui profitent de l'occasion et bien sûr que non, lui et ses amis n'ont pas brûlé de voitures, ils sont en deuil.
La ville toute entière est en deuil. Ceux qui connaissaient Yakou le pleurent, les autres déplorent sa mort, beaucoup bavardent. Dans les rayons du Franprix de l'avenue Stalingrad, un employé du supermarché dissimule mal qu'une vieille pie l'enquiquine :
- « Celui qui est mort, c'est celui qui faisait de la moto à Fernand-Léger [une rue près de la cité Malassis, ndlr] ?
- …
- Ah parce que si c'est lui… il faisait beaucoup de bruit dans la rue, vous savez.
- … »
Ce soir, il faut fermer plus tôt
Au comptoir d'un café-kebab-restaurant, les clients parlent eux aussi de ces gosses qui font ronfler les moteurs et crisser les pneus dans les allées. Ces « rodéos » sont parfois filmés et diffusés sur Internet. Cet amour de la vitesse consterne les aînés ; le 25 mai dernier, deux garçons se sont tués en voiture près des Lilas.
Il est temps de partir, la mairie a avertit le cafetier ; ce soir, il faudra fermer plus tôt.
« C'était l'insurrection, hier », exagère Jean-Claude, la cinquantaine, pour qualifier les incidents de la veille. Une dizaine de jeunes ont brûlé cinq voitures et des poubelles. Les stigmates de l'« insurrection » sont visibles ; quelques vitres brisées et de grosses taches noires sur le goudron.
Mohamed, même âge, n'en revient pas, même s'il dit en avoir vu d'autres, dans la cité. Il manifeste son inquiétude en élevant la voix et en agitant les bras pour vilipender une politique trop laxiste et des flics absents.
« Nos chiens la nuit, ils chient chez nous »
Une voiture s'arrête à sa hauteur, c'est Nejib, autre mémoire du quartier. Il a entendu Mohamed et n'est pas tout à fait d'accord. Plus indulgent avec les jeunes, il se souvient avoir eu une jeunesse anti-flics. On ne parlait pas d'émeutes alors, il s'agissait d'altercations ordinaires « pas bien méchantes », des guet-apens « de rien du tout ».
Lui non plus n'incrimine pas la police. Les trois hommes tombent d'accord pour accuser certains voyous du quartier de semer la pagaille :
- « Il faut des flics ici, parce que c'est la merde. Les rares fois, oui les rares fois, où ils viennent, les jeunes sont trop contents de se mesurer à eux.
- C'est l'anarchie s'ils ne peuvent même plus faire de contrôles. Les politiques ont été trop laxistes et voilà le résultat.
- Enfin là, c'est différent, il y a quand même un jeune qui est mort…
- Et la nuit ! On ne peut plus dormir, ils font du bruit toute la nuit ! Et la vieille qui s'est fait agresser en bas de chez elle à minuit…
- On ne peut plus sortir nos chiens la nuit alors ils chient chez nous. »
L'explosion attendue avec crainte et fébrilité n'aura pas lieu, les rondes policières ont eu raison des plus aventureux. A 21 heures, les rues sont désertes, la ville silencieuse. Certains sont laissés à leur deuil, d'autres à leur ennui. Pendant la nuit, des incidents opposeront la police à des jeunes.
Tous les prénoms, à l'exception de Jean-Claude et Mohamed, ont été modifiés.
Photo : un immeuble à Bagnolet (PépéLeAigri/Flickr)





















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De Hlebon
étudiant en droit | 10H24 | 11/08/2009 |
Hier soir, helico dans le ciel qui éclairait les HLMS…j'habite aux Lilas, à quelques minutes de la cité des Malassis par laquelle je dois passer pour aller voir ma copine qui habite à Montreuil.
Et bien pas une seule fois je n'ai vu un flic, j'en ai grillé des feux en rentrant tard, et pas une seule fois je n'ai vu un flic ! !
Le quartier fait peur, disons le.
C'est une cité ou les jeunes trainent et fument, ils sont tous noir ou arabes et pauvres.
Mais pas une fois je n'ai eu un problème alors que je suis rentré très tard dans la nuit à pied et que j'ai traversé la cité.
Est ce que les flics jouent aux cow-boys ?
Oui !
J'ai de la chance d'être un jeune homme blanc de 20 ans qui fait ses études à la Sorbonne alors la dernière fois que j'ai eu un controle mes plaques n'étaient pas aux normes, mon assurance n'était pas mise sur la voiture, mon ami avait un couteau sur lui,il y avait des CDs gravés dans la voiture, et ils ont même retrouvé des douilles d'armes blancs qu'on avait utilisé pour les études de cinés de mon coloc. Rien.
Des amis renoi ou rebeu se sont fait embarquer pour une boulette, (qu'ils auraient fait jeté à un blanc.) ou juste parce qu'il n'avait pas leur carte d'identité.
Ne nous cachons pas dans le 16ème les flics sont biens plus gentils, mais il y a une raison, ils sont à l'aise et ne pense pas finir dans un guet-apent à tout moment ! ! !
Si ils se déplacent c'est parce que une BM a été rayé…par parce qu'il y a eu un réglement de compte, les habitants les accueillent avec un café pas avec des boules de pétanques.
C'est un cercle vicieux.
Néanmoins, j'ai aussi des amis dans le 16eme et je vous jure qu'être jeune et se balader avec un 20g ne pose pas de soucis…
PS : il y a une petite faute je suppose que vous vouliez écrire « d'une cité à l'autre » et pas « d'une cité l'autre »
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 10H56 | 11/08/2009 |
Quand on voit l'étendue du discrédit qui frappe les services de l'état dans les quartiers (non sans pas mal de très bonnes raisons, et avec quelques mauvaises), on mesure aussi l'étendue de l'échec de la gauche dite gouvernementale dans ce qui est d'abord un problème social. (De la droite aussi d'ailleurs, mais la droite n'a jamais affiché de très hautes ambitions en la matière…)
Tous ces témoignages me font penser à la formule classes laborieuses, classes dangereuses, et montrent une police qui paraît décidément trop vouée à maintenir le couvercle bien serré sur la cocotte-minute. Il semble d'ailleurs que de nombreux policiers (qui ne sont pas tous comme les BAC, qui ont trop tendance à jouer aux caïds) le déplorent. Parce que, du point de vue strictement sécuritaire, on mesure tout aussi bien l'étendue de l'échec de la droite sarkozienne. (De la gauche aussi d'ailleurs, mais la gauche n'a jamais affiché de très hautes ambitions en la matière…)
De karl78
en fonction | 11H03 | 11/08/2009 |
Vous faites comment quand la police veut vous arreter vous vous barrez ou vous vous arretez…
Le mieux c'est de s'arreter non ? ? ?
Je pense que le malheureux a pris tout seul la decision de s'enfuir, personne n'est venu lui dire de se soustraire au controle des policiers…
De touko_2
fonctionnaire minettelol.labrute.... | 11H03 | 11/08/2009 |
D'un côté des cowboys de l'autre des jeunes pour qui c'est toujours la fautes des autres, c'est sur on avancera jamais ..
De Iv
Roboticien utopiste | 11H20 | 11/08/2009 |
Bien d'accord avec vous : il faudra rétablir la police de proximité supprimée par Sarkozy en 2002.
Les politiques actuelles de carrément enlever toute présence policière des banlieues difficiles ( ! ) ressemble réellement à un moyen de faire de la banlieue une cocotte minute. Quelques mois avant les prochaines élections, l'état enverra la police faire une « opération de fermeté » dans une banlieue qu'elle a déserté pendant 3 ans et qui sera mûre. On aura de belles images de barricades et de véhicules en feu, de charges de CRS. On verra à la télé qu'il est important de voter pour l'ordre et la sécurité à cause de ces poches de non-droit créées par le pouvoir lui même.
Dans cet articles plusieurs habitants demandent la présence de la police. Pourquoi croyez vous que Sarko, qui n'est pas très hostile à l'institution, le leur refuse ?
De Pseudo
Aimer la vie, aimer les fleurs, aim... | 16H10 | 11/08/2009 |
Ah vouais mon brave monsieur, avant c'était mieux…